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Littérature et alpinisme

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Message par Aventin Mer 20 Nov - 17:05

Les nouveaux alpinistes

Littérature et alpinisme Les-no10

2018, éd. Glénat. 240 pages environ, plus un glossaire et une note bibliographique.

Par Claude Gardien:
Alpiniste, guide de haute-montagne, a été rédacteur en chef de la revue spécialisée Vertical, est membre permanent du jury des Piolets d'Or.

On est en 1953. Lucien Devies, après la première ascension de l'Everest (qu'on se met -et c'est joie- à appeler de plus en plus de nos jours de son nom népalais, Sagarmāthā, ou de son nom tibétain Jomo lang ma - souvent transcrit Chomolungma), lâche un retentissant:

Pour les alpinistes, le temps du monde fini commence.

Tout l'art, toute l'érudition et tout le recul d'un observateur aussi bien placé que Claude Gardien tend vers la démonstration, assez fine et pertinente dois-je dire, que cette finitude n'en est guère une, et que le ressort créatif et performant se porte toujours aussi bien, enneigeant d'un coup les respectables notions d'âge d'or, d'alpinisme d'exploration (si ce n'est de prétexte scientifique, comme ce fut le cas au temps des grands ancêtres), et les sous-entendus: tout a été fait, et c'était mieux avant.

Il en vient à conclure:

chapitre L'état de l'art a écrit:Au milieu des années 1970, grimpeurs et alpinistes, en se tournant vers l'escalade libre et le style alpin, ont remis l'impossible au goût du jour. On sait que certaines ascensions ne sont pas encore envisageables. Paradoxalement, c'est le retour de cet impossible qui a fait faire d'incroyables progrès à l'escalade et à l'alpinisme. En quarante ans, on est passé du 6b au 9c, on a réintroduit le respect du rocher, et donc de la nature, on a réinventé l'escalade mixte, on s'est engagé dans les plus hautes parois du monde avec l'aide d'un seul compagnon de cordée, en emportant seulement ce qu'un sac à dos pouvait contenir. Les expressions "vaincre" ou "conquérir" une montagne ont disparu des discours. On tente, on réussit parfois, les seules victoires, les seules conquêtes sont intérieures. On est passé d'un alpinisme de conquête à un alpinisme du respect. La seule lutte qui reste à mener est celle de la protection des montagnes.

 Ce n'est pas l'absence de projets encore irréalistes et de perspectives nouvelles qui guette l'alpinisme. L'activité n'est pas pour autant à l'abri d'une érosion de son intérêt...
Les sociétés dites évoluées acceptent de plus en plus difficilement la prise de risques gratuite.

Et cette dernière menace pèse énormément, à mon humble avis, elle est à prendre très au sérieux.

Sur les choix de voies, de faces, de sommets, d'alpinistes mis en lumière par Claude Gardien, il m'est arrivé de tiquer un peu.
Quelques grands oublis, du moins tel que je les perçois vaché au relais à l'appui de mon balcon orienté sud-ouest, mais l'auteur se fend d'un mot d'excuse liminaire:
mot d'excuse... a écrit: ...à tous les alpinistes qui ne sont pas cités dans ce livre, qui ont pourtant donné tout ce dont ils étaient capables dans des ascensions extraordinaires.
  Le but était de tenter d'expliquer l'évolution de l'alpinisme à partir d'exemples concrets. Choisis bien sûr en toute subjectivité...et en nombre limité, afin de faire tenir cette histoire tronquée en un seul volume.

Puis-je introduire une remarque d'ordre tracé, itinéraire et choix, cher M. Gardien ?

Le pyrénéiste que je fus et suis encore un tout petit peu trouve fâcheux que la seule voie pyrénéenne ayant l'honneur de votre encre et de vos pages soit l'exploit Overdose, voie sur la Grande Cascade du cirque de Gavarnie, ouverte en mars 1978 par Dominique Julien, Rainier "Bunny" Munsch, Serge Casteran et Michel Boulang: encore à ce jour jamais répétée.
(NB: On ajoutera, mais c'est géographiquement très capillotracté, la mention sèche en mode "no other comment" -de quoi réveiller les TOCS de ceux qui en sont affligés- du Naranjo de Bulnes, sur lequel se nourrissent encore les exploits en ces 2010 finissantes et vous êtes placé pour le savoir, mais le Naranjo de Bulnes se trouve dans les Picos de Europa, ceci dit les alpinistes qui ont fait le renom de cette incroyable face géante sont tous pyrénéistes).

Le lecteur pyrénéen trouve aussi que des cordées comme celle des jumeaux Ravier, ou celle des aragonais légendaires Rabada-Navarro n'eussent nullement déparé ces pages.
Il estime que si le Vignemale avait été enchâssé quelque part entre Drus et Jorasses, Claude Gardien n'eût pas manqué de parler d'une voie comme celle de Patrice de Bellefon & compères, directissime en face nord dans les années 1970, non encore répétée à ce jour, ou encore en pages historique la conquête du couloir de Gaube et son fameux bloc coincé, voie étrennée par le grand guide Célestin Passet & clients (Brulle, Bazillac, de Monts) & guide associé (François Bernat-Salles) en août 1889, la première répétition s'osant seulement un demi-siècle plus tard.
Dans la même face, la voie Les Délinquants de l'Inutile  (mars 1994) valut, rappel (sur 2 brins de huit mm) M. Gardien, le Piolet d'Or à Christian Ravier, Rémi Thivel et Benoît Dandonneau.

Il estime enfin que le Pamir, le Caucase, la Sibérie orientale, les rocheuses nord-américaines, le Québec, les Andes d'altitude (mais quel oubli !), le Groenland, etc... pour ne citer qu'un faible échantillon, ont déroulé des pages alpinistiques de tout premier plan.

Tout mon étonnement aussi de constater que les Alpes finissent, au sud, au gapençais, à l'est aux dolomites, au nord à l'Eiger.
Et pas un mot sur les Carpathes, les Tartas, le Triglav à peine cité...Et que dire des voies glaciaires de Lionel Daudet aux Îles Kerguelen, archétype de réalisation à même de vous séduire...

Pour en rester à vos montagnes de prédilection, par exemple la première des Drus par les russes Babanov et Kochelenko en 1998 juste après que des pans entiers de la montagne se fussent écroulés, rendant caducs à jamais les itinéraires, les tracés précédents, et sans que nul sache ce que valait ce granit tout neuf, comme nouveau-né, issu des entrailles des Alpes, eût amplement mérité mention...  

Mais, je vois bien que je chipote: qu'un jour advienne à partager un bivouac abominaffreux autour d'un réchaud en fin de gaz et je suis sûr, cher Claude Gardien, que si l'on vous laisse parler de ces laissés-pour-compte, ce sera magnifique.    
Juste l'impression que vous êtes victime du mal français qui veut une capitale, votre Paris est Chamonix, et qui tende vers l'universel, pour l'imposer le plus souvent malencontreusement: sur ça aussi je ne doute pas une seconde que vous ayez beaucoup à dire.

Merci, un grand merci d'avoir fait un ouvrage grand-public, le moins technique possible et ce n'était pas facile, c'est à lire à proximité d'un moteur de recherches, visualiser ces faces rocheuses &/ou glaciaires (et ces visages humains) est essentiel.  
Si je recommande cet ouvrage ?
Oui, ça va de soi !

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Message par Bédoulène Mer 20 Nov - 21:13

Il parlera peut-être des "oubliés" dans un autre livre ?

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Message par Aventin Jeu 21 Nov - 14:29

@Bédoulène a écrit:Il parlera peut-être des "oubliés" dans un autre livre ?
Je ne pense pas que ce soit d'actualité, et puis c'est titanesque - il en met en lumière parfois quelques-unes en revue, ou sur les sites internet auxquels il participe - après ça lui est sûrement plus difficile de jauger un peu, et de rendre compte, lorsque le massif lui est totalement ou partiellement inconnu.
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Message par Aventin Ven 29 Nov - 19:34

Trois curés en montagne

Littérature et alpinisme Trois_10

Récit, ré-édité en 2012 par Hoëbeke, qui l'avait déjà ré-édité en 2004, première publication: 1950, éd. B. Arthaud.
165 pages environ.

Jean Sarenne est le pseudonyme du curé d'Huez en Oisans, Jean Zellweger (1915-1974).
Son pseudo est tiré du glacier de Sarenne, devenu aujourd'hui le théâtre lifté d'une...piste noire de la station de ski de l'Alpe d'Huez...O tempora...


________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Avant-propos a écrit:D'ordinaire l'alpiniste "pond" son livre sur la montagne quand il a pu le bourrer d'exploits qui le remplissent comme un œuf.
  Nous n'avons pas voulu faire de même, non par souci d'originalité, mais parce qu'en fait nos plus fortes émotions, nos plus beaux souvenirs, nos plus prestigieuses aventures restent attachés à notre premier contact avec la haute montagne.

  Que les gens d'expérience, qui seraient tentés de crier à la mystification, veulent bien se rappeler leurs débuts.
Ils deviendront indulgents.  

La découverte de l'alpinisme par de jeunes séminaristes autodidactes, à la fin des années 1930.
Il y règne un humour tendre, un humour de joie, antithétique au ricanement, le sourire fondant en rire qui ne fait pas mal, n'égratigne pas (le seul qui vaille ?), fondé sur beaucoup d'autodérision, ne se laissant jamais tout à fait aller au narquois; on pense (mais c'est facile, ils sont cités) à Tartarin sur les Alpes, d'Alphonse Daudet, et (beaucoup !) aux aquarelles de Samivel:

Littérature et alpinisme Samive10

Littérature et alpinisme 2_sami10


Ce Jean Sarenne a une très agréable plume, on sent, et c'est régal, qu'il ne se prend absolument pas au sérieux dans son rôle d'écrivain, qu'il est là pour faire passer un bon moment, dénué de la moindre prétention, à son lecteur.
On sourit d'attendrissement, un peu en pouffant "oh la la !" aux tribulations de nos séminaristes, qui ne sont d'ailleurs que deux sur un bon deux tiers de l'ouvrage.

Le dernier chapitre (dix ans après, en face nord des Drus) sonne un peu comme un addenda, chapitre de littérature alpine pas loin de l'excellence (on sent que l'auteur en connaît les codes, tiens, tiens !), qui ne déparerait pas publié dans l'une de ces revues aussi prestigieuses que confidentielles (suivez mon regard).
Mais, si ça se déguste volontiers ce type de trouvaille inespérée, c'est moins dans le ton, un peu déconnecté du reste du livre, une manière d'à-part.

On troublerait probablement la modestie de l'auteur en son repos en regrettant que ce livre-là soit sa seule parution, en ajoutant qu'il a l'œil et qu'il sait crayonner: je fus totalement embarqué par son regard doux, qu'il sait faire passer via sa plume agile, gracile même par instants, allant jusqu'à des accointances avec un burlesque un peu perdu aujourd'hui et qui faisait florès il y a un siècle, façon Pieds Nickelés ou Buster Keaton.



Chapitre 1, L'idée a écrit:Un piolet peut être très pratique. Dans les rues d'une ville, avec une soutane et le grand chapeau ecclésiastique, il peut aussi être très encombrant.

Chapitre 10, La piste a écrit:En face de nous jaillissaient en plein ciel les Bans, telle une incisive noire sur une incisive blanche. Ils étaient ce que nous avions imaginé. Par contre, le glacier était plus blanc et lumineux que prévu. Son aspect de crème fouettée nous faisait songer aux montagnes suisses; je ne sais pourquoi, car nous ne les avions pas encore vues. Il s'étirait à la base en une coulée grise semblable à une monstrueuse patte. Elle rappelait le mystère que le Corrège a peint sur les flancs de son Io.

Chapitre 9, La Gandolière a écrit: Un alpiniste a dit quelque part que dans un cas pareil le mieux est de s'occuper l'esprit avec une idée absorbante, celle de la femme aimée par exemple. La recette m'avait paru un remède de commère, injurieux et pour la dignité de l'élue assimilée aux narcotiques et pour la vigueur intellectuelle de celui qui voulait en user ainsi. Ne sachant plus comment soulager ma peine, je fus sur le point d'envier ceux qui pouvaient ainsi se droguer mentalement. Heureusement pour moi je me mis à avoir peur, ce qui me guérit de la monotonie et de ses tentations.

Chapitre 9, La Gandolière a écrit:Une large crevasse la longeait à la base.
"Ce doit être une rimaye", me dit Jo. Et il sourit comme pour s'excuser de l'emploi d'un terme aussi technique. Nous étions un peu confus et troublés, Il faut dire que les lèvres de la crevasse étaient un peu trop ouvertes pour notre ardeur de débutants. Elles semblaient avides, et découvraient de longues stalactites de glace semblables à des dents de requin...
 En vérité j'aurais préféré une moins belle rimaye, mais j'ignorais encore les délicates intentions de la Providence.
 Je regardais le col, quand il sembla descendre à notre rencontre. D'un seul coup, et partout à la fois, la neige qui le remplissait se mit à glisser vers nous. Cette fois je voyais l'avalanche...
  Exactement dans son axe, les pieds dans une masse gluante et profonde, il nous eût été difficile de fuir. La terreur nous paralysa. Bouche ouverte, et ahuris, nous ne pûmes que nous faire tout petits en regardant l'énorme bourrelet qui dévalait de la montagne. Ils ont dû connaître notre peur les malheureux qui, le pied pris dans un rail, voient arriver sur eux soufflant et crachant un lourd train de marchandises,car ce qu'il y avait d'effrayant dans la masse qui avançait, ce n'était pas sa vitesse - elle n'allait pas vite - c'était plutôt quelque chose de comparable à un bouillonnement interne. De puissantes bielles semblaient faire tournoyer la neige sur elle-même en une multitude de rouleaux s'écrasant les uns sur les autres, et le tout avait des allures d'une vague écumeuse courant sur la grève.    

Chapitre 12, Les bœufs rouges a écrit:- À la messe ?
 La pauvre fille en perdit la voix. Comment, nous avions fait les fous, nous avions ri, chanté, plaisanté, nous étions trois gaillards qui semblaient être de joyeux lurons, et nous parlions de bigoteries moyenâgeuses ! Elle ne comprenait plus.
Cette histoire de messe mettait en déroute toute sa psychologie pratique. Elle se mit à nous épier.
Finalement, n'y tenant plus, elle s'écria:
"Mais qui êtes-vous donc ?
- Des séminaristes, on vous l'a dit ce matin.
- Ah !" fit-elle.
  Puis, après un silence: "Et qu'est-ce au juste que des séminaristes ?"
 Le ton était dégagé, comme celui qu'on prend pour dire:
Mais quel est donc ce personnage bien connu, vous savez, celui qui...
"Des séminaristes, dis-je, ce sont des gens qui portent la soutane. Nous sommes trois curés, si vous aimez mieux, trois curés en montagne."
 L'incognito est toujours amusant. Mais on a quelquefois plaisir à le dévoiler. Un jour je fus pris par un clochard pour un de ses respectables confrères. Je revenais d'Oisans. La méprise était donc excusable. Notre conversation roula sur les curés, "ces salauds qui se nourrissent sur la sueur du peuple". Je sus parler du Grand Soir avec enthousiasme. Ce qui me valut plusieurs tapes dans le dos: "Toi t'es un pote, disait l'ami, viens boire un verre".
 Par hasard j'avais une carte de visite. Au moment des adieux je la donnais au bonhomme en guise de souvenir. Il parut surpris.
 Je crois que Simone le fut davantage. Elle devait être de celles qui touchent du bois au passage des robes noires.
   



Littérature et alpinisme Samive11

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Message par églantine Sam 30 Nov - 0:28

Hé hé c'est une belle présentation ça .  Smile
De la bonhommie et de l'auto-dérision .
C'est rare dans ces pratiques , alpinisme et escalade .
Et c'est rare tout court de nos jours .
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Message par bix_229 Mer 4 Déc - 14:38

Une remarque à propos de Hoebeke, excellent éditeur. J'y pensais déjà en lisant le livre de Kathleen Jamie.
Sur leur catalogue, on trouve Nicolas Bouvier, Wilfred Thesiger, Lafcadio Hearn, Colin Thurbron, Paolo Rumiz, Tim Robinson, John Muir, pour citer quelques noms
que je connais.
Des auteurs qui pourraient figurer chez Gallmeister, mais Hoebeke publie peu.
Et une aubaine pour les amateurs de voyages.
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Message par Aventin Sam 8 Fév - 0:02

Stéphanie Bodet

Littérature et alpinisme Stzoph10

Biographie: L'ouvrage À la verticale de soi étant assez autobiographique, et puis ceci n'est pas une ouverture de fil, on va juste préciser qu'elle est une grimpeuse de top niveau vivant de sa passion (enfin, ça, elle vous l'expliquera), laquelle s'allie comme un gant (ou plutôt comme un coincement dans un offwidth) au voyage et à un goût certain et affiné pour la littérature ainsi que pour l'autre, autrui en général, et enfin qu'elle forme un beau couple longévif avec Arnaud Petit.


Bibliographie:
 Stéphanie Bodet, Arnaud Petit, Parois de légende : les plus belles escalades d'Europe, Grenoble, Glénat, coll. « Montagne randonnée », 2006, 143 p.
 -  Salto Angel, Chamonix, Guérin, La Petite collection, 2008.
 -  Stéphanie Bodet, Arnaud Petit, Parois de légende, Grenoble, Glénat, Collection Montagne-évasion.
 -  À la verticale de soi, Chamonix, Éditions Paulsen, Collection Guérin, 2016,
 -  Habiter le monde, Stéphanie Bodet, Editions L'Arpenteur, 2019, 288 p.


___________________________________________________________________________________________________________________________________________________


À la verticale de soi
Autobiographie, 300 pages environ y compris portfolios (certaines photos sont à couper le souffle).


Littérature et alpinisme A_la_v10
Paru en 2016 dans la fameuse collection Guérin "couverture rouge", éditions Paulsen, déception: format semi-poche en revanche, dit Terra Nova, je préférais les grands formats de chez Guérin-Paulsen, ça faisait beau livre en plus...

Petit froncement d'arcade à l'ouverture de l'ouvrage, la préface est de l'immanquable Sylvain Tesson. Qu'on se rassure, il donne dans le sobre.
Fidèle aux codes de l'autobio en matière d'alpinisme (on n'avait aucun doute sur le fait qu'elle les connaissait et les maîtrisait ceci dit), la belle Stéphanie commence par un chapitre-choc. Audacieuse, la suite de ce chapitre est située à la fin de l'ouvrage.

Puis c'est l'enfance, l'adolescence, la jeunesse qui se déroulent comme on délove une corde, avec le grand choc de la mort subite de sa sœur toute jeunette encore.

La rencontre avec Arnaud, les années-compètes, les années-voyages.
La maison, l'installation.
Stéphanie Bodet est tout à tour espiègle, enjouée, drôle, grave, inquiète rarement, de cette intranquillité maladive, comme elle dit si bien, qui au fond la fait avancer.

Aussi, le grand point d'interrogation existentiel.
Le choix de pas d'enfants, les années noires, les pépins physiques - de qui donc est cette sentence que je profère moi-même parfois quand les circonstances autorisent de la placer:  "on n'arrive pas indemne à quarante ans ?".
 
Le besoin de faire sens, venant de quelqu'un qui ne vit pas dans sa bulle grimpante (comme on peut en croiser, eh oui).

Stéphanie Bodet a une belle sensibilité, une écriture assez fine et non dénuée de joliesse; normal elle a un CAPES de Lettres me direz-vous, mais justement non, son écriture n'est pas livrée avec les copeaux d'emballage de la fac et le ton n'est jamais universitaire. Beaucoup de clins d'œil littéraires, références et citations parsèment l'ouvrage, avec à-propos, ce n'est jamais pompeux, et puis ce sont souvent des auteurs appréciés et commentés ici-chez-nous, sur deschosesàlire...

Bien sûr ça me ravit, il manquait une plume d'une telle envergure au genre littéraire alpinisme, catégorie francophone, depuis au moins... pfftt... Pierre Mazeaud, Gaston Rébuffat même qui sait ?
Les talents littéraires de Rébuffat et Mazeaud étaient trés différents entre eux, ceux de Stéphanie Bodet procèdent d'une autre singularité encore. 

Petit extrait, peut-être pas plus illustratif du style que ça j'en conviens mais qui percute bien, de surcroît j'ai bassement élu un passage de pure escalade:
À plus de 500 mètres du sol, tous les ingrédients sont réunis pour parfaire l'aventure: mauvais temps et neige sur les prises. C'est ma petite Patagonie à moi la Fleur de Lotus [NB: le nom de la voie], c'est mon Himalaya. L'initiation tant attendue !
 Le grésil me fouette le visage. Les joues en feu et la goutte au nez, , je jubile. Beth doit penser que je suis folle à lier...Encapuchonnée, les doigts gelés, je pose un câblé dans la fissure et parviens à franchir au prix d'un jeté aléatoire le petit toit de la longueur difficile. J'aime bien cette sensation de recul sur le rocher, on s'apprête à tomber quand soudain, ça tient, on ne sait pas comment mais enfin, ça a tenu ! Un bien ancré sur un cristal, trois doigts refermés sur une petite pincette de granit et un biceps sans doute congelé qui refuse de s'ouvrir, le tour est joué, me voilà au relais.
 Au sommet, tandis que Tommy réchauffe les pieds de sa douce dans sa doudoune, le vent tombe soudain. Une éclaircie déchire le voile de brume, la neige fond en scintillantes traînées sur les parois alentour. Le lac apparaît au fond de la vallée comme une profonde échancrure dans la fourrure sans fin des forêts. L'atmosphère redevient accueillante, étrangement plate même et sans relief...
 


Cet ouvrage est susceptible de plaire à beaucoup d'entre les habitués de ce forum -une majorité, peut-être, d'entre ceux-là- en tous cas bien au-delà de ceux auxquels on l'associerait spontanément en premier, à savoir Églantine et Avadoro, lesquels, du reste, l'ont possiblement déjà lu !




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Message par Silveradow Lun 10 Fév - 10:24

Il donne très envie ton commentaire Aventin ! C'est pas tellement mon truc l'alpinisme mais ... qui sait, je me laisserai peut être tentée Smile
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Message par églantine Lun 10 Fév - 20:10

Merci Aventin . Je vais l'acheter . Pour fifille Djathi et j'en profiterai aussi ! cat
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Message par Aventin Dim 12 Juil - 19:15

Marie-Louise Plovier-Chapelle

Littérature et alpinisme Une_fe10
Une femme et la montagne
éditions Flammarion 1954, 210 pages environ.




J'ai eu la joie de le trouver dans l'édition originale, malheureusement une vingtaine de pages, à peu près au second quart de l'ouvrage, ne sont pas lisibles.

Livre drôle, empli d'une cocasserie de répartie et d'un comique de situation, rendant hilarant des passages, où, sous une autre plume, il y aurait lieu de se lamenter, ce qui est une prodigieuse qualité.
Livre daté, où affleure ce qu'on prenait alors pour un déterminisme des sexes, aujourd'hui dépassé du moins en occident, donc qu'on ne saurait écrire aujourd'hui, qui hérisserait, ne serait guère publiable et pourtant, 1954, ce n'est pas si ancien.

Voilà une mère de famille du Nord, dans la tourmente de la seconde guerre mondiale, qui par amour des montagnes et par contraintes de guerre (zone libre/zone occupée) se retrouve dans les Alpes, s'initie au ski (celui de l'époque) et l'alpinisme, dont c'était quelque part encore l'âge d'or, le tout sur le tard.
Peu douée, mais dotée d'un moral en chrome-molybdène, d'une insouciance d'airain, sans jamais se prendre pour ce qu'elle n'est pas, notre Marie-Louise nous égrène avec légèreté et humour toutes les incongruités de sa situation.

Défilent dans ces pages ses enfants bien sûr, ainsi qu'Édouard Frendo, le fameux guide de Haute-Montagne, quelques amis, et en filigrane Gaston Rebuffat, Louis Lachenal, Lionel Terray, Gilbert Chappaz...

Pages de guerre, d'occupation et de maquis, aussi, et toujours cette bonne humeur, cette joie de mise même dans pires galères et les instants les plus critiques.  
Marie-Louise Plovier-Chapelle pratique sérieusement sans se prendre au sérieux, son nom est à jamais attaché à l'Aiguille du Roc dont elle signa la première en compagnie de son fils Luc, Édouard Frendo étant le guide et maître d'œuvre de la réalisation (photo de l'Aiguille de Roc en bas de message, - par ailleurs une des plus célèbres photos représentant Gaston Rebuffat est prise alors qu'il se tient sur ce sommet-là).

Et, ces travaux d'aiguille accomplis, reste le charme de sa plume alerte et rigolote, sans prétention, mais aussi juste (voir le 2ème extrait ci-dessous) et un grand chapeau bas à tirer à son intrépidité couplée à son humilité.


Au moment du coucher, un grave problème d'arithmétique s'imposa à tous les esprits: on parvint bien, à force de compression, à entasser onze personnes sur le bat-flanc supérieur conçu pour six, et autant sur celui du dessous, mais il restait le vingt-troisième et qui n'était pas divisible par deux !
  J'imagine qu'un examen approfondi des espaces interstitiels lui révéla que le moins exigu se trouvait précisément entre Luc et moi; toujours est-il que je sentis le tiers du poids du monsieur s'installer sur ma personne tandis qu'un calcul élémentaire me faisait présumer que le second tiers était sur Luc et le troisième dans le vide, mais le vide comptait-il ? Supportait-il une part du poids ?
  Mes connaissances en dynamométrie étaient insuffisantes pour que je puisse déclarer à coup sûr si la force de pesanteur devait être divisée par deux ou par trois.
  Cette incompétence me tracassait.
  Pour me débarrasser de cette obsession, je décidai, par des manœuvres savantes et patientes, d'amener la moitié de la personne dudit monsieur sur le bat-flanc, ce qui n'était possible qu'en plaçant la moitié de la mienne sur la sienne.
  Je ne fus guère bien inspirée !
Car le monsieur, au lieu de respirer d'une façon lente et régulière, qui aurait bercé mon sommeil, avait un petit souffle sec et saccadé qui me donna pour toute la nuit l'impression d'être dans un autobus corse ou dans un château hanté.
  J'eus des heurs pour me persuader de l'urgence qu'il y avait de faire voter par le comité responsable du Club Alpin Français un amendement interdisant l'accès des refuges aux ronfleurs et, aux jours de grande affluence, à tous ceux qu'une respiration saccadée apparente à une locomotive en surcompression.

Je me levai au petit jour complètement moulue.
- Puisque vous êtes si fatigués, nous n'allons faire que le Grand Dru, nous dit Frendo.
  Décision malheureuse, car la sécheresse des années précédents avait tellement abaissé le niveau du glacier que nous nous trouvâmes à l'attaque du rocher en présence d'une rimaye décollée de cinq mètres, dominées par un surplomb qui nous sembla tout de suite bien coriace.
- Les autres années le glacier monte beaucoup plus haut, tout ceci est dans la neige.
- Et pas un piton, bien entendu !
- On ne s'attendait pas à celle-là !
  Frendo essaye une première fois le passage qu'on descend généralement en rappel au retour de la traversée des Drus.
- Ça ne passe pas.
Nouvel essai à droite, puis à gauche sans plus de succès.

       
Recherche du danger alors ? Je ne crois pas: le danger en soi ne m'attire pas, je le déteste en voiture et ailleurs.
Peut-être victoire sur le danger, ce qui, en fin de compte, revient à dire: victoire sur soi-même, victoire sur la peur d'abord, victoire sur la fatigue, victoire sur les années qui passent, réalisation du meilleur de soi, réalisation plus complète, je pense, que dans nul autre sport, car je me refuse à considérer la montagne comme un sport.
[...]
Tout cela fait qu'on se sent meilleur, en montagne.
Les célèbres frères Ravier feront un écho involontaire à cette toute dernière affirmation, quelques années plus tard, en se demandant: à quoi ça sert tout ceci, si ça ne fait de nous de meilleurs hommes ?

" Un bloc de neige plus gros que les autres, détaché par une cordée ", eus-je le temps de penser avant de voir, bien plus bas, un très gros caillou qui rebondissait comme une balle, et de sentir en même temps un coup dans la nuque.
  Je hurlais de douleur et aussi parce que j'étais sûre que j'allais m'évanouir, je voulais les mettre tous en état de parer ma chute.
  Je ne m'évanouis pas.
- J'ai sûrement encore une vertèbre cassée, vous voyez bien que j'aurais mieux fait de ne pas insister et de redescendre quand je vous l'ai dit, c'était un pressentiment.
  Je sentais mon cou et mon épaule se contracter et d'engourdir.
- Jamais je ne pourrai descendre.
- Allons, allons, me dit Frendo, songez plutôt à la veine que vous avez eue de recevoir ce caillou à ma place !

Je quittai Chamonix avec l'espoir de revenir et je me demande pourquoi diable cela me remplissait d'aise, puisque, après tout, la preuve était faite que j'étais d'une maladresse tenace en montagne; mais, en plus de la maladresse, j'étais atteinte d'illogisme, maladie incurable pour moi et endémique, je crois, chez les alpinistes.

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Message par Quasimodo Dim 12 Juil - 21:54

Excellents ces extraits Laughing
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Message par Bédoulène Dim 12 Juil - 23:16

merci pour les extraits Aventin !

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Message par Aventin Mar 27 Oct - 21:28

Walter Bonatti

Littérature et alpinisme Walter10
Walter Bonatti durant l'expé italienne de 1954 au K2.

K2, La vérité. Ajouts ultimes.

Littérature et alpinisme K210
Titre original: K2, la verità. Storia di un caso.

Paru en 2003, première édition française traduite chez Guérin "couverture rouge" 2007, mais dans un format moins prestigieux que les ouvrages antérieurs de la célèbre collection (enfin, célèbre dans son "mundillo", j'entends !).

[relecture]

Quand je suis tombé sur ce bouquin, il y a une dizaine d'années, je me suis dit que pfft, je l'avais déjà lu.

En le feuilletant je m'aperçois que non, c'est un ouvrage bien distinct de L'affaire du K2 (publié en France, traduit, en 2001, 1995 pour la parution italienne, écrit en 1994, à l'occasion du quarantenaire de l'expé, ce qui fit sortir Bonatti de ses gonds) sur un thème (un récit) qu'il abordait déjà abondamment dans son classique Montagnes d'une vie (1962, une bonne quinzaine de rééditions ou davantage depuis, livre traduit dans je ne sais combien de langues):
Alors, voilà-t-il pas qu'il radote, à présent, le grand Walter ?

Eh bien pas du tout. Il n'a pas fini de régler ses comptes. Et verse toujours pièce sur pièce au dossier, des pièces à la vérité, comme c'est dit en titre, cette fois-ci pour l'Histoire.
Pour l'Histoire, Walter ?

Avec la ténacité, l'obstination d'un alpiniste hors pair qui entend solutionner définitivement une difficulté qui le taraude depuis quarante cinq ans (et les mois de gestation), il remonte au camp de base, et assaut final derechef.

Mais au fait, de quoi s'agit-il ?
Ah, là, ça va être un peu long, désolé...:


Le contexte:
Spoiler:
Ainsi commence le chapitre 1 de la première partie:
Après les victoires himalayennes des Français, des Anglais, des Suisses, des Allemands et des Autrichiens, l'Italie à son tour se lançait enfin dans la conquête d'un géant de la Terre: le K2, deuxième montagne du monde par la hauteur avec ses 8611 mètres (8616, selon une récente rectification). C'était pendant l'été 1954.  

Seize tonnes de matériel, une expédition scientifique parallèle, un seul chef, Il Professore Ardito Desio, autocrate de cinquante-sept ans, qui dirigeait le monde dpuis le camp de base - qu'il n'a jamais quitté. Desio est mort centenaire avec un hommage national et présidentiel, lui qui était surnommé le Petit Chef ou le Petit Duce, sous l'anorak, par un alpiniste de l'expé dont Bonatti gardera l'anonymat. Ajoutez un colonel de l'armée pakistanaise en officier de liaison, treize Hunzas (porteurs-collaborateurs-alpinistes, l'équivalent pakistanais du sherpa népalais), et un bataillon de porteurs Baltis, de type coolies, sans rang, humbles et extraordianaires selon Bonatti.  

Et treize alpinistes italiens, dont le benjamin est ce fracassant jeunot de 24 ans, Walter Bonatti. L'un mourra, Mario Puchoz, le francophone du Val d'Aoste, d'un œdème pulmonaire lors de la phase d'acclimation (paliers) à l'altitude. L'un meurt, mais un seul, ce qui n'est pas très cher payé pour une entreprise de cette démesure.

Il manque quelqu'un, toutefois, à l'appel, et l'Italie s'interroge: quid du grand Riccardo Cassin ?
Officiellement méforme, mais, vu la longueur de l'entreprise, il aurait eu large le temps de se refaire la cerise, le bon Riccardo ?
Selon l'avis (autorisé) de Georges Livanos, Ardito Desio craignait que sa renommée et son tempérament ne fassent éclipse à son commandement héliocentrique: un trou noir susceptible de dévorer le système royal-solaire en quelque sorte; cela semble plus vraisemblable - voilà comment on en vient à se priver du plus gros talent alpinistique de l'Italie d'alors...

L'époque est -pas seulement en Italie- au nationalisme.
On est loin du style alpin qui fait florès aujourd'hui. Loin aussi des alpinistes qui grimpent pour eux-mêmes et leurs compagnons de cordée. On est dans les années 1950, un certain âge d'or de l'apinisme par ailleurs, et de l'himalayisme qui est en période de conquête première.  

Desio et le CAI (Club Alpin Italien) ont fait signer un contrat se réservant la totalité des déclarations, écrits, publications avec l'obligation de se taire médiatiquement, sauf bénédiction de Desio et du CAI, pendant deux ans.
Et, ad vitam æternam, quiconque n'aurait pas un comportement de "bon soldat" alpiniste sera traîné dans la boue, la seule vérité sur cette expé étant dans les articles, livres et films de Desio ou sur lesquels il a apporté sa caution morale.

Il y a une fierté nationale derrière cette expé, quelque chose de courant à l'époque, d'inimaginable pour des réalisations d'alpinisme d'aujourd'hui. C'est la République italienne qui ne se supporte plus en humiliée fasciste et vaincue, et en foyer d'émigration massive, moins de dix ans après la guerre, qui aspire à acclamer des héros, des réalisations qui en imposent au monde, comme une table rase du passé, une autre image, celle de la jeune Italie débordante de vitalité, en reconstruction.

Les médias péninsulaires raffolent des informations que Desio se fait une joie de distiller "ni trop, ni trop peu" depuis le confort de son camp de base, tout en dirigeant tout (exemple: un alpiniste du camp V veut communiquer par radio avec un alpiniste du camp IV, il se sert donc de la radio, laquelle passe par le camp de base obligatoirement), allant même jusqu'à rédiger au jour le jour des Notes de Service gratinées, comme dans une entreprise, que les destinataires ne découvriront qu'à leur retour au camp de base, des jours si ce n'est des semaines plus tard !

Le K2:
Ce que les italiens ne pouvaient savoir, en s'attaquant au second sommet de la terre, c'est que celui-ci serait aujourd'hui connu comme le plus meurtrier, le plus mortifère en nombre de vies humaines par rapport au nombres de tentatives (l'Annapurna vient ensuite). Il détient aussi le taux d'échecs et renoncements le plus important des "huit-mille", toujours par rapport au nombre de tentatives.

Les américains, pourtant une solide équipe, dans un remarquable style fort léger et avancé pour l'époque, avaient échoué l'année précédente, en 1953, expé conduite par Charles Houston, qui avait déjà tenté le K2 dans les années 30, les italiens s'étant distingués par le fait qu'au nombre des premières tentatives se trouve celle du Duc des Abruzzes, en 1909 (qui donnera définitivement son nom à l'épaule-crête qu'il avait repérée puis suivie avant d'échouer, et qui constitue toujours l'accès par la voie normale, c'est d'ailleurs elle que les américains ont suivi en 1953 sans succès, ainsi que l'expé italienne de 1954 qui nous intéresse).  

Le K2, sommet qui dans les années 1950 attire les convoitises, n'a donc pas encore sa réputation de terreur himalayenne. Son nom, qu'on dirait de data numérique, vient de la cartographie anglaise, Indes et Pakistan époque Empire, les hauts sommets du Karakoram étant nommés de K1 à K6, avant que l'on ne sache donner un nom local à chacune de ces montagnes: le K2 n'en avait pas vraiment, toutefois Chogori (Grande Montagne en Balti) s'impose petit à petit de nos jours.

Cette année 1953, et c'est très important pour la compréhension de l'ascension italienne au K2, c'est celle de la conquête d'un 8000 par une équipe germano-autrichienne, Herman Buhl -d'Innsbrück- attteignant le sommet sans oxygène, avec un bivouac à la descente à 8000 mètres: une borne de l'himalayisme est franchie.
Mais aussi sommet tenté -et réussi- à l'encontre des ordres stricts du chef d'expédition, le munichois Karl-Maria Herrligkoffer !
Le Hunza qui aida Buhl à redescendre aux camps inférieurs, déshydraté, tombant de fatigue, gelures aux pieds et aux mains, se nommait Mahdi, un nom à retenir.


L'Affaire:
Spoiler:
Desio avait désigné Achille Compagnoni pour aller au sommet, avec un compagnon de son choix, une fois atteint le camp VIII. Mais ça s'est joué un peu avant, Bonatti n'arrivant plus à rien avaler dès le camp VII et s'affaiblissant, Gallotti étant exténué. Reste Lino Lacedelli, qui atteint et dresse le camp VIII, nom pompeux pour une petite tente de survie fichée dans la neige. De là, ils demandent qu'une cordée d'appui, relayée au camp VII par Bonatti et Gallotti, leur porte les bouteilles d'oxygène, des vivres et divers matériels.

Finalement Gallotti et Bonatti descendent au camp VII, prennent l'oxygène, soit 20 kg de rab' pour chacun dans le dos, à cette altitude et après tous ces efforts, sans pouvoir toucher à l'oxygène, car c'est Lacedelli et Compagnoni qui détiennent masques et détendeurs. Les quatre hommes discutent longtemps avant de trouver le sommeil.
Un camp IX, non prévu à l'origine, est décidé, à une altitude d'environ 7990-8000 mètres, sur une épaule évidente. Compagnoni laisse entrevoir à Bonatti la possibilité du sommet s'il est plus en forme  que lui.

Tandis que Gallotti et Bonatti descendent et Compagnoni et Lacedelli montent, les premiers aperçoivent une cordée, Abram et deux Hunzas, Mahdi et Isakhan, qui montent en renfort. Jonction au-dessus du camp VII.
Après une intense débauche d'effort, les cinq hommes sont au camp VIII. Mais il faut encore porter l'oxygène jusqu'au camp IX, et il est déjà tard, sans oxygène, un véritable exploit pour des alpinistes fourbus. Mahdi et Bonatti s'en chargent, étant seuls encore capables de continuer, après que Bonatti, comme Compagnoni l'avait fait pour lui, promette par signes à Mahdi qu'il y aura de l'argent à gagner, et peut-être la possibilité du sommet...

Ils gagnent, et c'est surhumain, la cote 7990/8000 où est censée avoir été dressée la petite tente de survie de leurs compagnons. Mais rien. Appels dans le soir qui tombe. Ils continuent, de deux cent mètres de dénivelée encore. Rien. Tout à coup, dans la nuit, après une barre rocheuse inaccessible avec un tel poids sur le dos et la nuit [NB: pas de frontales dans cette expé, ils n'avaient qu'une lampe électrique, ce qui mobilise une main, handicapant pour grimper...]  la tente s'éclaire, inaccessible car installée, justement, dans cette barre rocheuse, emplacement illogique...à moins de ne pas vouloir de compagnie.

Brièvement, Compagnoni leur dit qu'ils n'allaient pas se les geler à les attendre, leur ordonne de déposer les claies supportant l'oxygène, et de descendre au camp VIII: c'est de la folie, dans cet état d'épuisement, à cette heure-là. La lumière s'éteint. Bonatti hurle, supplie, Mahdi commence à perdre toute contenance et se rue vers la barre rocheuse en disant ce qu'il pense de Sahib Lacedelli et de Sahib Compagnoni.

Température -45° + le facteur vent, lequel souflle abondamment. Bonatti taille une banquette de 60 cm dans la glace, et c'est parti pour le plus haut bivouac de fortune jamais tenté jusqu'alors.
Pour tout ravitaillement, ils ont trois bonbons. Ils en essaient un chacun, sans parvenir à l'avaler, bouches et gorges trop sèches, pas de salive, et ils recrachent. Bonatti passe ses ultimes forces à frapper à coups de piolet répétés, les chaussures, gants et, du plat, genoux et coudes, seule et dérisoire possibilité de ralentir le gel. Un grésil s'en mêle, cinglant et pénétrant le moindre interstice. Au premières lueurs, Bonatti, qui avait avec succès empêché Mahdi de descendre dans la nuit, le laisse filer. Il est 4h15-4h30.

Mahdi s'immobilise plus bas, dans un endroit où il doit pouvoir voir la tente, et reste là, fixe, un long moment De retour au Camp VIII, on lui découvrira de profondes gelures aux pieds et aux mains. Bonatti descend à son tour, n'ayant plus rien à espérer. Compagnoni et Lacedelli atteignent le sommet puis redescendent sans effusion ni légitime explosion de joie au camp VIII, presque gênés de voir Bonatti et Mahdi encore vivants.

La suite ? Desio l'écrira... Ce fut une telle explosion de joie en Italie (impensable, pour de l'alpinisme, aujourd'hui)...

Et Desio, Compagnoni et Lacedelli mentirent, effrontément, des décennies durant.
Bonatti et Mahdi disparurent, pratiquement, de la narration. Selon la version officielle, le camp IX avait été établi moins haut que ce que Mahdi et Bonatti constatèrent, le vent emportait les paroles de Mahdi et de Bonatti, et Bonatti et Mahdi avaient allègrement puisé dans l'oxygène qu'ils transportaient, pour tenir au bivouac (rigoureusement impossible, sans masque ni détendeur). Ils affabulèrent sur leur heure de départ, leurs temps de montée, prétendirent ne plus avoir d'oxygène pour les dernières centaines de mètres de dénivelée (cruciales) mais avoir quand même gardé claies et bouteilles sur le dos, etc, etc... toutes choses entièrement et grossièrement fausses, comme ce fut démontré, pas à pas, pièce après pièce, sur presque un demi-siècle.

Quand aux gelures de Mahdi, elles embêtaient Desio. Sommé de rendre des comptes au colonel pakistanais officier de liaison, Desio chargea Bonatti de façon calomnieuse, ce jeune fou imprudent ayant entraîné dans un risque inutile Mahdi, à l'encontre de tous les ordres donnés.

Bonatti commença à raconter timidement sa version en 1962, mais elle dérangeait trop l'histoire officielle (et la fierté de l'Italie conquérante et gagnante).
Quant à la version de Mahdi...traduite de l'ourdou en anglais puis de l'anglais en italien, soufflée puis filtrée par le colonel pakistanais, toilettée dans les ambassades, les juges italiens décidèrent non sans une certaine cohérence que ce truc fantaisiste était inutilisable, ce qui ne dérangeait pas tout le monde.

En 1965 Bonatti attenta et gagna un procès contre un journaliste l'ayant accusé d'avoir voulu faire le sommet seul, d'avoir entraîné Mahdi dans un péril aussi inutile qu'inacceptable, et d'avoir indûment consommé l'oxygène de ses camarades.
Puis Bonatti bouda tout, les cérémonies officielles des dix ans, des vingt ans. Pour les quarante ans, il sortit le livre L'affaire du K2 espérant obtenir de la part du C.A.I. une révision de fond en comble de la narration officielle, et, éventuellement, quelques excuses.
Enfin, il produisit ce livre-là, K2, La vérité. Ajouts ultimes, sorte de dossier (à ne pas lire en premier) quand Desio fut honoré par la Présidence de la République.    

Ajoutons ceci: si l'on demande -mettons dans le monde entier- de citer spontanément les plus grands alpinistes italiens de l'histoire, le Gotha, quoi, qu'on pose la question au grand public comme à des gens un peu plus au fait des choses de l'alpinisme, à coup sûr les noms suivants ressortiront (dans le désordre): Emilio Comici, Riccardo Cassin, Reinhold Messner, Walter Bonatti. Et très loin derrière ceux de Compagnoni et Lacedelli, sauf peut-être un petit peu en italie, surtout du côté de Cortina d'Ampezzo.

Maintenant c'est la version Bonatti des évènements qui est adoptée, partout. Mais à quel prix, combien d'années à subir la calomnie et l'ostracisme pendant que se pavanaient les menteurs ?  

Bonatti dit que c'est sans doute très italien, cette Comedia avec un fond réellement tragique, et aussi cette mise sous le boisseau de la vérité pour que la version officielle soit gravée dans le marbre, à jamais non retouchable.
C'est peut-être le seul point de ses livres où je serais en désaccord.

Lire Annapurna Premier 8000 (Maurice Herzog), voir la grandiloquence des discours présidentiels et autres au décès de celui-ci (2012, un an après Bonatti), et lire Annapurna, une affaire de cordée, du journaliste américain David Roberts, certain(s) passage(s) du fameux Les Conquérants de l'inutile de Lionel Terray, ou encore les témoignages posthumes en faveur du rôle exact joué par Louis Lachenal, réunis par le célèbre Pierre Mazeaud, qui avait, lui, assez de stature pour s'opposer au "Grand Français" iconique Maurice Herzog, au point de le ternir (ce que fera aussi, dans un autre domaine, sa propre fille Félicité Herzog).


Non, cher Walter, ceci n'est pas propre aux italiens. Mais ce sont d'autres histoires, si ça se trouve nous en reparlerons sur ce fil un jour.





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Message par Tristram Mar 27 Oct - 21:58

Merci Aventin, c'est captivant !

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Message par Armor Mar 27 Oct - 22:08

Où se nichent l'ego des hommes, franchement... Moi qui croyaient que la solidarité régnait, par ces altitudes mortelles.... Et qu'est-ce que ça pouvait faire, qu'ils atteignent le sommet à 2 ou à 4 ? Dans tous les cas il fallait partager la gloire...

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Message par Bédoulène Mer 28 Oct - 13:00

merci Aventin ! je crois avoir vu un film relatant l'ascenson du K2.

certainement que l'ego de certains s'exprimait en-haut autant qu'en-bas !

Je me souviens avoir aimé quand j'étais adolescente "Premier de cordée de Roger Frison-Roche"

je te suivrais sur ce fil si tu l'alimentes Aventin !

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Message par Aventin Mer 28 Oct - 19:41

@Armor a écrit:Où se nichent l'ego des hommes, franchement... Moi qui croyaient que la solidarité régnait, par ces altitudes mortelles.... Et qu'est-ce que ça pouvait faire, qu'ils atteignent le sommet à 2 ou à 4 ? Dans tous les cas il fallait partager la gloire...
Bonatti était tout à fait prêt à rester simple équipier, d'ailleurs il n'y avait des masques et des détendeurs que pour deux, mais pas à mourir comme ça, à 24 ans, comme un outil domestique qui a servi et qu'on peut abandonner sur le bord du chemin parcouru, car c'est bien à la mort qu'ils ont été condamnés par Compagnoni et Lacedelli.
Ne pas faire sommet, pas de souci, mais au moins sauver sa peau, dormir dans la tente !

Comme dit Walter Bonatti de ce quasi-homicide:
Cela marque au fer rouge l'âme d'un jeune homme et déstabilise son assiette spirituelle encore insuffisamment affermie.
Je crois, se vous me passez l'expression qu'ils se sont monté un tantinet le bourrichon (à moins d'un ordre qu'on ne saurait discuter d'Ardito Desio ?).
Et ont peut-être supposé que ce qu'avait fait Buhl au Nanga Parbat l'année précédente, ce truc hors normes en avance de deux décennies sur son temps, sommet sans oxygène (et désobéissance aux ordres), Bonatti pouvait le faire.

Et puis Bonatti les impressionnait, leur faisait peut-être un peu peur.
Deux indices: Lacedelli avait minoré la réalisation de Bonatti en face Est du grand Capucin -le pilier qui porte toujours le nom de pilier Bonatti- photo de la voie ci-dessous, euh...il n'y a pourtant pas de quoi minorer...enfin, je ne sais pas ce que vous en pensez...
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Le second indice est une anecdote. Par gaminerie, Lacedelli avait réveillé un matin Bonatti, lors des camps les plus bas en phase d'acclimatation, de la façon suivante: Il l'avait tiré violemment de son duvet, encore endormi, et mimé de le bercer dans ses bras: seulement il le tenait mal (mettons, bien sûr, que ce soit involontaire), et Bonatti, en guise de réveil, est allé valser nu comme un ver dans la pente de neige et de glace au-dessous, avec pour conséquences divers bobos et petites séquelles que Bonatti dut camoufler à Desio et ses mouchards en simple petit refroidissement, "pour le bien de l'expédition".
Ce "pour le bien de l'expédition" était un mantra-lavage de cerveau, inventé pour faire taire et plier à toutes les dsciplines, avant, pendant et après l'expédition, il était ressorti à tout bout de champ.



Pour en revenir à Compagnoni et Lacedelli comme Bonatti n'est pas mort alors qu'il l'aurait dû, ainsi que l'encombrant Mahdi, au bout de la logique du mensonge (sûrement raffiné, sinon orchestré par Il Professore Desio), il fut entrepris une espèce de cavalerie, de fuite effrénée dans le mensonge, accablant Bonatti, le chargeant de toutes les calomnies afin qu'il se taise, en lui ayant, par contrat de membre de l'expé, extorqué son silence au préalable.

Gloire et argent...
Les deux lascars ont arrêté de grimper, notoriété, mariages avantageux et juteux circuit des médias effectués, un livre, des articles, des plateaux télé, des conférences,  etc...
Lino Lacedelli a acheté une maison et une petite propriété agricole près de Cortina d'Ampezzo, où il a ouvert un magasin d'articles de sport intitulé K2 Sport, en vue dans cette station huppée.  
Achille Compagnoni, lui, est devenu hôtelier, un établissement plutôt haut-du-pavé lui aussi dans l'élégante Cortina d'Ampezzo.


Walter Bonatti a continué l'alpinisme.
Il retourne en Himalaya et en vainqueur en 1958, avec une cordée italienne de toute première force (Riccardo Cassin, Carlo Mauri...) pour la première du Gasherbrum IV (7925 mètres).
Auparavant, il effectue une magnifique ascension solitaire, qui marquera les esprits, en face ouest des Drus (un autre pilier Bonatti !) - par le plus grand des hasards, je suis tombé sur un Reader's Digest de ces années-là, où il raconte sa performance par le menu, avec un joli in-quarto de photos couleurs + le topo de la voie: il n'y en a pas autant dans son grand succès de librairie À mes montagnes !

(etc, etc... je ne vais pas "doubler" wikipedia !)

Encore ceci:
Je ne pense pas avoir été le seul à remarquer que sa toute dernière ascension de très haut niveau, Bonatti l'a réservée pour une nouvelle voie, une ouverture, de surcroît en solitaire hivernale, dans la face nord du Cervin:
Autrement dit (et avec un peu d'emphase), sous les fenêtres mêmes de Lacedelli et Compagnoni...



Ci-dessous une répétition, en 2015 -elles ne sont pas très fréquentes, ce n'est pas à proprement parler une "classique"-, mais en cordée, de la voie Bonatti en face nord du Cervin.
Ambiance "le fond de l'air effraie, lahiho, lahiho,  Littérature et alpinisme 3933839410 ", à moins que ce ne soit "quand t'es dans le dévers, depuis trop longtemps  scratch " non, vous ne trouvez pas ?  

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Message par Avadoro Mer 28 Oct - 22:57

Merci Aventin pour ces récits qui en disent tellement sur la complexité de la nature humaine.
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Message par Bédoulène Jeu 29 Oct - 8:04

merci Aventin pour toujours bien raconter et expliquer

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Message par Armor Jeu 29 Oct - 9:39

Merci Aventin pour ces précisions ! (Quand je parlais d'ego monstrueux, je pensais bien sûr à Compagnoni et Lacedelli. Condamner 2 autres hommes à la mort pour être les seuls à atteindre le sommet, ça me dépasse totalement.)

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