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Yukio Mishima

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Message par Tristram Jeu 13 Aoû - 0:08

Juste pour signaler deux réflexions sur Mishima et sa mort :
« Je ne sais plus dans quel article sur Mishima, je suis tombé sur ces mots : "Cette explosion pyrotechnique : la mort." »
Henry Miller, Virage à quatre-vingts

« La façon dont chez Mishima les particules traditionnellement japonaises ont remonté à la surface et explosé dans sa mort font de lui, par contre, le témoin, et au sens étymologique du mot, le martyr, du Japon héroïque qu’il a pour ainsi dire rejoint à contre-courant. »
Marguerite Yourcenar, Mishima ou La vision du vide
Sinon, je vais également me lancer dans La mer de la fertilité ; je suis un peu incertain, n'ayant pas de nouvelle de mes prédécesseurs dans cette oeuvre...

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Message par Arturo Lun 23 Nov - 18:15

Ce qui est très différent en Europe et au Japon, ce sont les rapports humains dans la société. Croyez-moi, lorsque le Japonais est face à un autre, il se met à penser comme s'il était l'autre. Lorsqu'on parle avec quelqu'un, on va trop loin parfois ; on essaye de se mettre dans l'autre, de l'épouser de l'intérieur. Alors cette attitude devient irritante, comme quelque chose de proche de l'intervention inutile. Tandis qu'en France ou en Europe, ces rapports deviennent ceux de deux personnes qui se défendent l'une de l'autre, qui veulent sauver et imposer leur intégrité. Voilà sans doute la plus grande et la plus difficile différence à saisir pour des lecteurs français. Dans les romans japonais, comme dans notre vie, on ne comprend pas, on ne sait pas à partir de quel moment on est l'autre ou soi-même. Il n'y a pas de limite !

Yukio Mishima, Entretien avec Jean Pérol (in Regard d'encre)

Qu'en penserait @Gnocchi ?
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Message par Armor Lun 23 Nov - 18:48

Je n'aurai pas les connaissances de Gnocchi, évidemment, mais pour suivre les vidéos de Français vivant au Japon ou de Japonais vivant en France, j'ai en effet plusieurs fois entendu parler de ceci.
La notion de tatemae est très importante au Japon. En résumant grossièrement, les Japonais te disent ce qu'ils pensent que tu veux entendre, pas forcément ce qu'ils pensent réellement. Ils ne veulent surtout pas risquer de gêner leur interlocuteur, raison pour laquelle, par exemple, ils ont du mal à dire "non" franchement, comme on le fait en France. D'où une vraie difficulté dans les échanges. Wink

Tu peux par exemple lire cet article sur cette notion de tatemae (et son corollaire, honne): clic

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Message par Aventin Dim 13 Déc - 7:39

Neige de printemps

Yukio Mishima - Page 2 Neige_10

Roman, 1969, 360 pages environ, titre original 春の雪.



Difficile de passer après le magnifique commentaire d'Églantine !
Et combien mes craintes étaient similaires aux siennes, on tique à l'idée de lire une traduction depuis...la traduction anglaise (tout de même, pour un auteur de la portée de Mishima...), au final ça passe bien, et comme nous ne sommes pas armés pour évaluer la déperdition (Gnocchi, si tu passes par là ?), on s'en contentera !

Mais, passons.

Ce premier volume de la tétralogie La mer de la fertilité est, de bout en bout, une splendeur.
Beaucoup de souplesse stylistique et de raffinements, de légèreté sans vacuité, de justesse descriptive sans pesanteurs.

Une prosodie chatoyante transparaît de ces pages, quant à l'histoire, nous sommes embarqués dans un Japon du début des années 1910, époque antérieure à la naissance de l'auteur et de peu postérieure à la guerre russo-japonaise en Mandchourie, sans doute la première guerre "moderne" par les moyens employés, et "terrible" par le nombre des victimes, d'entre les conflits militaires du XXème siècle. C'est aussi l'extrême fin de l'Ère Meiji, à laquelle il est souvent fait allusion dans le roman, ainsi qu'en filigrane l'Ère Edo (voir par ex. le second extrait), l'histoire devant s'achever aux alentours des années 1920.

Un Japon que Mishima campe entre modernité et traditions, s'européanisant, pour une mise en scène des hautes classes nobles et riches, en orchestrant son roman autour de deux beaux jeunes gens, Satoko Ayakura et Kiyoaki Matsugae.  
Histoire d'amour, non seulement sentimentale mais passionnelle, non seulement forte mais dramatique.  

Fait remarquable, dans ce roman, que d'aucuns estimeront épais ou long (ou bien les deux), mais que je ressens surtout comme dense, les descriptions d'apparence externe ou de l'ordre du détail (nature, temple, jardins, animaux, portrait peint, photographie, mer, considérations d'ordre météorologique, incidents, intérieurs, etc.), de même que les personnages secondaires (particulièrement remarquables, ceux-ci) lorsque la narration s'attarde font toujours sens, tout un jeu de correspondances est mis en place, avec raffinement, doigté, et, je n'en doute pas une seconde, immense talent d'écrivain, ceci étant composé avec grâce, légèreté, d'une plume alerte.  

Chapitre 12 a écrit:Kiyoaki tournait et retournait ces pensées, assis dans le demi jour de l'étroit carré bringuebalant du pousse-pousse. Ne voulant pas regarder Satoko, il n'y avait rien d'autre à faire que de contempler la neige dont la clarté jaillissait par la minuscule fenêtre de celluloïd jauni. Pourtant, à la fin, il passa la main sous la couverture où celle de Satoko attendait, à l'étroit dans  la tiédeur du seul refuge disponilbe.
  Un flocon, en entrant, vint se loger dans un sourcil de Kiyoaki. Cela fit s'écrier Satoko et, sans y penser, Kiyoaki se tourna vers elle en sentant les gouttes froides sur sa paupière. Elle ferma les yeux brusquement. Kiyoaki considérait son visage aux paupières closes; on ne voyait luire dans la pénombre que ses lèvres légèrement empourprées, et à cause du balancement du pousse-pousse, ses traits se brouillaient un peu, telle une fleur qu'on tient entre des doigts qui tremblent.
  Le cœur de Kiyoaki battait sourdement. Il se sentait comme étouffé par le col haut et serré de sa tunique d'uniforme. Jamais il n'avait été en présence de rien d'aussi impénétrable que le visage blanc de Satoko, ses yeux clos, dans l'attente. Sous la couverture, il sentit que l'attirait une force douce mais irrésistible. Il pressa sur ses lèvres un baiser.
   L'instant d'après, une secousse du véhicule allait séparer leurs lèvres, mais Kiyoaki, d'instinct, résista au mouvement, si bien que tout son corps parut en équilibre sur ce baiser, et il eut la sensation qu'un vaste éventail invisble et parfumé se dépliait autour de leurs lèvres unies.
  En cet instant, si absorbé qu'il fût,  il n'en avait pas moins conscience d'être un très beau garçon. La beauté de Satoko et la sienne: il vit que c'était précisément leur étroite correspondance qui dissipait toute contrainte, les laissant s'écouler de concert et se confondre aussi aisément que mesures vif-argent. Tout ferment de désunion, tout désenchantement naissaient de choses étrangères à la beauté. Kiyoaki comprenait maintenant que vouloir à toute force rester complètement indépendant était maladie, non de la chair, mais de l'esprit.


Chapitre 39 a écrit:"Faire un enfant à la fiancée d'un prince impérial ! Voilà ce que j'appelle un exploit ! Combien de ces minets, à notre époque, se montreraient capables de rien de pareil ? Il n'y a pas de doute, Kiyoaki est bien le petit-fils de mon mari. Tu n'en auras nul regret, même si on te met en prison. En tous cas, il n'y a pas de danger qu'on t'exécute", dit-elle, prenant un plaisir visible. Les rides austères de sa bouche avaient disparu et une vive satisfaction semblait l'enflammer, comme si elle avait banni des décennies d'ombre étouffantes, dispersant d'un coup les vapeurs anémiantes qui enveloppaient la maison depuis que le présent marquis en était devenu le maître. D'ailleurs, elle ne rejetait pas le blâme sur son seul fils. À cette heure, elle parlait aussi en représailles contre tous ceux qui l'entouraient dans sa vieillesse et dont elle sentait la puissance perfide se refermer sur elle pour la broyer. Sa voix portait l'écho joyeux d'une autre ère, une ère de bouleversements, ère de violence que cette génération-ci avait oubliée, où la crainte de la prison et de la mort n'arrêtait personne, où cette double menace constituait la trame de la vie quotidienne. Elle appartenait à une génération de femmes qui tenaient pour rien de laver leurs assiettes dans un fleuve que l'on voyait charrier des cadavres. Ça, c'était vivre ! Et aujourd'hui, chose remarquable, voilà que ce petit-fils, à première vue tellement fin de race, ressuscitait sous ses yeux l'esprit d'un autre âge.
  Le regard de la vieille dame se perdit, quelque chose comme une ivresse se répandant sur ses traits. Le marquis et la marquise considéraient en silence, scandalisés, ce visage de vieille femme trop austère, trop pleine de rude beauté paysanne pour qu'on pût la présenter en public comme la maîtresse douairière de la maison du marquis.    




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Message par Bédoulène Dim 13 Déc - 8:25

merci Aventin ! je vais peut-être me laisser tenter

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Message par Cliniou Lun 14 Déc - 21:00

Si mes souvenirs sont bons, Mishima à lui-même exigé cette interdiction d’une traduction directe du japonais vers le français pour La Mer de la Fertilité. Raisons un peu floues et confuses d’ailleurs.
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Message par Fantaisie héroïque Sam 20 Fév - 17:43

J'aime beaucoup la littérature asiatique, j'ai découvert quelques écrivains connus comme Kawabata, Tanizaki, Haruki Murakami que j'adore...et Mishima Smile J'ai lu quelques-uns de ses romans: Après le banquet, Le pavillon d'or, Confession d'un masque et m'y suis replongée récemment avec Le marin rejeté par la mer. Il fait clairement partie de mes préférés pour l'instant (mais j'ai lu les autres il y a longtemps maintenant...je m'y replongerai bientôt, certainement). Il s'agit d'un jeune garçon de 13 ans qui vit avec sa mère, veuve. Un jour elle rencontre un homme, un marin, et va le fréquenter. Le jeune garçon appartient à une bande de "durs" et il pense au départ que ce homme baroudeur sera pour lui un atout, qu'il lui permettra de se faire jalouser par ses copains...sauf qu'il découvre qu'il est à mille lieues du héros courageux et aventurier qu'il se figurait...et nourrit contre lui une haine de plus en plus intense.
Je ne dévoilerai rien d'autre mais en peu de pages, Mishima parvient vraiment à créer un climat, on sent une réelle tension se dégager des pages, une violence qui va crescendo...le tout dans un décor humide, lourd, oppressant (très belles descriptions des ports, de la chaleur...)

Mon prochain sera sans doute Le soleil et l'acier.
Un film adapté librement de sa vie est passé sur Arte récemment, ce doit être passionnant et à voir...
Et j'apprends grâce à ce fil qu'existe une correspondance entre Kawabata et Mishima Shocked. J'aimerais beaucoup la lire!
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Message par ArenSor Dim 21 Fév - 0:21

@Fantaisie héroïque a écrit:
Un film adapté librement de sa vie est passé sur Arte récemment, ce doit être passionnant et à voir...
Visible en replay jusqu'au 16 mars.
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