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Littérature et alpinisme

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Message par Aventin Ven 12 Fév - 23:57

Jean et Pierre Ravier: 60 Ans de pyrénéisme

Littérature et alpinisme - Page 3 Ravier10
Jean-François Labourie et Rainier "Bunny" Munsch, contribution de Christian Ravier; photos (et légendes de celles-ci) par Jean et Pierre Ravier.
Paru aux éditions du Pin à Crochets en novembre 2006, format 24X24, "beau livre" (broché), 370 pages environ.



[relecture]

Je voudrais tellement bien en parler, de ce livre-là.

Deux frères jumeaux nés en 1933, seuls jumeaux d'une fratrie de huit, d'une pieuse famille catholique.
Enfance à Tuzaguet (Hautes-Pyrénées) chez des grands-parents, enfance sauvage voire belliqueuse, parents éloignés pour cause de guerre.
Une cordée y naît, de l'escalade dans les arbres et des premiers sommets de moyenne montagne foulés plus par esprit de découverte et goût de la solitude (enfin, à deux) que par réelle volonté ascensionniste.

Puis ce sera l'apprentissage, fulgurant.
À quinze ans, ayant déclaré leur intérêt pour la montagne, ils sont inscrits à un stage du Club Alpin Français de Tarbes. Premier 3000. À seize ans, pour la première et dernière fois ils suivent un guide, le Cauterésien Jeantou Barrère, afin d'appréhender les techniques d'encordement et aussi de progression sur un glacier. Puis c'est leur première fois à l'Ossau, et fin de saison à l'Arbizon, pic bien visible de Tuzaguet, à la recherche d'un renard aperçu par leur sœur Lysette (elle aussi alpiniste de grande classe), ce qui les mène...au sommet (!!).

À dix-sept ans, ils écument la bibliothèque du Club Alpin et inscrivent sur leur carnet de courses cette phrase étonnante, qui guidera leur soixante années de pyrénéisme suivantes:
Désir de franchir une autre étape: quitter les Voies Normales, aborder les itinéraires d'escalade et déisr de voler de nos propres ailes, donc seuls, plus sous la direction, la conduite d'un aîné (...).
Une corde achetée, pas de pitons, pas de marteau, ils s'attaquent au Pic Rouge de Pailla par la dalle d'Allanz, un nœud approximatif né de leur intuition les reliant. Sommet sans coup férir et sans s'apercevoir des difficultés rencontrées.
Puis un échec au Mont Perdu, ramenés à la raison par l'abandon d'une cordée espagnole qui les précédait.
Traversée Crabioules-Quayrat (prononcez Coua-ï-ratt') via le pic Lézat, une bambée de 7 à 9 h constamment à plus de 3000, sur les talons inopinés d'une cordée formée d'un bordelais notoire et d'un catalan (barcelonais) qui l'est encore plus, Josep Maria Colomer, lequel écrira:
Nous voyons vite que nos conseils aux Ravier étaient inutiles et ridicules, car ces gamins progressaient sur la crête comme s'ils étaient dans le couloir de leur maison.
Rencontre toujours, aux Spijeoles, celle de François Céréza, jeune guide luchonnais que les Ravier prendront à l'avenir pour modèle et dont, pour l'instant, ils suivront à légère distance la cordée le lendemain. Céréza leur prodigue, au retour au refuge, des conseils et renseignements, à peu près leur seul enseignement "théorique" jamais reçu.
La moisson n'est pas finie, ils enquillent par l'arête des Trois-Conseillers au Néouvielle.

À dix-huit ans, partis en...tandem de Tuzaguet, ils s'attaquent à une voie légendaire, le couloir de Gaube au Vignemale, sans expérience de la glace, exploit que nos novices en glace réalisent...en ayant monté leurs crampons à l'envers (??!!).  
Coup de tonnerre dans le petit monde du pyrénéisme, la suite ? Le livre vous la racontera...de première en première, de sélection (pour Jean), au Caucase époque Soviet -1959- au sein d'une sélection officielle française, puis au Jannu en 1962 sous l'égide de Lionel Terray qui ne l'avait jamais vu grimper, mais ne doutait pas des chaudes recommandations de Jean Couzy, Couzy qui devait décéder entretemps; dans son remarquable "Les conquérants de l'inutile" Lionel Terray tiendra des propos dithyrambiques et absolument touchants sur l'homme Jean Ravier.
Pendant ce temps-là, Pierre trimait dans un régiment disciplinaire du sud algérien, lors de la guerre que l'on qualifiait d'"évènements".  

Jean toujours en tête, Pierre en second...Pierre le documentaliste, Jean l'alchimiste.
Si vous parlez des Ravier dans d'autres massifs, mettons les Alpes, on vous répondra en général: "ah oui, les Ravier, la cordée qui a tout fait dans les Pyrénées". Tout fait, ils le nieraient, et puis d'abord ça ne sied pas à leur discrétion, à leur humilité.

Deux frères donc, qui grimpent à l'instinct, sans jamais aucun entraînement, travaillant dur dans leur entreprise de pièces détachées pour automobiles à Bordeaux, ne s'accordant que peu de week-ends et peu de vacances, et pourtant...
Ils s'inscrivent de façon majeure dans l'histoire, la grande histoire du pyrénéisme !
Égrener la litanie de leurs réalisations serait fastidieux, au reste, ce livre est aussi là un peu pour ça.
Avec style, énormément de classe.

Leur modus operandi ?
Beaucoup se documenter, repérer des faces de préférence vierges de toute escalade, choisir un beau motif "logique" et...y aller.
Le livre raconte que leur première corde "moderne" (non en chanvre) a été offerte par un camarade de cordée, ou plutôt imposée, de retour d'une ascension où l'ami avait jugé que vraiment là, non, ce n'était plus possible.
Pierre Ravier confirme qu'un beau (?) jour, pendu dans le vide, les reins cassés par la corde et ne parvenant pas à rattraper la paroi, son frère et lui avaient décidé d'investir dans deux baudriers, dans les années 1970 bien avancées - plus personne n'assurait "à l'épaule" ou "aux anneaux" depuis belle lurette; le livre précise qu'à la date de parution (2006) ils grimpaient toujours dans ces mêmes baudriers-là, toujours un peu empotés pour ce qui est de les ajuster, et il y a gros à parier qu'ils n'ont pas été remisés par la suite...
Ils ignorent les chaussons d'escalade, les coinceurs, les piolets-traction et les crampons douze-pointes.

Et pourtant...et si c'était eux les modernes ?
Leurs voies sont intemporelles, au reste, quand une face leur semble un peu trop striée de parcours, ils s'en éloignent, fût-ce le Vignemale ou l'Ossau. Et s'en vont quérir des parois fabuleuses dans des recoins oubliés, ou alors tellement évidents que personne n'y a pensé: Cotiella, ou mieux encore la face sud du Mont-Perdu, je pense qu'ils sourient encore que nul n'ait pensé avant eux à "y aller", c'était pourtant dans les années 1990 et des cohortes entières d'alpinistes s'étaient bousculées tout à proximité, l'avaient "vue" ou, du moins, auraient dû "la voir".

Surtout ils ne laissent rien dans les parois, et surtout pas un piton à expansion (auraient-ils seulement envie d'apprendre à les poser, du reste, rien n'est moins sûr !), laissent le rocher absolument intact, à l'instar des plus rigoureuses éthiques, venues du Tyrol (Reinhold Messner), de Grande-Bretagne, des États-Unis et des parois saxonnes et tchèques. Loin de l'égotique "on passe coûte que coûte, ce n'est qu'affaire de moyens", c'est le fameux alpinisme "by fair means", dans toute sa splendeur.    

Les Ravier c'est aussi les copains, l'amitié, la corde partagée, avec des néophytes comme avec des chevronnés, limite peu importe la voie, comme avec Jacklin Vérité et son fils, qui n'ont jamais mis les pieds en montagne et se trouvent embarqués au prestigieux Cotiella (2912 m.) par un éperon gigantesque pendant dans le vide, en ayant du mal à croire, au retour lorsqu'ils se sont retournées, que c'est bien "ça" qu'ils viennent de gravir !

C'est aussi la solitude, le goût des replis ignorés de l'isthme-cordillère que forme les Pyrénées, une belle leçon qui semble dire: pas besoin d'aller à l'autre bout de la planète, voyez ce que nous avons tout proche, et que la quasi-totalité d'entre nous, locaux et amateurs de montagne, ne connaît pas - ce qui me paraît aussi...on ne peut plus moderne !

Le livre rappelle une anecdote que Christian Ravier nous avait racontée:
Un beau jour du début des années 1990, Christian amène son père Jean à la découverte de Riglos et lui propose une voie historique et de haut niveau au Mallo Firé, la Rabadà-Navarro (Jean s'était autrefois encordé avec le célèbre Alberto Rabadá): tapez Mallos de Riglos, Mallo Firé Rabadà-Navarro sur votre moteur de recherches, peut-être conviendrez-vous que le programme ne manque ni de saveur, ni d'allure !  
Atroupement des jeunes grimpeurs locaux, qui écarquillent les yeux devant la "légende" Jean Ravier, et sont sciés à l'idée qu'il va s'engager dans cette voie en knickerbotters, chemise à carreaux et chaussés de "grosses" (chaussures), des Galibier Superguide (™ , ®, ©, etc.) - Jean Ravier est, à ma connaissance, le tout dernier à s'être aventuré dans cette voie ainsi chaussé.

Il faut dire que le pyrénéisme -ou l'apinisme dans les Pyrénées- a beaucoup plus de pratiquants et bien davantage pignon sur rue en Espagne qu'en France, et, en l'absence de statistiques, je jurerai que cela ne fait que s'accroître - au reste la masse des répétiteurs (si tant est qu'il y ait "masse" sur la majorité d'entre elles), voire les "spécialistes" des voies Ravier sont espagnols:
Pour ces jeunes, ce jour-là, croiser Jean Ravier, le grimpeur de tête de la cordée gémellaire dont ils connaissent tout le curriculum vitae par cœur, c'était un gros évènement imprévisible, ils ont dû en reparler longtemps !  

Spoiler:
Je fréquentais Riglos à cette époque-là (pas ce jour-là, dommage) mais le contraste-décalage devait être saisissant, la mode d'alors étant au collant fluo, t-shirt ou débardeur moulant, lunettes noires, chaussons "pies de gato", type ballerine Boreal Ninja ou La Sportvia Mythos (re- ™ , ®, ©, etc.) et les grimpeurs espagnols se déversaient de 4X4 Santana décapotés, avec toujours la guitare et les percus en matériel annexe d'escalade pour l'après-grimpe, ainsi que le radio-cd-cassette type Ghettoblaster à volume maximal, une plaisanterie d'alors étant:
"Combien de policiers faut-il pour arrêter un grimpeur espagnol à Riglos ?" (réponse: trois, un pour arrêter le grimpeur et deux pour porter la radio).  



Une petite vidéo, qui doit bien avoir une vingtaine d'années, peut-être plus.


Les éditions du Pin à Crochet ont fait paraître, en 2012, des Apostilles à l'ouvrage de 2006, apostilles signées Pierre Ravier, qui commente surtout les très abondantes photographies, peut-être en parlerons-nous un de ces jours sur ce fil (?).
Je me dois de mentionner que Jean et Pierre Ravier collaborèrent (et présidèrent aux destinées) de la revue pyrénéiste spécialisée Altitude, ainsi qu'aux diverses éditions des Guides Ollivier.


Enfin, un mot sur Rainier "Bunny" Munsch, qui cosigne l'ouvrage et n'a pas pu entièrement terminer sa partie pour cause de décès dans l'exercice de son métier de guide, partie pourtant succulente: il donne ses impressions (et un peu plus !) sur les voies Ravier en se remémorant ses propres parcours de celles-ci, en regard de ses commentaires se trouvent des extraits des carnets de course des Ravier.
Bunny, comme d'habitude, est très drôle, très imagé, et parle -je crois- absolument à tout le monde, dans un style littéraire tout à fait à propager.  

\Mots-clés : #alpinisme #biographie #fratrie
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Message par Tristram Sam 13 Fév - 0:41

Impressionnant !...

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Message par Aventin Sam 13 Fév - 9:06

@Tristram a écrit:Impressionnant !...
N'est-ce pas ?

Il y a aussi pas mal d'humour, le livre n'engendre pas la morosité, comme quand Pierre amène celle qui allait devenir son épouse sur l'arête des Trois-Conseillers au Néouvielle lors d'une sortie familiale (j'ai failli écrire tribale) pour un premier contact avec la haute montagne: celle-ci est vêtue d'une jupe et d'espadrilles montantes, qui rendirent l'âme à la descente, Pierre prêtant ses chaussures et finissant...pieds nus ! La damoiselle ne parut pas dégoûtée à jamais de cette première expérience !

Un mot sur la tribu Ravier: Outre Christian, fils de Jean, guide de haute-montagne dans les Pyrénées, il y a Pascal, François, Antton, Véronique, bien sûr Lysette et maintenant la génération 3: tous ont perpétué ou perpétuent classe, bon style et éthique remarquable ainsi qu'ouvertures ou répétitions marquantes.

Quant à quantifier la descendance non familiale, l'influence en somme, c'est vaste et impossible, en Espagne comme en France; nous ne sommes pas tous, très loin s'en faut, la grande Edurne Pasaban Lizarribar et certains, comme moi, sont de très modestes arpenteurs de parois, mais:

Spoiler:
Ah, le Guide Ollivier Pyrénées Centrales III, Vallées d'Aure et de Luchon, édition originale 1969, auteurs: A. Armengaud, F. Comet, R. Ollivier, J. et P. Ravier, ce que je lui dois c'est beaucoup plus que sa fonction première, à savoir être un peu l'équivalent des instructions nautiques, mais en montagne...
Avec une tache ronde, brun très sombre, reçue sur la tranche en guise de dorure, tache d'encre, ou de sang séché, ou de café fait avec peu d'eau, ou peut-être de grand méli-mélo d'intérieur de sac à dos surcompressé et fermé en tassant à la va-vite, ou encore d'embruns de bivouac non identifiables, tache qui masque une infime partie des commentaires et des croquis, page après page...de tous les livres rassemblés dans ma cave-bibliothèque, celui-ci a une place particulière, unique.
Littérature et alpinisme - Page 3 Guide_10

Ajoutons Montagnes Pyrénées, de Jean-Louis Pérès et Jean Ubiergo, et Les Pyrénées, les 100 plus belles courses et randonnées de Patrice de Bellefon, 1ère édition, ces trois ouvrages empruntés sans retour à l'adolescence dans la bibliothèque paternelle ont eu, surtout le premier, à tout le moins un rôle moteur en ce qui concerne mon intérêt pour les choses de l'escalade et du pyrénéisme.

On y lisait, notamment, une citation des jumeaux Ravier, qui disait en substance: "à quoi ça sert, tout ceci, si ça ne fait pas de nous de meilleurs hommes ?"   - La suite, autrement dit l'expérimentation et les rencontres sur des années et des années me prouva que parfois non pas du tout, mais souvent quand même oui.


La vidéo ci-dessous est un incroyable hommage, une trilogie de voies Ravier, avec l'exploit d'effectuer celle-ci en trois jours, et surtout d'aller de face en face...intégralement à pied, et non seulement, mais au petit trot, si ce n'est en galopant (!!!).

Quant au fait que ce soient les "trois voies les plus mythiques", selon l'accroche initiale, des jumeaux Ravier, certes pourquoi pas m'ouais, bien entendu ça peut se discuter interminablement, par exemple tous ensemble au bivouac, mettons qu'animal amène les bières, je me charge du vin, et -plus riz que pâtes- vous propose mon colombo cuisiné maison, il n'y a plus qu'à réchauffer, à moins bien entendu qu'un ou plusieurs d'entre les talents qui garnissent le fil dégustation - la cuisine des chosiens - ne manifeste quelque vélléité ?  

Toutefois:
Aucune de ces trois voies n'est aisée, ni classique sur-parcourue, c'est toujours à situer dans le haut de gamme du pyrénéisme aujourd'hui, ce sont des entreprises sérieuses et le commun des alpinistes qui envisage ne serait-ce que l'une d'entre elles prévoit en corollaire sa dose de fatigue pour la semaine et le sentiment d'aller escalader quelque chose de formidable: les enchaîner ainsi, avec ces liaisons de dératé, c'est juste surhumain  Shocked  !
Il est significatif que ce soit le dièdre jaune, au Vignemale, qui leur donne le plus de fil à retordre.

Vidéo plutôt très récente, dans laquelle on mesure tout l'apport de l'usage du drone pour les images en montagne, et dans laquelle nos valeureux gaillards sont accueillis chez les jumeaux Ravier, lesquels n'ont rien perdu de leur espièglerie (de l'usage du casque... Laughing ).


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Message par Bédoulène Sam 13 Fév - 13:35

ils semblent se conduire comme des "délinquants" en alpinisme Smile

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Message par Aventin Sam 13 Fév - 18:53

@Bédoulène a écrit:ils semblent se conduire comme des "délinquants" en alpinisme Smile

Laughing  - Disons qu'ils ont donné un bon coup de pied dans la fourmilière, et, s'il y a transgression, c'est celle des codes et des habitudes. On ne lâche pas des jeunes gens dans des parois inexplorées sans préparation longue, sans "faire ses classes" ?
Et bien, si !

Mais ta question est peut-être un clin d'œil à la voie de Christian Ravier, Rémi Thivel et Benoît Dandonneau,
Les délinquants de l'inutile, réalisée en mars 1994 et qui valut un Piolet d'Or au trio (les deux premiers nommés interviennent sur la première vidéo, deux messages plus hauts) ?

Très attachés au pyrénéisme historique, les jumeaux Ravier pensent que si les anciens (Saint-Saud, les frères Cadier, Brulle, de Monts, Célestin Passet, Barrio, etc, etc.) ont pu réaliser leurs prouesses avec un matériel qui fait sourire aujourd'hui, alors c'est que...c'est suffisant (CQFD !).

Minimalistes, confinant au technophobe si l'on veut, en matière de matériel, maximalistes de par l'envergure des réalisations.  

Après, on ne saurait donner le conseil de suivre la méthode Ravier !
Il faut une classe folle et innée !

Il y a aussi le fait (enfin, je crois) que cette cordée est constituée de jumeaux, monozygotes. Un alpiniste bordelais notoire, Jacques Soubis, qui a grimpé avec eux et est allé au Caucase avec Jean, fut un jour sommé de percer le "mystère Ravier". À bout d'arguments, il finit par lâcher cette évidence, qui fait encore rire: "Et puis, ils sont deux !"

Deux, comme toute cordée ?
Je ne sais pas.
Papa moi-même de jumeaux (certes dizygotes) je suis persuadé que tout n'est pas découvert, scientifiquement percé à jour, en ce qui concerne la communication de ceux-ci, ou encore par exemple la portée d'énergie qu'ils peuvent conjuguer pour parvenir à leurs fins: ce n'est pas toujours l'addition de 1+1 -je m'exprime maladroitement, désolé-, c'est comme s'il y avait un coefficient multiplicateur.

À prendre en compte également, le côté entente tacite, se comprendre sans prononcer une parole et même à distance, n'est-ce pas quelque chose qui doit aider à l'heure de s'encorder et partir dans une voie (parce qu'avant de leur imposer un talkie-walkie... Laughing ...enfin, vous pouvez toujours essayer) ?  

Ce qu'on peut en revanche effectuer, c'est le grand bol d'air frais de leur démarche, ne rien laisser dans les voies, n'utiliser que des moyens acceptables (ni corde fixe, ni emploi de pitons à expansions, etc.), et considérer que nul n'est besoin d'aller courir aux quatre coins de la planète pour trouver des faces intéressantes, vierges, des endroits méconnus, et retrouver le goût de la discrétion, de l'humilité: c'est un peu devenu -on remercie leur influence !- une marque de fabrique de l'alpinisme dans les Pyrénées.

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Message par Tristram Sam 13 Fév - 19:07

Dans Les Météores (que je suis en train de lire), Michel Tournier parle abondamment de la cryptophasie gémellaire (mais c'est un roman).

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Message par Bédoulène Sam 13 Fév - 19:16

non Aventin c'était mon ressenti Smile

de plus ton sentiment sur les jumeaux intéressant

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Message par Tristram Sam 13 Fév - 23:47

Vu la vidéo ; continuez, sans moi.

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Message par Aventin Dim 14 Fév - 7:32

@Tristram a écrit:Vu la vidéo ; continuez, sans moi.
Laughing Laughing  la 2ème vidéo, celle de la trilogie-hommage, tu parles ?
Pourtant Zoé a dû apprécier les sévères liaisons effectuées au petit trot, non ?

Je ne sais pas ce qui est le plus fou, cet échantillon des travaux d'Hercule qu'ils ont signé, ou bien d'imaginer les frères Ravier partant dans l'inconnu total munis d'une corde de chanvre, avec juste quelques pitons et assurant "à l'épaule" en 1956 à la face nord de la Tour du Marboré, ou, toujours sans coinceurs (abondamment utilisés par les protagonistes sur la vidéo, ceci dit ils n'étaient pas encore inventés) et dans l'inconnu au dièdre jaune au Vignemale en 1964 et au pilier de l'Embarradère à l'Ossau en 1965 ... Shocked    

Sinon, pour Bédoulène et le côté rebelle des enfants farouches, solitaires et bagarreurs qu'ils ont su canaliser pour devenir des hommes humbles, bons et sages (enfin, sages,  Question  ), une "réalisation" dont je ne sais si l'amateur de stégophilie Sylvain Tesson a eu connaissance:
Les flèches de la cathédrale Saint-André de Bordeaux.

Une première fois en 1955, histoire d'y faire flotter le Jolly Roger, le drapeau pirate, ça sent le pari gagné ou bien, tout au contraire, perdu, et, par une autre "voie", en 1958, afin d'y déployer une banderole comportant ces quatre lignes:
Assez de haine, de sang et d'égoïsme aveugle
La violence appelle la violence
Nous sommes tous responsables
Arrêtons la guerre d'Algérie
Précision:
Ce n'est pas ce fait d'armes qui valut à Pierre Ravier de goûter au long quotidien rébarbatif d'un régiment disciplinaire stationné au sud algérien pendant lesdits "évènements" (ils ne se sont pas fait pincer), pendant que son frère était sélectionné pour une expé nationale au Caucase.  

On note qu'on peut remplacer "guerre d'Algérie" par tout conflit actuel et constater que ça fonctionne bien sûr toujours !
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Message par Tristram Dim 14 Fév - 11:31

Oui, la deuxième vidéo. Tu fais bien de parler de Zoé, il faut que j'aille la décrocher (elle traîne encore dans le dièdre jaune).

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Message par Bédoulène Dim 14 Fév - 11:41

c'est extra, c'est extra ....

"motte de beurre" les Autrichiants"  Littérature et alpinisme - Page 3 1390083676

vu aussi la vidéo

et la banderolle j'applaudis

et la réflexion : le casque c'est pour la guerre pas pour le loisir


merci Aventin !

(j'ai vu Tesson dans une émission parler de son ascension sur Notre-Dame de Paris !)

Very Happy Very Happy

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Message par ArenSor Dim 14 Fév - 16:52

Pas grand chose à voir, sinon les lieux. Les frères Ravier me font penser à Georges Ledormeur. Lorsque je passais des vacances à Cauterets, un ami du coin m'avait passé des photocopies de son guide qui m'ont servies pour de belles randonnées (des petites et pas de l'escalade !).
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