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Italo Calvino

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Message par bix_229 Mer 7 Avr - 18:09

@Tristram
Oui, livre à lire, le beau rêve de vivre dans les arbres et aussi une histoire d'amour,

Tout à fait ! C'est là que j'ai lu Jerry dans l'ile de London, mon 1er livre pour adulte.
Expérience inoubliable.
L'arbre était un cyprès.
J'y ai revé souvent et sans modération dans l'arbre et ailleurs.
Le commerce s'en est melé qui fabrique des cabanes dans les arbres pour des adultes.
Mais reve, souvenirs et commerce ne vont pas ensemble.
Borges écrivait que les souvenirs étaient une oeuvre d'imagination.
Tant pis !
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Message par Bédoulène Mer 7 Avr - 18:55

la lecture m'avait laissée mitigée dans le ressenti

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Message par Tristram Ven 16 Juil - 12:41

Ermite à Paris – Pages autobiographiques

Italo Calvino - Page 4 Ermite10

Recueil de textes autobiographiques qui commence… par un séjour aux USA, et pas érémitique… Ce journal expédié à ses collègues des éditions Einaudi représente quand même la moitié du livre. Sinon, intéressant regard d’un Italien communiste qui connaît déjà l’URSS, fin des années cinquante ; attrait vif des villes, aussi forte attention aux religions (ici la juive) :
« Le drapeau américain est sur un des côtés de l’autel, comme dans toutes les églises américaines, de n’importe quelle confession (ici, de l’autre côté il y a le drapeau d’Israël). »
Côte Ouest :
« Ces paradis terrestres où vivent les écrivains américains, je n’y vivrais pas, même mort. Il n’y a rien d’autre à faire que se saouler. »
Il y a nombre d’opinions ou d’informations (vraies ou fausses) qui sont piquantes :
« J’oubliais de dire qu’une grande partie des histoires racontées par les guides sur les faits qui se sont passés dans les maisons historiques de New Orleans ont été inventées par Faulkner. Dans sa jeunesse, Faulkner a vécu ici quelques années comme guide en promenant des touristes ; il inventait toutes les histoires qu’il racontait, mais elles ont eu un tel succès que les autres guides ont commencé aussi à les raconter et elles font maintenant partie de l’histoire de la Louisiane. »
Aussi une expérience marquante avec la lutte de Martin Luther King dans le Sud.
Puis, dans la seconde moitié du livre, plus autobiographique encore, Calvino parle de son mentor, Cesare Pavese, et de son rapport à l’écriture :
« Humainement, mieux vaut voyager que rester chez soi. D’abord vivre, ensuite philosopher et écrire. Il faudrait avant tout que les écrivains vivent avec une attitude à l’égard du monde qui corresponde à une plus grande acquisition de vérité. C’est ce quelque chose, quel qu’il soit, qui se reflétera sur la page et sera la littérature de notre temps ; rien d’autre. »

« C’est qu’on ne raconte bien que ce que l’on a laissé derrière nous, que ce qui représente quelque chose de terminé (et l’on découvre ensuite que ce n’est pas du tout terminé). »
Calvino semble parler de choses et de façons différentes à chaque nouvel ouvrage, ce qu’il revendique ici :
« Quant à mes livres, je regrette de ne les avoir publiés chacun sous un nom de plume différent ; je me sentirais plus libre de tout recommencer chaque fois. Comme, néanmoins, je cherche toujours à faire. »
On trouve divers textes, plus ou moins brefs, dont des entretiens, des biographies de commande, et voici comment l’une se termine, qui me paraît légèrement goguenarde :
« L’auteur du Baron perché semble avoir plus que jamais l’intention de prendre ses distances avec le monde. Est-il parvenu à une condition de détachement indifférent ? Le connaissant, il faut croire que c’est plutôt une conscience accrue de toute la complication du monde qui le pousse à étouffer en lui aussi bien les mouvements de l’espoir que ceux de l’angoisse. »
L’expérience politique prend une grande place ; étonnante attitude devant la terrible dérive stalinienne, qu’il qualifie de schizophrénique :
« Tu me demandes : mais si tous, intellectuels, dirigeants, militants, vous aviez ce poids sur la poitrine, comment se fait-il que vous n’ayez pas songé à vous en défaire plus tôt ? »
La réponse est assez choquante, même si je soupçonnais depuis longtemps qu’elle ressortissait de l’aveuglement fanatique :
« …] un révolutionnaire, entre la révolution et la vérité, choisit d’abord la révolution. »
En quelque sorte des "faits alternatifs" ? La fin justifiant tous les moyens…
Ce livre est surtout intéressant pour ceux qui voudraient mieux connaître la politique italienne (communisme et fascisme), mais aussi l’homme Calvino, avec un éclairage de son œuvre ; peu très sur lui à Paris, juste le court texte éponyme du livre – ah ces éditeurs…
« J’ai aujourd’hui soixante ans et j’ai désormais compris que la tâche d’un écrivain consiste uniquement à faire ce qu’il sait faire : pour le narrateur, c’est raconter, représenter, inventer. J’ai cessé depuis plusieurs années d’établir des préceptes sur la manière dont il faudrait écrire : à quoi sert de prêcher un certain type de littérature plutôt qu’un autre si les choses que vous avez envie d’écrire finissent par être complètement différentes ? J’ai mis un petit moment à comprendre que les intentions ne comptent pas, que ne compte que ce que l’on réalise. Alors, mon travail littéraire devint aussi un travail de recherche de moi-même, de compréhension de ce que j’étais. »

\Mots-clés : #autobiographie #lieu #politique #Racisme #voyage #xxesiecle

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Message par Bédoulène Sam 17 Juil - 8:25

merci Tristram, je note je lirai ce livre !

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Message par Bédoulène Mer 11 Aoû - 9:31

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Ermite à Paris
(nouvelle qui donne son nom au livre)

La politique est très présente dans ce livre, que ce soit dans les souvenirs de jeunesse, dans le voyage aux USA et lorsque vieillissant Calvino s'éloigne du monde, c'est aussi un geste politique.

"Je crois que les hommes doivent y participer. Et les gens de lettres en tant qu’hommes. Je crois que la conscience civique et morale doit influer sur l’homme d’abord et ensuite sur l’écrivain. C’est un long chemin, mais il n’y en a pas d’autre. Et je crois que l’écrivain doit garder une ouverture dans son discours dont les implications ne peuvent pas ne pas être aussi politiques. Je suis fidèle à ces principes, et, en presque douze ans d’appartenance au parti communiste, ma conscience de communiste et ma conscience d’écrivain ne sont pas entrées dans les contradictions lancinantes qui ont déchiré un grand nombre de mes amis, leur faisant croire qu’il fallait opter pour l’une ou pour l’autre. Tout ce qui conduit à renoncer à une partie de soi-même est négatif. Je participe à la politique et à la littérature de façon différente selon mes dispositions, mais elles m’intéressent toutes les deux comme un même discours sur le genre humain"

je pense que ceci est tout à fait éclairant sur la conception qu'a Calvino de concevoir sa vie. J'ai noté d'ailleurs qu'il avait reconnu être au courant des pratiques staliniennes, ce qui est assez honnête.
Calvino a été résistant aux côtés de communistes, qu'il a apprécié donc c'est tout naturellement qu'il a adhéré au PCI, adhésion confirmée à la libération. Sortie du PCI 1956 - invasion de Prague par l'URSS-.

la culture est un élément de ce choix :

" nous aspirions à une civilisation qui fût la plus moderne, la plus évoluée et la plus complexe des points de vue politique, social, économique et culturel, avec une classe dirigeante hautement qualifiée, grâce à l’insertion de la culture à tous les niveaux de la direction politique et de la production."

Le voyage aux USA où il rencontre le racisme est le moment le plus impactant du voyage et j'y ajoute sa découverte de la pauvreté dans certaines régions du pays.

L'occasion aussi de voir la démarche des maisons d'édition.

Toutes les rencontres faites dans ce voyage sont des découvertes intéressantes que ce soit des personnes (syndicalistes, ouvriers, beatniks,sdf) ou des institutions (visite de l'ONU, wall street, Olivetti)

Un moment fort celui du discours de Calvino à la Maison d'Italie de Columbia :

" j’ai commencé ainsi à remplir la tâche d’ambassadeur de la culture italienne d’opposition que l’on sent la nécessité d’assumer dès qu’on arrive ici, même si c’est la barbe d’être là en train d’expliquer ce qu’a été la littérature de la Résistance et la culture de l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui, et d’organiser mon discours de façon à y faire entrer tous les noms interdits. Mais personne n’a jamais dit ce genre de choses ici, et je crois être parvenu à un premier résultat sur le plan de la politique cult. italienne en Amérique, ne serait-ce qu’en disant tout ce que Prezzolini ne veut pas qu’on dise et pour montrer à Donini ce que devrait être son métier (il dirige l’inst. it. de l’amb. – c’est le frère d’Ambrogio, presque aussi conformiste que lui dans le sens opposé, pas stupide, mais simplement extrêmement peureux, les mains liées, et de plus avec le complexe d’avoir un frère com.). Ils étaient là et ils ont encaissé ."

La religion :
La photographie classique de l’Amérique ; Celle de l’église baptiste noire installée dans la vitrine d’un magasin n’est pas un détail pittoresque, c’est la vue la plus ordinaire quand on se promène dans les rues des slums noirs."
           
Calvino cite plusieurs auteurs qu'il apprécie, tout d'abord Pavese et Vittorini dont la réflexion a eu beaucoup d'influence sur lui.

Une réflexion sur les villes et leur structure, leur visibilité et leur anonymat, notamment sur Paris,

"Paris est une œuvre de consultation gigantesque, c’est une ville que l’on consulte comme une encyclopédie : dès la première page, elle donne toute une série d’informations, d’une richesse qu’aucune autre ville n’égale. "

Un portrait fouillé du Duce.

****
Une lecture qui m'a intéressée et qui m'a permis de connaître un peu plus de l'auteur, autant l'homme que l'écrivain.

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