Antoine Blondin

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Antoine Blondin

Message par bix_229 le Dim 18 Déc - 18:16

Antoine Blondin (1922-1991)


Antoine Blondin 1922-1991, a vécu vite et jusqu' à ce que mort s' en suive.

Blondin a été envoyé au STO (Service de travail obligatoire) en Allemagne, ce qui lui a inspiré l'Europe buissonnière.
Il faut savoir qu' il a suivi le Tour de France jusqu' à sa mort...
Qu' il aimait les copains, le rugby, l'alcool. Peu modéremment...
Ensuite il s'est essouflé et il avait de plus en plus de mal à courir après sa vie. Ses souvenirs l'obsédaient et il en parlé dans tous ses livres.
Il faisait partie d'un mouvement littéraire qu'on a nommé "Les hussards" : Nimier, Laurent…

L' écriture de Blondin est légère, son humeur "vagabonde" et sa mélancolie prégnante, de plus en plus noyée dans l'alcool.

Il a laissé une poignée de livres et pas mal de regrets...

Bibliographie

1949 L'Europe buissonnière
1952 Les Enfants du Bon Dieu
1955 L' Humeur vagabonde
1959 Un singe en hiver
1970 Monsieur Jadis ou l' école du soir

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bix_229

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Re: Antoine Blondin

Message par bix_229 le Dim 18 Déc - 18:26

Pas de lecture récente mais quelques  débuts plutot incitatifs.

Quelques débuts :

Passé huit heures du soir, les héros de roman ne courent pas les rues dans le quartier des Invalides. Muguet n'était encore qu'un adolescent médiocre lorsqu'il tourna l'angle de l'Avenue de Ségur.
Une fillette qui lisait le journal assise sur un petit pliant, fut sollicitée par la silhouette du garçon.
Elle le suivit un instant des yeux ; puis, comme comme on avait l'époque la cuisse cocardière, elle se replongea dans le récit des actualités..


L'Europe buissonnière

Après la seconde guerre mondiale, les trains recommencèrent à rouler. On rétablit le tortillard qui reliait notre village à la préfecture.
J'en profitai pour abandonner ma femme et mes enfants qui ne parlaient pas encore. Ma femme, elle, ne parlait plus. C'est donc dans un grand silence que je pris le chemin de la gare, par l'avenue dont les platanes venaient d'être émondés. Ces moignons d'arbres ouvraient devant moi un iitnéraire d'hiver, rendu sensible par le contraste d'une campagne croulante de feuillages et de grappes.
On était à la fin du mois d' août. Je n'avais pas très chaud au coeur.


L' Humeur vagabonde

Une nuit sur deux, Quentin Albert descendait le Yang-tsé-kiang dans son lit-bateau : trois mille kilomètres jusqu' à l'estuaire, vingt-six jours de rivière quand on ne rencontrait pas de pirates, double rationd' alcool de riz si l'équipage indigène négligeait de se mutiner.
Autant dire qu'il n' y avait pas de temps à perdre.


Un singe en hiver

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Re: Antoine Blondin

Message par Tristram le Dim 18 Déc - 20:41

Vieilles lectures également, mais restent quelques belles phrases :

L'humeur vagabonde :

« Tandis qu'il flotte une valse lente, au gré des touches, longtemps ils vont tourner en rond, prisonniers de leur rêve louche, et rond, et louche, tandis que vont de bouche à bouche des baisers ronds. »
« Si plus de trois personnes sont rassemblées, ou bien elles vont vers l'abattoir, ou bien elles fomentent une corrida. »

Un singe en hiver :

« Car je jure qu'au fond, je préfère la santé aux mirages [de l’alcool] ; mais la vie est abrupte parfois et il suffit de peu de choses pour la rendre plus maniable durant quelques minutes… »
« Pourquoi, sous un certain climat, en viens-je à me persuader qu'une légère ivresse améliore la qualité des rapports humains ? »
« Au second verre, de vermouth cette fois, j'ai senti renaître le vieux désir de lier connaissance avec les autres, ce sentiment d'avoir beaucoup de choses à leur communiquer, et l'illusion qu'on pourrait s'arranger pour vivre si l'on était assuré d'une marge où l'existence s'échauffe et brille dans ses plus modestes manifestations. On prétend que ces alchimistes se réunissent pour se saouler. La vérité est que l'état d'ivresse ne fait pas l'objet de leurs cérémonies extrêmement subtiles : il en est la conséquence et la rançon. »
« Sait-on jamais ce que c'est ? Ce va-et-vient aux abîmes est un trajet solitaire. Ceux qui remontent de ces gouffres se sont cherchés sans se rejoindre. Seule la cruauté du jour rassemble leur troupeau errant. Ils renaissent douloureusement et se retournent : la nuit a effacé la trace de leurs pas. Les ivresses, si contagieuses, sont incommunicables. »
« Comme la baleine, la beauté de village possède son poisson-pilote, vif laideron collé à sa personne qui la guide dans les aventures. Exubérant, il fait savoir la discrétion ; espiègle, la retenue ; entreprenant, l'indifférence. On pourrait appelait ce fretin une confidente, mais on parle moins qu'on ne se déplace ; il agit surtout par sa présence : à la fois chaperon et radar, il protège et prévient. L'instinct de Fouquet n'ignore pas que lorsqu'il frétille quelque part, la belle pièce n'est jamais loin. »

Monsieur Jadis ou l'école du soir :

« Entendons-nous : pas question de devenir un de ces vieux messieurs qui ont gardé le cœur jeune, je suis ce jeune homme dont l'enveloppe s'est usée. »
« Projetés hors d'eux-mêmes [un couple d’amoureux], ils cessèrent de rêver séparément. »
La visite du jeune homme [Rimbaud, "appelé" à Paris par Verlaine], in Certificats d'études
« Le visionnaire qui s'envisageait comme un animal tropical, un vaisseau à la mer, un féroce infirme va s'en aller, dans le désert brûlant de l'Éthiopie, rompre ses amarres et dériver dans l'inconnu, revenir mourir, amputé d'une jambe. Il va maintenant rejoindre le second terme de la métaphore et s'identifier à lui. Cette trajectoire tendue et déchirée n'aura servi qu'à abolir la conjonction COMME… »

Des cafés littéraires à la révolution, in Ma vie entre des lignes, Entre 1943 et 1948 :

« La littérature exprime un moment de l'intelligence d'une nation et sa chanson de geste. Elle est une planète où les individus viennent chercher le complément de leurs occupations. L'homme d'action y trouve les réflexions qu'il n'a pas le temps de faire ; le contemplatif, les aventures qu'il n'a pas l'audace d'entreprendre. Ici ou là l'écrivain possède un message qui fait de lui un fonctionnaire dans la cité. »
« Dans le dialogue où elle nous entraîne avec l'écrivain, l'œuvre de l'esprit ne nous révèle rien que nous ne possédions déjà. Elle agit à la manière d'un sourcier qui découvre et ne crée pas. Et, pour peu qu'elle le prenne comme objet, voilà qu'elle peut exalter le monde secret de nos faiblesses. Voilà qu'elle peut, par la sympathie de son langage, en faire un être de nature et le fortifier d'autant plus que nous nous émerveillons de sentir notre propre angoisse à la fois naître et s'alléger de toute la douceur du partage. Dès lors nous attendons de la littérature qu'elle vienne provoquer en nous les confidences inavouables, nous range dans une catégorie de ses malades et nous en assigne la destinée. »

Le possesseur est possédé [Michel Audiard], in Ma vie entre des lignes, Entre 1971 et maintenant :

« L'appel des morts et des temps anciens résonne entre les lignes où passe l'odeur entêtante des anniversaires. Nous savons maintenant à qui parlent tout seuls sur les bancs des squares ou les quais de métro ces emmurés vivants, gonflés de colère et de pitié  les deux ressorts de la tragédie grecque. »

Un livre comme un manteau qu'on ne détache pas facilement de ses épaules  [Adios de Kléber Haedens], in Ma vie entre des lignes, Entre 1971 et maintenant :

« La grande affaire de l'aventure humaine consiste à entrer dans la vie et à en sortir. Elle propose à l'écriture ses deux thèmes fondamentaux : au premier nous devons une littérature d'éducation, de découvertes et de conquêtes ; au second des œuvres d'expériences, de bilans et de dénouements. »

Qu'ai-je fait de ma vie ?, in Ma vie entre des lignes, Entre 1971 et maintenant :

« "Qu'ai-je fait de ma vie ?…" Pour ce qui me concerne, c'est une façon très optimiste de poser la question. Peut-être conviendrait-il plutôt de me demander ce que la vie a fait de moi. Je me suis, en effet, rarement dérobé aux tentations qui s'offraient de part et d'autre de mon chemin, si bien qu'en me donnant l'illusion de mener mon existence à ma guise, je n'ai fait que la plier aux sollicitations des circonstances. De grandes libertés m'ont réduit en esclavage. Je me suis beaucoup abandonné en route… »

Entretien avec Pierre Assouline, décembre 1987, Lire n°147 :

« "Alcool de nuit", en fait, c’est un livre qui tient en une phrase : on boit pour être ensemble mais on est saoul tout seul. »
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Re: Antoine Blondin

Message par ArenSor le Dim 18 Déc - 21:12

@Tristram a écrit:

« "Alcool de nuit", en fait, c’est un livre qui tient en une phrase : on boit pour être ensemble mais on est saoul tout seul. »
Joli ! J'avais beaucoup aimé le film "Un singe en hiver" me reste lire le livre...
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Re: Antoine Blondin

Message par GrandGousierGuerin le Mar 20 Déc - 12:51

@bix_229 a écrit:
Passé huit heures du soir, les héros de roman ne courent pas les rues dans le quartier des Invalides.
Muguet n' était encore qu' un adolescent médiocre lorsqu' il tourna l' angle de l' Avenue de Ségur.
Une fillette qui lisait le journal assise sur un petit pliant, fut sollicitée par la silhouette du garçon.
Elle le suivit un instant des yeux; puis, comme comme on avait l' époque la cuisse cocardière, elle se
replongea dans le récit des actualités..

L' Europe buissonnière


Ah oui ! je me rappelle encore de cet incipit qui m'avait bien plu il y a si longtemps ... je l'avais dévoré cette Europe Buissonnière ...
D'ailleurs, ce roman m'est revenu à l'esprit suite à l'ouverture du fil de lecture comparée Hyvernaud vs Jünger ... Moi je voyais essentiellement une opposition avec Muguet, personnage bon vivant, truculent, menant sa guerre de conquêtes féminines dans les deux camps sans parti pris aucun ...
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Re: Antoine Blondin

Message par GrandGousierGuerin le Mer 21 Déc - 21:59

Quand on meurt de faim, il se trouve toujours un ami pour vous offrir à boire.

A graver dans la pierre ou à placer entre deux verres au bar ... selon l'humeur Very Happy
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Re: Antoine Blondin

Message par GrandGousierGuerin le Mar 3 Jan - 20:18

Mais les miroirs embués par trop de souvenance s'obstinent à ne répondre qu'au passé et c'est une tentation assez commune aux hommes que de chercher au-delà, que de les retourner pour savoir ce qu'il y a derrière. Vieux mystère décevant : on n'y trouve rien qu'on ne leur ait apporté ; les miroirs sont nos auberges espagnoles.
L humeur vagabonde

Sous la coiffe de trublion débonnaire se cache souvent une tristesse emplie de nostalgie ... à noyer dans le picrate ?
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Re: Antoine Blondin

Message par bix_229 le Mar 3 Jan - 20:32

Je dirai meme mélancolie chroniuqe et insoluble dans l' alcool !

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Re: Antoine Blondin

Message par Tristram le Mar 3 Jan - 20:40

Un singe en hiver a écrit:« Sait-on jamais ce que c'est ? Ce va-et-vient aux abîmes est un trajet solitaire. Ceux qui remontent de ces gouffres se sont cherchés sans se rejoindre. Seule la cruauté du jour rassemble leur troupeau errant. Ils renaissent douloureusement et se retournent : la nuit a effacé la trace de leurs pas. Les ivresses, si contagieuses, sont incommunicables. »

Il a de la pâte, c'est sûr... et a quand même ramené beaucoup de ses nuits...
Ses textes de "critique littéraire" sont intéressants aussi (Certificats d'études) : Rimbaud, Baudelaire, Balzac, Dickens. Tout cela donne vraiment envie d'en relire !
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Re: Antoine Blondin

Message par GrandGousierGuerin le Sam 7 Jan - 20:31

Entendons-nous : pas question de devenir un de ces vieux messieurs qui ont gardé le cœur jeune, je suis ce jeune homme dont l'enveloppe s'est usée.

La différence est notable et mérite d'être dite ...
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