Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 7 Déc - 18:11

139 résultats trouvés pour creationartistique

Didier Daeninckx

Tes désirs sont des ordres ! (En fait, j'étais en train de le faire)

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 Daenin10

"Caché dans la maison des fous"

Impossible de résumer le début d'un synopsis d'un roman-chroniques. Denise GLASER, juive et résistante, suivie plus tard par Paul ELUARD et son épouse Nusch viennent trouver refuge, en 1943, dans l'asile de Saint-Alban-sur-Limagnole (Lozère). Cet établissement est dirigé par Lucien BONNAFÉ, assisté de François TOSQUELLES, réfugié politique espagnol suite au putsch franquiste. Tous deux résistants, ils joueront aussi un rôle essentiel dans l'évolution des techniques thérapeutiques de cet hôpital.

A partir de là, sur 103 pages, Daeninckx évoque à merveille, en vrac et sans lourdeur didactique : l' "extermination douce" des aliénés sous le régime de Vichy, les différentes formes de résistance au quotidien, l'histoire (via l'asile de Saint-Alban) et l'évolution des méthodes thérapeutiques dans les hôpitaux psychiatriques, le putsch franquiste et l'internement en France des réfugiés républicains, le surréalisme, la reconnaissance de l'art brut par le milieu artistique...

Vous trouverez peut-être d'autres thèmes effleurés par Daeninckx selon vos propres affinités avec certains sujets ? A lire sans modération !

J'avais retenu une dizaine d'extraits, mais je vais me limiter...

Sur des feuillets, tombés d'un bouquin, que Denise lit...
Spoiler:
"Ce qui caractérise la psychanalyse, c'est qu'il faut l'inventer. L'individu ne se rappelle de rien. Alors on l'autorise à déconner. On lui dit "Déconne, déconne mon petit ! ça s'appelle associer. Ici personne ne te juge, tu peux déconner à ton aise". Moi, la psychanalyse, je l'appelle la déconniatrie. Mais pendant que le patient déconne, qu'est-ce que je fais ? Dans le silence ou en intervenant - mais surtout dans le silence - je déconne à mon tour. Il me dit des mots, des phrases. J'écoute les inflexions, les articulations, où il met l'accent, où il laisse tomber l'accent... Comme dans la poésie. J'ai toujours eu une théorie : un psychiatre, pour être un bon psychiatre, doit être un étranger ou faire semblant d'être étranger. Ainsi, ce n'est pas une coquetterie de ma part de parler si mal le français. Il faut que le malade - ou le type normal - fasse un certain effort pour me comprendre. Il est donc obligé de traduire et il prend à mon égard une position active."


Sur la technique de la fabrication des veufs...
Spoiler:
- L'imprimeur était affilié au groupe Franc-Tireur, et c'est maintenant l'un des responsables départementaux des Mouvements unis de la Résistance. Sa spécialité, c'est la fabrication des veufs...
Eluard avait failli s'étouffer en tirant sur sa cigarette.
- Tu plaisantes ?
- Pas le moins du monde ! L'année dernière, Pétain a signé un accord avec le Reich qui prévoit le rapatriement de tous les prisonniers français veufs et père d'au moins trois enfants. Il fallait donc fabriquer des veufs et des enfants ! Amarger, c'est le nom de notre imprimeur, s'y est attelé. Faux actes de mariage, faux actes de naissance, faux actes de décès, le tout agrafé aux dossiers officiels de rapatriement avec leurs alignements de faux tampons et de fausses signatures... Le plus difficile consistait à prévenir les prisonniers, dans leurs stalags, qui ne comprenaient pas ce qui leur arrivait. Imagine un peu la tête d'un célibataire endurci qui apprend coup sur coup que sa femme vient de mourir et qu'il se retrouve avec trois mioches sur les bras !


François Tosquelles, réfugié espagnol ayant combattu contre le putsch franquiste, républicain, marxiste et libertaire, très en verve...
Spoiler:
- Je n'ai rien contre le fait qu'on soit catholique ou communiste ! Je suis contre ceux qui se disent communistes et qui se comportent en fait comme des radicaux-socialistes ou des fonctionnaires du Parti... Eluard, Bonnafé, c'est encore différent... Ils éprouvent un sentiment de culpabilité à mon égard à cause du lâchage de l'Espagne républicaine par la France. Si les ouvriers français avaient appuyé la République, s'ils avaient transformé le mouvement du Front Populaire en mouvement révolutionnaire et non en revendication de départ en congés payés,  l'histoire de l'Europe en aurait été toute différente. C'est pour ça que tout le monde veut m'aider, ça les soulage : "Mon pauvre Tosquelles, qu'est-ce que vous avez souffert... Il ne faut pas déprimer parce que vous avez perdu la guerre..." Je touche les dividendes de la culpabilité collective vis-à-vis de la révolution espagnole.


Et enfin, une que j'adore (même si dans le livre, elle est sans grande importance, elle prend un tout autre sens pour moi)  :
Spoiler:
- J'ai toujours aimé jouer avec les images, il n'y a jamais de perdant... Sinon, j'aime bien le tarot surtout si j'en invente les règles...
Le psychiatre catalan l'avait applaudi.
- C'est toute la différence entre le jeu et les enjeux !


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mots-clés : #creationartistique #deuxiemeguerre #pathologie
par Exini
le Dim 8 Jan - 19:15
 
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Sujet: Didier Daeninckx
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Thierry Jonquet

La bête et la belle

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On se dit au début que c’est un petit roman noir, assez drôle, qui ne craint pas la caricature (mais c'est un conte, n'est-ce pas) et qui ne se fatigue pas à creuser ses personnages, ni à  tirer pas autant profit qu'on l'aurait voulu de sa situation dans une banlieue ouvrière. On apprend finalement que c'est une double supercherie, dans laquelle j'ai totalement marché, et que j'ai donc trouvée habilement menée. C'est donc sur la fin assez malin et cocasse, les défauts-même s'expliquent plus ou moins, mais j'ai trouvé le chemin un peu long avant de le découvrir.

(commentaire récupéré, c’est drôle, parce qu'à distance l'impression qui me reste est bien meilleure)
mots-clés : #creationartistique #polar
par topocl
le Ven 6 Jan - 9:48
 
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Dany Laferrière

Journal d'un écrivain en pyjama

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Dany Laferrière, écrivain émigré, que     le succès de son premier livre a sorti de la misère et de l'usine en quelques semaines, tend une main amicale à toute personne qui aime les livres, lecteur ou écrivain. En 182 brèves entrées,  il collige des réflexions, anecdotes, analyses, sur un ton jovial et ludique. Il parle de lui, de son expérience, d'écrivains amateurs ou professionnels, de lectures anciennes ou marquantes. Il étudie le rapport de l'écrivain à la lecture, à la réalité et à la fiction, à la page blanche ou déjà remplie, de la souffrance et de la jouissance d'écrire. Et lui, l'écrivain en pyjama, est du coté de la jouissance, c’est un homme qui ne se prend pas au sérieux et cueille d'abord les plaisirs de la vie, un homme léger, cela se sent.

C'est tout à fait sympathique, plein d'humour, de bonnes formules et de jolies pensées. Cela s'essouffle peut-être un peu au dernier tiers, devient un peu répétitif, mais c'est un réel plaisir de lecture.
Ca donne envie d'aller voir du côté de ses romans.



mots-clés : #journal #creationartistique
par topocl
le Mer 4 Jan - 13:00
 
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John Berger

Le hasard-ou plutôt un cadeau -ont fait que j’ai lu deux livres de John Berger en peu de temps.

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Le premier , au si joli titre: Et nos visages, mon cœur,fugaces comme des photos est une sorte d’autoportrait à travers des thèmes différents, des réflexions sur l’exil, l’art, l’amour ,le temps,l’histoire, la foi, l’écriture,en prose ou en vers ( les siens ou ceux d‘autres écrivains), mais c’est de toute façon un texte très poétique.

Nous sommes tous des raconteurs. Couchés sur le dos, nous levons les yeux vers le ciel étoilé. C’est là qu’ont commencé les histoires, sous l’égide de cette multitude d’astres, qui, la nuit, fauchent les certitudes, et, avec un peu de chance, vous les rendent le matin sous forme de foi.


   ..
Ce qui nous sépare des personnages sur lesquels nous écrivons n’est pas notre savoir, qu’il soit objectif ou subjectif,mais leur expérience du temps au sein de l’histoire que nous racontons.Ce fossé nous octroie, à nous autres raconteurs,le pouvoir de connaître le tout. Mais, par la même occasion, ce fossé nous rend impuissants: une fois le récit engagé, nous ne pouvons plus contrôler nos personnages. Nous sommes contraints de les suivre à travers et en travers de ce temps qu’ils éprouvent, et que nous dominons.
   Le temps et, par là,l’histoire, leur appartiennent. Mais le sens de l’histoire, ce pourquoi elle vaut la peine d’être narrée, ce qui nous inspire, c’est nous, les raconteurs, qui en possédons les aboutissants, car nous nous situons du côté de l’intemporel.
   C’est comme si ceux qui nous lisent ou nous écoutent voyaient tout à travers une loupe. Cette lentille- le secret de toute narration- nous l’ajustons, nous la mettons au point avec chaque nouvelle histoire.
   Si je dis que nous autres raconteurs, sommes les Secrétaires de la Mort, c’est que, l’espace de nos vies fugitives, pour chacune de nos histoires, nous avons à polir ces lentilles entre le sable du temporel et la pierre de l’intemporel.


Ceci n’est qu’un tout petit extrait, c’est en tout cas un texte constamment intéressant, et toujours très fouillé, comme s’il s’appliquait à la compréhension du lecteur grâce à d’autres données, j’aime beaucoup cela.

mots-clé : #creationartistique





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Le deuxième, que j’avais choisi pour aborder cet auteur, c’est Un métier idéal., Histoire d’un médecin de campagne. Une sorte de reportage sur un médecin anglais, John Sassall, et sa vie quotidienne professionnelle .Avec de magnifiques photographies de Jean Mohr. C’est un livre qui date de 1967.

Là aussi, le portrait est très fouillé. Et bien sûr, plus que les descriptions des activités purement médicales de ce médecin de campagne qui fait pratiquement tout lui-même, ce sont les réflexions d’ordre sociologique et philosophique sur la médecine à travers ce personnage , qui interpellent.
C’est un texte dont j’aurais aimé discuter , tant, bien sûr, il me parle.. Même si je ne suis pas forcément d’accord avec les conclusions qu’en tirent d’autres lecteurs . Il vaut mieux d’ailleurs que je dise tout de suite que John Berger signale-rapidement- dans une postface, que ce médecin s’est suicidé.

je reconsidère avec une tendresse accrue ce qu’il a entrepris de faire et ce qu’il a offert aux autres aussi longtemps qu’il a pu le supporter


Et ces lecteurs semblent penser que ce suicide était inévitable.. Je ne le crois pas , même si je crois effectivement que la pratique de la médecine ne peut que fragiliser , à être en permanence en contact avec sa propre finitude.
Mais il n’y a pas que cela, pour John Sassall . Il y a beaucoup plus dangereux..

Il est probablement plus que la majorité des médecins conscient de commettre des erreurs de diagnostic et de traitement. Non parce qu’il commet davantage d’erreurs, mais parce qu’il compte comme erreur ce que beaucoup de ses confrères- peut être à raison- qualifient de regrettables complications…
Néanmoins, le sentiment de ses insuffisances ne provient pas de cela- encore qu’il puisse parfois être provoqué par un sentiment d’échec exacerbé à propos d’un cas particulier. Le sentiment de ses insuffisances ne touche pas uniquement à sa profession.
Ses patients méritent-ils la vie qu’ils ont ou bien en méritent-ils une meilleure?



Alors là, évidemment…si on commence à se demander , de façon plus générale, si les malades "méritent" leur maladie , ou leurs difficultés de tous ordres, on est foutu.. Rien que le verbe "mériter" fait frissonner!

John Berger nous fait partager les conclusions lucides et réalistes que tire John Sassall d'années d'exercice:

Abandonnant son ancien moi, Sassall jette un regard réaliste sur le monde dans lequel nous vivons et son indifférence ordinaire. Il est dans la nature de ce monde que les vœux pieux et les nobles protestations s’interposent rarement entre le coup et la douleur . Pour la majorité de ceux qui souffrent, il n’y a pas d’appel. Les villages vietnamiens brûlaient avec leurs habitants alors que les neuf dixièmes de la planète condamnaient le crime. Ceux qui moisissent en prison à la suite de sentences inhumaines que les juristes du monde entier déclarent injustes continuent quand même de moisir. Presque tous ceux qui crient à l’injustice crient jusqu’à ce que toutes les victimes qui en souffrent aient disparu. Lorsque le coup est dirigé contre un homme , rien ou presque ne vient l’amortir. Il existe une frontière stricte entre la morale et l’usage de la force. Une fois que l’on a été poussé de l’autre côté de la frontière, la survie dépend du hasard. Tous ceux qui n’ont jamais été ainsi poussés sont ,par définition, des hommes qui ont eu de la chance et qui contesteront la réalité de l’indifférence ordinaire du monde. Tous ceux qui ont été contraints de franchir la frontière- même s’ils survivent et parviennent à la repasser- reconnaissent différentes fonctions, différentes substances, dans la plupart des matériaux de base- dans le métal, le bois, la terre, la pierre, de même que dans l’esprit et le corps humain. Ne devenez pas trop subtil. Le privilège lié à la subtilité, c’est de faire la distinction entre le chanceux et le malchanceux.



C'est tout à fait vrai, tout à fait malheureux, mais qu'y faire?
Ce sont là des réflexions d’un humaniste réaliste, est-ce que cela doit interférer dans la pratique d’un métier, qui relève quand même beaucoup  de l’artisanat..
Et d’autre part, que dire de cette tentation d’omnipotence que j’ai ressentie chez ce personnage au demeurant admirable, bien sûr.. Peut être qu’un peu plus d’humilité aurait atténué les conséquences personnelles décrites par John Berger?


En tout cas, si j’avais à décider des réformes des études médicales, ce livre serait , avec quelques autres, une lecture obligatoire tant il renferme de sujets sur lesquels il est préférable de réfléchir avant de se lancer dans la pratique de cette profession.
Une étude assez magistrale de la grandeur- et des dangers- d'un métier.

récup


mots-clés : #documentaire
par Marie
le Mar 3 Jan - 1:15
 
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Sujet: John Berger
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Antonin Artaud

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 Van_go10

VAN GOGH LE SUICIDE DE LA SOCIETE

Van Gogh est le livre que je préfère d' Artaud. Artaud s'est en partie identifié à Van Gogh, et c'est ainsi qu'on a un portrait sensible sinon ressemblant de Van Gogh et un autoportrait d' Artaud lui-meme en suicidé de la société...

Personnellement, j'aimais Van Gogh avant d'avoir lu Artaud, mais la lecture d'Artaud m'a fait connaître un Van Gogh que personne d'autre n'aurait pu me montrer.
Question d'empathie comme on dit. Artistes tous les deux, mais bien au delà de la fêlure. Artaud dans sa vie malheureuse ne connut pas beaucoup de moments heureux. Et il était beaucoup trop souffrant et hérissé pour avoir beaucoup d'amis.
Alors je pense qu'il a trouvé une parenté réelle avec Van Gogh.

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mots-clés : #creationartistique
par bix_229
le Lun 2 Jan - 16:57
 
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Sujet: Antonin Artaud
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Jean-Marie Blas de Roblès

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 Liledu10

L'île du point Némo

Quel curieux objet littéraire que ce livre ! Comment dire… L'imagination est poussée à un degré tel que s'en est complètement barré. Je pense qu'il y a quelques années j'aurais pu détester : trop étrange, parfois outrancier, parfois grivois, vraiment trop, trop dans tous les domaines ! Et pourtant, j'ai apprécié cette lecture.

Alors pourquoi ?

Tout simplement, je pense, parce que ce livre est vraiment, nul ne pourrait le nier, l'œuvre d'un érudit. Mais là où l'érudition pouvait être quelque peu ostentatoire dans le génial Là où les tigres sont chez eux, elle n'est ici qu'au service de la fantaisie la plus totale.  
Le propos de départ, la quête éperdue d'un diamant volé, n'est que le prétexte à une course échevelée, à la fois pastiche et hommage des œuvres de Jules Verne et de Conan Doyle _ entre autres_ que l'auteur connaît visiblement sur le bout des doigts. Il les connaît si bien, ces grands écrivains du XIXème, que le lecteur se laisse entraîner dans un jeu de piste littéraire, se prenant à chercher les multiples clins d'œil, à rire des anachronismes savamment distillés pour mieux le perdre, et si souvent, à rester ébaubi devant l'imagination toujours plus débridée d'un auteur qui ne s'interdit décidément rien.
Si le récit principal reste de facture somme toute assez proche des auteurs dont il se fait l'élève malicieux, les intermèdes qui parsèment le livre, quand à eux, poussent l'imagination toujours plus loin, et m'ont parfois laissée tout estourbie… oui, réellement bouche bée devant les trouvailles toujours plus ahurissantes de ce diable d'auteur. Et qu'importe si le lien entre la trame principale et les récits secondaires n'a aucun caractère d'évidence...

Avec cet ouvrage plus que curieux, Jean-Marie Blas de Roblès réussit le tour de force de produire un roman qui respecte tous les codes des auteurs qu'il pastiche tout en étant résolument moderne. Son érudition, toujours aussi plaisante, ne perd jamais le lecteur mais au contraire l'incite à plus de curiosité, et le comble d'anecdotes savoureuses.
Et puis, dissimulées derrière la farce, pointent une gravité et une mélancolie qui poussent à la réflexion, notamment sur la place des livres et des auteurs dans un monde qui a tendance à oublier à quel point ils lui sont indispensables...

Ce roman foisonnant et si étrange est impossible à conseiller. Toujours puis-je vous dire que, sans avoir ressenti l'immense coup de coeur que fut pour moi la révélation Là où les tigres sont chez eux, j'ai passé un très bon moment. Souvent amusée, régulièrement ahurie, immanquablement admirative. Et parfois, aussi, allez je l'avoue, quelque peu agacée devant certaines facilités indignes de ce talent hors norme…
Je comprends qu'on adore, je comprendrais aisément qu'on déteste. Mais pour peu que l'on se laisse aller, cette lecture peut se révéler, oui, assez jouissive.

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #aventure #creationartistique
par Armor
le Lun 2 Jan - 15:35
 
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Sujet: Jean-Marie Blas de Roblès
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Emmanuelle Pagano

En cheveux

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A l'occasion de l'ouverture du Musée des Confluences, celui-ci s'est allié aux éditions invenit pour lancer une collection de quatre petits livres, où, partant de quatre objets du musée, quatre auteurs écrivent un texte.

Emmanuelle Pagano parle d'un carré de soie - une soie un peu particulière, la soie de mer - dont la photo orne l'entrée du livre.

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 Index223

Comme avec une vieille photo, à partir d'un objet, on peut écrire une histoire, créer une ambiance, retrouver des personnages.

A partir de ce carré de soie qu'elle a donné à un musée, la narratrice se remémore sa tante Nella, enfant puis jeune femme fantasque, vieille femme étrange, toujours rebelle, rejetant les conventions et les compromis dans une famille italienne fasciste, Elle vit une relation complexe faite d'amour passion et de haine rejetante avec son frère beaucoup plus âgé qu'elle, fasciné et horrifié à la fois par  les choix de sa sœur.

Cela, donne une belle ambiance à ce récit écrit d'une plume poétique à la fois douce et intransigeante. Il révèle plus d’attachement au personnage qu'à l'objet de départ de l’œuvre, et j'ai regretté que cet aspect n'ait pas été plus creusé. On apprend des choses intéressantes sur la soie de mer, dont je ne connaissais pas l'existence, mais le lien avec l'histoire est finalement assez léger. Il n'en demeure pas moins que la tante Nella fascine avec ses promenades en forêt, ses récoltes et accumulations d'objets inutiles, qui sont autant de  clins d’œils aux cabinets de curiosité mis en avant dans le musée. On aurait sans doute aimé en savoir un peu plus sur elle.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #creationartistique
par topocl
le Dim 1 Jan - 17:32
 
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Rabih Alameddine

Les vies de papier
Pris Femina étranger 2016

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 Captur42

Aaliya est une vieille femme. Seule dans la vieillesse comme elle fut seule dans la vie, elle qui fut répudiée à moins de 20 ans. Elle a toute sa vie tenu une librairie, et maintenant elle se réfugie dans son appartement-cafarnaum, rempli de livres jusqu'au plafond. Toujours seule, se défendant de ses trois voisines , les "trois sorcières", elle déambule dans une Beyrouth défigurée par les guerres enchaînées. Et elle traduit, ouvrage après ouvrage, pour elle, sans attendre un public, pour le seul plaisir des mots, des phrases et des idées.

Beau sujet que cette femme inutile qui a trouvé le sens de sa vie dans les livres et dans les mots. L'écriture est assez chaotique, de digressions en détours temporels, et on attend vraiment les dernières pages pour voir où nous emmène Rabih Alameddine. Il y a de beaux passages sur la littérature et ce qu’elle apporte aux hommes (et aux femmes), sur la traduction, et le sort des femmes libanaises : les mariage arrangés introduisant des années de soumission à l'homme. Le parti pris d'insérer des citations et allusions  à toutes sortes de livres affectionnés par Aaliyaally est parfois habile, parfois plus pachydermique, évoquant un devoir de baccalauréat qui cherche à briller par   sa culture. Cela donne un résultat assez mitigé, avec de bons moments et mais aussi pas mal de moments où l'on se laisse porter par une vague un peu incertaine.

mots-clés : #creationartistique #universdulivre
par topocl
le Ven 30 Déc - 20:27
 
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Sujet: Rabih Alameddine
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Laurence Cossé

la grande Arche

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Laurence Cossé nous raconte comme un roman puissant, l’aventure humaine et urbaine, architecturale et politique de la Grande Arche de la Défense. Elle traite ce sujet qui ne me tentait pas du tout avec une intelligence, une ampleur, un humour,  une vivacité qui tiennent en haleine de bout en bout. Excellent.

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 Indexg10


mots-clés : #creationartistique
par topocl
le Ven 30 Déc - 17:01
 
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Valentine Goby

La fille surexposée

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l'éditeur, alma a écrit:  Dans la collection pabloïd se rencontrent des auteurs libres d'improviser dans le genre et le style qui leur convient, à condition de s'inspirer d'une remarque de Picasso. Dans la Tête d'Obsidiennes d'André Malraux l'auteur des Demoiselles d'Avignon et de Guernica affirme que les thèmes fondamentaux de l'art ont et seront toujours: la naissance, la grossesse; la souffrance, le meurtre, le couple, la révolte et peut être le baiser. Il les appelle emblèmes.



Valentine Goby a choisi  la révolte. C'est écrit au début du livre, je ne suis pas sûre que j'aurais identifié ce thème sans cela.

Le régime colonial marocain avait regroupé à Casa dans un quartier appelé le Bousbir, 600 prostituées, encadrées policièrement et médicalement pour offrir un bordel hygiénique et plus propre, plus « moral »... Des photos de ces prostituées ont servi de cartes postales et le peintre-photographe marocain Miloudi Nouiga, les a utilisées dans une lutte déterminée contre l'oubli de ces femmes.

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Valentine Goby rapporte ces faits  dans un court récit à plusieurs voix (Maurice, le jeune homme qui fréquente le bordel et achète une carte postale, l'envoie à un ami ; Isabelle,  la petite-fille de ce dernier qui découvre  la carte postale et rencontre le peintre ; Biski, l'une des prostituées ; et  Miloudi Nouiga lui-même). Cet artifice donne une certaine distance assez documentaire . On sent un peu l’œuvre de commande, l'écriture comme procédé pour rappeler  ces prostituées à la mémoire de tous. J'ai trouvé que la « cause » venait au détriment de la puissance romanesque. Il n'en demeure pas moins qu'on croise de beaux personnages, des interrogations édifiantes, racontées d'une prose riche et habile et qu'on s’intéresse à l'aspect historique.

Un livre instructif donc, où m' a manqué l'émotion qu’aurait dû déclencher le sort de ces femmes humiliées.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #colonisation #conditionfeminine #creationartistique
par topocl
le Jeu 29 Déc - 9:57
 
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Sujet: Valentine Goby
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Vues: 582

Jérome Garcin

Bleus horizons

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 Pourquoi suis-je incapable de lire autre chose que ce à quoi tout, dans ma vie, me renvoie ?



Jérôme Garcin mène de front deux destins, celui de Jean de La Ville de Mirmont, jeune écrivain fauché dans sa 28e année au 2e mois de la Grande Guerre, et celui de son ami fictif Louis Gémon, qui a partagé les mêmes tranchées, mais, lui, a survécu, modestement blessé. Il voue désormais son existence à rendre hommage et justice au jeune homme qu'il croit avoir trahi en lui survivant. Louis bafoue ses propres rêves d’écriture, de voyage et de liberté pour récolter scrupuleusement la moindre information, rencontrer ceux qui l’ont côtoyé, rétablir sa mémoire, publier ses écrits. On  croise ainsi au fil du livre  de savoureux portraits de Gabriel Fauré, François Mauriac, Bernard Grasset… Et de passe-temps d'un homme qui se reconstruit, cette quête sans fin du souvenir devient l'enfermement d’un homme meurtri, "archéologue névrotique appliqué à dépoussiérer une statue de sable fin ou une momie qui se décomposerait au grand jour".

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 10386910

Il s'agit donc bien plus que de la biographie romancée  de Jean de La Ville de Mirmont. Jérôme Garcin, bien sûr, dénonce la guerre qui a coupé  en route son destin prometteur. Mais son propos ne se limite pas à cela. Peu à peu émerge le sens profond du livre, et le reposant, le lecteur s’interroge. Survivant, ce garçon « resté à quai » aurait-il dépassé le traumatisme des tranchées ? Son image n’a t’elle pas été sublimée par sa mort prématurée ? Aurait-il répondu aux attentes de ses amis et aux siennes propres, écrit les livres qu’ils attendaient, lâché les freins qui l’entravaient et l’empêchaient de concrétiser ses rêves d’aventure ?  N’aurait-il pas, finalement, eu une destinée aussi décevante et improductive que son ami ?

Et quoi de plus intéressant qu’un livre qui commence mine de rien et finit par interroger son lecteur ?


(commentaire récupéré)
mots-clés : #creationartistique #premiereguerre
par topocl
le Mer 28 Déc - 9:06
 
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Sujet: Jérome Garcin
Réponses: 4
Vues: 303

Molly Prentiss

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 97827010

New York, esquisses nocturnes

Molly Prentiss évoque la fascination exercée par New York au tournant des années 80 pour des artistes en quête de reconnaissance, entre squats et salles d'exposition. De Warhol à Basquiat, les influences se multiplient pour libérer une créativité et un idéalisme, à l'écart des troubles d'une époque. Le roman croise le destin de protagonistes réunis par les circonstances, qui se rejoignent puis se déchirent dans une quête de sens et d'affirmation.

L'univers urbain révèle une dynamique romanesque potentiellement enthousiasmante, mais j'ai été relativement déçu par l'écriture et des choix narratifs. Molly Prentiss suit une trame ambitieuse sans parvenir à transmettre une effervescence, une fièvre passionnée. L'arrière-plan politique est trop souvent survolé alors que l'ombre de la dictature argentine sert de fil conducteur à l'intrigue, et les rebondissements affectifs apparaissent par contre surchargés.

mots-clé : #creationartistique
par Avadoro
le Mar 27 Déc - 19:54
 
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Sujet: Molly Prentiss
Réponses: 1
Vues: 207

John Maxwell Coetzee

Vers l'âge d'homme


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Ce livre m'a scotché ! J'ignorais qu'il faisait partie d'une trilogie autobiographique et je ne l'ai du coup pas lu dans le juste ordre ni en le pensant autobiographique.
L'auteur nous emporte dans les méandres d'une pensée compliquée, désespérée, le propos d'un poète frustré par son manque de créativité, frustré par le manque d'émotions avec les femmes qu'il rencontre, la peur qu'elles lui volent son inspiration, et ces racines si complexes à intellectualiser.
On retrouve du Kierkegaard, celui de "La reprise" où le jeune (Kierkegaard réfléchissant à sa rupture avec Régine Olsen) pris sous l'aile du philosophe danois (comprenant qu'il s'est trompé en rompant) oscille entre choisir sa vie amoureuse et sa vie artistique.
J'y ai retrouvé du Hrabal aussi dans ses considérations sur l'importance de la littérature au sein de la société, au sein de cultures oubliées et soumises à la violence.
Le style emporte par sa simplicité à exposer des questionnements pourtant complexes.
Il y a beaucoup de pudeur et pourtant tellement de sentiments dans cette oeuvre.
Magistral.



mots-clés : #autobiographie #creationartistique
par Hanta
le Mar 27 Déc - 12:25
 
Rechercher dans: Écrivains d'Afrique et de l'Océan Indien
Sujet: John Maxwell Coetzee
Réponses: 24
Vues: 1193

Peter Heller

Peindre, pêcher et laisser mourir

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 Image210

Jim, le narrateur est un artiste peintre dont la quote monte. C'est un homme éploré depuis le décès de sa fille adorée. Retiré au bout du monde, il n'a que la pêche et la peinture pour s'évader - ou s'engloutir en dehors de ses pensées maussades. Ses tableaux enchainés le révèlent peu à peu à nous comme à lui-même.Homme tout à la fois énigmatique et sympathique qui se perd dans une nature éblouissante, ces pages sont magnifiques. Mais quelques accrocs viennent peu à peu déchirer le tableau :  car il y a bien longtemps, il a failli tuer un homme un jour de colère. Et cette fois-ci, il assassine froidement à coups de pierres Dell qu'il a vu martyriser une jument : un beau salaud, mais quand même… Et  Jim, poète et philosophe, se découvre peu à peu comme pas  si recommandable, à l'abri de tout remords, le roman, d'un lumineux nature-writing, tombe peu à peu dans le thriller haletant. Jim est soumis à une course poursuite infernale: il est cerné par la vengeance du clan, la police qui l' a bien identifiée sans pour autant arriver à le coincer (on se demande un  peu pourquoi), les médias et le monde de l'art contemporain  qui se prennent d'une folie malsaine  pour cet artiste-justicier…  Le livre comme le héros sont donc de curieux mélanges des genres, un ensemble qui dérange: au milieu d'une poésie sauvage, se dessine un chemin jamais  tracé où alternent douceur et violence.



mots-clés : #nature #creationartistique
par topocl
le Sam 24 Déc - 14:37
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Peter Heller
Réponses: 2
Vues: 260

Kamel Daoud

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 Image116

Meursault, contre-enquête


REMARQUES :
On l’aura compris qu’il s’agit comme point de référence de « L’étranger » d’Albert Camus. Dans ce premier roman Kamel Daoud surprend le lecteur par une élaboration d’un autre point de vue sur les événements, racontés dans le roman par Meursault. Le « récit » de l’Etranger lui a construit un espèce de monument et a cisélé une philosophie d’une certaine indifférence. Mais on y retrouve aucune mention du nom de la victime... On se réfère à lui en parlant de « l’Arabe ». Refus de nom, refus d’identité – ainsi le frère de la victime, Haroun, qui monologue une soixantaine d’années après les faits dans un bar d’Oran, ayant comme auditeur un universitaire enthousiaste du livre de Meursault.

Dans cette présentation fictive de son histoire, et celle de son frère tué, Haroun parle en espace de quinze soirées et rencontres, et donne ainsi chair et vie à une autre vision sur ce qui s’est passé et les personnes impliquées : en gros son frère, sa mère, et lui-même. Non, ils ne sont pas juste des figurants de glorification de Meursault, mais ils ont vécus leurs propres histoires de souffrances, de rêves, de défaites.

Donc, l’Arabe tué du roman de Camus, du récit du narrateur Meursault, c’est Moussa, Moïse ! Est-ce qu’il était éventuellement destiné – commme son illustre patron des récits bibliques (et valables aussi pour l’Islam) – comme un « sauveur, un redempteur ? Ainsi au moins le vit, le rêve son frère plus jeune, Haroun, quand il regardait dans sa petite enfance vers son frère ainé. Cela semble pompeux, mais est-ce qu’il n’y a pas – comme l’ont exprimé d’autres en d’autres mots – dans chaque être humain le germe d’un autre avenir possible? Et l’enfant Haroun a besoin de la légende, d’une histoire. A la suite de la mort de son frère il est devant une situation, un héritage difficile, voir impossible, insupportable : pour la mère souffrante, ne voyant que son fils mort, Haroun devient un ersatz de celui-ci, une tâche et une place qu’il ne pourra -  et ne voudra - assumer.

Je ne viens pas poursuivre à décrire les conséquences (néfastes) de ce meurtre, et de ce moment sur la plage d’Alger, mais le suivant est clair et net : toute la vie en est touchée. Il sera, dit en passant, aussi intéressant que ce n’est pas juste le deuil éternel qui résultera, mais aussi, né de la jalousie, de l’impossibilité d’endosser une autre identité etc, la haine des siens, voir de sa propre mère, de son propre frère... (bonne observation!!!)

Haroun, qui accuse Meursault tellement, lui devient par un jeu de réactions et de mimétisme, de plus en plus semblable : dans sa relation envers sa propre mère, envers la mort, les femmes, l’indifférence envers Dieu.

Cette forme d’absolutisation des conséquences de cette mort nie par ailleurs – une critique possible – une forme de résilience et crée une atmosphère de plainte, voir d’accusation perpetuelle. Est-ce que c’est le signe de grandeur ? Ou de petitesse ? Où sont les forces de résistance intérieures, l’espace d’une vraie liberté ? Aussi libre qu’il veut être, Haroun est cloué à un « destin » subi. Et il deviendra un miroir de l’homme tant haï.

Ainsi le roman devient, comme on avait dit ici et là, un hommâge en forme de contre-point qui contient beaucoup d’aspects intéressants. Il n’est nullement une négation de l’oeuvre de Camus.

Dernièrement Daoud était cible d’une fatwa exprimée par un extrêmiste : une Algérie de l’Islam devrait, ainsi les mots, condamnait à mort un homme comme Daoud qui, par ses écrits, attaquerait la foi. Ainsi le prix est haut. Et s’inscrit aussi, sans que nous le voyons toute de suite, dans un questionnements jusqu’à où on pourra, devra, pourra-t-on s’exprimer.


mots-clés : #creationartistique
par tom léo
le Ven 23 Déc - 18:43
 
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Sujet: Kamel Daoud
Réponses: 4
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Bruno Arpaia

Bruno Arpaia
Né en 1959


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Bruno Arpaia est un écrivain et journaliste italien né à Naples en 1957. Il est diplômé en sciences politiques de l'université de Naples et spécialisé en histoire de l'Amérique. Il se lance dans une carrière de journaliste au Il Mattino de Naples, avant d'émigrer à Milan en 1989, où il travaille pour le journal La Repubblica. L'année suivante, il publie son premier roman, I forestieri, prix Bagutta - première œuvre en 1991. Il ajoute à son activité de journaliste, une activité littéraire, en publiant en 1994 Il futuro in punta di piedi. Il abandonne son poste à la rédaction de La Repubblica en 1998, pour se consacrer à l'écriture. Il reste journaliste en tant que pigiste.

En 1997, il publie Tempo perso (Du temps perdu) qui se passe lors de la révolution asturienne de 1934. Dans ce roman apparait pour la première fois la figure du jeune révolutionnaire Laureano, dont l'histoire s'entremêlera avec celle du philosophe Walter Benjamin dans son livre suivant L'Angelo della storia. C'est l'histoire d'un destin railleur, celui de Walter Benjamin, fuyant l'Allemagne nazie, avec en arrière-plan le sort d'un continent se précipitant vers la Seconde Guerre mondiale. La relation complexe entre destins individuel et collectif est un des thèmes chers à l'écrivain, comme la réflexion constante sur le temps.

En 2003, il publie Raccontare, Resistere - Conversazione con Bruno Arpaia, long entretien avec l'écrivain chilien Luis Sepulveda, où les deux auteurs dissertent d'un certain nombre de questions qui les unissent : la littérature, la passion politique, l'engagement pour l'environnement, le journalisme.

En 2006 vient Il passato davanti a noi, une évocation des années soixante-dix, de la maturation politique d'une génération, entre la lutte des travailleurs et les grandes batailles pour les droits civiques, jusqu'à la période du terrorisme italien et de la répression. Le livre remporte le Prix Napoli. En 2007, il sort le pamphlet Per una sinistra reazionaria.

En 2011, il publie le roman L'energia del vuoto, avec lequel il plonge dans le monde de la physique des particules, racontant l'aventure de la science sous la forme d'un thriller politique. Connaisseur des littératures espagnole et latino-américaine, Bruno Arpaia complète ses activités de romancier et d'essayiste avec celle de traducteur. Il est également conseiller éditorial et collaborateur des pages culturelles du quotidien Il Sole 24 Ore. Il traduit et édite pour la maison Mondadori les romans de Carlos Ruiz Zafón.


(wikipedia)


Œuvres en français

Dernière frontière
Du temps perdu
Avant la bataille

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Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 418tj511

Dernière frontière

L’auteur imagine une rencontre entre un Républicain Espagnol et le philosophe Juif Allemand Walter Benjamin,  sur un chemin de montagne dans les  Pyrénées , plus exactement au passage déjoué de la frontière Franco-Espagnole.

Mais cet auteur est rusé, la rencontre se fera tardivement dans le récit ce qui permet au lecteur de faire  longuement connaissance avec le narrateur, Laureano le Républicain Espagnol, émigré au Mexique et lentement  au rythme de sa démarche mal assurée, du vieux Benj  comme ses amis le surnomme, le philosophe.

Tous deux sont des émigrés qui ont fuit leur pays devant le fascisme pour sauver leur vie et leur parcours, leur fuite est aussi terrible pour l’un que pour l’autre, mais Laureano est jeune, fort et a un but , rejoindre celle qu’il aime. Walter est vieux avant l’âge, il n’aspirait qu’à penser, écrire, vivre une vie  tranquille ; il a besoin de la solitude, du silence pour se sentir à l’aise, d’autant que sa santé est fragile. Mais le sort en a décidé autrement, il est poursuivi par le « petit bossu » malfaisant de la comptine depuis son enfance et jusqu’à sa mort.

Seuls ses écrits permettent à Walter de survivre, il ne trouve d’intérêt qu’à l’écriture ; passant des après-midi entières à la bibliothèque nationale de Paris.  Il transportera  dans sa valise les pages écrites d’une thèse qu’il espère faire éditer aux Etats unis, sa fuite l’épuise, la maladie l’accable mais il refuse d’abandonner  ce bagage à l’incompréhension, voir au reproche  de ses compagnons d’infortune.

De nombreux personnages connus, certains de ses amis croisent Benj dans cet exil,  ces rencontres aident Walter à continuer le chemin.   Lui dont les manières surannées, l’ extrême politesse étonnent ceux qui  croisent son chemin et dont la  fragilité invite à l’attention.

L’auteur  a, comme il le dit, puisé largement dans les écrits de Koestler, d’Anna Seghers et de tant d’autres  ce qui m’a rendu la lecture très facile puisque j’ai rencontré dans  mes précédentes lectures, la guerre d’Espagne, les camps de concentration Français. Par contre, je  ne connaissais pas Walter Benjamin (seulement aperçu), cet écrivain, philosophe chassé par le fascisme, par « le petit bossu »  et qui a fait du tableau de Klee « l’angelus Novus » l’allégorie de l’Histoire.

Une bonne lecture  et une écriture agréable,  la construction du récit qui alterne le destin de Laureano et celui de Walter  figure bien le chemin parcouru et à parcourir pour l’un comme pour l’autre, jusqu'à cette "dernière frontière" qui est aussi pour Walter celle  qui sépare la vie de la mort.
Après recherche, je me rend compte de l’habileté de l’auteur à porter à notre connaissance certains écrits de Walter Benjamin en  les « condamnant » mystérieusement dans la valise.

Extraits :  

« Je pense lui racontait-il, que pour mon anniversaire je serai à Nice, en compagnie d’un type plutôt drôle que j’ai déjà rencontré souvent dans mes vagabondages, et que j’inviterai à boire un verre à ma santé, à moins que je ne préfère rester seul. Qui était ce type, Scholem se creusa inutilement la tête pour le comprendre. Aujourd’hui seulement nous pouvons imaginer que c’était le « petit bossu » de ses comptines d’enfant et de ses pires cauchemars, que c’était son destin déjà aux aguets. »

« En peu de temps, il se créa une communauté à partir du néant, une société naquit du chaos et de la confusion. Soudain était apparu un homme qui disait à tous ce qu’il fallait faire. «  Personne ne savait d’où il était sorti ; on savait seulement que cet homme faisait la bonne proposition au bon moment. »

« Walter vivait de détails, et il était capable de reconstruire l’univers de ces vétilles ; mais dans un camp, il cousait les jours ensemble avec un fil de détails absurdes qui résistait à sa pensée. «

« Je crois que le vieux Benj ne pouvait prendre une tasse de thé bouillant qu’après avoir développé une théorie sur la tasse. »

« Il écrivit les dix-huit Thèses au verso d’un de ses carnets, remplissant les marges de lettres minuscules et hâtives, dépouillées par l’urgence de toute hésitation, de tout ornement. Il écrivit comme s’il laissait un témoin dans un relais, un talisman à remettre à ses amis d’outre-atlantique avant qu’il ne soit trop tard. Il écrivit en réunissant enfin marxisme et messianisme, liés dans une ultime et terrible défense contre la foi obtuse dans le progrès, contre l’absurdité de l’histoire.  Il écrivit en franchissant avec une ironie libérée les frontières entre théologie, philosophie et littérature, comme si, face au danger, tout devait apporter sa contribution au salut. »

« Jamais à sa place : telle était toute sa vie »

« Lui qui ne savait sans doute rien faire d’autre, qui à force de se bourrer la tête de pensées était allé  dans la vie comme si elle lui était prêtée, une vie d’occasion. Voilà que cette vie – son corps, son cœur, ses muscles, ses poumons – lui présentait l’addition. »


(message rapatrié)


mots-clés : #creationartistique #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Ven 23 Déc - 17:06
 
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Sujet: Bruno Arpaia
Réponses: 0
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Delphine de Vigan

D'après une histoire vraie

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  - Je ne crois pas à l'accent de vérité, Monsieur. Je n'y crois pas du tout. Je suis presque certaine que vous, nous, lecteurs, tous autant que nous sommes, pouvons être totalement dupes d'un livre qui se donnerait à lire comme la vérité et ne serait qu'invention, travestissement, imagination. Je pense que n'importe quel auteur un peu habile peut faire ça. Multiplier les effets de réel pour faire croire que ce qu'il raconte a eu lieu. Et je nous mets au défi - vous, moi, n'importe qui - de démêler le vrai du faux. D'ailleurs, ce pourrait être un projet littéraire, écrire un livre entier qui se donnerait à lire comme une histoire vraie, un livre soi-disant inspiré de faits réels, mais dont tout, ou presque, serait inventé.



Nous voilà prévenus. Delphine de Vigan, dans cette magistrale  description d'une manipulation, n'exclut pas de manipuler le lecteur. Et elle ne s'en prive pas, d'abord en sourdine, puis de façon de plus en plus évidente jusqu'à l'apothéose finale. Le lecteur, estomaqué et réjoui de découvrir comme il a bien cédé à l'impeccable intoxication narrative,  a depuis longtemps abandonné  de trier le bon grain de l'ivraie, autrement dit le vrai du faux, le réel de la fiction, tant tout cela s'imbrique habilement, tant la ligne de démarcation est rendue impalpable, expertement gommée.

Après la publication de Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan traverse une période difficile, prise entre certaines réactions familiales brutales, pouvant aller jusqu'aux lettres anonymes ignominieuses, et le stress de la page blanche après un grand succès. Tout est donc en place pour l'entrée en scène de L. , une femme comme Delphine de Vigan voudrait peut-être être, sûre d'elle et maîtrisée. Au fur et à mesure que le portrait de L. s'affine dans la nuance, celle-ci va asseoir progressivement son emprise sur l'écrivaine, dont elle a décidé qu'elle était faite pour écrire sur le réel, et non de la fiction. L'affrontement de ces deux  personnalités, l'anéantissement de la capacité créatrice de Delphine de Vigan peu à peu réifiée donne un thriller psychologique brillamment mené, qui se place sous la férule de Stéphane King et n'a pas à en rougir.

Il se dégage de cette lecture un magnifique portrait de femme, Delphine de Vigan (ou son double?), femme vulnérable, sensible, tout en douceur, jamais sortie des interrogations. Un portrait qui fait réaliser, comme on a compris un jour que notre institutrice ne vivait pas par, pour, et dans l'école, qu'une écrivain a comme tout le monde une vie privée, un compagnon (ça on le savait), des enfants qui passent le bac et quittent la maison, un paquet de kleenex pour se moucher, des courses à Monoprix,  une réelle épaisseur , en somme, une réalité, on y revient toujours.
Quant à l'aspect vie  privée avec « François » (jamais dans le potin ou l'indiscrétion)  elle est évidemment un des éléments forts de fixation du fameux réel. Et on se prend à penser qu'en 2011 on avait abondamment critiqué Delphine et François, pour leur numéro de  duettistes sur le plateau de La grande librairie, l'un vantant le livre de l'autre, la vouvoyant etc.… Mais que cette fois-ci, si cela avait à se produire à nouveau (et il me semble que cela serait un complément indispensable du livre), cela ne pourrait être retenu qu'à l'avantage de ces deux-là, comme une prolongation provocatrice et désopilante de cette supercherie ainsi menée à son terme.

Et, parce que L. est nègre de profession, qu'elle interroge Delphine sur la création, que la bibliothèque de Delphine a un rôle à jouer dans l'affaire que je ne révélerai pas, ce livre est une magnifique et passionnante réflexion sur l'écriture , le rôle de l'auteur, son rapport avec le public-lecteur, la confrontation de sa création et de son moi intime, l'appropriation du réel pour nourrir la fiction et, vice versa, l'apport de la fiction au récit autobiographique , le rôle des livres que nous avons lus et portons.

   Si c'est pour recommencer à écrire des petites histoires de sans-abris ou de cadres supérieurs déprimés, tu aurais mieux fait de rester dans ta boîte de marketing.


C'est une belle réussite qui a quelque chose de la confession, entre intelligence et tendresse, réflexion et malice, sur un fond romanesque haletant. C'est à la fois drôle, brillant, terrorisant, terriblement intelligent et sensible à la fois .

Le plaisir aurait été absolument complet si le style n'était pas  souvent assez plat.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #creationartistique
par topocl
le Ven 23 Déc - 16:19
 
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Sujet: Delphine de Vigan
Réponses: 30
Vues: 963

Antonio Lobo Antunes

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 51oasx10

Livre des chroniques, volume 4.
Ce qu' en dit sur la Quinzaine littéraire Norbert Czarny :

L'auteur parle du processus de création, insiste sur sa dimension inconsciente ou somnambulique...
L'essentiel tient pour lui à la cohérence de l'oeuvre. Il la décrit à diverses reprises, se décrivant comme une sorte d' aveugle :

" Je ne comprends pas ce roman, j'avance à tatons, au fil des pages, parce que je sais que le roman se comprend, lui."
"Je ne commence jamais un livre avant d' avoir la certitude que je ne suis pas capable de l' écrire."


Ce propos permet à la fois de mesurer l'ambition de cet homme là, à la fois exceptionnel et banal.
Exceptionnel par la puisssance d'une oeuvre que les Nobel n'ont pas su reconnaître.
Un romancier qui ne se satisfait jamais de ce qu'il écrit, qui doute de son art, malgré les preuves qu'il a fournies depuis plus de 20 ans. Homme banal parce qu'il aime l'anonymat, passe son temps à écrire, fuit les mondanités, déteste les promotions et tout ce qui peut l'empêcherde se consacrer au prochain roman...

On retrouvera dans cette chronique ce que l'on a aimé dans les précéentes : l'histoire d'une vocation née dans l'enfance..
Ce recueil a une tonalité plus mélancolique que les précédents. Beaucoup de proches sont morts, la maladie est là, la souffrance aussi... On sent bien à le lire que la révolte l'a souvent animé.

Autoportrait d'un homme seul, droit et orgueilleux, ce recueil est aussi un bel hommage aux amis...Il est question aussi de la fidélité à l' éditeur Christian Bourgois lorsque le vieil ami est très malade...

Message récupéré


mots-clés : #creationartistique
par bix_229
le Ven 23 Déc - 15:57
 
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Sujet: Antonio Lobo Antunes
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Sylvain Prudhomme

Les grands

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 Index122

En Guinée, c'est  la guérilla qui a permis d'accéder à l'Indépendance, en même temps que les amitiés et les inimitiés se sont scellées. Ensuite, la vie a repris son cours, chacun son chemin et son camp, l'armée a peu à peu pris les rênes du pays,vite dominée par les narcotrafiquants.
Le groupe Mama Djombo a produit une musique rebelle qui a fédéré les foules, consolé les perdants, et puis la chanteuse Dulce à quitté son amoureux Couto, changé de camp…
Quarante ans plus tard, le jour de la mort  de Dulce est aussi celui  du coup d'état militaire, c'est l'occasion d'un retour en arrière mélancolique pour Couto, et d' un ultime concert inspiré pour le groupe reconstitué.

   « Il y a des soirs où quand tu joues, avait dit autrefois Couto dans une interview, tu sens que ton esprit s'en va se promener. C'est tellement bien que tu t'en vas, ton esprit par faire un tour ailleurs, s'en va visiter l'esprit des autres musiciens, visiter les visages des spectateurs qui sont là, tout près de toi, en train de sourire. Tu sens que c'est bon, tu ne penses plus à rien, tu n'écoutes plus que ce que tu font tes doigts, tu regardes simplement ceux qui jouent à côté de toi et tu vois le sourire sur leur visage, tu n'as même pas besoin de leur parler, simplement tu sais, tu vois qu'eux aussi savent, c'est très bon. »


Tout au long de cette journée, Couto vieil homme qui espère encore en l'amour, traîne sa tristesse à travers la ville où les armes se bandent, dans l'indifférence générale : car ce sont l'amour, l'amitié et la musique  les vrais vainqueurs face à l'amertume de l'échec, la perte des espoirs et amours de jeunesse. Certains ont cédé aux mirages européens, mais pour ceux qui restent, l’engagement reste là, source de solidarité et d'intenses moments de bonheur, même si la foi est sans doute perdue.

Sylvain Prudhomme nous offre un habile mélange de fiction et de réalité. L'histoire de la Guinée est là en toile de fond, le groupe Mama Djombo a été et reste un groupe guinéen mythique. Mais  Dulce et Couto sont des personnages inventés. Couto, le guitariste vieilli en qui coexistent son vieil amour  pour Dulce, la star en-allée et la jeune Esperanza qui lui ouvre un nouvel horizon lumineux. Dulce la voix sublime, la chanteuse que toute la Guinée   porte comme un baume en son cœur, restée elle-même malgré trahison.

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 Talac113

L'écriture alterne des dialogues  laconiques qui dévoilent superbement les enthousiasmes et la profondeur des sentiments des personnages, des élans lyriques, sombres ou joyeux , des descriptions urbaines chatoyantes. La langue créole et les paroles de chansons apportent leur touche de sincérité.

   
« Atchutchi dans ses chansons ne  disait pas amour , il disait baliera, quelque chose à mi-chemin du balancement et de la danse. Baliera comme le flux et le reflux du désir, des océans, des astres. Baliera comme le grand balancement du monde, la soif universelle d'aimer. Les hommes et les femmes de ses chansons n'y pouvaient rien, ils étaient les jouets d'une houle qui les bringuebalait de-ci de-là, imprévisible, toute-puissante ».


Très beau roman, déchirant et douloureux, mélancolique et palpitant, bercé à toutes ses pages par la musique et la sensualité, constat d'échec d'un pays et de ses aspirations, témoin que des hommes et des femmes font le choix d'y vivre, d'y connaître malgré tout des fulgurances heureuses ou malheureuses.

(commentaire récupéré)
mots-clés : #creationartistique #insurrection
par topocl
le Mer 21 Déc - 13:44
 
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Sujet: Sylvain Prudhomme
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Simon Leys

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 6 Captur36

LE BONHEUR DES PETITS POISSONS

Lire Simon Leys est un plaisir constant. Celui que nous procure un homme très intelligent, très cultivé, sans être pour cela pédant ou abstrait. Au contraire le plaisir et la curiosité qui motivent sa vie, Simon Leys parvient à nous les communiquer, à stimuler ce qu'on appelle notre "matière grise".

Dans Le Bonheur des petits poissons, à partir de ses connaissances sur la Chine, il nous montre ce qui différencie profondément la culture chinoise de la culture occidentale. Il cite Le savant sinologue Joseph Needham, "un des très rares ouvrages que les chinois prennent au sérieux."

La civilisation chinoise, écrit Needham, présente l'irrésistible fascination de ce qui est totalement autre, et seul ce qui est totalement autre peut inspirer l'amour le plus profond en même temps qu'un puissant désir de le connaître."

Leys montre que la découverte de la culture chinoise par les occidentaux et réciproquement, est assez récnte, et que beaucoup se sont cassés les dents à essayer de la comprendre. A commencer par Malraux et Segalen.

Simon Leys, montre ailleurs,comment les peintres chinois pratiquent leur art. Les Chinois, écrit-il, considèrent que "peindre est surtout difficile avant de peindre", car "l'idée doit précéer le pinceau." Dans la peinture occidentale, en effet, il est relativement rare que l'oeuvre constitue la simple projection d'une vison intérieure préexistante ; bien plus souvent, la peinture résulte d'un dialogue, voire même d' un corps à corps que l'artiste engage avec sa toile... Le peintre travaillant d' après nature se sert de la "mémoire primaire", utilisant les images qui ne durent qu'un instant, le temps qu' il met pour tranférer son regard du modèle à la toile.

A cette "mémoire primaire", Leys oppose "la mémoire secondaire ou éidétique : l'esprit emmagasine les images comme le ferait une caméra, et il se les projette sur un écran mental où elle apparaissent dans toute leur complexité.... L'imagination éidétique se rencontre souvent à l'état spontané chez les enfants, mais on peut aussi les cultiver méthodiquement.

L'étude et l'exercice de l'écriture idéographique ont probablment favorisé le développement de cette faculté chez les peintres chinois, de même que la pratique de la méditation enseignée par le taoïsme et le bouddhisme chan. Ajoutez à cela toute la technique de la peinture chnoise : la nature même de ses instruments -encre et pinceau-, ne tolérant ni hésitations ni repentirs, exclut largement la possibilité de travailler à partir des images de la "mémoire primaire" (d'après nature) et exige au contraire une exécution instantanée, exempte de retouches. Pour l' artiste, il s'agit en effet de restituer d' un jet l'image qu'il s' était formée dans l' esprit avant de prendre le pinceau...

Plus loin, Simon Leys, parle de la litote et l'art de suggérer plutot que dire, répéter, décrire comme le font trop souvent des créateurs comme Balzac.

Message récupéré


mots-clés : #creationartistique #essai
par bix_229
le Mar 20 Déc - 21:19
 
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Sujet: Simon Leys
Réponses: 11
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