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Junichiro TANIZAKI

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Message par bix_229 le Sam 10 Déc - 15:37

Junichiro Tanizaki
(1886 - 1965)


Junichiro TANIZAKI Taniza10

Junichiro Tanizaki est le seul écrivain japonais publié en Pléiade, seul à faire l'unanimité parmi les spécialistes de littérature japonaise, dont il est l'enfant terrible. Alors que Mishima se mêle de l’histoire de son pays en fondant une milice paramilitaire, que Kawabata signe un appel en 1967, un an avant de recevoir le Nobel de littérature, contre la révolution culturelle en Chine, Tanizaki se tient en retrait de la vie publique. S’il est engagé, c’est dans son œuvre . Son obsession : donner libre cours à ses intrigues, ses narrations et ses fantasmes. Ceux-ci apparaissent sont révélés dès sa première nouvelle, publiée en 1910, à l’âge de 24 ans , et intitulée « le Tatouage ». Il y met en scène des rapports sadomasochistes et fétichistes du pied. Adepte dans sa vie de relations triangulaires, il cède sa femme à un ami et l’annonce dans les journaux ! Il fait scandale en incarnant lui même son œuvre. A sa mort en 1965, il est au panthéon des lettres japonaises. En France, c'est surtout pour son court essai intitulé « Eloge de l’ombre », qu'il est connu. Une vie, une œuvre pénètre au cœur des fantasmes de cet ogre littéraire et met en lumière cet obsédé textuel.
source : France Culture

Bibliographie en français :

Romans, récits, nouvelles
1910 : Le Tatouage
1910 : Le Ki-lin
1910 à 1936 : Le secret
1910 à 1936 : Terreur
1910 à 1936 : La Haine
1911 : Les jeunes garçons
1915 : Le meurtre d'O-Tsuya
1917 à 1926 : L'Affaire du Yanagiyu et autres récits étranges
1918 à 1936 : Le Chat, son maître et ses deux maîtresses
1919 : Le Pied de Fumiko
1921 : Puisque je l'aime
1922 : L'Eternelle idole
1925 : Un Amour insensé  
1928 : Svastika Pages
1929 : Le Goût des orties ; Page 2
1930 : De la paresse
1931/1932 : La Vie secrète du Seigneur de Musashi
1932 : Le Coupeur de roseaux
1932/1933 : Deux Amours cruelles (Shunkin, Ashikari) ; Page 1
1933 : Eloge de l'ombre
1935 : Autour du pot
1943 à 1961 : Le pont flottant des songes
1948 : Quatre sœurs (ou Bruine de neige) ; Page 1
1956 : Années d'enfance
1956 : La Clef (La Confession impudique) ; Page 1
1961 : Journal d'un vieux fou ; Page 1
1962 : Nostalgie de Kyôto , dans Le Vase de Béryl

Théâtre
1925 : Puisque je l’aime

MAJ le 11/10/2020
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Message par bix_229 le Sam 10 Déc - 15:50

Junichiro TANIZAKI 41jxkq10

Deux amours cruelles

J'ai une édition de Tanizaki comprenant deux nouvelles, réunies sous le titre de : Deux amours cruelles.
La première, c'est l'Histoire de Shunkin. L'autre, Ashikari : Une coupe dans les roseaux - traduite aussi sous un autre titre -
La préface est de Henry Miller, datée de 196O. Miller ne cachait pas son enthousiasme pour la culture et la littérature Japonaise. Lisez plutôt :

Nous naviguons dans un domaine que le lecteur occidental, malgré toutes les connaissances psychologiques qu'on peut lui supposer, n'accepte pas toujours facilement. La conduite des femmes notamment est faite pour le rendre perplexe, si même il peut y croire. Et pourtant la réalité de leurs actes ne laisse aucun doute ; elles sont plus véritablement, plus complètement femmes, ces caractères tragiques, qu'aucune des créatures de notre imagination. Elles rappellent ces héroïnes également incroyables de la tragédie grecque.
...
Venue d'un fond historique, traditionnel, rigoureusement conventionnel, l'héroïne japonaise se meut avec une liberté et une audace qui nous confondent. On ne sait jamais ce qu'elles nous réservent et on obtient toujours plus qu'on ne pourrait raisonnablement attendre (n'est-ce pas là en soi une preuve de leur totale féminité ?)
Mais la suprême différence entre la femme japonaise et les autres femmes de la littérature amoureuse tient à l'aura d'esthétique qui l'entoure. Même l'action la plus brutale, la plus laide, nous apparaît à travers cette aura.
Je sais que ce que j'écris peut paraître exagéré. Soit. Je ne m'excuse pas de ces faiblesses.


Je ne sais pas si ce que dit Miller sur les Japonaises est vrai, mais en ce qui concernait les femmes, il tenait toujours à vérifier les motivations de ses enthousiasmes.
Bref, il les épousait, ou il vivait avec...Un pragmatique, Miller !
Et donc, il a aussi épousé une Japonaise.

Armor a raison d'expliquer les diverses facettes de Tanizaki.

C'est un auteur complexe, à la fois influencé par l'Occident mais aussi attaché à sa propre culture, même s' il s'aperçoit qu' elle est en train de disparaître. Sous les effets conjugués de l'introduction de la culture occidentale, de la curiosité grandissante des écrivains et artistes japonais, de la nécessité de sortir de l'insularité  protectrice mais impérialiste, et de la remise en question des valeurs -vraies ou fausses- qui ont volé en éclat lors du conflit mondial, en 1940.


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Message par Armor le Mar 27 Déc - 0:44

C'est vrai bix, pour moi, Tanizaki a deux facettes, qui ont donné lieu à des ouvrages très différents.
Il y a celle que je préfère, la facette apaisée, qui s'attache à décrire la réalité d'un Japon pris entre tradition et modernité. Un monde qui s'enfuit, et dont on observe les derniers feux avec nostalgie mais sans amertume.
Dans cette veine, j'ai aimé Le goût des orties, apparemment inspiré de la propre expérience de l'auteur.
Plus que tout, j'ai été envoûtée par Quatre soeurs (autrefois publié sous le titre Bruine de neige), qui pour moi est un pur chef d'oeuvre.

Et puis, il y a la facette la plus étrange de Tanizaki, se nourrissant de ses obsessions personnelles. Celle-là a donné lieu à des livres parfois brillants, mais à l'atmosphère déroutante et malsaine. Même si je suis loin d'avoir tout lu, je pense que La clé, la confession impudique est l'un de ceux qui reflètent le mieux cet aspect de l'oeuvre de Tanizaki.

Junichiro TANIZAKI Images13

La clé, la confession impudique

Un couple tout ce qu'il y a de respectable : un professeur d'université de cinquante-six ans et son épouse de quarante-cinq. Depuis toujours, la femme est dotée d'un insatiable appétit sexuel que son mari, l'âge aidant, et malgré une passion jamais démentie, ne parvient plus à satisfaire ; et ce d'autant plus que leurs exigences ne s'accordent pas.
Un soir, l'époux découvre que sous l'emprise de l'alccol son épouse devient bien plus coopérative, et que son désir pour elle s'en trouve fortement attisé. Il remarque par ailleurs que le jeune Kimura, pressenti pour épouser leur fille Toshiko, semble bien plus épris de la mère que de la fille, et que cette attirance a l'air d'être réciproque...
Aussi, les soirs où tous les quatre dînent ensemble, invariablement Madame boit plus que de raison et va s'évanouir dans son bain, et invariablement Kimura aide son époux à la transporter jusqu'à son lit avant de rentrer chez lui. La lampe de la chambre parentale demeure ensuite allumée toute la nuit...
Mais pour entretenir sa vigueur retrouvée, le mari devra user de nouveaux stratagème, et quel stimulant plus puissant que la jalousie ? L'idée lui vient d'utiliser le jeune Kimura, et dans ce domaine son imagination se révèle fertile autant que malsaine.

Chacun des époux va se mettre à tenir un journal intime dans lequel il relate cette situation nouvelle et tente par la même occasion de manipuler l'autre. Il est effet évident que, tout en niant lire les écrits de son conjoint, chacun prend aussi souvent que possible connaissance des pensées les plus intimes de celui-ci.
Ce aurait pu n'être qu'un marivaudage destiné à pimenter la vie de couple va se révéler bien plus insidieux et pervers, chacun se jouant de l'autre jusque dans les détails du quotidien. Même Toshiko, la fille du couple, va pour d'obscures raisons se mêler ouvertement de la vie sexuelle de ses parents...

Au fil des pages le mari se révèle à la fois calculateur, pervers et bien naïf, se consumant peu à peu à force de courir après sa jeunesse perdue. L'épouse parfaite et mère de famille exemplaire va quant à elle dévoiler  un tout autre visage, de plus en plus glaçant.
Tandis que l'époux s'étiole et ne vit plus que pour ses ébats nocturnes et l'illusion qu'ils lui apportent d'une vigueur retrouvée, sa femme s'épanouit et semble puiser une nouvelle jeunesse auprès du séduisant Kimura.

Le lecteur, placé dans la position inconfortable du voyeur, est confronté tour à tour à chacune des versions des événements. La sensation de malaise s'accroît au fil des pages tandis que pensées inavouables et situations malsaines défilent devant ses yeux. Les masques tombent.  Et celui qui a initié le jeu n'est pas forcément celui qui le mène au bout du compte…

(Ancien commentaire remanié)


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Message par Avadoro le Jeu 29 Déc - 17:50

Junichiro TANIZAKI 51qatj10

Quatre soeurs

Une oeuvre magnifique, d'une immense sensibilité dans son évocation du quotidien d'une famille japonaise dans les années 1930. Le poids des normes sociales pèse sur la relation entre les quatre soeurs, et le retard pris dans le mariage de la troisième devient très vite le point d'ancrage des tensions et des incertitudes. Tanizaki parvient à transcender une réflexion, des introspections, et s'attache à saisir les contradictions et les failles de chaque personnage avec une émotion très vive.

Il est souvent question d'un passé révolu alors que les soeurs Makioka contemplent, avec amertume, les signes d'un déclassement par rapport à la génération de leurs parents. C'est une évolution lancinante, qui fait aussi surgir avec beaucoup de force l'éclat d'une émancipation (à travers les choix de la plus jeune soeur). Si le tumulte de la seconde guerre mondiale approche, l'histoire ne reste qu'une toile de fond et l'écriture suit toujours sans relâche l'intime et ses bouleversements. Ce sont des souffrances et des joies, parfois entremêlées, qui forment le ciment d'une cellule familiale....et si les angoisses sont omniprésentes, Tanizaki souligne avec éclat l'intensité décisive des liens relationnels.

(Ancien commentaire remanié)



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Message par Dreep le Ven 24 Mar - 16:58

Junichiro TANIZAKI 51qatj10

Quatre soeurs est un livre profond et drôle, un peu à l'aune d'ailleurs des réflexions qu'on a en Europe à cette époque. Comment se détermine-t-on au sein d'une société, dans un monde qui est en train de changer et qui a une destinée plus qu'incertaine ? (Tanizaki lui-même ne se doute pas du tournant que prendra la guerre pour le Japon, quatre ans après la publication de son roman, en 1941.)
D'une certaine manière, j'y ai trouvé une résonance avec L'homme sans qualités de Robert Musil. La société, dans Quatre soeurs, est largement déterminée par le passé. L'appellation "maison aînée" comme une organe ministériel de la famille pourrait presque évoquer Le Dit du Genji. Il y a la deuxième soeur, Satchi Ko, qui tergiverse, elle qui a des responsabilités et doit avec son aînée trouver des époux aux deux cadettes des orphelines. Youki Ko doit être celle qui est le plus tournée vers le passé, mais trop, c'est-à-dire qu'elle est rigoureusement inadaptée et mutique. Le cas de Tae Ko est en revanche plus complexe... elle est dit-on, la plus "moderne" des soeurs. J'en doute quant à ce qui ce qui advient d'elle, mais je vais me garder de dévoiler ces péripéties.
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Message par Gnocchi le Sam 25 Mar - 16:35

Merci beaucoup pour vos commentaires sur Tanizaki.
Maintenant vous m'avez donné l'envie de relire "Quatre sœurs" en japonais que j'avais laissé chez mes parents au Japon.
Je l'ai lu quand j'étais au lycée. J'ai presque tout oublié.

Mais l'écriture de Tanizaki est très belle. A présent, il n'y a plus d'écrivains japonais qui peuvent écrire comme lui. C'est triste.
Il a certainement écrit des choses vulgaires, mais sa belle écriture le sauve très souvent, je crois.
Je ne sais pas si vous pouvez sentir ça en traduction.


Dernière édition par Ariane S. le Sam 25 Mar - 17:16, édité 2 fois
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Message par églantine le Sam 25 Mar - 16:43

Vous êtes absolument terribles les chosiens .  Shocked
Je n'ai pas pu m'empêcher de commander Quatre soeurs ce matin .
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Message par Armor le Sam 25 Mar - 16:47

Ah je suis contente, églantine ! Dreep, merci pour ton avis, ça a toujours du bon de réveiller les fils endormis. cheers
Quatre soeurs est un livre qui mériterait d'être plus connu des Chosiens. Loin des écrits plus "bizarroïdes" de l'auteur, celui-ci est un pur bijou.

Ariane, pourquoi dis-tu qu'il n'y a plus d'écrivains capables d'écrire comme lui ? Qu'est-ce que son style a de si particulier en japonais ?
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Message par Gnocchi le Sam 25 Mar - 17:36

@églantine a écrit:Vous êtes absolument terribles les chosiens .  Shocked
Je n'ai pas pu m'empêcher de commander Quatre soeurs ce matin .
cheers

@Armor a écrit:Ariane, pourquoi dis-tu qu'il n'y a plus d'écrivains capables d'écrire comme lui ? Qu'est-ce que son style a de si particulier en japonais ?

Après la seconde guerre mondiale, l'écriture des écrivains japonais sont complètement changé comparé avec les générations formées avant la guerre. C'est-à-dire qu'il y avait une grande influence de l'époque Edo jusqu'à la seconde guerre. Il y avait un lien fort de rythme et de beauté traditionnelle entre Akutagawa, Kafû, Tanizaki et Saïkaku, Chikamatsu.
Comme les japonais ont renoncé beaucoup de choses traditionnelles après la guerre, l'écriture a appauvri sous l'influence de la culture américaine sauf Jun Ishikawa qui a conservé la beauté traditionnelle jusqu'à sa mort.

Takéshi KAIKO a inventé une écriture magnifique vers 1975. Mais son écriture n'est tout de même rien à voir avec la beauté des écrivains avant la guerre.
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Message par Secrètement le Sam 21 Déc - 23:57

Journal d'un vieux fou

Junichiro TANIZAKI Journa10


J'avoue qu'en lisant le résumé, à savoir "vieillard maladif est victime de sa belle-fille profiteuse", je m'attendais à avoir vraiment un récit de déchéance très sombre, d'autant plus qu'il s'agit de mon premier Tanizaki donc je ne savais pas à quoi m'attendre.

La légèreté de ce livre m'a donc surprise, on sent beaucoup d'ironie, d'humour, de peinture joyeuse des caractères à travers l'écriture de Tanizaki (ou du moins sa traduction). C'était assez intéressant, mais j'ai trouvé qu'il manquait quelque chose qui rendait l'oeuvre réellement intéressante, même si l'on comprend, au final, ce que veut signifier l'auteur. La lucidité du vieil homme qui, au final, n'en est pas vraiment une, est très bien reproduite : le roman est une reproduction des entrées de son journal intime.

Le roman n'est pas du tout ancré dans des références historiques. On se retrouve seulement dans les objets du quotidien, notamment les "frivolités" européennes de la belle-fille soutirées au vieillard. Pour cela, j'ai trouvé la lecture intéressante. (j'y pense aussi, mais tout ce qui est société "patriarcale" du grand-père chef de famille est aussi un angle que j'ai aimé)

Une jolie petite lecture, en somme.
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Message par Bédoulène le Dim 22 Déc - 8:17

merci Secrètement (dis celle qui attends encore de trouver une entrée dans la littérature japonaise)

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Message par Arturo le Dim 22 Déc - 8:24

Je crois qu'il ne m'avait guère emballé non plus ce Journal d'un vieux fou, je ne m'en souviens plus tellement. J'avais préféré La clef / La confession impudique, là pour le coup j'ai des souvenirs de textes assez retors et pervers. Peut-être le livre qui est le plus abouti dans cette partie de l'oeuvre de Tanizaki (cf les deux facettes de l'auteur dont parle Armor dans un message plus haut).
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Message par Dreep le Ven 14 Aoû - 10:14

J'ai réécris il y a peu une critique sur

Quatre soeurs

Junichiro TANIZAKI 51eyh110


Qui dit roman dont les personnages sont de la même famille dit foyer de haines sourdes ou exprimées ouvertement ? dit obligations tyranniques observées au nom d'un amour inconditionnel allant de soi et non librement et intimement ressenti, au nom d'une mythologie sur l'ascendance et la descendance ? On peut évoquer les Karamazov, on peut évoquer Kafka, Butler ou Strindberg, on peut sans doute évoquer beaucoup d'autres romans et même ceux dont "un passif familial" n'est pas nécessairement le sujet (ou le seul sujet) mais qui laissent transparaître bien des choses ?

Ne sortons pas tout de suite l'artillerie lourde : Quatre sœurs occuperait une place à part au milieu de cette littérature. Il y a dans mes souvenirs, mille tensions dans le plus gros roman de Tanizaki (près de 900 pages en folio) et, je le crois de plus en plus, ce qu'il a écrit de plus fort... (en dépit du fait qu'il me reste beaucoup de livres à découvrir de lui). Ce n'est pas de l'artillerie lourde, mais seulement dans le sens où Tanizaki ne donne ni dans la démesure ou la monstruosité, ni même dans le procès : rien de cela n'est mis en évidence, tout est concocté dans des ambiances feutrées ; on peut même penser que ces quatre sœurs s'aiment le plus sincèrement du monde. Mais ces quatre jeunes femmes, issues de l'aristocratie, ne comprennent pas dans quel monde elles vivent (et pas plus leurs contemporains qui jugent qu'elles appartiennent au passé, d'ailleurs). Parce qu'il s'agit d'un monde (la société nippone entre 1920 et 1945, donc) qui change, et qui va "changer" (ceci est une litote), à l'instar de la société autro-hongroise dont parle Arthur Schnitzler dans Vienne au crépuscule ou Robert Musil dans L'Homme sans qualités, je pourrais dire aussi à l'instar de la société française, dans Les Thibault de Roger Martin du Gard, que je suis en train de lire. Au vrai, ce roman de Tanizaki, par des circonstances que l'auteur ne pouvait prévoir, gagne une valeur supplémentaire. La guerre est là, même si elle est lointaine. Il y a les gentils voisins allemands de l'une des sœurs (je ne sais plus laquelle) qui parlent d'un retour peut-être nécessaire au pays, aux vues de certains événements.

Allons plus loin : si dire de quoi parle un livre consiste à résumer l'intrigue, j'aurais l'impression légèrement embarrassante de parler de quelque-chose qui fleure un peu la guimauve moisie. L'enjeu est tout simplement celui d'une jeune femme à marier. Bon, du reste, Tanizaki n'est ni le premier ni le dernier sur cette question, que ce soit au Japon ou ailleurs. Reste que Tanizaki était beaucoup critiqué (et même censuré, je crois) parce que son travail était jugé peu compatible avec la mentalité de fierté nationale et de militarisme concertée par les hautes instances de l'époque... donc avec ce roman publié en 1941, mais aussi avec la traduction en japonais moderne du Dit de Genji, énorme classique ― rappelons-le encore une fois ― du Japon raffiné et courtois, énorme livre sur lequel il bûche à la même époque (oui, ce gars est quand même un forcené de travail) le message de Junichir'ô aux instances susdites est parfaitement clair : "Je m'en fiche". L'écrivain japonais fait toujours selon son goût ― c'est même une façon de caractériser son œuvre ― notoirement tourné vers un "monde" féminin.

Ce qui me reste de cette lecture (achevée il y a trois ans), c'est cette fascinante différence entre les quatre caractères, qui n'ont rien d'anodins. (Justement pour cette raison, je mets le paragraphe suivants en "spoiler" vu que je décris les caractères en question. Je ne sais pas s'il "gâche" quoi que ce soit, je laisse le choix à celui qui lit ma critique et qui n'a pas lu Quatre sœurs.)

Spoiler:
La moins jeune, est aussi le personnage le moins présent du roman. Mais une des pages les plus brillantes du roman, qui m'est resté jusqu'à maintenant, la concerne... Sa demeure est appelée "maison aînée". Je me souviens que l'expression m'avait interpellé alors, comme s'il s'agissait d'une institution gouvernementale (peut-être que j'exagère, c'était une impression). Les parents étant morts, c'est elle, officiellement, la cheffe de famille... même si elle a en grande partie délégué la charge à sa cadette directe. Celle-ci, à la fois autoritaire et fatiguée de l'être, a toutes les responsabilités sur le dos, le mariage dont je parlais, voire les deux mariages. Les deux dernières sont toutes les deux à marier, mais il faut que la troisième le soit avant la quatrième, et c'est là où tout se complique. Une fois de plus je résume, mais peu importe, ce sont les bases du roman, et si vous l'avez déjà lu, vous savez tout cela. Ce que j'écrivais au moment où mes souvenirs du roman étaient plus frais ? "Tanizaki nous écrit, avec le regard particulier d’un japonais de son temps. Youki Ko (la troisième) est celle qui regarde en arrière, vers le passé et rend sa vie impossible de ce fait. Tae Ko (la benjamine) est, dit-on, tournée vers l’avenir, mais c’est aussi une impasse." Je suis un peu vague sur la troisième... elle était, à l'image des quatre, mais de façon plus singulière, inadaptée. Pour la quatrième, je suis toujours d'accord avec moi (ahaha) mais je précise : dans ce roman, le passé, l'avenir, comme le présent ne sont, d'une certaine façon, plus possibles. "L'avenir" ou, disons, la tentation d'être en avance, par tous les moyens.

Des caractères subtilement développés, et qui permettent de comprendre tous les non-dits (les tensions dont je parlais) les choses tues parce qu'il est mieux de se retrouver ensemble sans qu'il y ait d'orages, pour aller voir, par exemple, l'éclosion des cerisiers. Cette célébration si chère aux japonais reviens comme un motif tout le long du roman, et inséré de cette manière dans Quatre sœurs, n'a rien de banal ni de simplement folklorique (d'ailleurs je crois qu'en France nous avons aussi des cerisiers). Quatre sœurs me donne la sensation de garder une impression nette d'une époque, avec ce rapport très affectif avec ces personnages, qui se nuance en même temps, d'un peu de hauteur... le regard d'un marionnettiste (Tanizaki était friand de Bunraku) qui, riant et le spectateur/lecteur avec lui, regarde les marionnettes qu'il fait agir. C'est peut-être un peu ça qui m'avait fait penser (pardon, c'est la dernière référence) à Jane Austen.


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Message par Armor le Sam 15 Aoû - 14:17

Merci Dreep ! Tu me donnes envie de le relire. Ce que je ferai certainement un jour.
Maintenant on attend l'avis de janis ! (Et surtout pas de pression, janis, tu as aussi le droit de ne pas être aussi dithyrambique que nous. Wink )

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Message par topocl le Mar 18 Aoû - 9:31

Quatre sœurs

Junichiro TANIZAKI 51eyh110

Quatre sœurs héritières d’une famille noble déchue luttent pour maintenir un standing perdu. Pour cela il faut marier les deux plus jeunes, Youki la timide et Tae la rebelle.

A travers cette fratrie, c’est toute l’image d’un certain Japon en train de se perdre, les traditions comme la sûreté de soi.

Les quatre sœurs, qui mettent longtemps à prendre chair et vie derrière leur carcan de comportements convenus, de politesses exaspérantes, de retenue policée… Mais ces quelques années charnières, tant pour le pays qui entre en guerre que pour la famille, vont les amener à revoir leurs points de vue, à envisager d’autres voies, à accepter des compromis, les rendre plus humaines en quelque sorte.

900 pages c’est en même temps le plaisir de s’installer à fond dans ce monde si différent du nôtre, si scandaleux à notre œil européen du XXIème siècle , d’en saisir tous les rouages et leurs crispations. C’est aussi souvent l’occasion de se perdre en diversions stériles, de râler contre une écriture logorrhéique au fil de la plume, un gros délayage à la sauce bavarde de ces tergiversations perpétuelles.

Et pourtant, … et pourtant, ça marche, pas question de lâcher ce pavé qui fascine jusque dans ses longueurs.

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Message par Armor le Mar 18 Aoû - 15:34

Moi qui m'attendais à une chronique au vitriol... Je serais presque déçue ! Junichiro TANIZAKI 1390083676

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Message par bix_229 le Mar 18 Aoû - 15:53

Je trouve réjouissant d'apprécier un livre malgré.
Ou d'entrer véritablement dans un roman après avoir ramé, sans savoir pourquoi
on continuait...
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Message par topocl le Mar 18 Aoû - 17:02

En effet avec tous ces râlages qui tournaient dans ma tête, je me suis tout d'un coup dit : mais je suis accro, là, je n'aurais jamais l'idée de le lâcher ce bouquin......

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Message par janis le Mar 18 Aoû - 21:43

Je reviendrai poster mon avis un peu plus tard... Very Happy
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Message par janis le Ven 21 Aoû - 21:20

Quatre soeurs :
Junichiro TANIZAKI Quatre11


Quatre soeurs ou quatre regards sur le Japon des années 1930 - au départ du récit. Quatre visions de la vie et des traditions de ce pays dans les années qui précèdent la Seconde guerre mondiale.
Deux des soeurs sont mariées : l'une dans le respect de la tradition, son mari a pris la place du chef de famille puisque le père est décédé, l'autre vit une existence plus "permissive" en ce qui est de sa place au sein de la famille, de sa liberté d'agir et des relations qu'elle noue, auprès d'un mari qui tout en respectant les traditions et la hiérarchie de la famille, n'en adopte pas moins une attitude chaleureuse et très humaine en toute occasion.
Les deux soeurs plus jeunes sont célibataires : l'une "attend" qu'on la marie à un parti convenable au regard des critères traditionnels, ce qui veut dire, qu'elle ne choisira pas, et docilement vivra auprès de celui que la maison aînée aura élu en prenant en compte les critères de niveau social, situation familiale, revenus permettant d'assurer un avenir sans inquiétude..., l'autre a déjà choisi de vivre d'une manière beaucoup plus occidentale et par là, de se mettre à distance de la tradition japonaise en matière de mariage et a choisi la plus grande liberté dans ses relations avec les hommes qu'elle côtoie.
Et nous suivons les péripéties quotidiennes de cette famille.

C'est une immersion au sein de la culture Japonaise, de la façon de vivre, d'appréhender les événements de la vie. On retrouve les phrases du récit comme on ouvrirait une porte pour pénétrer un monde que l'on découvre. Personnellement, je ne me suis jamais ennuyée au long de ces pages, j'étais heureuse de retrouver les personnages, d'apprendre beaucoup de choses sur le Japon, la place et l'importance de certaines fêtes, de certaines coutumes, l'attitude face aux événements dramatiques, les relations entre les êtres toujours empreintes d'un grand respect et d'une courtoisie innée, la tradition du kimono...

La nature est très présente dans la vie de cette famille, beaucoup de belles lignes concernant les paysages et la végétation...mais c'est aussi une famille qui peut prendre le temps de vivre en harmonie avec ce qui l'entoure, la vie n'est pas difficile en raison du niveau social qui est le sien.
La guerre qui se profile va peut-être bouleverser tout cela.

En tout cas, le calme de cette vie décrite transparaît dans le style d'écriture ou est-ce la traduction ?



Une très belle lecture : j'ai quitté à regret le Japon en ne sachant pas trop vers quel autre livre aller, après celui-ci.
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