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Jean-Paul Clébert

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Message par Tristram Mar 18 Mai - 13:37


Jean-Paul Clébert

(1926 – 2011)

Jean-Paul Clébert Jean-p11


Ecrivain français né le 23 février 1926 à Neuilly-sur-Seine et mort le 21 septembre 2011 à Oppède, au pied du massif du Luberon.
Après avoir fait ses études dans une institution religieuse, Jean-Paul Clébert rejoint la Résistance française en 1943 à 16 ans. Après la Libération, il passe six mois en Asie puis revient en France. Il mène alors une vie clandestine dans l´univers des clochards, ce qui lui inspire son premier essai, Paris insolite (1952), qu'il dédie à ses compagnons de dérive Robert Giraud et Robert Doisneau.
Il passe encore quelque temps dans la capitale où il fréquente les derniers surréalistes et certains des cafés de Saint-Germain-des-Prés où se retrouvaient quelques-uns des participants de l'Internationale lettriste, préfiguration de l'Internationale situationniste. Durant deux ans, il est reporter en Asie pour Paris Match et pour France-Soir, avant de se retirer en 1956 dans le Luberon.
Il s'intéresse alors à l'histoire du Sud de la France et de la Provence.

Publications :
• 1952 : Paris insolite, Denoël, 1952 et 1981
• 1953 : La Vie sauvage
• 1955 : Le Blockhaus
• 1956 : Paris que j'aime, Sun
• 1958 : Provence insolite, coauteur : Georges Glasberg, Grasset
• 1962 : Les Tziganes, éditeur Arthaud, ouvrage illustré de 64 héliogravures, 18 dessins et 2 cartes
• 1966 : Provence antique, 1 : des origines à la conquête romaine, Laffont
• 1967 : Rêver de Provence - Côte d'Azur, Vilo
• 1968 : Histoire et guide de la France secrète, coauteur Aimé Michel, Encyclopédie planète
• 1970 : Provence antique, 2 : l'époque gallo-romaine, Laffont
• 1973 : « L'homme et la nature », tract numéro 138-139, éditions des Jeunes Naturalistes
• 1974 : Priking, éditions R.S.T.
• 1978 : L'Incendie du bazar de la Charité : 4 mai 1897 : roman vrai, Denoël
• 1979 : Les Carrières de Lacoste, eaux-fortes de Michel Moskovtchenko
• 1981 : Fort Chabrol (1999), Denoël
• 1984 : Mémoire du Luberon, Herscher
• 1986 : La Provence de Pagnol, Edisud
• 1986 : L'Ermite, Albin Michel, roman
• 1988 : Les Daudet, une famille bien française, 1840 1940, Presses de la Renaissance
• 1989 : Femmes d'artistes, Presses de la Renaissance
• 1992 : Guide de la Provence mystérieuse, Sand et Tchou
• 1992 : Guide de la France thermale, Horay, guide
• 1992 : Provence antique, 3 : Aux temps des premiers chrétiens
• 1992 : La Littérature à Paris : l'histoire, les lieux, la vie littéraire, Bordas
• 1993 : Provence, Éditions de La Martinière
• 1994 : L'Alchimiste du Roi-Soleil, Albin Michel, roman
• 1995 : La Durance, Privat
• 1996 : Dictionnaire du surréalisme, Seuil
• 1996 : De Provence, Nathan
• 1996 : Histoire de la fin du monde, de l'an mil à l'an 2000, Belfond
• 1998 : Vivre en Provence, Éditions de l'Aube
• 2000 : L'Esprit des hauts lieux, Albin Michel, roman
• 2001 : Les Fêtes provençales, avec Josiane Aoun et Béatrice Tollu, Aubanel, « Nature Côte Sud »
• 2003 : Prophéties de Nostradamus : Les Centuries, texte intégral (1555-1568), Dervy
• 2004 : Histoires et légendes de la Provence mystérieuse, Sand & Tchou
• 2006 : Herbier provençal, Rivages
• 2007 : Marie Madeleine en Provence, éditions Oxus

(Wikipédia)

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Tristram Mer 19 Mai - 0:27

Paris insolite

Jean-Paul Clébert Paris_11

À propos de ces flâneries urbaines, impossible de ne pas évoquer les deux Robert, Giraud et Doisneau (qui apparaissent d’ailleurs dans ce livre qui leur est dédié), et inutile de préciser que la connaissance géographique de Paris est conseillée. Ce texte est plus encore peut-être un témoignage sur les lieux et l’époque, tant sont nombreux les portraits et tableaux précis, comme les Halles, la Villette, ou l’ancienne ligne des fortifications où erre ce « rôdeur de barrières ».
« Mais en haut, face au Canon de Bicêtre et le long des fortifs, c’est pas beau. Envie de s’asseoir et d’en finir, à condition que ça puisse finir un jour. Une brocanteuse en rade ayant piqué la place d’un ancien, et rangeaillé ses mignardises en stuc et toc sur un coin d’herbe, il s’ensuit une bagarre lamentable. L’autre balance tout. Volent au vent, tas de détritus, morceaux de porcelaine qui trouvent encore moyen de casser. Et ça gueule. Argot hétérogène, yiddish, polak, bas allemand, berbère, kabyle, gitan et même slang, comme celui de ce grand vieil Américain là-bas, couvert d’une peau de bique à trois étages comme un berger des Pyrénées et que personne ne comprend, si ce n’est peut-être l’Isaac du coin qui cligne de l’œil… »
Clébert se signale également par son intense curiosité, surtout pour les gens, mais aussi esthétique, historique, sociale.
« Et Martin, surtout, peut-être le seul type qui à Paris puisse se vanter d’exercer la profession de porteur d’eau, allant chaque matin chercher à la fontaine la flotte à tout faire de dix ou quinze habitants, muni de brocs en faïence bleue et d’arrosoirs en tôle bosselée, faisant les corvées, les courses, au tabac, chez le boulanger, à l’épicerie, là-bas en ville, de l’autre côté de la caserne, se faisant payer la plupart du temps en nature, cigarettes, verres de vin ou de café, bols de soupe qu’il réclame d’un ton péremptoire, n’ayant pas la langue dans sa poche et lorgnant instinctivement le comptoir, n’acceptant d’aller quérir les ingrédients que si son godet est plein à ras bord, d’avance et posé bien en évidence ; menant une vie de château, couchant dans une cahute plus ou moins abritée dont il est le légal propriétaire, se couchant tôt et se levant tard, n’arrivant chez Francis que vers dix heures, au désespoir de Mme Jeanne qui n’a rien pour tremper la soupe, et saluant la compagnie, se collant les mitaines aux flancs du poêle, s’approchant du patron qui petit-déjeune en rentier d’un saladier de café au lait et de tranches de pain beurré, et lui déclarant l’œil égrillard et la voix théâtrale : Ah ! Comme votre café me fait plaisir ! »
Il n’omet pas de courir les filles − affichant une certaine misogynie peut-être ?
« La Catherine fait dans les cent quatre-vingts livres et baise à croupetons. Grasses et boudinées, elles ne sont plus de toute première fraîcheur, mais les clients ne manquent pas : bouchers et tripiers du coin habitués à malaxer la viande mollasse et la bidoche violette. »
La misère pendant la guerre et le long après-guerre de reconstruction passent peu à peu, avec les petits métiers depuis disparus.
« …] les biffins qui (tôt arrivés, à trois-quatre-cinq heures de la nuit d’hiver, pour avoir la meilleure place qu’ils marquent de ficelles, de pavés, de journaux, tandis qu’ils vont boire un jus mauvais) viennent vendre leur camelote, ces objets hétéroclites dont échappe à première vue la valeur marchande, morceaux de tissus et de vêtements, godasses dépareillées, soucoupes ébréchées, réveille-matin sans aiguilles et vides probablement, jeux de clés, poignées de clous, cartes postales, journaux maculés, jusqu’à des morceaux de planches coupées et assemblées en margotins. »
Les bistrots évidemment, tous aussi singuliers que chaque individu, dans un livre cependant moins aviné que Le Vin des rues ; pourtant les mêmes rues et quartiers de Paris… Et surtout la vadrouille heureuse :
« Itinéraires parisiens, dédales, détours, raccourcis, volteface, retours, montées, descentes, calme plat des rues abandonnées, dont le charme est si grand que fatigué déjà d’un long piétinement dans la zone sud, aux confins de Montrouge, je n’hésitais pas à regagner ma tanière des Halles par le chemin des écoliers, quittant le boulevard Kellermann pour remonter sur la place des Peupliers et longer la rue Charles-Fourier (où dès cinq heures des dizaines de copains cloches stationnent devant la porte de cave du sordide bâtiment de la Mie de Pain, faisant la queue de façon organisée, ne voulant pas perdre une place, car les tickets, rouges pour une soupe et un lit, blancs pour une soupe seule et le droit de dormir sur les bancs, et sans couleur distincte pour celui de s’allonger sur le ciment, sont distribués par ordre d’arrivée). »

« Mais un cul-de-sac dans la ville est une chose rare, presque un miracle. Car Paris-la-nuit est un dédale, les rues y sont interminables, n’en finissent jamais, se multiplient, se poursuivent, se prolongent, s’emboîtent les unes aux autres comme des canalisations, se rétrécissent ou s’élargissent comme des bouts de lorgnettes, ou en équerre, ou à angles droits, vaste treillage, échafaudage enchevêtré de tubulures de fer posé à même le sol. Paris-la-nuit est un labyrinthe où chaque rue débouche dans une autre, ou dans un boulevard qu’ils appellent justement une artère, où je progresse lentement par soubresauts comme un caillot de sang, hoquetant, suivant la plus grande pente, poussé derrière moi par les étranglements, aspiré devant par le vide. Et j’avance, je marche, je coule, je fleuve, j’espère me jeter dans la mer, havre de paix et d’insouciance. Mais c’est impossible, il n’y a jamais autre chose que des embranchements, des carrefours, des bifurcations, partout des affluents à droite à gauche en amont en aval, partout des rives identiques encaissées indifférentes, insensibles à l’égratignement du cours des rues. »

« Vagabondage. Mon plus long voyage, un bon mois, fut le parcours du quatrième arrondissement, le centre vital de Paris, le plexus, d’une diversité stupéfiante, propre à l’évocation d’un exotisme de pas-de-porte. »

« Mains au creux des fentes pantalonnières, le mégot basculant, l’œil plissé sous la fumée, un pied chassant l’autre, on se tape un gueuleton visuel, gratuit, pour soi seul. »
Les différentes « chroniques », manifestement écrites à différentes dates, sont vaguement regroupées par thèmes ou lieux. L’expression est originale, et vigoureuse. Savoureuse, même si ce n’est pas toujours drôle.
« C’est en son honneur et sur sa demande que j’avais fait le sacrifice d’un paquet de bougies, dont il aimait comme moi la lumière vacillante tellement plus vivante que celle d’une lampe électrique dont la source est anonyme et canalisée, vivante dans ses mouvements de hanches, dans la variation de sa vivacité, une cosmie d’éclats et d’éclipses, vivante parce qu’éphémère, dont la lueur apaisante ne choquait pas les paupières des endormis, les veillait, s’animant à leur souffle. J’en avais enculé trois bouteilles. »

« Rien n’est plus épouvantable que le repêchage en Seine de cadavres qui s’en vont à vau-l’eau couler des jours meilleurs dans un autre univers, gosses maltraités et incompris, filles engrossées et abandonnées, chômeurs inadaptables, follingues obsédés, tous ces types de roman-feuilleton qui ont la vogue des lectures populaires et dont le spectacle cramponne les badauds comme des insectes scatophiles sur des merdes neuves. »
La crasse et la faim, les Arabes et les juifs, les cloches et les mendigots, les chiffonniers et les chômeurs, les vieillards et les putains, les repris de justice et un avaleur de grenouilles, Clébert est avide de s’initier à tous les milieux et corporations, de connaître de façon approfondie tout un réseau de repaires, terriers, planques et caches secrètes, ficelles, tuyaux et combines partagées entre copains.
Le vrai de cette vie, c’est le goût de la liberté, un choix assumé de cette indépendance que lui envient les inconnus qui lui prêtent leur logement pour une matinée :
« Nombre relativement étonnant (qui suffit à remplir la longueur d’un calendrier) des types ayant encore le sens de l’hospitalité et du dépannage gratuit. »
Sans paraître politisé, Clébert n’aime pas les personnes aisées qui méprisent les nécessiteux, guère les religieux (mais son point de vue sur eux est intéressant) et nettement moins encore les touristes et la fausse bohème ; il fait preuve de passéisme (regret des vieilles rues et du bon temps qui disparaissent) :
« La lumière bouffe tout. La nuit dans la ville se réduit à une poignée d’heures. »
Saisissante évocation également, celle des indigents qui meurent seuls : tout le passage mériterait d’être cité.
« On imagine assez peu le nombre de ces êtres humains, à bout de ressources et de souffle, qui s’éteignent en cachette, se terrent dans leur trou pour se voir mourir. »
Le « Paris Vécu », les marches nocturnes, le peuple quand ce terme n’était pas encore trop entaché de connotations – une page devenue légendaire.
Une belle découverte que celle de ce livre, due à maître ArenSor, que j'en remercie !

\Mots-clés : #lieu #misere #social #temoignage #urbanité #xxesiecle

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Message par Bédoulène Mer 19 Mai - 8:00

les extraits et ton commentaire sont incitatifs, mais......................jamais vu Paris, ce qui enlèverai à l'association ?

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Message par Tristram Mer 19 Mai - 12:50

Tu as bien entendu parler de Mouffetard, des quais de Seine, de la rue Saint-Denis et du marché aux Puces : tu devrais te débrouiller. D'ailleurs je pense que l'aspect témoignage populaire et sens de la liberté pourraient t'intéresser !

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Message par Quasimodo Mer 19 Mai - 13:00

Merci pour cette belle incitation ! J'ignorais même son nom !
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Message par Tristram Mer 19 Mai - 13:03

C'est ArenSor qu'il faut remercier ! vraiment une belle trouvaille.

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Message par Bédoulène Mer 19 Mai - 13:16

ok Tristram, j'ouvrirai un plan de paris ! Smile (j'avais vu ton conseil)

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