William Faulkner

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Re: William Faulkner

Message par Aventin le Mer 11 Juil - 16:07

merci Bédoulène pour ce commentaire, le lire t'a plu dirait-on ?
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Re: William Faulkner

Message par Tristram le Dim 22 Juil - 8:04

L’intrus



D’emblée, la métaphore des cochons donne le ton, celui d’un certain lyrisme noir, mais contenu :
« …] vers la tombée de la nuit, d’un bout à l’autre de la contrée, pendraient, fantomatiques, intacts, livides, leurs cadavres vidés, immobilisés par les jarrets dans des attitudes de course folle, comme s’ils se ruaient à toute allure vers le centre de la terre. »
Lucas Beauchamp, un vieux Noir « …] pas le moins du monde arrogant, pas même dédaigneux : simplement intraitable, inflexible et maître de soi », a tué un des « pauvres Blancs » de la « Section Quatre » du comté d’Yoknapatawpha, Mississipi.
Charlie, seize ans, personnage principal (ou plutôt point de vue de l’auteur) et neveu de l’avocat Gavin Stevens (qui incarne la conscience morale du Sud dans plusieurs œuvres de Faulkner), est partagé entre ses préjugés et le sens de la justice, l’impulsion de fuite et la responsabilité assumée.
Un aspect marquant de ce roman m’a paru être l’importance de l’attitude des femmes et des enfants vis-à-vis de celle des hommes ; voici le commentaire un peu sibyllin du vieil Ephraïm (ici répété au chapitre V) :
« Si vous avez, en marge du train habituel, quelque chose que vous devez faire et qui ne peut attendre, ne perdez pas votre temps avec les hommes ; ils agissent d'après ce que votre oncle appelle les lois et les règlements. Allez chercher pour cela les femmes et les enfants : eux, ils agissent d'après les circonstances. »
C’est en effet Charlie et son ami, noir et du même âge, ainsi qu’une miss de 70 ans, blanche, qui agiront de façon décisive quoique irraisonnée (et surprenante) au début de l’affaire : une sorte de condensé de confiance incroyable.
Longues phrases serrées, parfois de plusieurs pages, décrivant les évènements de façon plus ou moins absconse jusqu’à la pause d’un dialogue, soit un moment où le lecteur reprend compréhension dans la trituration bandéonnesque des faits que malaxe Faulkner : il y a de l’accordéon dans ces compressions et détentes où l’auteur manipule notre entendement, du démiurge dans la manière dont il pétrit le scénario, accélère et ralentit, voire inverse le déroulement de l’intrigue ; c’est un peu aussi comme la mise au point d’un trop gros plan à la vue d’ensemble.
« …] son oncle lui avait dit que tout ce que l’homme possédait, c’était le temps, que tout ce qui se dressait entre lui et la mort qu’il abhorrait, c’était le temps, mais qu’il en passait la moitié à inventer les moyens de passer l’autre moitié [… »

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Re: William Faulkner

Message par animal le Dim 22 Juil - 8:13

Ca donnerait envie de s'y jeter tout de suite !

Beaucoup plus efficace, et utile, que les videos sur youtube. pirat

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Re: William Faulkner

Message par Bédoulène le Dim 22 Juil - 9:23

merci Tristram !

"il y a de l’accordéon dans ces compressions et détentes où l’auteur manipule notre entendement, du démiurge dans la manière dont il pétrit le scénario, accélère et ralentit, voire inverse le déroulement de l’intrigue"

belle métaphore !

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Re: William Faulkner

Message par ArenSor le Lun 20 Aoû - 15:29

Nouvelles

L’historique des publications des nouvelles de William Faulkner est assez complexe. En effet, certaines d’entre-elles, remaniées, sont devenues des chapitres de romans dans « Les Invaincus », «Descends Moïse » et « Le Gambit du cavalier ». Par ailleurs, deux romans « Le Hameau » et « La Demeure » ont été construits à partir de nouvelles antérieures. Signalons également que la distinction entre nouvelles et romans n’est pas toujours formalisée par l’auteur.
En 1950, Faulkner sélectionne 42 nouvelles qu’il distribue en 6 ensembles : 1) La Campagne ; 2) Le Village ; 3) La Forêt sauvage 4) La Terre vaine ; 5) L’Entre-deux-mondes ; 6) Au-delà.
En plus, bien évidemment, nous avons les 11 nouvelles qui n’ont pas été sélectionnées par l’auteur et 16 nouvelles restées inédites de son vivant.

Nouvelles recueillies I- La Campagne
Ce recueil est constitué de six nouvelles

L’incendiaire (1939)
C’est une nouvelle très dure, typiquement faulknérienne. Un homme en colère, inflexible, froid et violent (mais pas avec ses proches, souvent un regard glacial leur suffit !), également fourbe. Ce Snopes apparaît toujours menaçant :
« L’invulnérabilité de quelque chose d’impitoyablement découpé dans du fer blanc, sans épaisseur, comme si, tournée de profil vers le soleil, [sa silhouette] ne projetterait aucune ombre.»
Mais attention, comme toujours chez Faulkner, le personnage est plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord.
Face à lui, son jeune fils déchiré entre l’amour du père et de la famille et sa conscience morale. Procédé cher à Faulkner, le récit est parfois vu à travers les yeux de l’enfant qui n’est pas en mesure de comprendre toutes les situations.
« L’incendiaire » est également l’occasion de montrer le contraste entre les petits blancs, contraints à s’employer comme métayer dans des conditions draconiennes fixées par les grands propriétaires fonciers.

Les Bardeaux du Bon Dieu (1943)
Une nouvelle comique qui se moque gentiment de certains règlements introduits par le « New deal » de Roosevelt afin de surmonter la crise de 29. Quelques hommes donnent des heures de leur temps pour débiter des bardeaux afin de remplacer la toiture de l’église. On y parle d’unités-travail et même d’unités-chien, l’animal en question étant l’objet d’un marché en échange de temps de travail. L’un des protagonistes décide de faire une farce à son compatriote et provoque ainsi une vraie catastrophe dans laquelle il joue un rôle quelque peu grotesque. Un beau portrait d’américain moyen, honnête et travailleur, mais qui parfois ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez…

Les Hommes de haute stature (1941)
Une nouvelle quelle peu didactique, bien dans l’esprit du patriotisme américain, ce qui fut reproché à Faulkner.
Un jeune fonctionnaire attaché aux règlements vient arrêter deux frères qui ne se sont pas inscrits pour le recrutement aux armées. Il est accompagné d’un vieux juge qui connait bien la famille. Nous découvrons des fermiers de classe moyenne où règnent la loyauté, l’endurance, la fraternité familiale, le sens du travail, mais aussi le patriotisme, bref des gens de haute stature morale. Faulkner critique ouvertement dans cette nouvelle certaines dispositions du « New deal », le fait notamment de recevoir des subventions pour diminuer la production de coton.
C’est une belle nouvelle tout de même, avec ce discours du juge au jeune fonctionnaire :
«Vous êtes plein de bonnes intentions. Vous vous êtes simplement embrouillé les idées avec des règles et des règlements. C’est ce qui ne va pas. On s’est inventé tellement d’alphabets, de règles et de recettes qu’on voit plus rien d’autre ; si ce qu’on voit ça entre pas dans un alphabet ou dans une règle, on est perdus. On en vient à être comme des créatures que des docteurs auraient pu créer dans des laboratoires, qui ont appris à se débarrasser de leurs os et de leurs tripes tout en restant vivants, à rester en vie indéfiniment et à jamais peut-être même sans savoir que les os et les tripes ont disparu. Nous nous sommes débarrassés de notre colonne vertébrale ; on a pratiquement décidé qu’un homme il a plus besoin de colonne vertébrale, et qu’en avoir une est démodé. »

Une chasse à l’ours (1934)
Encore une nouvelle comique qui oppose la spiritualité des indiens symbolisée dans ce récit par un antique tumulus et la rationalité des colons blancs. A la suite d’une histoire de hoquet, une ancienne petite frappe est victime de la vengeance d’un ancien serviteur noir qu'il avait humilié dans sa jeunesse. C’est un texte amusant et non sans portée sociale.

Deux soldats (1942)
Un texte contemporain de l’entrée en guerre des Etats-Unis. Deux frères, l’un tout juste adulte et le second âgé de huit ans, vont écouter la radio à la fenêtre d’un propriétaire - ils sont trop pauvres pour posséder une radio – ils apprennent ainsi le raid de Pearl-Harbour. L’ainé, ressent l’engagement comme une nécessité morale. Son jeune frère veut l’accompagner pour fournir de l’eau aux soldats et leur couper du bois ! Il va rejoindre son frère à Memphis.
C’est vrai, c’est une nouvelle bien dans l’air du temps qui est pleine de bons sentiments. Elle vaut également par le regard de l’enfant sur le monde qui l’entoure ; ainsi l’ascenseur, la « p’tite pièce qui marchait toute seule » et la table roulante « espèce de brouette ».

Ne disparaîtra pas (1943)
C’est la suite de la nouvelle précédente. Le jeune engagé trouve la mort dans le Pacifique. Trouvant la lettre d’annonce, la mère comprend tout de suite, de même que les autres membres de la famille. Faulkner oppose la douleur de cette famille modeste à celle du major de Spain qui vient également de perdre son fils. Le major, ancien sudiste, se réfugie dans un désespoir amer affirmant que son fils est mort pour rien ou pour des intérêts matériels. Au contraire, la mère pense le sacrifice utile, même si elle n’en comprend pas le sens. On retrouve les valeurs exaltées par Faulkner : « l’amour, l’honneur, la pitié, la fierté, la compassion et le sacrifice »

Quelques réflexions générales sur ce premier recueil : de nombreux personnages reviennent d’une nouvelle à l’autre, nous sommes bien dans l’univers mythique de Yoknapatawpha et des Snopes, ce qui n’est pas surprenant pour un ensemble consacré à la campagne. On retrouve également les meurtrissures laissées par la guerre de Sécession et la disparition d’un sud traditionnel. Autre trait marquant, le fait que les événements sont vus par différents protagonistes, notamment des enfants qui ne comprennent pas toujours les situations on pense au « Bruit et à la fureur ». De ce point de vue, je pense qu’on perd pas mal à la traduction. Enfin, l’écriture de Faulkner est parfois elliptique, ce qui oblige à lire entre les mots, ou mieux au-delà des mots, cependant dans d’autres nouvelles elle est au contraire très démonstrative, moralisatrice et quelque peu appuyée. Attendons la suite… Very Happy
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Re: William Faulkner

Message par Tristram le Lun 20 Aoû - 15:42

C'est bien, les vacances studieuses !
Et c'est bien aussi de dégager un peu l'accès à l'oeuvre de Faulkner !
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Re: William Faulkner

Message par Bédoulène le Lun 20 Aoû - 21:37

merci Arensor, pas encore lu de nouvelles !

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Re: William Faulkner

Message par Aventin le Mer 5 Sep - 11:03

Tandis que j'agonise

Titre original: As I lay dying. Roman, 1930, 280 pages environ (le double pour l'édition bilingue ci-dessus).

Il s'agit d'une suite de monologues intérieurs, d'une quinzaine de protagonistes, dont les membres de la famille Bundren, y compris un, central, d'Addie, "celle qui agonise".  Les autres membres sont Anse, le sentencieux plaintif grand dadais fainéant de mari, manipulateur à la fin, Cash, le fils aîné, charpentier, qui peaufine le cercueil d'Addie sous les yeux intéressés de celle-ci, Darl, celui-qui-regarde-la-campagne, et passe pour fou, ou du moins étrange, Jewel, ténébreux et entier, fils préféré et irrévérencieux d'Addie, Dewey Dell, la fille "à demi-nue", au chevet de sa mère puis également préoccupée de vendre des gâteaux et de se faire avorter, Vardaman, le gosse, le petit dernier.

Pour respecter une volonté de longue date d'Addie, la famille s'embarque dans un périple à travers tout le Comté, bien que les ponts fussent coupés suite à l'abondance des pluies, jusqu'à la ville de Jefferson dont elle est originaire, afin de l'y inhumer.

Les jours qui précédent l'agonie d'Addie et le périple tragi-cocasse jusqu'à Jefferson constituent le corpus de l'ouvrage.

J'ai choisi la version bilingue, d'une part parce que je n'étais pas pressé, d'autre part pour tenter de saisir le sel du procédé littéraire (le roman est, comme dit, formellement une seule suite de soliloques). Toute l'adresse de Faulkner est de ne pas faire s'exprimer Darl comme Anse, ni Addie comme Dewey Dell, ni non plus comme Whitfield le pasteur ou Peabody le docteur. Le rendu des caractères y gagne, en comparaison d'une forme romancée classique.

Je ne m'attendais pas, toutefois, à un chef-d'œuvre de cet acabit !

Le principal comme l'accessoire y sont emmêlés avec un brio des plus rares, exceptionnel, le voyage familial est aussi un périple depuis une campagne (un entre-soi) des plus reculées vers la ville (capitale, lieu-chef) du Comté, avec le cercueil pour centre communautaire, coffin tutélaire, pas loin de devenir totémisation familiale, puant de plus en plus, ce qui groupe les Bundren et éloigne autrui.  

Une poésie dense (j'espère en faire entrevoir un échantillon microscopique dans les extraits), et un sens symphonique de la narration en font un livre singulier, vraiment à classer dans le tout meilleur.



     Extraits

Vardaman a écrit:
[qui vient de pêcher un poisson aussi gros que lui, et a dû le vider tout seul sur ordre de son père]

My mother is a fish.                                                      

Ma mère est un poisson.



Puis un extrait tout empli d'espoir un peu faux, jusqu'au nom de la bourgade (New Hope = Nouvelle Espérance). Mais, si l'espoir n'a pas lieu d'être, l'espérance est fondée à demeurer, c'est le subtil distinguo. L'importance du panneau indicateur, fiché là dans le texte...
Dewey Dell a écrit:
The signboard comes in sight. It is looking out at the road now, because it can wait. New Hope. 3 mi. it will say. Ne Hope. 3 mi. New Hope. 3 mi. And then the road will begin, curving away into the trees, empty with waiting, saying New Hope three miles.
 
I heard that my mother is dead. I wish I had time to let her die. I wish I had time to wish I had. It is because in the wild and outraged earth too soon too soon too soon. It's not that I wouldn't and will not it's that it is too soon too soon too soon.

Now it begins to say it. New Hope three miles. New Hope three miles. That's what they mean by the womb of time: the agony and the despair of spreading bones, the hard girdle in which lie the outraged entrails of events


Le poteau indicateur apparaît. Il regarde la route maintenant parce que l'attente est possible. New Hope 3 miles. Il dia New Hope 3 miles. New hope 3 miles, et alors la route commencera, tournant parmi les arbres, vide d'attente, disant New Hope trois miles.

Il paraît que ma mère est morte. Je voudrais bien avoir le temps de la laisser mourir. Je voudrais avoir le temps de le vouloir. C'est parce que dans la terre sauvage et violée trop tôt trop tôt trop tôt. Ce n'est pas que je ne voudrais pas, que je ne peux peux pas, mais c'est  trop tôt trop tôt trop tôt.

Voilà qu'il commence à le dire. New Hope 3 miles. New Hope 3 miles. C'est ce qu'on veut dire quand on parle du sein du temps: la douleur et le désespoir des os qui s'ouvrent, la dure gaine qui enserre les entrailles violées des évènements  




Passage limite théâtre élisabéthain, un grand souffle prosodique passe:
Darl a écrit:
The lantern sits on the stump. Rusted, grease-fouled, its cracked chimney smeared on one side with a soaring smudge of soot, it sheds a feeble and sultry glare upon the trestles and the boards and the adjacent earth. Upon the dark ground the chips look like random smears of soft pale paint on a black canvas. The boards look like long smooth tatters torn from the flat darkness and turned backside out.

Cash labors about the trestles, moving back and forth, lifting and placing the planks with long clattering reverberations in the dead air as though he were lifting and dropping them at the bottom of an invisible well, the sounds ceasing without departing, as if any movement might dislodge them from the immediate air in reverberant repetition. He saws again, his elbow flashing slowly, a thin thread of fire running along the edge of the saw, lost and recovered at the top and bottom of each stroke in unbroken elongation, so that the saw appears to be six feet long, into and out of pa's shabby and aimless silhouette.

La lanterne est posée sur une souche. Rouillée, graisseuse, son verre fendu enduit d’un côté d’une couche de suie montante, elle répand une lueur faible et fauve sur les tréteaux, les planches et la terre alentour. Sur le sol noir, les copeaux épars ressemblent à des trainées de couleur tendre sur une toile noire. Les planches ont l’air de longues bandes soyeuses arrachées aux ténèbres plates et tournées à l’envers.

Cash s'affaire autour des tréteaux. Il va et vient, soulève les planches, les dispose, emplissant l'air mort de sonores résonances. On dirait qu'il les soulève et les laisse retomber au fond d'un puits invisible, le son s'éteignant sans s'éloigner, comme si tout mouvement risquait de le chasser de l'air ambiant en résonances successives. Il se remet à scier. Son coude luit lentement, un filet de feu court sur les dents de la scie, perdu et retrouvé en prolongement continu aux deux extrémités de chaque coup, si bien que la scie a l'air d'avoir six pieds de long, quand elle entre et sort de la silhouette minable et désemparée de notre père.
 


Un petit morceau de patois péquenot-sudiste, pour indiquer combien les traducteurs ont dû se voir de belles difficultés et ne pas être toujours contents de leur rendu, et, comme le livre baigne dans ce langage-là...
Anse a écrit:
Durn that road. And it fixing to rain, too. I can stand here and same as see it with second-sight, a-shutting down behind them like a wall, shutting down betwixt them and my given promise. I do the best I can, much as I can get my mind on anything, but durn them boys.

A-laying there, right tip to my door, where every bad luck that comes and goes is bound to find it. I told Addie it want any luck living on a road when it come by here, and she said, for the world like a woman, "Get up and move, then." But I told her it want no luck in it, because the Lord put roads for travelling: why He laid them down flat on the earth. When He aims for something to be always a-moving, He makes it longways, like a road or a horse or a wagon, but when He aims for something to stay put, He makes it up-and-down ways, like a tree or a man.

Cette sacrée route. Et la pluie qui arrive par-dessus le marché. Je la vois venir comme si que je serais sorcier. Je la vois qui tombe derrière eux, comme un mur entre eux et ma parole donnée. Je fais pour le mieux, dans la mesure où que je peux appliquer mon esprit à quelque chose, ah, les sacrés garçons !

L'avoir là, tout contre ma porte, là où que tout le guignon qui court le monde peut la trouver. Je l'avais bien dit à Addie que ça ne portait pas bonheur d'habiter sur une route, quand on est venu la faire ici, et elle m'a dit, que c'était bien une réponse de femme: "Ben t'as qu'à te lever et déménager".  Mais je lui i dit que ça ne porterait pas bonheur parce que le Seigneur a fait les routes pour voyager; c'est pour ça qu'Il les a couchées à plat sur la terre. Quand il veut que les choses soient en mouvement, il les fait allongées, comme une route ou un cheval ou une charrette, mais quand Il veut que les choses restent tranquilles, Il les fait en hauteur, comme un arbre ou un homme.
 
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Re: William Faulkner

Message par Tristram le Mer 5 Sep - 12:48

Merci Aventin, ce livre est l'objet du commentaire qu'il mérite ! Je pense parfois que c'est mon Faulkner préféré à ce jour.
Super aussi d'avoir fait l'effort de la lecture bilingue. Mais pourquoi ne pas avoir respecté la ponctuation à la traduction (dans le monologue d'Anse) ?
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Re: William Faulkner

Message par Aventin le Mer 5 Sep - 18:25

@Tristram a écrit: Mais pourquoi ne pas avoir respecté la ponctuation à la traduction (dans le monologue d'Anse) ?
Je ne sais pas, j'ai recopiée, telle quelle, la traduction.

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Re: William Faulkner

Message par Tristram le Mer 5 Sep - 18:39

Je pense bien que ce n'est pas toi, Aventin, mais n'est-ce pas dommage d'avoir remplacé une virgule par un point ?
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Re: William Faulkner

Message par Bédoulène le Mer 5 Sep - 19:05

merci Aventin, de rendre hommage à ce livre, le premier que j'ai lu de Faulkner et qui m'a convaincue de poursuivre

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Re: William Faulkner

Message par ArenSor le Mer 5 Sep - 19:53

Comme Tristram, Tandis que j'agonise, bien qu'un peu à part dans l'oeuvre de Faulkner, est le livre de l'auteur qui m'a fait la plus grande impression (mais je n'ai pas tout lu) Very Happy
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Re: William Faulkner

Message par animal le Mer 5 Sep - 20:25

Merci pour les extraits bilingues, je tâcherai de faire l'effort de la VO quand je retournerai à Faulkner (Intérêt à être en forme mais je ne regrette tellement pas pour Absalom, Absalom) !

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Re: William Faulkner

Message par Tristram le Mer 26 Sep - 22:14

« Faulkner […] cet auteur qui me rappelle la botanique en ce sens que ses romans contiennent une multitude de formes et de permutations. »
Jim Harrison, « La Bête que Dieu oublia d'inventer »
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