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Andrzej Stasiuk

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Message par Tristram Mar 6 Fév - 14:09

Itou ! (Attendons une réédition ??)

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Message par Tristram Ven 5 Juin - 14:25

Neuf

Andrzej Stasiuk - Page 2 Neuf10

La Varsovie des années 90, tandis que la Pologne post-communiste s’est ouverte au monde capitaliste :
« …] le business devait sauver le monde, comme ils disaient. »
Pawel erre dans la ville, fuyant son appartement ravagé par la mafia, à laquelle il avait emprunté de l’argent ; il croise quelques connaissances…
Tableau miséreux, sordide, noir, avec vraisemblablement un intérêt testimonial (fascination pour les objets venus d’Occident et aussi le clinquant du synthétique, etc.), mais quelques fastidiosités avec les précisions topographiques pour qui ne connaît guère Varsovie.
« Lui détaille tous ces gens : leurs vêtements bon marché, leurs chaussures imitant les chaussures de marques, leurs bijoux en faux or, leurs serviettes en similicuir, leurs montres made in Hong-Kong, les tignasses teintées des filles, et les talons abîmés de leurs souliers, les vestes en skaï des garçons, les sacs en plastique avec des slogans publicitaires, les clopes Popularne qu’ils allument en grattant des allumettes. »
Dans la lignée de nombreux auteurs, notamment d’outre-Atlantique, dans le genre bas-fonds et déglingue urbains.
« Pendant un moment, il eut l’impression que les minutes qui s’égrenaient tombaient à ses pieds et roulaient, telles des billes de mercure, vers le coin où se trouvait la petite table avec la radio. "Le plancher doit pencher de ce côté-là", conclut-il. »

Mots-clés : #criminalite

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Message par tom léo Ven 5 Juin - 17:22

Tristram (et un mod): pardon, mais il y a déjà un fil sur Stasiuk où d'ailleurs tu as aussi posté... Cela peut arriver.

FAIT
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Message par ArenSor Ven 5 Juin - 17:26

Très bon souvenir pour ma part des "contes de Galicie" qui me semble bien meilleur que le titre que tu as lu. C'est une belle démarche d'écrivain voyageur sur les marches entre ancienne Europe de l'Ouest et Europe de l'Est Very Happy
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Message par bix_229 Ven 5 Juin - 18:23

ArenSor a écrit:Très bon souvenir pour ma part des "contes de Galicie"  qui me semble bien meilleur que le titre que tu as lu. C'est une belle démarche d'écrivain voyageur sur les marches entre ancienne Europe de l'Ouest et Europe de l'Est Very Happy
Tu as bien fait de m'y faire penser, je vais le commander.
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Message par Tristram Ven 5 Juin - 18:26

Oui ArenSor, mauvaise pioche apparemment, une sorte de polar qui ne m'a pas entièrement conquis, alors qu'il s'agit d'un "écrivain voyageur" reconnu (cherchons l'erreur)...

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Message par Invité Ven 5 Juin - 18:56

J'avais beaucoup aimé son recueil de nouvelles. Peut-être une autre piste ? Wink

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Message par bix_229 Ven 5 Juin - 19:17

janis a écrit:J'avais beaucoup aimé son recueil de nouvelles. Peut-être une autre piste ? Wink
Tu peux essayer Mon Allemagne et L'Hiver. Ciourts mais très bon. Jamais déçu par l'auteur pour l'instant.
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Message par Invité Ven 5 Juin - 21:01

Ah, oui merci beaucoup, @bix_229 ! Wink En fait, je me suis mal exprimée, je disais "une autre piste" pour @Tristram qui semble être bien déçu par la lecture dont il parle au-dessus.

Mais, merci pour les suggestions : je vais voir pour trouver L'hiver.

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Message par Tristram Ven 5 Juin - 22:40

De mon côté, je cherche ses ouvrages "voyageurs"...

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Message par bix_229 Ven 5 Juin - 22:59

Les voyages d’Andrzej Stasiuk à travers l’Europe sont décrits dans Sur la route de Babadag, Fado, Journal écrit après.
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Message par Tristram Ven 5 Juin - 23:12

Oui, merci : Mon Allemagne et L'hiver m'intéressent aussi...

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Message par animal Sam 6 Juin - 10:13

Je referais bien un tour chez Stasiuk tiens.

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Message par Bédoulène Lun 10 Mai - 11:42

Andrzej Stasiuk - Page 2 41qjj710

Mon bourricot



L’auteur part avec une connaissance Z pour un voyage au Kazakhstan dans sa vieille voiture verte, son bourricot qui vient juste d’être restauré, mais c’est surtout histoire de rouler, rouler, car c’est ce qu’ils aiment.

« Parce qu’il y en a eu, des modifications. C’est désormais rigide, ça tient super dans les virages, bien que la caisse ait été surélevée de sept bons centimè¬tres. Les amortisseurs sont jaunes et les ressorts, turquoise, dommage que les nouveaux pneus tout-terrain les cachent. En tout cas, tout ça prend les virages à merveille et adhère impec. Comment j’ai pu faire tous ces kilomètres avec les suspen¬¬¬sions d’origine et y survivre – mystère. Douze ans et près de trois cent mille bornes. J’avais dépassé la quarantaine quand je l’ai acheté. Maintenant, j’ai d鬬passé la cinquantaine, et il tient toujours. J’ai dû changer un ou deux trucs, un cardan, un croisillon, mais à part ça, je me suis contenté de faire la vidange, de changer les ampoules et les pneus. Trois cent mille. Le Monténégro, les Balkans, l’Albanie en hiver, l’Albanie en été. La Pologne, tous les jours que Dieu fait, parce que l’essence était relativement bon marché à l’époque. Plus tard, pour l’usage quotidien et les longs trajets, j’ai dû prendre un diesel plus rapide et à l’appétit mesuré. Mais j’ai gardé mon bourricot vert, car comment se débarrasser d’une brave bête mécanique qui ne vous a jamais déçu ? Impossible. »

L’auteur passe en revue toutes les voitures ayant appartenu à la famille et les voitures qui circulaient à l’époque de sa jeunesse dans les pays de l’Est (UAZ polskiFiat, Volga GAZ 24, Fiat 126P, IFA F8, P70RDA, wars-zawa M-20, taitouandi, honda stepwagon, GAZ269,GAZ251,lublin51,lada2101 etc….

La longue route est propice aux digressions, aux réflexions philosophiques, aux interrogations sur les relations entre hommes et pays.
Egalement les relations entre les pays de l'ex URSS, qu'étaient-ils, que sont-ils.
L’auteur se souvient de ses précédents voyages ; des hommes qui ont marqué ce pays, de son enfance sous le communisme.

Passé, présent et avenir quand un personnage rencontré espère encore en un avenir apaisé, réalisable et qu’il entonne « l’internationale ».

Tout au long du trajet c’est l’immensité qui s’impose et une route sans fin ?

Et comment ne pas mentionner le splendide mausolée de Khoja Ahmed Yasavi ?

Faut éviter de « négocier » le passage avec la police, surtout quand une video montre votre incorrection vis-à-vis du président dudit pays,  même si la personnalité ne s’affiche que sur un panneau publicitaire :

« — J’ai TV Polonia par satellite, a-t-il répondu tranquillement.
— Et alors ?
— Votre président y est passé hier.
— Et le vôtre, il passe pas à la télé ?
— Si, bien sûr. Mais le vôtre avait l’air apeuré, il ne présente pas bien. Le nôtre est mieux. Il n’a peur de rien.
— Mouais… Il a pas peur des Russes…, ai-je lâché avec dédain.
— Il a du gaz. Il a du pétrole. Il n’a pas peur, a-t-il dit en bâillant, je crois. Le monde démocratique ne tolérera aucune foucade.
— Et s’ils vous envahissent ?
— Ils le feront pas. Ça ne vaut pas le coup. Ils préfèrent faire du commerce. Ils ont fait une incursion en Ukraine. Politiquement, ça leur suffit pour des années. Les Russes sont malins.
— Vous êtes vernis avec ce gaz, ai-je dit tout bas.
— Comme vous avec votre liberté, a-t-il rétorqué avec ironie. Vous pouvez nous l’envoyer par gazoduc à travers la mer Caspienne. »


Extraits :

« L’Asie me plaisait bien. J’étais censé être un Européen, mais elle me plaisait. Elle avait de l’envergure. Cette espèce d’infini qui manquait à l’Europe perdue dans ses bavardages et ses digressions. Sur le siège éculé de mon bourricot, je pouvais m’imaginer que j’allais finir par arriver au bout du monde. Que ses Goodride et leur chape massive allaient fouler le monde entier comme la cavalerie de Tamerlan. Je pouvais fantasmer. En Europe, ç’aurait été impensable. D’ailleurs en Europe, il ne reste plus beaucoup de choses à penser, parce que la plupart ont déjà été pensées et, qui pis est, réalisées. Voilà pourquoi je flânais au frais en pensant au Boiteux qui élevait des collines de crânes et érigeait aux poètes des mausolées beaux comme des monstres chtoniens. Voilà pourquoi j’avais déjà consommé près de cinq cents litres d’essence. Et que j’étais prêt à en consom-mer encore pour atteindre les confins des terres.
Que voulez-vous, dans les constructions monumentales, on a des pensées monumentales. »

« Donc, on peut ne pas adorer ce pays, si on garde en mémoire plus d’un siècle d’asservissement, la Sibérie et la forteresse de Chlisselbourg, ainsi que le fait qu’il a réduit à néant les plans polonais d’empire colonial s’étendant de la Baltique à la mer Noire. On peut ne pas l’aimer pour Catherine, pour l’un et l’autre Nicolas, les deux Alexandre, pour Paskevitch et Mouraviev la Potence, pour Lénine, Staline et Brejnev, et même pour tout, mais il y a une chose pour laquelle il faut apprécier ce pays : l’essence coûte environ deux zlotys cinquante le litre13. Et nulle mémoire ni politique historique n’y changeront rien. Ni la droite, ni la gauche ni le centre ne sauteront au plafond. On arrive à la pompe et on se sert. Et quand c’est plein, on a envie d’en déverser encore cinq ou dix litres dans les environs. Pour qu’elle s’infiltre dans la steppe. Pour arroser la sainte terre de Russie. Ou bien pour compléter le plein d’une vieille Lada ou d’une Zaporojets. C’est comme ça, là-bas. On regarde les chiffres défiler et on a l’impression de gagner de l’argent. Et le super 86 revenait pratiquement à deux zlotys le litre. »

« Les Russes étaient de nouveau en guerre. Comme d’habitude, ils ne tenaient pas en place. Ils ne pouvaient pas se contenter du tracé de leurs frontières. Il faut dire qu’elles étaient bizarres. Floues. En fait, on ne pouvait pas s’empêcher d’avoir l’impression qu’elles glissaient et s’étendaient depuis sept cents ans. La petite tache sur la carte qu’était la principauté de Moscou est devenue grande comme une affiche. Comme si quelque chose s’était renversé et avait atteint le bord du continent en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Personne n’a rien vu ni poussé les hauts cris. Mais qui aurait dû le faire ? Les Khantys et les Mansis ? Les Nenets et les Sépulcides ? Les Télenguites, les Téléoutes, les Tolofars, les Toubalars et les Touvains ? Ils ont peut-être crié, mais on ne les a pas entendus. Et là, maintenant, des voix s’élèvent à propos de la Crimée. Avant, personne ne disait rien. L’Afghanistan ? C’était l’œuvre des communistes, voyons, or il n’y en a plus, des communistes, par conséquent le règne des Lumières, le postmodernisme, les pistes cyclables, les droits des animaux et des minorités étaient censés prendre la place de la locomotive à vapeur de l’histoire dont on annonçait la fin. Mais de nouveau, ça n’a rien donné. Comme la fin du communisme, que personne en Occident n’avait prévue. Parce que personne n’en voulait. Parce qu’en fin de compte, quoi, c’était mal ? La démocratie est ce qu’elle est, mais les Russes tenaient la bride courte à la moitié du monde, l’administration gardait les passeports et la populace de l’Est ne polluait pas la civilisation occidentale, ne dormait pas dans les parkings, ne lavait pas les pare-brise aux carrefours, ne pêchait pas les carpes dans les parcs publics et n’attrapait pas les cygnes en guise de volaille. Nous avons déjà nos Noirs et nos basanés. Qu’est-ce qu’on va foutre avec des Asiatiques de Pologne ou de Tchécoslovaquie ? Avec des envahisseurs venus de la “zone de population mêlée” qu’on appelle dans mon pays “l’entre-deux-mers” et qui s’étend de la Baltique à la mer Noire ? Et donc, ils n’avaient rien prévu, parce qu’ils ne le voulaient pas. Mais moi, je n’ai jamais fait confiance à l’Occident, c’est pourquoi on approchait de Voronej. »

« Il me regarde dans les yeux avec compassion et dit :
— Je te comprends. On vous l’a dit et répété depuis Catherine, et vous, rien, vous n’avez que la liberté à la bouche. Quelle liberté pouvez-vous avoir entre nous et l’Allemagne ? Dis-le-moi. Ce n’est pas la liberté, c’est une malchance. Oui. »


« Alors qu’on roulait à cent, eux, ils fonçaient à cent trente. Ils tanguaient sur les dos d’âne. C’étaient surtout des V8 à essence. À cette vitesse, ils devaient bouffer au moins quinze litres aux cent. Plus tard, dans les villes, je voyais descendre les propriétaires. Bedonnants, sûrs d’eux, le visage de marbre. Ils devaient avoir la même apparence il y a des centaines d’années quand ils pénétraient dans les villes conquises et regardaient les prisonniers entravés. Parce que le monde entier était un butin et la vie, une occasion à saisir. D’ailleurs, nous faisons tous la même chose, sauf qu’en Europe, nous avons appris à faire comme si ce n’était pas le cas. Nous avons abandonné le mépris ostentatoire au profit de la poudre aux yeux égalitaire. Prétendant que ceux qui sont pauvres et faibles valent autant que ceux qui sont riches et puissants. Mon œil. Là, c’était clair. »

*******

Un petit livre qui m'a plu, j'aime l'écriture quelque peu désinvolte de Stasiuk, mais ne pas si tromper il garde bien ouverts ses sens et son esprit critique envers les autres comme lui-même.

L'intérêt des voitures et de la route est assez sympa.


Mots-clés : #autobiographie #lieu #voyage

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Message par Tristram Mer 12 Mai - 18:22

Dukla

Andrzej Stasiuk - Page 2 51n5jb10

Le livre comprend un récit en trois parties qui en tient les quatre-cinquièmes, dix-huit autres beaucoup plus brefs le suivant.
Pogorze, milieu de l’été
Ce titre précise le lieu et l’époque où commence un voyage en voiture jusque Dukla, petite ville du sud-est polonais où le narrateur/ Andrzej Stasiuk a beaucoup de souvenirs remontant sur vingt ans. Stasiuk est particulièrement attentif à la lumière (mais aussi aux odeurs) :
« Voilà pourquoi dans ce récit il n’y aura pas d’intrigue ; rien ne doit interférer quand on va vers le néant et que l’on constate que le monde n’est que brouillage du libre flux de la lumière. »

« On peut comparer chacun des voyages à une plaque photographique transparente ; en les superposant, on obtiendra une image stéréoscopique, mais celle-ci ne gagnera ni en netteté ni en profondeur. Nous ne savons pas décrire la lumière, ne nous reste qu’à l’imaginer. »

« Il me semble depuis longtemps que la seule chose qui vaille la peine d’être décrite est la lumière, ses changements et sa constance. Les faits m’intéressent moins. Je les oublie. Ils s’enchaînent arbitrairement. Les maillons cassent d’un rien, se recomposent sans raison avant de rompre à nouveau au moindre prétexte. »
La seconde partie est au départ de Jasło, toujours en été, et commence semblablement (avec une note rimbaldienne je trouve) :
« J’ai toujours voulu écrire un livre sur la lumière. Il me semble que rien ne rappelle autant l’éternité. »
Pour donner le ton :
« Le Magnum Disco-Night Club était vide. Cette rotonde en verre ajouré était comme le reste. Le seul témoignage d’une activité passée était l’enseigne, mais qui sait si, même avant, il se passait quelque chose ici. Peut-être que c’était justement en train de devenir quelque chose. Elle aurait pu être aussi bien en démolition qu’en travaux. Cette bulle de savon avait poussé au milieu du fer et du béton. Une pichenette aurait suffi pour que le vide se réapproprie cet espace. Je tentai de me représenter une soirée sous cette frêle cloche avec le tremblement maladif des lampes stroboscopiques et le martèlement des trains derrière. J’obtins d’abord un terrarium, puis une danse de squelettes. »

« Le monde est plein de détails à partir desquels naissent des histoires. »
La troisième partie relate une fête populaire religieuse.
L’ensemble forme une longue introspection dans la mémoire, la vacuité des dimanches, un amour d’adolescence, le gisant d’Amalia fille de Brühl, images qui témoignent d’une Pologne rurale assez grise et pauvre, de tristes vestiges du passé.
« Au crépuscule, l’espace n’existe plus, il ne reste que le temps. »

« Finalement, les événements se distinguent à peine du temps dans lequel ils durent. Même si on sait d’où ils viennent, on ne sait pas où ils s’en vont. Il faut sans cesse en fabriquer de nouveaux. »
Les petits textes suivants abordent des instants, des évènements, souvent de la nature ; ils révèlent eux aussi le sens de l’observation, la grande attention au monde de Stasiuk.
Voici une curieuse variation sur les « parolles gelées » de Rabelais :
« On entendait des chiens. Leurs aboiements venaient du sud, mais là-bas il n’y avait pas de village, des mirages sonores dérivaient entre des pans d’air gelés. Qui sait d’ailleurs s’ils n’avaient pas été conservés par ce concentré d’espace depuis l’hiver dernier, et qui peut dire si notre conversation menée à voix basse n’allait pas l’être aussi, et si quelqu’un dans un an ou des années ne l’entendra pas. »
Stasiuk est doué pour les métaphores ; une petite en passant, pour l’expressif de la chose :
« Les essuie-glaces grattaient le pare-brise comme s’ils voulaient rentrer à l’intérieur. »
Comme déjà signalé par Tom Léo, ce livre parle beaucoup du temps qui passe (et aussi de la finitude) ; ce n’est certes pas le seul dans le genre, mais le style est original, et l’émotion masquée.
« L’obscurité et le temps, substances légères et invisibles responsables de la fragilité humaine. L’esprit est une flamme d’allumette exposée au vent. L’âme craint l’obscurité, elle se réfugie dans un corps qui, lui, prend conscience de son existence en touchant sa peau. Il reste alors ce sens, le plus banal, celui qui fait qu’un ver bouge dans la terre, celui grâce auquel on sait faire la différence entre ce qui est vivant et ce qui est mort, c’est à peu près tout. »

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Message par animal Mer 12 Mai - 20:08

J'avais bien accroché aussi et j'espère retourner vers l'auteur un de ces jours.

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Message par Bédoulène Mer 12 Mai - 20:22

merci Tristram, c'est noté !

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Message par Tristram Mer 12 Mai - 20:39

Oui, et merci à Tom !

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Message par Tristram Dim 20 Juin - 13:57

Contes de Galicie

Andrzej Stasiuk - Page 2 Contes10


Des portraits de ruraux, et même d’une église orthodoxe démontée (Le lieu), dans le paysage désolé d’une campagne polonaise entre alcool et religion, encore marquée de la calamité communiste, avec ses « PGR mortes » (fermes collectivistes).
« Il y avait un kiosque au village. Quand le communisme, grand dispensateur de grisaille, œuvrait dans le coin, la cabane ressemblait à un aquarium sale où flottaient quelques brosses à dents, trois sortes de cigarettes et le visage blanc et ennuyé de la vendeuse. Gromada, Rolnik Polski [journaux] étaient pleins de consolations et de promesses. "Deux tickets de bus et un paquet de Popularne." "Deux paquets de Popularne et un ticket de bus." Et les allumettes. Combien de combinaisons ! »
Dukla est paru en 1997, les Contes de Galicie en 2001, et ils évoquent tous deux cette Galicie occidentale, dans cet esprit qui rappelle Magris lorsqu’il dépeint l’Europe orientale.
« Ce Temps exempt d’adjectifs a quelque chose d’intrigant. L’imagination aussi a besoin d’ordre, de noms, de causes et effets. C’est de là que viennent toutes ces histoires inventées auxquelles nous nous mettons à croire avec le temps. Il se peut que l’imagination et la foi n’existent pas l’une sans l’autre, vu que leur essence commune réside dans la non-exigence de preuves. »
Mais certains personnages réapparaissent d’un texte à l’autre, Kościejny, Gacek, le sergent roux, le curé… une histoire s’organise, celle d’un meurtrier devenu fantôme qui demande une messe au curé par l’intermédiaire d’un policier. Une forte impression de réalisme magique avec cette surgie de l’imaginaire qui s’arrache à un morne environnement, et forme une belle surprise.

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Message par Bédoulène Dim 20 Juin - 23:35

j'apprécie beaucoup cet auteur, je note donc !

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"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
Bédoulène
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