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Roger Nimier

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Message par Aventin le Sam 7 Déc - 8:18

Roger Nimier

Roger Nimier Nimier10

Né le 31 octobre 1925 à Paris et mort le 28 septembre 1962 à La Celle-Saint-Cloud.

Biographie:

Son père, Paul Nimier, est ingénieur et meurt alors que Roger a quatorze ans et sa mère, Christiane Roussel, termine d'élever Roger auprès de sa sœur Marie-Rose, de quatre ans l'aînée.
La famille habite sur le boulevard Pereire, dans le XVIIe arrondissement de Paris.

De 1933 à 1942, il fréquente le lycée Pasteur de Neuilly, y laissant un souvenir de brillant élève.
Michel Tournier, son condisciple en classe de philosophie, juge sa précocité «un peu monstrueuse» et son intelligence et sa mémoire «hors du commun».
En 1942, il obtient un premier accessit au concours général de philosophie.

Après son baccalauréat, il commence des études à la Sorbonne à la rentrée de 1942, tout en étant employé par la maison de philatélie Miro, dirigée par son oncle.
Il s'engage avant la fin de la guerre, le 3 mars 1945, au 2e régiment de hussards, basé à Tarbes, et à ce titre est expédié en Allemagne occupée; il est démobilisé le 20 août 1945, et commence peu à peu à écrire et publier.

En 1953, suivant le conseil de Jacques Chardonne, qui juge sa production de cinq livres en cinq ans trop rapide, il décide alors de ne publier aucun roman pendant dix ans.

La période d'abstinence romanesque n'est pas pour autant une période de silence. Nimier se consacre à la critique, notamment dans la revue Opéra qu'il dirige ; à la politique à travers des chroniques parues dans l'hebdomadaire royaliste La Nation française; à l'édition comme conseiller auprès de Gaston Gallimard ; et au cinéma, notamment aux côtés de Louis Malle, avec qui il écrit le scénario d'Ascenseur pour l'échafaud.

Critique redouté et éditeur à contre-courant, il sort de l'oubli Céline, Morand et Chardonne.
Ses articles, prises de position et polémiques font les choux gras tant des milieux littéraires que de la presse populaire.

Il meurt le 28 septembre 1962, dans un accident de voiture au volant de son Aston Martin DB4 sur l'autoroute de l'Ouest, sur le pont de la Celle-Saint-Cloud, en compagnie de l'écrivain Sunsiaré de Larcône. Il allait avoir trente-sept ans. Son épouse Nadine, veuve, élèvera leurs trois enfants, dont la femme de Lettres Marie Nimier.


Source principale: jesuismort.com

Bibliographie:

Romans:

  1948 : Les Épées, roman, Gallimard, 213 pages.
  1950 : Perfide, roman, Gallimard, 221 pages.
  1950 : Le Grand d'Espagne, essai, La Table ronde, 240 pages.
  1950 : Le Hussard bleu, roman, Gallimard, 334 pages, (ISBN 978-2-07-036986-7) .
  1951 : Amour et Néant, essai, Gallimard, 194 pages. Mise en vente : printemps 1953.
  1951 : Les Enfants tristes, roman, Gallimard, 331 pages.
  1953 : Histoire d’un amour, roman, Gallimard, 277 pages ; adapté au cinéma.

Publications à titre posthume :

  1962 : D'Artagnan amoureux ou Cinq ans avant, roman, Gallimard, 283 pages ; adapté à la télévision.
  1965 : Journées de lectures, préface de Marcel Jouhandeau, Gallimard, 274 pages.
  1968 : L’Étrangère, préface de Paul Morand, Gallimard, 219 pages.
  1981 : L’Élève d’Aristote, Gallimard, éd. établie, introduite et annotée par Marc Dambre, 285 pages.
  1986 : Paméla eut le tort de répéter sa phrase, nouvelle, 23 pages.
  1990 : Les Écrivains sont-ils bêtes ? , essais, Rivages, choix établi, annoté et préfacé par Marc Dambre.
  1989 : Les Indes galandes, nouvelles et contes, Rivages, éd. établie et présentée par Marc Dambre.
  1999 : Variétés, L'Air du temps (1945-1962), Arléa, textes choisis et présentés par Marc Dambre.

Source: wikipedia


Un Prix Roger-Nimier est décerné annuellement depuis 1963 (quelques pointures au palmarès...parfois).


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Message par Aventin le Sam 7 Déc - 8:19

Le hussard bleu

Roger Nimier Roger-11

Roman, publié chez Gallimard en 1950, environ 415 pages.

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Roger Nimier ?
Diagnostiqué dangereux pestiféré chez les tenants du haut du pavé parisien et germanopratin des années 1950, suite à ce livre (ou est-ce par les positions affichées des parutions auxquelles il collabore, ou encore est-ce pour avoir publié Céline, Chardonne, Morand, ou est-ce un tout?).
- Toujours est-il que:
Le journaliste Bernard Frank, entendant dénoncer une coterie à abattre, utilise l'expression de "Hussard" en référence au "Hussard bleu" de Nimier, pour désigner quelques écrivains à honnir: Antoine Blondin, Jacques Laurent, Michel Déon, Roger Nimier, etc..., même si l'expression fait encore florès, il est assez discutable qu'il y eût réellement mouvement au sens artistique, c'était plutôt un groupage journalistique extérieur, commode pour servir de cible à la vindicte.

Je voulais quand même voir de quoi il retourne avec ce livre-là en particulier, puisqu'il a donné son intitulé au pseudo-mouvement, mais entre l'idée vague et ouvrir effectivement les pages, se plonger dedans, il faut un déclic, la lecture récente de pas mal de bouquins d'Antoine Blondin fut celui-ci.

____________________________________________________________________________________________________________________________________________________________


Le procédé d'As I lay dying - Tandis que j'agonise - de Faulkner y est repris, à savoir:
L'écriture consiste en des monologues de tailles variées, par les protagonistes, tous masculins sauf un.
42 monologues, répartis en trois parties.

Le caractère féminin allemand, pourtant de tout premier plan, en est curieusement exclu, l'on comprend à la fin qu'il y a une bonne raison de construction littéraire, comment faire parler ce protagoniste sans dévoiler la chute ?

Nous avons deux personnages principaux, deux hussards français, Saint-Anne en lequel Nimier a mis l'essentiel de lui-même et de son regard d'alors (du moins peut-on le présumer via la concordance des âges et des expériences), c'est lui le hussard bleu, et François Sanders, l'insolent, le séduisant, troupier efficace, revenu de tout (dans tous les sens de l'expression), il est celui que Saint-Anne admire.

Le thème du livre est, disons, la vie au sein d'un escadron de hussards français après la Libération, sur sol allemand occupé (les fameuses TOA - Troupes d'Occupation en Allemagne), en 1945.

Si vous avez quelques doutes sur l'aspect civilisateur et culturel de la présence militaire française dans le contexte d'alors, ainsi que sur les héros auréolés de la Libération qui composaient ces forces-là, alors c'est un livre qu'il vous faut: on comprend qu'il ait pu choquer, faire couler pas mal d'invectives, d'encre et enclencher des polémiques à n'en plus finir à sa parution.

Nimier a dû paraître dans ce livre, qui a pu être un tantinet déflagrant alors (et sans doute encore aujourd'hui, peut-être pas tout à fait pour les mêmes raisons), comme une sorte de provo, tendance nihiliste, de droite anti-gaulliste par-dessus le marché, histoire de ne faire aucune concession, et ce sans singer ou s'adonner au rôle de l'histrion. Il y a, cela sans doute, un second degré qui parcourt l'ouvrage, voire un incontestable humour, ricanant jaune et froid, très ironie-du-désespoir, bref, du type que je ne prise pas, bien qu'il connaisse une vogue indéniable, qui ne se ralentit pas depuis un gros siècle.

Outre ceci, qui a trait au propos, [pour ne rien arranger diront certains] l'ensemble est de surcroît assez cru, cynique, provocant, peut faire tiquer et tordre le nez, cependant reste toutefois de lecture preste, littérairement plutôt bien troussé, agréable bien qu'inégal: ça démarre vraiment sur les chapeaux de roues, et puis ça s'étiole quelque peu, et reprend sur les interventions finales.

L'argot de troupes de l'époque en vigueur chez les suçards (traduisez hussards) s'avère parfois décoiffant (ça a son petit charme), mais aussi ordurier à l'occasion.
Nimier, qui a vécu la vie d'un hussard français en Allemagne occupée sait peindre à vif, rendre du choc, croquer des instants, des scènes en quelques traits; quant aux caractères mis en avant, c'est là toute la réussite du livre.

Casse-Pompons a écrit:Ça fait penser à ces enculés de Shleus, des mômes de quatorze ans ou des vieux duchnoques qui se cachaient dans les buissons pour nous tirer dessus. Comme disait Los Anderos: "Qu'est-ce que c'est que ce genre-là ? Faut de l'ordre, dans la vie. Aux francs-tireurs, il y avait de l'ordre." Pour ce qui est des francs-tireurs, je ne pouvais pas en parler très exactement comme lui, vu que, à la même époque, mes obligations militaires me retenaient dans la garde à Pétain. Mais dans la garde à Pétain, on avait tout à fait l'esprit du maquis.

 Quand même, c'est les partisans schleus qui ont fait sauter l'half-track du peloton avec un bazouka. Ça, y a rien que le Schleu pour inventer une arme aussi perverse. Je me murmurais en coulisse: comme ça, y sera plus en panne. Évidemment, c'était ennuyeux pour les copains. Mais y z'ont eu la belle mort et le lieutenant, il a dit qu'ils auraient aussi la citation. Ça, d'ailleurs, c'est rien injuste. J'estime et je considère qu'un qui a pas froid aux yeux et qui fait reculer la mort par son attitude méprisante et glacée, c'est çui-là qu'il la mériterait la médaille. Mais je ne veux nommer personne. N'empêche: la croix d'honneur, quand elle est accrochée au mur, c'est ça qui fait regretter aux vieux de ne pas avoir envoyé plus de mandats à leur cher petit disparu, tant qu'il était en vie, histoire qu'il puisse aller de temps à autre à l'estaminet pour se nettoyer la pente avec du gros bien acide.  

Colonel de Fermendidier a écrit:L'âme germanique n'a plus de secrets pour moi. Ai complètement maté ces gaillards, en un rien. D'ailleurs, ils sont très pétainistes. Le vieux les impressionne encore. Ces gens-là sont plus poétiques qu'on ne croit. Verdun, c'est un souvenir, tandis que toutes ces histoires de Vercors et de Stalingrad, on sent bien que ce sont des inventions de la propagande maçonne. Suffit.
[...] On pense qu'il est gai pour un vieux blédard comme moi d'être sous les ordres d'un déserteur. Ça s'est mêlé d'organiser des concerts, des expositions. Expositions de mes couilles, oui, en paquet de douze et dégraissées. À Sidi ou-Saïd et à Bidon V, ça aurait bien amusé tout le monde.
[...] L'autre jour, à minuit, dans le poste de garde, ai surpris un jeune margis qui lisait un journal de Paris. Lui ai défendu de réveiller les hommes qui ronflaient d'un seul cœur. Lui ai demandé:
- Pourquoi tu lis ça, mon petit ami ?
A bredouilé que c'était pour se tenir au courant, réfléchir, quoi.
- Mais c'est à peine bon à t'essuyer le cul, mon petit ami. Une fois que tu l'auras essuyé, tu n'y toucheras plus à ton journal, n'est-ce pas ? Eh bien, quand tu verras un journal, agis toujours comme si tu venais de t'en servir, et tu verras comme tu passeras vite maréchal des logis-chef.
Je dois dire, les livres ne valent quelquefois pas mieux. Un exemple: avais depuis longtemps l'intention de lire Servitude et grandeur militaire. Fichue intention ! Littérature à la graisse de bottes. Aurais bien voulu connaître l'auteur. Ne devait pas être un franc-baiseur, ce Vigny, mais plutôt un petit sacristain qui se l'agite dans les coins. Une sorte de gaulliste, en somme.


Sanders a écrit:
Un jour, il y a un an, il a été tué dans un bombardement. on n'a pas retrouvé grand-chose de son corps. Ça m'a bien aidé pour l'enterrement, ça, vous savez. Car je suis restée quatre jours avec la bière dans l'appartement. Mais je pensais qu'il n'était plus dangereux; il n'en restait presque plus rien. Cette mort, enfin, nous faisait participer un peu aux malheurs de la patrie? C'était plus chic, vous comprenez.
- Et votre frère ? Le parachutiste...
- Oui... celui-là a été tué à la guerre, mais par la dysenterie. On n'a pas de chance dans la famille. On n'est pas doués pour l'héroïsme. Moi, quand on me viole, vous l'avez vu, j'y prends un grand plaisir. Ça n'a pas été très compliqué. Nous couchions ensemble: un garçon, une femme. Un souvenir comme les autres.
 Elle a eu un rire faux qui n'a pas duré longtemps. Je lui ai pris le menton et je l'ai embrassée.
- Vous avez eu raison de mentir. J'aurais tiré de vous moins de plaisir, en connaissant tout cela. Vous savez, le viol, c'est comme la confiture d'orange, ça parle à l'imagination. À travers vous, ma petite fille, je pensais atteindre un général, un héros, le paradis terrestre, en somme...Un monde beaucoup trop difficile pour que nous y mettions jamais les pieds. Mais nous pouvions le faire bascule dans notre saleté. Comme ça, il n'y a plus de paradis pour personne.

Saint-Anne a écrit:Nous retrouvons enfin notre nouveau chef de peloton, l'adjudant Maréchal. C'est un buffle mal rasé qui ne peut pas rester une minute sans démonter un moteur. Quand il n'en a pas sous la main, ce qui est rare (il en traîne partout), il fouille dans sa montre. Il nous traite de lâches, de déserteurs, de poseurs de ses deux; je ne sais pas à quoi il fait allusion. Il nous accuse de passer plus de temps à nous gominer les cheveux qu'à poursuivre l'Allemand. C'est un peu exagéré. Maximian se coiffe très sommairement et il extermine les Fridolins jusque dans ses prières.
Puis ce Maréchal examine le ciel. Il prédit pour le lendemain l'Apocalypse, la merde et la mort.
  C'est assez bien vu, car il reçoit un éclat d'obus dans le ventre, ce qui lui donne une meilleure occasion de brailler. Nous faisons la connaissance du lieutenant des Môles, qui le remplace. Il vient du premier escadron. Comme il n'est pas marié, ça n'a aucune importance. Il est dix heures. Le soleil s'étire, dans un ciel qui ressemble à un brouillon de mauvais élève. Tous les quatre, nous écoutons:
- Envoyons une reconnaissance sur l'axe AB. Voyez la carte. Sales coin...Plein de mines. Vot' voiture est la plus moche du peloton. Vous souhaite pas bonne chance. Au bout de deux kilomètres, vous pourrez revenir. Vous avez la radio. Tâchez de prévenir avant de sauter.
  Nous prenons un air ennuyé. Cet ennui augmente quand le lieutenant nous serre la main. Ce jeune homme, après tout, nous ne l'avons pas invité à notre enterrement.  


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Message par Tristram le Sam 7 Déc - 11:32

C'est un peu déconcertant, en effet ! Mordant, voire caustique ! Ça craque le vernis historique de cette époque, qui comme à d'autres pose au glorieux sur une réalité qui l'est peu.
Cela me ramentoit Jacques Perret, qui a d'ailleurs pu être rapproché des Hussards (désignation effectivement fort vague, qui qualifie peut-être un anticonformisme ennemi des confortables récupérations, et plus sûrement une critique de la littérature engagée sartrienne, voire un rejet du gaullisme).
N. B. Jacques Chardonne a perdu une magnifique occasion de se taire en déterminant Nimier à ne publier aucun roman pendant dix ans...
« Non ! Roger Nimier ne buvait pas en ma compagnie dans l'espoir de me désintoxiquer [… »
Antoine Blondin, « Un drôle de chevalier », in « Ma vie entre des lignes », « Entre 1956 et 1962 »

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Message par Bédoulène le Sam 7 Déc - 18:39

c'est donc basé sur du vécu ? mais je vois qu'il n'est resté que 6 mois en Allemagne.

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Message par Aventin le Sam 7 Déc - 20:55

@Bédoulène a écrit:c'est donc basé sur du vécu ? mais je vois qu'il n'est resté que 6 mois en Allemagne.

Son régiment a été rappelé au mois d'août - d'autres troupes, nettement moins combattantes, leur ont succédé:
Car entretemps, il y a eu l'Armistice (8 mai 1945).

Les escarmouches et autres accrochages diminuent puis cessent alors, avec les nazis refoulés de l'autre côté du Rhin, et ceux qui revenaient peu à peu du front de l'Est, et ceux de type guérilla/résistance avec les partisans allemands & leurs alliés repliés (dont des miliciens français, je ne vais pas vous raconter le livre mais ils y figurent en terroristes).


wikipedia a écrit:La Zone d'occupation attribuée à la France comprend les territoires situés le long de la frontière française, ainsi que les districts nord de Berlin-ouest, dans ce qui deviendra l'Allemagne de l'Ouest. Le premier gouverneur de cette zone est le général d'armée Marie Pierre Kœnig.

En 1945, l’Armée française crée donc les troupes d'occupation en Allemagne (TOA), dont le quartier-général est établi à Baden-Baden .On crée également une monnaie autonome n'ayant cours légal que dans la zone d'occupation française, le Franc FFA.

En novembre 1945, l'Armée luxembourgeoise reprend une partie de la zone d'occupation française en Allemagne. Le 2e bataillon occupe une partie de l'arrondissement (Kreis) de Bitburg et un détachement du 1er bataillon une partie de l'arrondissement de Saarburg. Le 2e bataillon reste à Bitburg jusqu'en 1955. (En même temps, une partie de la zone Anglaise, s'étendant de la frontière belge à la frontière de l'Allemagne de l'Est, est reprise par la Belgique qui y installe les forces belges en Allemagne).

Il y eut des troupes françaises sur le territoire de la République Fédérale allemande (RFA) jusqu'en 1993, non combattantes bien sûr, après le laps de temps que couvre le livre de Nimier.
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Message par Bédoulène le Sam 7 Déc - 22:30

merci Aventin !

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Message par Aventin le Lun 16 Déc - 17:11

D'Artagnan amoureux
ou: cinq ans avant

Roger Nimier D_arta10

Roman, 300 pages environ, paru post-mortem en 1962.

Fiction de cape et d'épée, promenade dans le Grand Siècle français. Très surprenant ouvrage, on n'y reconnaît absolument rien du style ni de la manière du Hussard bleu.
Ces cinq ans avant du sous-titre situent l'action quinze ans après Les trois mousquetaires, d'Artagnan a trente-cinq ans.

S'amusant sans doute beaucoup, Nimier s'essaie à plagier Alexandre Dumas, et à faire défiler autour de d'Artagnan quelques personnages de pure fiction, comme Pélisson de Pélissart, maréchal de France, esprit allègre et, n'en doutons pas, génial, inventeur entre autres d'une machine volante qui ne vole pas mais roule.
Mais aussi de grands noms, telle Marie de Rabutin-Chantal, pas encore devenue Madame de Sévigné (ce qui me fais penser que j'ai un bon vingt-cinq messages de retard sur le fil de l'épistolière), son fameux parent Roger de Bussy-Rabutin, le Pape Urbain VIII, l'abbé Ménage, Paul de Gondi, futur Cardinal de Retz, Louis XIII, la Reine, Louis XIV enfant, Richelieu agonisant, Mazarin, le Duc d'Enghien (le Grand Condé de la bataille de Rocroi, orthographiée Rocroy), et jusqu'à l'évocation de Blaise Pascal, voire le nom de Rembrandt, simplement jeté sans que Nimier n'ose le portraiturer:    
Une déclaration d'amour au Grand Siècle, version française. Et à Dumas...

On ne s'ennuie pas, c'est preste, enlevé, tout empli de missions secrètes, contretemps et aléas, chausses-trappes et bien sûr de méchants-qui-courrent-toujours, on croise le fer, complote, désire, échange de bons mots, se bat, défenestre, bouffe et boit à la Rabelais, nonobstant de forts curieux régimes, ou bien lorsque l'acédie prend le dessus.

À réserver à ceux d'entre les adolescents que vous côtoyez qui n'ont pas eu leur compte après avoir épuisé Les trois mousquetaires, Le vicomte de Bragelonne et Vingt ans après.  
Plume et style de joli panache, tout-à-fait digne des grands succès du genre de cape et d'épée.


Chapitre Une conversation diplomatique a écrit:
  "S'agirait-il, pensa d'Artagnan, d'une commande de mules faite par Richelieu qui a les pieds sensibles ? Serais-je devenu bottier sans le savoir ? Non, car on ne m'aurait pas tiré des coups de mousquet pour des mules. Attendons la suite."
- Mais s'il est un temps pour passer des mules, il en est un autre pour enfiler des bottes.
 "Voilà qui est mieux, songea notre mousquetaire. Mes affaires augmentent d'une pointure."
- Or, que se passe-t-il aujourd'hui ?
  Les yeux de M. Pélisson eurent le scintillement de l'enfer et le velouté du diable.
- Il se passe qu'on s'est mis à table.
  "Mordious, fit d'Artagnan pour lui-même, serions-nous passés de l'orthopédie à la gastronomie ?"
- Ce qui fait qu'il se donne de fameux coups de fourchette à travers l'Europe. Le plus gros mangeur se nomme Habsbourg. Il a double tête et double estomac. Et ce double estomac contient déjà l'Espagne, Naples, la Sicile, le Milanais, l'Autriche, la Bohême, la Hongrie, les Flandres.
- Je sais cela. Je lui ai repris Arras, voici deux ans.
  Sans se soucier de cette gasconnade, M. Pélisson de Pélissart poursuivit:
- En face, l'autre convive se nomme Bourbon.
Le pauvre n'a que la France.
- C'est déjà un joli morceau.
- Oui, parce qu'avec la France, il a la Gascogne, jambe de chienne ! dont nous sommes issus tous deux. Et aussi les massifs centraux d'Auvergne, d'où sortent des soldats à la tête trop dure pour les boulets ordinaires. Si bien qu'on est obligé d'aller chercher du minerai de fer en Suède pour parvenir à la leur casser.
M. Pélisson but un troisième verre.
- Ouverte ou cachée, la guerre dure depuis 1618. Cela fait donc vingt-quatre ans qu'on se trouve à table, chose suffisante pour un siècle ou deux.
- Comme vous y allez ! Moi qui n'ai pas de mines de plomb ni de champs de truffes, j'ai besoin de combats pour vivre.
- Il restera le Turc.
- Je l'ai vaincu sur mer.
- Le protestant.
- Besogne de faquins.
- Bah ! Nous arrangerons cela. Connaissez-vous Urbain VIII ?
- Non.
- Il veut vous voir.
- Moi ?
- Vous.
- Que me dira-t-il ?
- Il vous remettra un traité de paix universelle, valable pour trois siècles et contresigné par les plus grands souverains d'Europe.
- Ce qui fait qu'il n'y aura plus de guerre jusqu'au milieu du XXe siècle.
- Terminé.
- Et dans trois siècles, on pourra recommencer.
- Peut-être.
- Je serai trop vieux, soupira d'Artagnan.
- Je vous ai dit qu'on s'occuperait de vous.
- Et que ferai-je de ce traité ?
- Vous le remettrez au cardinal de Richelieu, avec un message personnel.
- Et cela suffira ?
- Cela suffira.
  D'Artagnan demeura songeur. M. Pélisson de Pélissart lui tendit un verre de réconfort et s'approcha de son oreille.
 

Roger Nimier De_bat10




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Message par Quasimodo le Lun 16 Déc - 17:38

Il est vrai que je n'imaginais pas Nimier écrire un tel livre !

@Aventin a écrit:voire le nom de Rembrandt, simplement jeté sans que Nimier n'ose le portraiturer
Quel dommage !

@Aventin a écrit:À réserver à ceux d'entre les adolescents que vous côtoyez qui n'ont pas eu leur compte après avoir épuisé Les trois mousquetaires, Le vicomte de Bragelonne et Vingt ans après.
J'ai lu Bragelonne cet été, je n'en ai pas assez, je suis donc preneur. (Comment ? Plus assez jeune ? Rolling Eyes)

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Entre les deux coups de feu qui décidèrent de son destin, il eut le temps d'appeler une mouche : "Madame".
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Message par Aventin le Mar 31 Mar - 19:56

Les épées


Roger Nimier Les_zo10
Roman, 1948, 140 pages environ.

Un Nimier très dérangeant, horripilant. Plus d'abjection froide, de violence et de meurtre en toute gratuité que dans Le hussard bleu, je trouve, et dire qu'il a écrit ça à vingt-trois ans...

Cru, violent - obscène même de violence à certaines scènes, avec aussi une espèce d'insouciance poseuse, de jeu, comme quand on a vingt ans...
On peut comprendre que ce livre heurta les sensibilités, d'autant que les personnages qu'on y croise incarnant la Résistance, valent tout juste à peine mieux (et pas tous) que ceux qui incarnent la Milice, par exemple la scène du massacre du très jeune de Parreneuve, je ne vous la met pas en extrait, par respect pour votre appétit.

On trouve François Sanders en personnage principal, "Bernard" et le Capitaine de Forjac, noms (et quelques facettes des personnages) que l'on reverra dans Le hussard bleu.

L'histoire ? Un ado finissant, devenant jeune adulte, de bonne famille, vit une espèce d'amour aux limites (franchies ?) de l'incestueux et du possessif envers sa sœur, le père (qu'il exècre) est militaire, prisonnier en Allemagne.

Par jeu si ce n'est désœuvrement il entre dans la Résistance, doit infiltrer la Milice pour une mission d'assassinat, qui échoue sur trahison, et, par un quiproquo, ne se fait pas prendre pour le tueur potentiel, et...reste dans la Milice !
Quelques exactions, le bourbier ordinaire de ce milieu-là, le glauque, les abominations.
   
La seconde partie se déroule à Cannes dans l'immédiat après-guerre. Plus verbeuse, faisant la part aux sentiments, rengorgée de violence gratuite pas forcément contenue, donnant à Nimier l'occasion d'asséner quelques bons coups de poignard glacés du styliste qu'il faut reconnaître qu'il est - en effet, ça ne m'écorche pas le clavier de l'écrire, c'est une forte, intéressante plume "hors tout".
Son brouillage des pistes narratives, concomitant au brouillage des pistes idéologiques, est de fort belle maîtrise (ne lâchez pas l'ouvrage trop longtemps, lisez-le assez vite !).

Notre jugement moral a parfois, en cours de lecture, été tellement battu qu'on ne distingue plus le blanc du noir - un inquiétant et sale grisâtre domine, uniforme, presque à qualifier de purulent.
On ne s'étonne pas que Nimier ait contribué à (re)lancer Céline !

Et, n'en jetez plus, on opine presque lorsque, en cours de démo, Nimier nous lâche quelques petites flatulences, du type: le français est bien plus doué pour la trahison que pour la résistance, genre de propos dont on se demande comment il fut reçu dans la France d'alors.  


Alors, Nimier...
Réactionnaire, par provoc' anti-"son temps", et par ineffable goût de la contradiction -et du paraître non-sympathique- ça c'est sûr, mais peut-être est-ce que ça va un peu plus loin - quelle idée d'exécrer à la fois les existentialistes et les communistes en ce temps-là, la fin des années 1940, dans le milieu germanopratin/Café de Flore du jeune éditorialiste en vogue qu'il était...

Nimier (qui, pourtant, fut Gaulliste avant la Libération, puis engagé dans les forces françaises en Allemagne), anarchiste de droite ?

Si le concept existait, je penserais à son personnage de François Sanders en illustration: l'art de ne pas dépeindre juste une brute ou un salaud, mais quelque chose de savamment complexifié, pour qui le monde est imposture, sans qu'il ne se déguise toutefois en jouisseur primaire.
Je ne sais la part de Nimier dans son "héros" (guillemets de rigueur).  

Une lecture, en tous cas, dense et ponctuée de quelques hauts-le-cœur, cependant je viendrai aux ouvrages de Nimier qui me restent à lire, sans aucun doute.

Première partie, entame du chapitre II a écrit:...le visage plein de sang, ce salaud, le visage plein de sang a sombré devant moi. D'abord je n'ai pas compris, sans quoi j'aurais éclaté de rire. Le calme revenu, je vais chercher des ressemblances, et, bien sûr, j'en trouverai. Sinon pour les vicieux, il n'y a pas de plaisir à descendre les inconnus dans la rue. Je ne dis pas que je m'en voudrais, parce que je ne suis pas dans un jour à m'en vouloir de grand-chose. Mais il faut mette à profit ces instants de détente pour installer sa vie entre des horizons convaincants. Si j'ai tiré sur ce garçon par hasard, ce ne sera pas sérieux. Et voilà où je ne suis plus d'accord: l'absurdité est très amusante sur le moment; j'ai appris qu'à deux ans de distance elle emmerde.
 Soyons raisonnable: ce type est un symbole. Avec sa face hilare, ses yeux qui lui dégoulinaient du visage, ses manches de chemise relevées, c'était la première manifestation de la nouvelle France: celle qui mangera à sa faim, laissera des papiers gras sur l'herbe du dimanche, u.s.w. Donc, j'ai tiré sur un symbole, c'est une chose qu'on fait tous les jours et dont on se félicite le soir [...].

Mots-clés : #deuxiemeguerre #fratrie #guerre #trahison #violence #xxesiecle
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Message par Bédoulène le Mar 31 Mar - 23:22

merci Aventin, pour ton commentaire détaillé ; bien que le livre soit dans ma PAL, je manque de temps !

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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

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Message par Tristram le Mer 1 Avr - 0:23

Je me demande s'il ne me vaudrait pas mieux le lire avant Le Hussard bleu, ce Les Epées...

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