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Alaa al-Aswany

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Message par topocl Dim 26 Mai - 10:02

Bravo!

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Message par Tristram Dim 14 Juil - 1:57

Masterclass, une heure d'écoute :
https://www.franceculture.fr/emissions/les-masterclasses/alaa-al-aswany-a-un-moment-donne-les-personnages-mechappent-deviennent-independants-et-font-ce-quils?xtor=EPR-3
« Ce qui compte c'est être capable de créer les personnages. Les personnages, à un moment donné m’échappent, ils deviennent indépendants, et ils font ce qu'ils veulent. Parfois je suis d'accord avec ce qu'ils font, et plusieurs fois je suis pas d’accord, mais c’est fini, vous voyez. Mais je ne change plus, c'est fini. […] Le plus important dans une fiction c'est l'élément humain, c’est être capable de vraiment présenter l’humanité, les personnages, la souffrance des personnages, comment les personnages réagissent. Et c'est grâce à cet élément humain qu’on est capables maintenant de lire des romans qui ont été écrits depuis un siècle, ou plus. Parce que l’humain, l’humain reste. »

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Tristram Mar 10 Déc - 23:08

Automobile Club d'Égypte

Alaa al-Aswany - Page 2 97823310

Étalage de bons sentiments, surtout ceux de l’épouse, en Égypte traditionnelle (notamment de Haute-Égypte, d’où proviennent la famille Hamam et Alaa al-Aswany d’après son nom), respect de Dieu, bigoterie et sens des convenances, obséquiosité ‒ mais il est vrai que cette société fait des Égyptiens des êtres foncièrement "sociaux" et gentils.
La misère sexuelle et le rapport problématique au sexe sont aussi typiques de cette société en porte-à-faux entre Orient et Occident.
La phrase citée par Dreep m’a choqué à la lecture :
« ‒ Chers condisciples, généralement nous rattachons le sens du mot “viol” au viol d’un corps. Mais cela est faux. Le viol, fondamentalement, est le viol d’une volonté. L’occupation vise à assujettir l’Égypte. Les Anglais veulent briser notre volonté. L’occupation est un viol. L’Égypte est violée. L’Égypte est violée. Est-ce que vous acceptez que votre pays soit violé ? […]
‒ Égyptiens, étudiants de l’université. Les négociations ne servent à rien. Ce ne sont pas des mots qui feront sortir les Britanniques d’Égypte. Les Britanniques ne comprennent que le langage de la force. Ils ont occupé notre pays par la force et ils ne l’évacueront que grâce à la force. Fils de l’Égypte, vous qui êtes son espérance, l’Égypte vous regarde. Cette journée est votre journée. Les soldats anglais violent vos mères et vos sœurs. Et vous, que faites-vous ? »
C’est l’argumentaire d’Hassan Mo’men, « le responsable du parti Wafd à l’université », pour soulever les étudiants : le moins qu’on puisse dire est qu’il utilise une rhétorique basée sur l’émotivité machiste…
Alaa al-Aswany excelle à croquer ses personnages aux traits caractéristiques ; ils dénotent son sens de l’observation (cf. Bahr le barman, ou Aïcha et sa fille Faïqa). La peinture des atermoiements de la main-d’œuvre servile du Club en difficile voie de passage de la résignation à l’indignation, leur "prise de conscience politique" parallèle à celle de l’Égypte dominée/ occupée/ colonisée par l’Angleterre, est particulièrement fouillée.
« La justice pervertit les serviteurs. »
L’invention de l’automobile par Carl Benz en Allemagne, épaulé par sa femme Bertha, qui débute le roman, de même que le découpage des séquences des fils de différentes vies, m’ont paru plutôt inappropriés ou artificiels, ainsi que la fin.

Mots-clés : #conditionfeminine #discrimination #fratrie #social

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Message par Bédoulène Mar 10 Déc - 23:47

merci Tristram !

le viol d'une volonté est une bonne définition, non ?

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Message par Tristram Mer 11 Déc - 0:16

C e qui me gêne c'est la phallocratie triomphante (vers la fin du roman, les prisonniers politiques sont accoutrés en femmes, suprême humiliation)...

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Message par Bédoulène Mer 11 Déc - 7:45

ok ! je comprends ! je ne vois que l'extrait bien sur.

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Message par Dreep Sam 28 Nov - 14:41

L'Immeuble Yacoubian

Alaa al-Aswany - Page 2 Bm_cvt_limmeuble-yacoubian_7523-1

D'un roman à l'autre, la méthode Alaa al-Aswany ne semble pas beaucoup changer. L'Immeuble Yacoubian est conçu comme un feuilleton, où l'écrivain met en évidence les problèmes politiques de l'Égypte contemporaine. Parfois, on dirait que c'est l'auteur lui-même qui, à travers les paroles de ses personnages, exprime ses vérités. Les destins tragiques de ceux-ci s'entremêlent et se succèdent dans ce qui évoque un terrible engrenage. La corruption paraît inéluctable et surpuissante, le profond inégalitarisme de cette société gâche toutes les relations humaines. Alaa al-Aswany distribue les mauvais rôles, les bons, c'est moins sûrs. Il y a des prédateurs et des proies. Les proies, le sont aussi par leur faiblesse intellectuelle ou affective. La sexualité est une donnée primordiale et d'ailleurs un peu récurrente : les rapports se répètent et assujettissent d'autant mieux que dans la société décrite par Alaa al-Aswnay, il n'y a pas de vie privée, tout est codé, écrit ou arrangé d'avance ; tout finit par se savoir.
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Message par Invité Sam 28 Nov - 18:48

@Dreep, tu conseilles, alors ?

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Message par Dreep Sam 28 Nov - 18:49

Mollement.
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Message par Bédoulène Dim 29 Nov - 0:11

nous sommes plusieurs à avoir apprécié Janis !

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Message par simla Jeu 6 Juil - 6:13

Alaa al-Aswany - Page 2 CVT_Jai-couru-vers-le-Nil_1088


"A travers les péripéties politiques et intimes d'une palette de personnages liés les uns aux autres, du chauffeur haut gradé en passant par la domestique musulmane et le bourgeois copte, ce roman évoque la révolution égyptienne à travers une mosaïque de voix dissidentes ou fidèles au régime, de lâchetés et d'engagements héroïques."


Le Caire, 2011. La mobilisation populaire est à son comble sur la place Tahrir. Dans la foule se croisent et se lient des individus de tous bords. Autour de Dania et de Khaled, qui vivent un amour impossible, gravite une galaxie de personnages issus des diverses réalités de l'Egypte moderne : un grand bourgeois copte, ardent jouisseur converti en fervent militant, un ancien communiste désabusé, une présentatrice télé érigée en parangon de vertu.....Chacun incarne une facette de cette révolution qui marque un point de rupture dans leur destinée et celle de leur pays.

Espoir, désir, hypocrisie, répression, Alaa El Aswany assemble ici les pièces de l'histoire égyptienne récente, frappée au coin de la dictature, et convoque le souffle d'une révolution qui fut aussi la sienne.

Dix ans après les printemps arabes, le renouveau espéré n'a pas eu lieu. En Egypte la répression est plus féroce que jamais. Mais l'aspiration à des changements radicaux demeure, impérissable."


Attention, âmes sensibles s'abstenir....j'ai dévoré ce roman, le coeur serré, complètement abasourdie au récit de la répression terrible qui a eu lieu pendant les manifestations au Caire et l'occupation de la place Tahrir.  La force de l'auteur, des voix multiples qui racontent chacune ces horribles événements, tortures, coups, humiliations, les tirs sur la foule, les chars qui  poursuivaient et écrasaient les manifestants.... la manipulation médiatique mise en place pour déconsidérer les opposants....Hallucinant !


Le pieux général Ahmed Alouani, suite à sa prière du matin à la mosquée, son petit déjeuner et sa petite sauterie licite avec sa femme de cent vingt kilos, se rend à ses bureaux de l'Organisation. de routine, il y assiste à l'interrogation d'un prisonnier politique , auquel après lui avoir fait envoyer une bagatelle de décharge électrique aux testicules, vocifère, « Nous avons amené ta femme Maroua et je te jure, fils de pute, que si tu ne parles pas je laisserai les policiers la sauter sous tes yeux. ».....Voici pour le portrait de l'irréprochable musulman, le mari parfait, l'homme intègre, qu' Aswany nous présente en guise d'apéro, dans son dernier roman. Un premier goût d'une galerie de personnages très divers qui vont suivre et dont les destins vont se croiser du début à la fin des événements de 2011 de la Place Tahrir. Une autopsie en directe, terrifiante, d'un pays sous la dictature, d'un pays corrompu jusqu'à la moelle, l'Egypte.


Un compte-rendu parfait, je n'aurais su faire mieux.

Un jour, elle avait lu sur le journal mural un article de lui où il disait que la morale sans la foi valait mieux que la foi sans la morale......
Je prie, je jeûne, j’accomplis toutes les obligations, mais je crois que la religion véritable, c’est ce que l’on fait et pas ce que l’on croit. La religion n’est pas un but en soi mais elle est un moyen de nous enseigner la vertu. Dieu, qu’il soit glorifié et exalté, n’a pas besoin de notre prière et de notre jeûne. Nous prions et nous jeûnons pour notre propre éducation. L’islam n’est pas quelque chose de formel et de rituel, comme le croient les salafistes, et ce n’est pas non plus un moyen de s’emparer du pouvoir, comme le croient les frères. Si l’islam ne nous rend pas plus humains, il ne sert à rien, et nous non plus.
Elle le regarda sans lui répondre et il poursuivit avec enthousiasme :
-Pourquoi apprenons-nous la médecine ? C’est pour soigner les gens. Donc les études n’ont pas de valeur si l’on n’exerce pas la médecine. Avec la même logique, la religion est un entraînement à faire le bien. Il ne sert à rien de la pratiquer si cela ne se reflète pas sur notre morale.



« J’ai couru vers le Nil. Les grenades lacrymogènes remplissaient l’atmosphère et moi je pleurais,...... En revenant j’ai vu de mes propres yeux un grand nombre de morceaux humains laissés par le tank : des intestins, des cerveaux, des jambes, des moitiés de corps........ Tout en Égypte est « comme si » ...... Notre grande révolution était un sursaut, une belle fleur née toute seule dans un marécage. »

La force de Alaa El Aswany est d'avoir ponctué quasiment toutes les phrases des personnages les plus vils et les plus ignobles de : Parole de Dieu, Grâce en soit rendue à Dieu, Que Dieu vous protège et vous bénisse...si Dieu le veut, etc....
.

Un livre magnifique, je le conseille à tous....et moi qui suis allée deux fois en Egypte et ai adoré ce pays...évidemment, en touriste on passe à côté de la réalité vécue au quotidien par les égyptiens, j'en suis estomaquée....

Tout est parfait dans ce roman, sa construction, les récits que chacun fait de son expérience, même la fin....vraiment, une grande réussite.

Alaa El Aswany est un immense écrivain...évidemment...il est interdit en Egypte....


Dernière édition par simla le Ven 7 Juil - 5:19, édité 2 fois
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Message par Bédoulène Jeu 6 Juil - 7:26

merci Simla !

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Message par Tristram Jeu 6 Juil - 7:31

Oui, je vais le lire !

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Message par Albert Sam 8 Juil - 8:46

J'ai de très bons souvenirs de l'immeuble Yacoubian. J'ai vu récemment le film La conspiration du Caire, il y avait comme un écho!

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Message par Tristram Ven 18 Aoû - 12:14

J'ai couru vers le Nil

Alaa al-Aswany - Page 2 CVT_Jai-couru-vers-le-Nil_1088

Dans le premier chapitre est racontée la journée ordinaire du général Ahmed Alouani, avec les invraisemblables arrangements moraux qui lui permettent de se considérer comme un bon musulman tout en torturant activement les opposants au régime (il appartient à « l’Organisation », apparemment au-dessus des services de sécurité étatiques, et même des ministres au gouvernement).
Suit un texte de démonstration de l’opportunité des amours ancillaires, parfaitement misogyne, rédigé par Achraf Ouissa, « acteur raté » et nanti copte marié à Magda, son « bourreau qui me torture depuis un quart de siècle ».
« Achraf Ouissa s’arrêta d’écrire et alluma une cigarette de haschich dont il garda la fumée dans la bouche pour renforcer l’effet de la drogue. Le sujet du livre lui apparaissait très clairement maintenant. Son premier chapitre s’intitulerait “Guide des jouissances dans la conjonction des servantes”. Le second, “Mémoires d’un âne heureux”. Quant au troisième, il le nommerait “Comment devenir un maquereau en cinq étapes”. »
Asma Zenati, qui refuse la société patriarcale et le port du voile (pas expressément prescrit par les textes religieux), s’adresse à Mazen, du mouvement Kifaya, à propos de son affrontement avec le directeur corrompu de l’école où elle enseigne.
« Parfois je voudrais être en accord avec la société plutôt que de l’affronter, mais je ne peux tout simplement pas être autre chose que moi-même. »
Le cheikh Chamel prêche le port du voile (emballage protecteur du fruit qu’est la femme) comme précepte obligatoire avec la prière et le jeûne chez Ahmed Alouani, tandis que ce dernier tente de raisonner sa fille Dania, qui s’insurge contre la torture policière. Son épouse, Hadja Tahani, le soutient en tout.
La pieuse présentatrice de télévision Nourhane se maria discrètement avec un de ses professeurs à la faculté de lettres, le docteur Hani el-Aassar puis, à la mort de ce dernier, avec Issam, le directeur de la cimenterie Bellini, un des anciens leaders marxistes des manifestations étudiantes de 1972, sous Sadate.
Dania est influencée par Khaled, son condisciple au Centre universitaire hospitalier du Caire.
« Nous prions et nous jeûnons pour notre propre éducation. L’islam n’est pas quelque chose de formel et de rituel, comme le croient les salafistes, et ce n’est pas non plus un moyen de s’emparer du pouvoir, comme le croient les frères [musulmans]. Si l’islam ne nous rend pas plus humains, il ne sert à rien, et nous non plus. »
Madani, le chauffeur d’Issam, se trouve être le père de Khaled, qui participe aux manifestations contre Hosni Moubarak, le président.
Mazen participe à la grève des ouvriers de la cimenterie, et devient un des quatre membres de la commission qui la dirige dorénavant.
Achraf est tombé amoureux de sa bonne, Akram (et réciproquement).
« En toute franchise, c’était d’abord ton corps qui me plaisait. Mon but c’était seulement le sexe. Ensuite, lorsque je t’ai connue, j’ai vu que tu étais bonne, et sensible, et digne. À ce moment-là, je t’ai aimée tout entière. »
« Les gens en Égypte héritent de leurs conditions et il leur est très difficile d’en changer. Même la religion, personne d’entre nous ne l’a choisie. »
Puis ce sont les manifestations populaires de la place Tahrir (2011).
« La place Tahrir était devenue une petite république indépendante – la première terre égyptienne libérée de la dictature. »
Pour le général Alouani (comme pour Issam l’ex-marxiste), le peuple égyptien est de tout temps peureux et servile, guère susceptible de se révolter pour des idéaux de liberté et de dignité, contre l’injustice et le pouvoir établi. Il s’agit donc pour les autorités d’un complot de traîtres (étrangers) à la nation. Les réseaux de communication sont coupés. Armée et police tirent sur les manifestants qui occupent la place ; les martyrs sont nombreux.
Asma se réfugie chez Achraf, qui habite sur la place Tahrir, et commence à se sentir concerné par ce qui se passe sous ses yeux.
À propos du père d’Asma, comptable besogneux et obséquieux :
« Peut-on dire que Zenati est hypocrite ? Par tact nous dirons qu’il sait très bien s’adapter aux circonstances. Il est comme des millions d’Égyptiens. Il ne dépense son énergie que pour les trois objectifs de sa vie : gagner son pain d’une façon licite, élever les enfants et gagner la protection de Dieu sur terre et dans l’au-delà. »
« Moubarak et ses hommes ont des milliards et, si le régime tombe, leurs fortunes seront confisquées et ils seront jugés. Ils sont prêts à tuer un million d’Égyptiens pour rester au pouvoir. »
Moubarak abdique, mais le régime existant persiste.
L’Organisation s’entend avec les frères musulmans pour qu’ils mobilisent « les gens contre l’établissement d’une nouvelle constitution ».
Ayant obtenu le droit de porter le hijab à l’antenne, Nourhane se plie avec complaisance à déformer les informations télévisées conformément aux ordres du régime, qui recrute des beltagui (voyous) et ouvre les prisons pour semer le désordre et terroriser les Égyptiens.
« Votre mission, en tant que professionnels des médias, est de penser à la place du peuple. »
Khaled est abattu.
Six témoignages sont présentés en note comme « la transcription littérale de déclarations faites à chaud par les victimes et les témoins des événements qu’ils décrivent ». Des manifestantes sont soumises à l’ignominieux « test de virginité » pratiqué par l’armée, dont les chars écrasent littéralement un cortège copte, qui protestait contre la destruction d’églises par des beltagui.
« Le pays appartient à l’armée. »
Achraf s’investit dans le soulèvement (et se révolte contre Magda). Il délaisse un peu le haschich tandis qu’Issam s’adonne de plus en plus au whisky alors que son usine est prise en main par les ouvriers.
Nourhane participe activement à la mobilisation médiatique qui désinforme la population, convainquant celle-ci que les jeunes de Tahrir sont grassement payés par l’étranger après des entraînements en Israël. Elle est devenue la directrice de la chaîne de télévision créée par son nouveau mari, le milliardaire Hadj Chanouani, escroc proche de la famille présidentielle, en entente avec le Conseil suprême des forces armées de facto au pouvoir.
À l’usine harcelée par les beltagui, les ouvriers déboutent la commission de Mazen, qui est emprisonné et torturé, mais ne cède pas. Lui et Asma se sont déclarés leur amour ; elle est arrêtée par l’armée, tabassée et violée ; puis elle fuit l’Égypte, convaincue que les Égyptiens préfèrent « une république comme si » (titre du livre en arabe) à la démocratie.
Tous les officiers meurtriers sont graciés, et Madani se venge sur celui qui tua Khaled.
Comme pour tout roman choral, la lecture de celui-ci est difficile au commencement, lorsque les différents intervenants sont présentés.
J’ai retrouvé beaucoup de l’Égypte que j’ai connue (au siècle précédent), les lieux où j’ai vécu une dizaine d’année et les gens que j’y ai côtoyés. Comme mon séjour, ce roman-documentaire me laisse dubitatif sur cette société profondément pieuse et policée, mais aussi inique et hypocrite.
L'auteur évoque ce livre : https://www.dailymotion.com/video/x794bm2

\Mots-clés : #historique #insurrection #politique #regimeautoritaire #religion #romanchoral #social

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Message par Bédoulène Ven 18 Aoû - 19:11

merci Tristram, je relève le 3ème extrait

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