Henri Michaux

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Henri Michaux

Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 29 Juil - 9:46

Henri Michaux
(1899-1984)


Henri Michaux est né en Belgique. Il fut naturalisé français en 1955. Son œuvre atteint une rare ampleur en ce qui a trait à une versatilité de sa plume qui se renouvelle d'ouvrage en ouvrage. Il a fréquenté le milieu des surréalistes et fut mis en contact avec des idées et une démarche qui lui ont permis de hisser une œuvre sans nulle autre pareille, peut-être à l'exception d'Antonin Artaud. Il a tâté du récit de voyage en plus de donner une profondeur insoupçonnée aux divers écrits de prose poétique, entre autres styles, en plus de la poésie qui est sa carte de visite. Le poète et essayiste québécois Jacques Brault parlait d'ailleurs avec éloquence du genre Michaux.

Bibliographie

Cas de folie circulaire, 1922
Les Rêves et la Jambe, 1923
Fables des origines, Disque vert, 1923
Qui je fus, 1927
Mes propriétés, Fourcade, 1929
La Jetée, 1929
Ecuador, 1929
Un certain Plume, Editions du Carrefour, 1930
Un barbare en Asie, 1933
La nuit remue, 1935
Voyage en Grande Garabagne, 1936
La Ralentie, 1937
Lointain Intérieur, 1938
Plume, 1938
Peintures. GLM, 1939
Au pays de la Magie, 1941
Arbres des tropiques, 1942
L'Espace du dedans, 1944
Épreuves, Exorcismes, 1940-1944
Ici, Poddema, 1946
Peintures et dessins. Le point du jour, 1946
Meidosems. Le point du jour, 1948.
Ailleurs, 1948
Nous deux encore. Lambert, 1948
La Vie dans les plis, 1949
Poésie pour pouvoir. Drouin, 1949
Passages, 1950
Mouvements, 1952
Face aux verrous, 1954
L'Infini turbulent, 1957
Paix dans les brisements, 1959
Connaissance par les gouffres, 1961
Vents et Poussières, 1962
Postface à Plume et Lointain intérieur (« On est né de trop de mère... ») 1963
Désagrégation, 1965
Les Grandes Épreuves de l'esprit et les innombrables petites, 1966
Façons d'endormi, façons d'éveillé, 1969
Poteaux d'angle, 1971
Misérable Miracle (La mescaline), 1972
En rêvant à partir de peintures énigmatiques, 1972
Émergences, Résurgences, 1972
Bras cassé, 1973
Moments, traversées du temps, 1973
Quand tombent les toits, 1973
Par la voie des rythmes, 1974
Idéogrammes en Chine, 1975
Coups d'arrêt, 1975
Face à ce qui se dérobe, 1976
Les Ravagés, 1976
Jours de silence, 1978
Saisir, 1979
Une voie pour l'insubordination, 1980
Affrontements, 1981
Chemins recherchés, chemins perdus, transgressions, 1982
Les Commencements, 1983
Le Jardin exalté, 1983
Par surprise, 1983
Par des traits, 1984
Déplacements, Dégagements, 1985 (posthume)
Rencontres (avec Paolo Marinotti), 1991(posthume)
Jeux d'encre. Trajet Zao Wou-Ki, 1993 (posthume)
En songeant à l'avenir, 1994 (posthume)
J'excuserais une assemblée anonyme..., 1994 (posthume)
À distance, 1996 (posthume)
Donc c'est non, 2016, (posthume)

(bibliographie tiré de Wikipédia)

Mot-clé : #poésie


Dernière édition par Jack-Hubert Bukowski le Sam 29 Juil - 10:40, édité 1 fois
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Re: Henri Michaux

Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 29 Juil - 9:51

L'espace du dedans (extrait de Lointain intérieur) :



Je vais introduire le fil avec ce passage en prose qui est très caractéristique de la démarche de Michaux.

«Le bourreau»

Vu la faiblesse de mon bras, je n'eusse jamais pu être bourreau. Aucun cou, je ne l'eusse tranché proprement, ni même d'aucune façon. L'arme, dans mes mains, eût buté non seulement sur l'obstacle impérial de l'os, mais encore sur les muscles de la région du cou de ces hommes entraînés à l'effort, à la résistance.
Un jour, cependant, se présenta pour mourir un condamné au cou si blanc, si frêle qu'on se rappela ma candidature au poste de bourreau, on conduisit le condamné près de ma porte et on me l'offrit à tuer.
Comme son cou était oblong et délicat, il eût pu être tranché comme une tartine. Je ne manquai pas de m'en rendre compte aussitôt, c'était vraiment tentant. Toutefois, je refusai poliment, tout en remerciant vivement.
Presque aussitôt après, je regrettai mon refus, mais il était trop tard, déjà le bourreau ordinaire lui tranchait la tête. Il la lui trancha communément, ainsi que n'importe quelle tête, suivant l'usage qu'il avait des têtes, inintéressé, sans même voir la différence.
Alors je regrettai, j'eus du dépit et me fis des reproches d'avoir, comme j'avais fait, refusé vite, nerveusement et presque s'en m'en rendre compte.
Extrait recopié à partir de : http://miladyrenoir.skynetblogs.be/archive/2006/08/21/le-bourreau-le-henri-michaux.html (merci)


mots-clés : #poésie
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Re: Henri Michaux

Message par Bédoulène le Sam 29 Juil - 10:33

quel extrait !

_________________
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Re: Henri Michaux

Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 29 Juil - 10:45

Dans le moment de confectionner ce fil, j'ai eu le réflexe de revenir au fil d'origine sur l'autre forum. Je ne pense pas nécessairement rapatrier quelques bouts poétiques, mais j'y vois le rôle d'accompagnement de Shanidar au fil du temps, lorsqu'elle revenait sur les extraits que je publiais. En plus de mettre du sien, elle commentait le tout avec quelque chose de «vrai» qu'on sentait. Elle était passionnée lorsqu'elle prenait la parole. C'est comme ça que je me souviendrai d'elle.
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Re: Henri Michaux

Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 29 Juil - 11:29

Michaux, c'était ça aussi... Smile Dans La nuit remue :



«Bonheur bête»

Quand donc pourrai-je parler de mon bonheur ?
Il n’y a dans mon bonheur aucune paille, aucune trace, aucun sable.
Il ne se compare pas à mon malheur (autrefois, paraît-il dans le passé, quand ?).
Il n’a pas de limite, il n’a pas de…, pas de. Il ne va nulle part. Il n’est pas à l’ancre, il est tellement sûr qu’il me désespère. Il m’enlève tout élan, il ne me laisse ni la vue, ni l’oreille, et plus il… et moins je…
Il n’a pas de limite, il n’a pas de… pas de.
Et pourtant, ce n’est qu’une petite chose.
Mon malheur était beaucoup plus considérable, il avait des propriétés, il avait des souvenirs, des excroissances, du lest.
C’était moi.
Mais ce bonheur ! Probablement, oh oui, avec le temps il se fera une personnalité, mais le temps, il ne l’aura pas. Le malheur va revenir. Son grand essieu ne peut être bien loin. Il approche.
Tiré de : http://www.paperblog.fr/6609800/henri-michaux-bonheur-bete-1935/ (merci)
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Re: Henri Michaux

Message par Tristram le Sam 29 Juil - 12:12

Il y a une qualité chez Michaux qui fait que j'ai son oeuvre présente à l'esprit, sans doute parce qu'elle est unique et caractéristique. Par exemple, quand j'ai lu Ecuador, je pensais retrouver quelque chose de ce pays que je connais un peu, et en fait j'ai trouvé dans ces bribes des notations très profondes et marquantes, sur la notion de voyage notamment, condensées comme dans un poème (en fait une sorte de journal de voyage effiloché, assez déçu, sans référence précise à son objet), et bien d'autres réflexions :

« Je n'ai écrit que ce peu qui précède et déjà je tue ce voyage. Je le croyais si grand. Non, il fera des pages, c'est tout. »

« La phrase est le passage d'un point de pensée à un autre point de pensée. Le passage est pris dans un manchon pensant.
Ce manchon de l'écrivain n'étant pas comme connu, celui-ci est jugé sur ses passages. Il est bientôt réputé beaucoup plus imbécile et incomplet que ses contemporains. On oublie que dans son manchon il avait de quoi dire tout autre chose, et le contraire même de ce qu'il a dit. »

« Je viens de jouer… comme ça dilate… Excellent contre la pétrification qui est tout l'écrivain.
Il y a quelques minutes j'étais large. Mais écrire, écrire : tuer, quoi. »
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Re: Henri Michaux

Message par Bédoulène le Sam 29 Juil - 16:50

j'ai quelques epub de Michaux alors un de ces jours certainement

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Re: Henri Michaux

Message par bix_229 le Sam 29 Juil - 18:15

Vous connaissez peut etre Michaux ou croyez le connaitre.
Toute sa vie, Michaux a attendu la mort.
"Mais la mort dont il parle là, c'est celle tragique et monstrueuse de sa femme Marie Louise. En 1948, elle se brûle très gravement à leur domicile. Elle meurt dans d'horribles souffrances. L'agonie dure un mois. "Je ne trouve plus devant moi que le vide", dira Michaux."



Nous deux encore
 
Air du feu, tu n’as pas su jouer.
Tu as jeté sur ma maison une toile noire. Qu’est-ce que cet opaque partout ? C’est l’opaque qui a bouché mon ciel. Qu’est-ce que ce silence partout ? C’est le silence qui a fait taire mon chant.


 L’espoir, il m’eût suffi d’un ruisselet. Mais tu as tout pris. Le son qui vibre m’a été retiré.

 Tu n’as pas su jouer. Tu as attrapé les cordes. Mais tu n’as pas su jouer. Tu as tout bousillé tout de suite. Tu as cassé le violon. Tu as jeté une flamme sur la peau de soie.
Pour faire un affreux marais de sang.

 Son bonheur riait dans son âme. Mais c’était tout tromperie. Ça n’a pas fait long rire.

 Elle était dans un train roulant vers la mer. Elle était dans une fusée filant sur le roc. Elle s’élançait quoiqu’immobile vers le serpent de feu qui allait la consumer. Et fut là tout à coup, saisissant la confiante, tandis qu’elle peignait sa chevelure, contemplant sa félicité dans la glace.
Et lorsqu’elle vit monter cette flamme sur elle, oh…
Dans l’instant la coupe lui a été arrachée. Ses mains n’ont plus rien tenu. Elle a vu qu’on la serrait dans un coin. Elle s’est arrêtée là-dessus comme sur un énorme sujet de méditation à résoudre avant tout. Deux secondes plus tard, deux secondes trop tard, elle fuyait vers la fenêtre, appelant au secours.
Toute la flamme alors l’a entourée.


Elle se retrouve dans un lit, dont la souffrance monte jusqu’au ciel, jusqu’au ciel, sans rencontrer de dieu… dont la souffrance descend jusqu’au fond de l’enfer, jusqu’au fond de l’enfer sans rencontrer de démon.
L’hôpital dort. La brûlure éveille. Son corps, comme un parc abandonné..

 Défenestrée d’elle-même, elle cherche comment rentrer. Le vide où elle godille ne répond pas à ses mouvements.
Lentement, dans la grange, son blé brûle.
Aveugle, à travers le long barrage de souffrance, un mois durant, elle remonte le fleuve de vie, nage atroce.
Patiente, dans l’innommable boursouflé elle retrace ses formes élégantes, elle tisse à nouveau la chemise de sa peau fine. La guérison est là. Demain tombe le dernier pansement. Demain…
Air du sang, tu n’as pas su jouer. Toi non plus, tu n’as pas su. Tu as jeté subitement, stupidement, ton sot petit caillot obstructeur en travers d’une nouvelle aurore.
Dans l’instant elle n’a plus trouvé de place. Il a bien fallu se tourner vers la Mort.
A peine si elle a aperçu la route. Une seconde ouvrit l’abîme. La suivante l’y précipitait.
On est resté hébété de ce côté-ci. On n’a pas eu le temps de dire au revoir. On n’a pas eu le temps d’une promesse.
Elle avait disparu du film de cette terre.
Lou
Lou
Lou, dans le rétroviseur d’un bref instant
Lou, ne me vois-tu pas ?
Lou, le destin d’être ensemble à jamais
dans quoi tu avais tellement foi
Eh bien ?
Tu ne vas pas être comme les autres qui jamais plus ne font signe, englouties dans le silence.
Non, il ne doit pas te suffire à toi d’une mort pour t’enlever ton amour.
Dans la pompe horrible
qui t’espace jusqu’à je ne sais quelle millième dilution
tu cherches encore, tu nous cherches place
Mais j’ai peur
On n’a pas pris assez de précautions
On aurait dû être plus renseigné,
Quelqu’un m’écrit que c’est toi, martyre, qui va veiller sur moi à présent.
Oh ! J’en doute.
Quand je touche ton fluide si délicat
demeuré dans ta chambre et tes objets familiers que je presse dans mes mains
ce fluide ténu qu’il fallait toujours protéger
Oh j’en doute, j’en doute et j’ai peur pour toi,
Impétueuse et fragile, offerte aux catastrophes
Cependant, je vais à des bureaux, à la recherche de certificats gaspillant des moments précieux qu’il faudrait utiliser plutôt entre nous précipitamment tandis que tu grelottes
attendant en ta merveilleuse confiance que je vienne t’aider à te tirer de là, pensant « A coup sûr, il viendra
« il a pu être empêché, mais il ne saurait tarder
« il viendra, je le connais
« il ne va pas me laisser seule
« ce n’est pas possible
« il ne va pas laisser seule, sa pauvre Lou…
Je ne connaissais pas ma vie. Ma vie passait à travers toi. Ça devenait simple, cette grande affaire compliquée. Ça devenait simple, malgré le souci.
Ta faiblesse, j’étais raffermi lorsqu’elle s’appuyait sur moi.
Dis, est-ce qu’on ne se rencontrera vraiment plus jamais ?
Lou, je parle une langue morte, maintenant que je ne te parle plus. Tes grands efforts de liane en moi, tu vois ont abouti. Tu le vois au moins ? Il est vrai, jamais tu ne doutas, toi. Il fallait un aveugle comme moi, il lui fallait du temps, lui, il fallait ta longue maladie, ta beauté, ressurgissant de la maigreur et des fièvres, il fallait cette lumière en toi, cette foi, pour percer enfin le mur de la marotte de son autonomie.
Tard j’ai vu. Tard j’ai su. Tard, j’ai appris « ensemble » qui ne semblait pas être dans ma destinée. Mais non trop tard.
Les années ont été pour nous, pas contre nous.
Nos ombres ont respiré ensemble. Sous nous les eaux du fleuve des événements coulaient presque avec silence.
Nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert.


J’ai eu froid à ton froid. J’ai bu des gorgées de ta peine.
Nous nous perdions dans le lac de nos échanges.
Riche d’un amour immérité, riche qui s’ignorait avec l’inconscience des possédants, j’ai perdu d’être aimé. Ma fortune a fondu en un jour.
Aride, ma vie reprend. Mais je ne me reviens pas. Mon corps demeure en ton corps délicieux et des antennes plumeuses en ma poitrine me font souffrir du vent du retrait. Celle qui n’est plus, prend, et son absence dévoratrice me mange et m’envahit.
J’en suis à regretter les jours de ta souffrance atroce sur le lit d’hôpital, quand j’arrivais par les corridors nauséabonds, traversés de gémissements vers la momie épaisse de ton corps emmailloté et que j’entendais tout à coup émerger comme le « la » de notre alliance, ta voix, douce, musicale, contrôlée, résistant avec fierté à la laideur du désespoir, quand à ton tour tu entendais mon pas, et que tu murmurais, délivrée « Ah tu es là ».
Je posais ma main sur ton genou, par-dessus la couverture souillée et tout alors disparaissait, la puanteur, l’horrible indécence du corps traité comme une barrique ou comme un égout, par des étrangers affairés et soucieux, tout glissait en arrière, laissant nos deux fluides, à travers les pansements, se retrouver, se joindre, se mêler dans un étourdissement du cœur, au comble du malheur, au comble de la douceur.
Les infirmières, l’interne souriaient ; tes yeux pleins de foi éteignaient ceux des autres.
Celui qui est seul, se tourne le soir vers le mur, pour te parler. Il sait ce qui t’animait. Il vient partager la journée. Il a observé avec tes yeux. Il a entendu avec tes oreilles.
Toujours il a des choses pour toi.
Ne me répondras-tu pas un jour ?


Mais peut-être ta personne est devenue comme un air de temps de neige, qui entre par la fenêtre, qu’on referme, pris de frissons ou d’un malaise avant-coureur de drame, comme il m’est arrivé il y a quelques semaines. Le froid s’appliqua soudain sur mes épaules je me couvris précipitamment et me détournai quand c’était toi peut-être et la plus chaude que tu pouvais te rendre, espérant être bien accueillie ; toi, si lucide, tu ne pouvais plus t’exprimer autrement. Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux…"


La vie dans les plis, 1948, Gallimard

Le  poème ne figure pas l'édition de poche que j'ai. Peut-être Michaux en a t-il demandé la suppression, pressé qu'il était dans un premier temps de s'exposer dans ce qu'il avait de plus intime.
Puis de faire retrait par pudeur. ça ne m'étonnerait pas.
Mais je n'en sais rien. B

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Re: Henri Michaux

Message par ArenSor le Sam 29 Juil - 19:28

Bix, le poème figure bien dans l'édition de la Pléiade, accompagné d'un autre. En fait, "Nous deux encore" a été publié à un petit nombre d'exemplaires en 1948. Il ne fait donc pas partie de "La vie dans les plis" qui suit. Tu as tout à fait raison, H. Michaux s'était opposé à la réédition de ces textes dont il trouvait le caractère trop intime.
Merci à toi et à Tristram de nous rappeler ce très grand poète du 20e.
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Re: Henri Michaux

Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 29 Juil - 20:31

Tristram a écrit:Il y a une qualité chez Michaux qui fait que j'ai son oeuvre présente à l'esprit, sans doute parce qu'elle est unique et caractéristique. Par exemple, quand j'ai lu Ecuador, je pensais retrouver quelque chose de ce pays que je connais un peu, et en fait j'ai trouvé dans ces bribes des notations très profondes et marquantes, sur la notion de voyage notamment, condensées comme dans un poème (en fait une sorte de journal de voyage effiloché, assez déçu, sans référence précise à son objet), et bien d'autres réflexions :

« Je n'ai écrit que ce peu qui précède et déjà je tue ce voyage. Je le croyais si grand. Non, il fera des pages, c'est tout. »

« La phrase est le passage d'un point de pensée à un autre point de pensée. Le passage est pris dans un manchon pensant.
Ce manchon de l'écrivain n'étant pas comme connu, celui-ci est jugé sur ses passages. Il est bientôt réputé beaucoup plus imbécile et incomplet que ses contemporains. On oublie que dans son manchon il avait de quoi dire tout autre chose, et le contraire même de ce qu'il a dit. »

« Je viens de jouer… comme ça dilate… Excellent contre la pétrification qui est tout l'écrivain.
Il y a quelques minutes j'étais large. Mais écrire, écrire : tuer, quoi. »

Merci pour cette piqûre de rappel, Tristram. Il y a une forme d'écriture expérimentale chez Henri Michaux. Ce que tu nous dis sur les écrits de voyages n'est pas en soi si surprenant. Mais il faut dire que dans le cadre des écrits de voyage, il y a également la quête du voyage et de son écriture. Nicolas Bouvier est notamment dissert en ce que le voyage implique de notion de deuil. Disons que le tout n'était peut-être pas très abouti chez Henri Michaux. Je ne suis moi-même pas très fan du récit de voyage comme tel. Michaux avait une préoccupation plus large en ce qui concerne le genre d'écrits qu'il voulait léguer à la postérité. En ce sens, le rappel de Bix nous est très utile, notamment en ce qui a égard au thème de la mort. J'ai cependant pour philosophie en ce qui concerne Michaux du moins d'y aller pelure d'oignon après pelure... C'est une œuvre qui se fréquente lentement, mais sûrement...
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Re: Henri Michaux

Message par Tristram le Sam 29 Juil - 20:57

Oui Jack-Hubert, une oeuvre au carrefour nébuleux du surréalisme et de la métaphysique, de la poésie et de l'essai, du rêve, de la douleur et de l'humour aussi _ plus une ressource de choix pour citationniste impénitent, comme ici dans La vie dans les plis :

« Mais il est temps de me taire. J'en ai trop dit.
À écrire on s'expose décidément à l'excès.
Un mot de plus, je culbutais dans la vérité.
D'ailleurs je ne tue plus. Tout lasse. Encore une époque de ma vie de finie. Maintenant, je vais peindre, c'est beau les couleurs, quand ça sort du tube, et parfois encore quelque temps après. C'est comme du sang. »
Henri Michaux, « Homme-bombe », I, « Liberté d'action »

« Sur ses longues jambes fines et incurvées, grande, gracieuse Meidosemme.
Rêve de courses victorieuses, âme à regrets et projets, âme pour tout dire.
Et elle s'élance éperdue dans un espace qui la boit sans s'y intéresser. »
Henri Michaux, III, « Portrait des Meidosems »
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