Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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W.G. Sebald

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Message par bix_229 Jeu 9 Nov - 17:02

historique - W.G. Sebald    - Page 2 Sebald10

SEJOURS A LA CAMPAGNE

Sebald a rassemblé dans ce livre quelques écrivains proches de lui, spirituellement et géographiquement -en gros le paysage préalpin-
Il semble penser qu'à travers les ages et les lieux, se tissent d'étranges parentés, des affinités électives.
Et que la même "mélancolie lyrique" les accompagne.
Et Sebald va plus loin, l'écrivain -un certain type d'écrivain- est un être malade, mentalement malade, moins désireux d'écrire qu'incapable de ne pas le faire.
Autrement dit, l'écriture serait une contrainte tyrannique à laquelle l'écrivain ne peut échapper.
En pensant à ce type d'écrivains, Sebald précise :
"Le trouble du comportement pousse à transformer en mots tout ce qu'on éprouve, et avec une sureté surprenante à passer à coté de la vie".

A propos de Jean Jacques Rousseau :
"...on pourrait aussi comprendre l'écriture comme un acte en permanence contraignant prouvant que l'écrivain, de tous les sujets malades, est peut etre le plus incurable".

A propos de Morike :
"... l'écriture, ce vice qui en un sens permet un peu de compenser et bien souvent ne lache plus quiconque a commencé à s'y adonner".

Ce livre pourrait être lu seulement pour ce qu'il écrit sur Robert Walser, dans le texte intitulé "Le promeneur solitaire", tant Sebald manifeste de sympathie, de clairvoyance, de compassion pour le malheureux écrivain suisse.
Il faudrait tout citer...

"Walser et Gogol ont en commun d'être comme des oiseaux sur la branche, en commun aussi cette terrible fragilité, les changements d'humeur, la panique, l'humour merveilleusement fantasque et empreint d'une noire tristesse, la manie des bouts de papier et justement l'invention de tout un peuple de pauvres ames, d'un défilé ininterrompu de masques servant à la mystification autobiographique..."

Parlant des débuts d'écrivain de Walser :
"Il écrit sans arrêt avec de plus en plus de difficulté, il continue d'écrire jour après jour jusqu'à la limite et fréquemment un peu au delà..."

Dans le contexte des années 30 et la montée du nazisme, Sebald explique l'écriture des microgrammes "comme un exercice préparatoire à la vie en clandestinité, les messages secrets de quelqu'un qui se trouve rejeté dans l'illégalité...
Et c'est aussi le moyen de surmonter l'inhibition qui l'empéchait d'écrire et de tenter de se soustraire aux instances de jugement, de se musser sous le langage et de complètement s'effacer..."


Sebald conclut :
"Walser m'a sans cesse ccompagné. Il suffit que je quitte un moment mon travail quotidien pour l'apercevoir quelque part, à l'écart, figure reconnaissable entre toutes du promeneur solitaire qui contemple un instant le paysage qui l'entoure..."

Sebald, à plusieurs reprises insiste sur l'impossibilité de définir ou d'expliquer la singularité radicale de Walser.
Et j'ajouterai pour ma part que cette impossibilité de définir ou d'expliquer vaut tout autant pour Sebald et pour nimporte lequel d'entre nous.
Mais que la tentative de Sebald est belle et inoubliable !

Rapatrié

mots-clés : #biographie #creationartistique #essai
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Message par Bédoulène Jeu 9 Nov - 17:17

un beau commentaire Bix, qui me donne envie de connaître Walser (ma 1ère rencontre n'ayant pas fait tilt) et de continuer bien sur à lire Sebald (c'était prévu)

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Message par bix_229 Jeu 9 Nov - 17:40

Bédoulène a écrit:un beau commentaire Bix, qui me donne envie de connaître Walser (ma 1ère rencontre n'ayant pas fait tilt) et de continuer bien sur à lire Sebald (c'était prévu)
Il n' est pas très facile Walser, bien que son écriture soit transparente.
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Message par Invité Jeu 9 Nov - 21:02

Séjours à la campagne, je l'avais repéré, rien que le titre, déjà :  un cadeau à se faire, avais-je pensé ! Alors, merci pour tes impressions, Bix, qui me donnent encore plus envie de ne pas quitter cet écrivain.


Sans connaitre Walser, et du coup, l'envie ,aussi, après quelques recherches de tenter la rencontre, le temps d'un livre ! Vie de poète, peut-être ?



Et voilà que Barcarole s'y met en citant Austerlitz !  historique - W.G. Sebald    - Page 2 3945176875

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Message par Barcarole Jeu 9 Nov - 21:14

Et je vais bientôt lire Campo Santo de Sebald, quatre récits corses dont chacun d'entre eux "s'illustre par une force d'évocation et une musicalité magistrales".
Imaginons ces forêts sauvages du centre de la Corse, puis Piana, Ajaccio, décrites par Sebald, cela doit être extraordinaire.
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Message par Dreep Ven 10 Nov - 23:18

Si vous voulez lire Walser, je vous conseille de commencer par Les Enfants Tanner. C'est merveilleux.
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Message par Bédoulène Ven 10 Nov - 23:23

j'y penserai Dreep, merci !

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Message par Bédoulène Dim 4 Fév - 18:18

Austerlitz

historique - W.G. Sebald    - Page 2 Page10

Sujet : le destin d’un enfant Juif vivant en Angleterre qui n’apprendra qu’à l’âge de 15 ans sa véritable identité et son pays de naissance : la  Tchécoslovaquie.

Austerlitz a été recueilli par un couple du pays de Galles : l’homme prédicateur calviniste et sa femme Gwendolyne ; nous ne saurons pas grand-chose de la vie du très jeune enfant, sinon sur l’austérité du foyer et les prêches d’Elias.  Ce qui m’avait troublée c’est le fait que dans cette maison l’une des fenêtres, de la chambre de l’enfant, était murée de l’intérieur, que certaine pièce était vide où la femme se retirait pour pleurer. Cela me laissait supposer qu’un drame s’était déroulé là. Mais le drame s’était déroulé ailleurs à des milliers de kilomètres dans une Europe déchirée, humiliée,  fossoyeuse de tant d’âmes par la haine d’un homme, des siens, du Nazisme.

C’est par le narrateur que nous connaîtrons le destin d’Austerlitz, lequel s’est confié à lui ;  cet homme qui dit que ce chemin de vie n’est pas le sien, que le Temps n’existe pas, du moins pas en l’état. Ce sentiment est conforté par ses rêves et hallucinations récurrents (la conscience collective dont parle Jung ?) où les morts et les vivants se côtoient, ce qui le conduira à rechercher,  à voyager jusqu’en Tchécoslovaquie où il retrouvera les traces du passé.

Par l’atmosphère pesante, étouffante installée en termes forts : « comme une chape de béton », les prêches qui figent les fidèles d’effroi, des lieux qui portent la douleur des Hommes, sans clarté,  malsains, désaffectés, des monuments monstrueux, des gares où l’on imagine les adieux… ;  l’auteur conduit le lecteur à réfléchir sur la destinée, la vie, la mort, celle des milliers d’hommes et de femmes.

Qu’importe que la fenêtre murée ne se soit pas ouverte sur une révélation ? l’auteur laisse au lecteur « sa participation active » et je ne m’en suis pas privée. J’ai ainsi pensé qu’un autre enfant (tombé par ladite fenêtre ?), un frère, accompagnait Austerlitz dans le convoi d’enfants en partance de Prague  puisque Austerlitz a l’impression à plusieurs reprises qu’un enfant est à ses côtés.  

Des moments d’émotion à la lecture de certains passages, tels : l’ambiance austère dans le foyer des Elias, la rencontre avec Gerald qui deviendra son ami,  la visite du Fort de Breendonk, la « mascarade » de Theresienstadt  organisée par les Allemands, les révélations de Vera à Prague, la photo d’un bambin déguisé en page.

Si j’ai aimé les descriptions, notamment celles des papillons (même que l’histoire des mites m’a émue) il y a eu des passages un peu long et  une ou deux digressions qui n’apportaient rien au récit.


Ce fut une intéressante lecture, une fiction sur le devoir de mémoire que l’auteur argumente de faits réels mais les photos qui accompagnent l’écrit m’ont donné l’impression de lire une biographie.
C'est aussi une réflexion sur l'identité (perte et usurpation), sur le Temps ( ses torsions ?) que subissent les hommes.

Pour plus de détail je vous renvoie à la LC faite avec Cliniou
ICI


Dernière édition par Bédoulène le Mer 7 Fév - 7:13, édité 1 fois

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Message par Cliniou Lun 5 Fév - 9:05

Je n’avais pas vu que tu étais déjà ici Bédoulène.
Bon, après un commentaire aussi précis et détaillé, je vais juste reprendre une partie de mon dernier message sur la LC qui peut servir de commentaire ici.

historique - W.G. Sebald    - Page 2 Page10

Austerlitz

C’est en effet une quête sur ses origines où les images rêvées, enfouies dans le subconscient servent à révéler la réalité. Chercher la réalité par le rêve, l’immatériel fait resurgir le matériel.

Plus que percevoir, on ressent nettement le mal être d’Austerlitz qui finalement minera sa vie. Tout est relaté en retenue, avec beaucoup de pudeur.

Je n’ai pas eu l’impression de lire un roman mais plus une narration, un témoignage; et tout dans la structure tend à s’éloigner du roman.

Conclusion: Sebald est un auteur très sensible et aussi très romantique dans sa manière. C’est un très beau texte, mais pour avoir lu beaucoup de textes sur la Shoah, celui-ci ne m’a pas touchée comme les autres et l’absence de respiration dans le texte a fait place à un ennui inconnu jusqu’alors dans ce sujet pour ma part.
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Message par Bédoulène Lun 5 Fév - 13:56

très juste Cliniou, merci pour avoir retenu l'essentiel (je me suis un peu évadée)

j'ajoute ma dernière réflexion pour répondre à ton sentiment : c'est certain que ce texte n'a pas le même impact que les témoignages sur la shoah lus précédemment, néanmoins on peut penser que d'autres enfants ont pu subir, réellement, le même sort et le même douloureux destin.

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Message par Avadoro Lun 5 Fév - 23:58

Merci pour toutes ces impressions. Austerlitz m'avait beaucoup marqué à la lecture, me laissant comme au bord d'un précipice tant les mots de Sebald se confrontent à l'oubli, au silence, à la fragilité de la mémoire.
Ce n'est sans doute pas son ouvrage le plus abouti (je garde une préférence pour Les Anneaux de Saturne), mais certains passages sont bouleversantes dans leur sensibilité à la fois abrupte et discrète.
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Message par Bédoulène Mar 6 Fév - 11:39

merci Avadoro, les anneaux de saturne sont aussi dans ma pAL !

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Message par Bédoulène Mar 6 Fév - 11:50

ajout : (parce que Cliniou et moi retournons sur la LC)

oui très difficile cette austérité du foyer Elias, mais Austerlitz fait une réflexion quand la femme meurt disant "qu'à force de douleurs le prédicateur a perdu la foi" (je n'ai pas le livre sous les yeux pour la phrase exacte) ce qui fait penser que le couple a eu sa part de malheurs d'où comme tu le dis "Austerlitz n’a pas eu de chance avec ses parents adoptifs morts trop tôt ou pas en état d’expliquer les choses au jeune Austerlitz."

le fait que nous revenions sur cette lecture implique tout de même l'intérêt qu'elle a suscité en nous ! j'imagine ce bambin arrivant en Angleterre et dans ce foyer qui, le moins que l'on puisse dire manque de chaleur et d'amour.

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Message par Dreep Mar 17 Avr - 0:22

J'attends beaucoup de Séjours à la campagne... c'est le dernier Sebald qu'il me reste à lire... (excepté les essais)

Campo Santo

J'ai donné à un ami l'envie de découvrir Sebald, je pensais vraiment que c'était un écrivain fait pour lui, et je ne me suis pas trompé, mais il a commencé par Campo Santo (il a lu Vertiges depuis). Un livre composé de fragments posthumes, et ce n'est pas que Sebald soit mort avant de les publier lui-même, c'est que ce projet avait été abandonné. Malgré tout, ce fut tout de suite une belle découverte pour lui. Pour moi, j'étais content de retrouver un auteur que j'affectionne, mais je me soupçonne de m'être un peu fabriqué ce sentiment. Si je suis sincère avec moi-même je suis obligé de parler d'une déception. Campo Santo est un livre "intéressant", voilà. Ou à la rigueur "Très intéressant" si on pousse un peu. Mais il fait vraiment l'effet d'un succédané... je pense lire "D'après nature" d'ici peu parce que je reste vraiment sur ma faim.

Intéressant sur Kafka (comme toujours), sur Nabokov aussi et son ami Jan Peter Tripp, sur la dévastation des villes allemandes aussi. Il développe les idées de son autre essai "De la destruction comme élément de l'histoire naturelle" avec peut-être plus de profondeur. Pour ce qui est de l'admirable prose des Anneaux de Saturne ou de Vertiges, il faudra repasser.

Terminé le 21 janvier 2018

D'après nature (1988)

D'après nature fait l'effet d'une miniature, à l'image de Sebald, de toute son œuvre. Un axe long de plusieurs siècles, jalonné de destructions naturelles ou non-naturelles. Mais aussi avec les personnes de l'histoire qui sont chers à Sebald. Ni Stendhal ni Kafka pour cette fois, mais plutôt des personnes provenant de la région où il est né (la Bavière) : Matthias Grünewald (Nithart) et Georg Wilhelm Steller. On sait qu'il ne peut moralement plus revenir dans sa région natale, s'étant exilé à cause de l'atmosphère qui régnait  en Allemagne après la guerre. Un livre en vers comme dans l'Appartement de Markowicz, moins un poème qu'une parole retranscrite, avec ses errances et le rythme qui lui est propre. Mais cette ténuité est malgré tout assez frustrante par rapport à sa prose, dense, et qui donnait déjà l'impression que Sebald bavarde avec son lecteur.

"Lorsque le jour de l'Ascension / de l'an quarante et quatre je vins au monde, / la procession des Rogations passait justement / au son de la fanfare des pompiers / devant notre maison, se dirigeant / vers les champs fleuris de mai. Ma mère prit cela / d'abord pour un heureux présage, ne se doutant pas / que la planète froide Saturne gouvernait / la constellation de l'heure, et qu'au-dessus des montagnes / s'accumulait déjà la tempête qui l'instant d'après / éparpilla les processionnaires et foudroya / l'un des quatre porteurs du dais."

Je me suis laissé dire qu'il aurait été pas mal de le lire en allemand. Si j'avais eu des notions.

Terminé le 15 avril 2018

Pour moi ses deux meilleurs livres restent Les Anneaux de Saturne et Vertiges. Sublimes. Très forts aussi, Les Emigrants et Austerlitz.
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Message par Bédoulène Mar 17 Avr - 20:31

Dreep merci, tu me donnes envie de reprendre Sebald !

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Message par Dreep Mar 17 Avr - 20:56

Ah oui... parce que c'est quand même une déception et une mini-déception...
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Message par bix_229 Ven 25 Sep - 19:11

historique - W.G. Sebald    - Page 2 Vertig11


«Un jour, dans la Gonzagagasse, je crus même reconnaître le poète Dante, menacé du bûcher et banni de sa ville. Coiffé de son célèbre bonnet, un peu plus grand que les autres passants et cependant ignoré d'eux, assez longtemps il me précéda de quelques pas, mais comme je me hâtais pour le rettraper, il tourna dans la Heinrichsgasse et le temps que j'atteigne le coin de la rue, il avait disparu. Ces sortes de crises finirent par générer chez moi une inquiétude latente qui se manifestait par des sensations de haut-le-cœur et de vertige. Les contours d'images que j'essayais de retenir s'effaçaient et mes pensées se délitaient avant que j'aie pu réellement les saisir.»

Tenter de parler de Sebald est pour moi un exercice dérisoire. Surtout quand il s'agit d' un livre
comme Vertiges.
Ne pas en parler, c'est laisser penser qu'il s'agit de désinteret ou d'indifférence de ma part.
Ce qui n'est vraiment pas le cas.
Alors que dire ?

Par exemple qu'un narrateur, le double de Sebald (ou à peu près), parcourt des territoires
géographiques q'il a connu.
Et aussi des espaces littéraires et mémoriels.
S'agit-il d'une quete identitaire sur les traces d'écrivains (et d'hommes) que l'auteur connait et 
apprécie : Stendhal, Kafka, Casanova ?
Quoi qu'il en soit, au cours de cette quete, le narrateur défaille. Il se sent tomber dans un abime
saptio temporel, entre reve/cauchemar et réalité.
Il ne sait plus où il est ni qui il est.
Il voit passer des écrivains du passé, ici Dante, ailleurs Ernst Herbert, un poète emmuré de son
vivant.
Ou encore Louis II de Bavière.
Hallucinations simples ? Crises passagères ? 

"Voilà  à quoi ressemblent les abimes de l'histoire. Tout s'y retrouve pele mele, et quand on y plonge le  regard, 
on est saisi d'effroi et de vertige."

Les photos en noir et blanc illustrant le texte,sont floues et ne font qu'accentuer le caractère spectral entre le monde des vivants et les morts.
Comme souvent chez Sebald.
Avec le texte et les photos, Sebald met en scène la capacité de l'esprit et de l'imagination à
ressusciter une réalité enfouie auquel l'acte d'écrire peut donner accès.
Ou pas.

En fin de compte, je ne sais pas s'il y a l'ombre d'une certitude dans ce que j'ai lu.
Mais Sebald, comme Kafka, fait partie de ces auteurs qu'on peut lire et apprécier sans tout
comprendre.
Sa force, c'est qu'il parvient à nous entraine dans les méandres de sa pensée complexe.
Dans une nébuleuse d'histoires et de reves, de fragments et d'éclats dont l'auteur seul a
les clés.
Ou les a perdues.
A vous lecteurs de tenter d'éclairer ce qui peut l'etre... historique - W.G. Sebald    - Page 2 3933839410
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Message par Tristram Dim 10 Avr - 12:18

Les Anneaux de Saturne

historique - W.G. Sebald    - Page 2 Les_an10

Sebald regroupe ses notes du temps où il fut hospitalisé pour être opéré, puis pendant ses pérégrinations dans le Suffolk, face à « l’océan allemand » (la mer du Nord) ; l’ouvrage est sous-titré en allemand : Eine englische Wallfahrt, le pèlerinage anglais. Après Michael Parkinson, fasciné par Ramuz, il évoque Janine Dakyns, spécialiste de Flaubert. Voici le début d’une belle description du bureau de cette dernière :
« Il m’est souvent arrivé de m’entretenir avec Janine de la conception flaubertienne du monde ; cela se passait en fin de journée, dans sa chambre où les notes, lettres et écrits de toute sorte s’entassaient en si grand nombre que l’on était pour ainsi dire immergé dans un flot de papier. Sur le bureau, point d’ancrage et foyer initial de cette merveilleuse multiplication du papier, il s’était formé au fil du temps un véritable paysage de papier, un paysage de montagnes et de vallées qui s’effritait progressivement sur les bords, à la manière d’un glacier ayant atteint la mer, donnant lieu sur le plancher, tout autour, à des entassements toujours nouveaux qui se déplaçaient eux-mêmes, imperceptiblement, vers le milieu de la pièce. »
Ensuite il parle de Thomas Browne et de La Leçon d’anatomie du Dr Nicolaas Tulp, de Rembrandt, dont il donne une brillante analyse (partiale et discutable). Il raconte son périple à pied dans le nord-est de l’Angleterre, une étrange société de pêcheurs « dos tourné à la terre, avec rien que le vide devant soi », les mœurs du hareng – et il vaut sans doute mieux présenter la table (Actes Sud la servait encore en ce temps-là) pour donner un aperçu des flâneries tant géographiques qu’intellectuelles d’un Sebald éclectique et curieux de tout :
Chapitre I
À l’hôpital – In memoriam – Errances du crâne de Thomas Browne – Leçon d’anatomie – Lévitation – Quinconce – Créatures fabuleuses – Incinération

Chapitre II
L’autorail diesel – Le palais de Morton Peto – En visite à Somerleyton – Les villes allemandes en flammes – Le déclin de Lowestoft – Station balnéaire d’autrefois – Frederick Farrar et la petite cour de Jacques II

Chapitre III
Pêcheurs sur la grève – Contribution à l’histoire naturelle du hareng – George Wyndham Le Strange – Un grand troupeau de porcs – La reduplication de l’homme – Orbis Tertius

Chapitre IV
La bataille navale de Sole Bay – Irruption de la nuit – Rue de la Gare à La Haye – Mauritshuis – Scheveningen – Tombeau de saint Sebald – Aéroport de Schiphol – Invisibilité de l’homme – Sailor’s Reading Room – Images de la Première Guerre mondiale – Le camp de Jasenovac

Chapitre V
Conrad et Casement – Le petit Teodor – Exil à Vologda – Novofastov – Mort et funérailles d’Apollo Korzeniowski – La mer et l’amour – Retour hivernal – Le cœur des ténèbres – Panorama de Waterloo – Casement, l’économie esclavagiste et la question irlandaise – Procès pour haute trahison et exécution

Chapitre VI
Le pont sur la Blyth – Le cortège impérial chinois – Soulèvement des Taiping et ouverture de l’empire du Milieu – Destruction du jardin Yuanmingyuan – Fin de l’empereur Xianfeng – L’impératrice Cixi – Secrets du pouvoir – La ville engloutie – Le pauvre Algernon

Chapitre VII
La lande de Dunwich – Marsh Acres, Middleton – Enfance berlinoise – Exil anglais – Rêves, affinités électives, correspondances – Deux histoires singulières – À travers la forêt de pluie

Chapitre VIII
Conversation sur le sucre – Boulge Park – Les FitzGerald – Chambre d’enfant à Bredfield – Les passe-temps littéraires d’Edward FitzGerald – A Magic shadow show – Perte d’un ami – Dernier voyage, paysage d’été, larmes de bonheur – Une partie de domino – Souvenirs irlandais – Sur l’histoire de la guerre civile – Incendies, appauvrissement et chute – Catherine de Sienne – Culte des faisans et esprit d’entreprise – À travers le désert – Armes secrètes – Dans un autre pays

Chapitre IX
Le temple de Jérusalem – Charlotte Ives et le vicomte de Chateaubriand – Mémoires d’outre-tombe – Au cimetière de Ditchingham – Ditchingham Park – L’ouragan du 16 octobre 1987

Chapitre X
Le Musæum clausum de Thomas Browne – L’oiseau à soie Bombyx mori – Origine et développement de la sériciculture – Les soyeux de Norwich – Maladies psychiques des tisserands – Échantillons de tissu : nature et art – La sériciculture en Allemagne – La mise à mort – Soieries de deuil
Méditations diverses,
« Qu’est-ce donc que ce théâtre dans lequel nous sommes tout à la fois dramaturge, acteur, machiniste, décorateur et public ? Faut-il, pour franchir les parvis du rêve, une somme plus ou moins grande d’entendement que celle dont on disposait au moment de se mettre au lit ? »
… souvent historiques et/ou littéraires, mais aussi géographiques, comme la description frappante du marécage hivernal de Vologda où le jeune Konrad est exilé avec ses parents, la désillusion et prise de conscience du même dans les ténèbres du Congo, une vue baudelairienne de la Belgique, le rapport du consul britannique Casement sur les méfaits du colonialisme en Afrique ; guerres de colonisation également en Chine, dont voici l’impératrice douairière Cixi :
« Les silhouettes minuscules des jardiniers dans les champs de lys au loin, ou celles des courtisans patinant en hiver sur le miroir de glace bleutée, loin de lui rappeler le mouvement naturel de l’homme, la faisaient plutôt penser à des mouches dans un bocal de verre, déjà subjuguées par l’arbitraire de la mort. Le fait est que des voyageurs, s’étant déplacés en Chine entre 1876 et 1879, rapportent que durant la sécheresse qui régna plusieurs années de suite, des provinces entières leur avaient fait l’effet de prisons ceintes de parois de verre. Entre sept et vingt millions de personnes – il n’existe aucun décompte précis à ce sujet – seraient mortes de faim et d’épuisement, principalement dans les provinces du Shaanxi, du Shanxi et du Shandong. Entre autres témoins, le pasteur baptiste Timothy Richards nous rapporte que la catastrophe s’accomplit progressivement, au fil des semaines, sous la forme d’un ralentissement de plus en plus prononcé de tout mouvement. Isolément, en groupes ou en cortèges clairsemés, les gens avançaient en vacillant dans la campagne, et il n’était pas rare que le plus faible souffle d’air les renversât et les laissât couchés à jamais au bord du chemin. Il semblait parfois qu’un demi-siècle se fût écoulé alors qu’on avait tout juste eu le temps de lever la main ou de baisser les paupières ou de respirer profondément. Et la dissolution du temps entraînait celle de tous les liens. Parce qu’ils n’en pouvaient plus de voir souffrir et mourir leurs propres enfants, nombre de parents les échangeaient contre ceux de leurs voisins. »
Il est difficile de limiter les extraits à citer, Sebald approfondissant ses réflexions digressives, et décidément rien ne vaut la lecture intégrale du livre.
Il décrit Dunwich comme un port jadis illustre qui sombre peu à peu dans la mer. Il montre cette partie de l’Angleterre, tout particulièrement les anciennes zones industrielles, comme une contrée ruinée, has been, dont les changements sont dus à l’épuisement des ressources naturelles, et abandonnée dans une sorte de décrépitude généralisée.
« Notre propagation sur terre passe par la carbonisation des espèces végétales supérieures et, d’une manière plus générale, par l’incessante combustion de toutes substances combustibles. De la première lampe-tempête jusqu’aux réverbères du XVIIIe siècle, et de la lueur des réverbères jusqu’au blême éclat des lampadaires qui éclairent les autoroutes belges, tout est combustion, et la combustion est le principe intime de tout objet fabriqué par nous. La confection d’un hameçon, la fabrication d’une tasse de porcelaine et la production d’une émission de télévision reposent au bout du compte sur le même processus de combustion. Les machines conçues par nous ont, comme nos corps et comme notre nostalgie, un cœur qui se consume lentement. Toute la civilisation humaine n’a jamais été rien d’autre qu’un phénomène d’ignition plus intense d’une heure à l’autre et dont personne ne sait jusqu’où il peut croître ni à partir de quand il commencera à décliner. »
À ce propos, l’abandon de l’énergie éolienne (moulins, voiles) au profit de la vapeur (charbon) me laisse pensif.
Mais voici la seule allusion au titre :
« – Ce soir-là, à Southwold, comme j’étais assis à ma place surplombant l’océan allemand, j’eus soudain l’impression de sentir très nettement la lente immersion du monde basculant dans les ténèbres. En Amérique, nous dit Thomas Browne dans son traité sur l’enfouissement des urnes, les chasseurs se lèvent à l’heure où les Persans s’enfoncent dans le plus profond sommeil. L’ombre de la nuit se déplace telle une traîne hâlée par-dessus terre, et comme presque tout, après le coucher du soleil, s’étend cercle après cercle – ainsi poursuit-il – on pourrait, en suivant toujours le soleil couchant, voir continuellement la sphère habitée par nous pleine de corps allongés, comme coupés et moissonnés par la faux de Saturne – un cimetière interminablement long pour une humanité atteinte du haut mal. »
L’évocation de la vie de l’excentrique Edward FitzGerald me fait considérer ce livre aussi comme un recueil de biographies, certes romancées.
« Je ne me suis endormi que vers le matin, le cri d’un merle résonnant à mon oreille, pour me réveiller peu après, tiré d’un rêve dans lequel FitzGerald, mon compagnon de la veille, m’était apparu en bras de chemise et jabot de soie noire, coiffé de son haut-de-forme, assis dans son jardin, à une petite table bleue en tôle. Tout autour de lui fleurissaient des mauves plus hautes que la taille d’un homme, dans une dépression sablonneuse, sous un sureau buissonnant, des poules grattaient le sol et dans l’ombre était couché le chien noir Bletsoe. Pour ma part, j’étais assis, sans me voir moi-même, donc comme un fantôme dans mon propre rêve, en face de FitzGerald, jouant avec lui une partie de dominos. Au-delà du jardin de fleurs, s’étendait jusqu’au bout du monde, où se dressaient les minarets de Khoranan, un parc uniformément vert et totalement vide. »
Voilà une transition typique, ici vers l’Irlande, dans une riche propriété en pleine déchéance.
« Peut-être était-ce pour cette raison que ce qu’elles avaient cousu un jour, elles le décousaient en règle générale le lendemain ou le surlendemain. Peut-être aussi rêvaient-elles de quelque chose de si extraordinairement beau que les ouvrages réalisés les décevaient immanquablement, en vins-je à penser le jour où, à l’occasion de l’une de mes visites à leur atelier, elles me montrèrent quelques pièces qui n’avaient pas été décousues ; car l’une d’entre elles, au moins, à savoir une robe de mariée suspendue à un mannequin de tailleur sans tête, faite de centaines de morceaux de soie assemblés et brodée ou, plutôt, brochée comme d’une toile d’araignée de fils de soie, était une véritable œuvre d’art, si haute en couleur qu’elle en devenait presque vivante, un ouvrage d’une splendeur et d’une perfection telles que j’eus à l’époque, en le découvrant, autant de mal à en croire mes yeux que j’en ai aujourd’hui à en croire ma mémoire. »
Après une évocation de Chateaubriand, via les arbres (dont la disparition des ormes), Sebald en arrive à témoigner des ravages de la tempête de 1987.
Dans le dernier comme le premier chapitre, il revient sur Thomas Browne et son « musée brownien », sorte de cabinet des merveilles bibliophile.
« Dans un recueil d’écrits variés posthumes de Thomas Browne où il est question du jardin potager et d’agrément, du champ d’urnes aux environs de Brampton, de l’aménagement de collines et de montagnes artificielles, des plantes citées par les prophètes et les évangélistes, de l’île d’Islande, du vieux saxon, des réponses de l’oracle de Delphes, des poissons consommés par notre Seigneur, des habitudes des insectes, de la fauconnerie, d’un cas de boulimie sénile et de bien d’autres choses, il se trouve aussi, sous le titre de Musæum clausum or Bibliotheca Abscondita un catalogue de livres remarquables, tableaux, antiquités et autres objets singuliers dont l’un ou l’autre a dû effectivement figurer dans une collection de curiosités constituée par Browne en personne, tandis que la plupart ont manifestement fait partie d’un trésor purement imaginaire n’existant qu’au fond de sa tête et uniquement accessible sous forme de lettres sur le papier. »
La démarche éclectique de Browne (et de Borges, fréquemment convoqué) est fortement rapprochable de celle de Sebald, qui passe à la sériciculture, venue de Chine en Europe et qui, selon lui, introduit une forme de dégénérescence de la population asservie par l’industrie textile débutante (soit une nouvelle variante sur la notion de décadence qui parcourt tout le livre comme un fil directeur).
L’écriture est belle ; j’ai pensé aux textes de Magris et d’autres écrivains voyageurs. Et j’ai beaucoup plus apprécié ces flâneries (une sorte de "rurex", comme il y a l’urbex, dans la lignée des promenades rudérales des Romantiques) que Les émigrants, ma seule autre lecture de Sebald à ce jour ; je comprends maintenant l’admiration que plusieurs Chosiens portent à son œuvre.

\Mots-clés : #autofiction #biographie #essai #historique #nostalgie #voyage

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Bédoulène Dim 10 Avr - 17:01

merci Tristram, j'ai apprécié les 2 livres que j'ai lus, mais celui-ci me semble qu'il faut connaître certains écrivains ? et j'ai beaucoup de lacunes

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Message par Tristram Dim 10 Avr - 17:15

En fait il raconte leur vie (à sa manière, très personnelle, et donc fort subjective) ; je ne connais pas les premiers cités, et ça ne m'a pas trop dérangé. De toute manière, quand les écrivains en évoquent d'autres, il faut bien commencer par en lire un...

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