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Chigozie Obioma

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Message par Avadoro Lun 26 Déc - 12:01

Chigozie Obioma
Né en 1986

Chigozie Obioma 65991710


Né dans une famille de douze enfants, Chigozie Obioma fait des études supérieures à Chypre, où il obtint une bourse et un poste d'enseignant. Après cela, il publie son premier roman intitulé Les Pêcheurs. Une année plus tard, il part aux États-Unis, où il reçoit des cours de Creative Writing à l'université du Michigan. Il enseigne aujourd'hui la littérature africaine à l’Université du Nebraska.
(Source : Wikipedia)

Oeuvres traduites en français

Roman
2015 : Les Pêcheurs
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Message par Avadoro Lun 26 Déc - 13:41

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Les Pêcheurs

Nigeria, les années 90 : le narrateur Benjamin et ses frères, en l'absence de leur père, bravent un interdit et pêchent sur les rives d'un fleuve déclaré maudit par les habitants. Un jour, l'aîné est témoin d'une malédiction lancée par un marginal craint et rejeté pour ses prophéties. Ce moment précipite une spirale auto-destructrice qui bouleverse le quotidien de la fratrie.

Ce premier roman de Chigozie Obioma a été une lecture marquante parmi mes récentes découvertes. Le style de l'auteur met en valeur une dimension symbolique et donne au récit la portée d'un conte, d'un mythe, d'une tragédie, alors que le contexte contemporain reste toujours visible à l'arrière-plan. L'univers décrit est parfois étrangement familier à travers le regard d'un enfant, puis terrifiant dans la révélation d'un chaos et d'une démesure.

Si la violence est souvent tétanisante, reflet d'un cataclysme face auquel l'être humain ne semble pouvoir lutter, Obioma utilise l'écriture comme instrument d'une réhabilitation et d'une fragile rédemption. Les mots, d'abord le miroir d'un imaginaire effrayant, incarnent peu à peu un potentiel libérateur bien qu'incertain.


mots-clés : #contemythe #enfance #traditions #violence
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Message par topocl Lun 26 Déc - 15:05

Les pêcheurs

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Au sein de la famille Agwu  parmi les enfants, symboles de la virilité de leur père, et de ses espoirs de promotion sociale,  les quatre frères aînés sont unis comme les doigts de la main. Dans ce paysage nigérian des années 90, ravagé par la  dictature militaire et la corruption, la famille est un rempart solide par sa foi chrétienne omniprésente, son éducation autoritaire où le fouet est un interlocuteur premier, et ses aspirations à une "éducation occidentale" salvatrice. Mais il suffit que le père soit muté à l'autre bout du pays pour que les enfants n'en fassent qu'à leur tête, bravent les interdits séculaires, et la farandole des superstitions s'emballe : prophétie maléfique, fratricide, culpabilité, vengeance emportent le quotidien, que nous rapporte Benjamin le plus jeune des quatre frères, témoin qui paiera le prix fort cette solidarité.

Après une mise en place un peu cliché, on est vite emporté par cette fatalité démoniaque qui balaie le confort familial et les espoirs  d'échapper au destin ordinaire nigérian.

   Pendant des années, il avait porté ce baluchon de rêves. Sans savoir que ce qu'il avait porté tout ce temps n'était qu'un baluchon de rêves rongés par les vers, pourris depuis longtemps, qui n 'était plus qu'un poids mort.

Entre les gamins délurés, les parents dévastés, le  fou-clochard prophète et une  société civile qui ploie sous la répression, Chigozie Obioma livre une puissante fable contemporaine, entre tradition et modernité, désespérée sans être fermée. Son style est lyrique, haletant,  emporté, et malgré une tendance un peu répétitive aux flash-backs, il tient son lecteur en haleine, déchiré face à la tragédie de cette fratrie maudite.

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Message par Barcarole Mer 25 Oct - 20:34

Le communiqué sur le très beau, magnifique livre Les Pêcheurs, ne va pas tarder.
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Message par Armor Mer 25 Oct - 21:11

J'ai hâte de lire ça. Wink
J'avais repéré ce livre, d'autant plus que les auteurs nigérians m'ont réservé de belles surprises ces dernières années.

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Message par Barcarole Mer 25 Oct - 22:18

Tu ne seras pas déçue, il est vraiment superbe ce livre ! Chigozie Obioma 3123379589
Je termine ce soir les quelques pages qu'il me reste, les bonnes choses ont une fin !
Au plus tard dimanche, mon avis sera ici !
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Message par Avadoro Mer 25 Oct - 23:46

Très intéressé aussi par ton avis ! (j'ai raccroché tes messages au fil existant).
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Message par Barcarole Jeu 26 Oct - 0:35

Tu as bien fait ! Je n'avais pas vu qu'il avait déjà un fil ! Autant pour moi ! Ou plutôt, au temps pour moi !
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Message par Barcarole Ven 27 Oct - 23:36

Chigozie Obioma 41fe6m10

Les Pêcheurs

Chigozie Obioma a fait fort avec Les Pêcheurs. Un superbe roman, poétique à certains moments et cruel le plus souvent, où s’entremêlent les imprécations d’un vieux fou, les superstitions, les croyances très ancrées qui mènent à la tragédie. L’histoire se déroule à Akure, au Nigeria - la ville natale de Chigozie Obioma - de la communauté igbo. Le récit se déroule dans les années 1990.

Le père des six enfants, cadre à la Banque centrale du Nigeria, est muté à Lagos, laissant et délaissant son épouse et ses six enfants à Akure. C’est une famille plutôt nantie. Les quatre aînés, Ikenna, Boja, Obembé et Benjamin n’ont pas l’intention de perdre leur temps avec des camarades de classe ou du voisinage qui ne semblent pas les accepter vraiment. Ils n’ont pas non plus l’intention de s’ennuyer dans leur coin. Le père est parti, la mère est occupée. Ils vont aller pêcher dans le fleuve Omi-Ala pas loin d’ici. C'est une très bonne idée d'Ikenna.

Le fleuve et ses rives ont la réputation d’être maudits depuis le temps de la colonisation, et malgré les interdits de s’y rendre, ils vont s'y rendre tous les jours, la pêche étant devenue une vraie passion, même s'ils ne ramènent que des têtards. Malgré le voisinage de commères et autres langues pendantes qui s’empressent de tout dénoncer à leurs parents. Le narrateur, Benjamin, raconte :

« De notre côté, nous nous contentions de recueillir des têtards dans nos boîtes de soda. J’adorais les têtards, leur corps lisse, leur tête surdimensionnée et leur apparence presque informe, telles des baleines miniatures. […] Parfois nous ramassions des coraux ou les coquilles vides d’arthropodes morts depuis longtemps. »

Sur le chemin, ils rencontrent et abordent le vieux fou, Abulu, qu'ils n'avaient jamais vu avant, une sorte de prophète malfaisant et sale, devenu une menace pour la population d’Akure.

« Tandis que nous le regardions, le fou leva les mains et les garda dressées, bizarrement, silencieusement, en un geste sublime qui me frappa de terreur. »

Abulu a la réputation de voir ses prophéties se réaliser à chaque fois. Et en effet, à chaque fois qu’il annonce la mort prochaine à quelqu’un, elle vient à coup sûr. Et Abulu prédit à Ikenna sa mort prochaine, comme une promesse… [je n’en dévoilerai pas trop quand même].

« Le plus troublant chez Abulu, c’était sa capacité à percer le passé des gens autant que leur futur, au point souvent de démanteler l’empire illusoire des âmes, de retirer le suaire du cadavre des secrets enfouis. Avec un résultat toujours sinistre. »

Dans toute l’Afrique, et ailleurs bien sûr, ce type de croyances est toujours très répandu et vivace. Quand le « mal » est lancé, rien ne peut plus l’arrêter. Les victimes prennent les mots au pied de la lettre, y croient dur comme fer, donnant tout pouvoir au prophète fou, et se positionnent aussitôt en victime, et la peur, tenace, est un moteur puissant pour aider à concrétiser ce type de malédiction. Sans cette rencontre maudite au bord du fleuve, la mort ne serait sans doute pas survenue... Ensuite tout s'enchaîne...

Abulu le maudit, Abulu le crasseux prédit à Ikenna qu’il sera tué par un pêcheur, et que ce pêcheur sera l’un de ses frères. Si Ikenna n’a pas tout entendu parce qu’un avion passait à ce moment-là, son frère Obembé, lui, a bien enregistré le message et saura le restituer à Ikenna qui l'exige de suite. La peur, intense, que la prophétie se réalise s'intensifie chaque jour un peu plus, et la méfiance entre les frères s’exacerbe jusqu’à devenir invivable... Ikenna soupçonne Boja. Boja le rassure… Ikenna s’apaise, puis ça revient comme une maladie… car ils ont mordu dans cette dangereuse chimère.

Le pouvoir des mots est d’autant plus puissant que, dans la région d’Akure, le dialecte yorouba est utilisé, l’anglais étant la langue véhiculaire réservée plutôt aux étrangers, sortis de la région. La force des mots dans la langue d'origine est encore plus intense.

« Car la prophétie, telle une bête furieuse, était incontrôlable et détruisant son âme avec toute la férocité de la folie, décrochant les tableaux, cassant les murs, vidant les placards, renversant les tables jusqu’à ce que tout ce qu’il connaissait, tout ce qui était lui, tout ce qu’il était devenu ne soit plus qu’un chaos. Pour mon frère, la peur de mourir comme l’avait prédit Abulu était devenue palpable, une cage dont il était irréversiblement captif, un monde au-delà duquel plus rien n’existait. »

En fond, Chigozie Obioma nous baigne également dans la politique dictatoriale, les partis au pouvoir à l’époque, ceux qui veulent le prendre, puis la guerre civile de 1969 est évoquée, ainsi que les élections prochaines, les troubles dans la rue, etc.

Le rêve du père de voir ses enfants réussir dans des professions au statut social valorisant s’écroule.

La suite du récit est celle d’une vengeance par les deux plus jeunes des quatre frères aînés. La suite logique, donc, de cette malédiction qui a mené toute une famille au malheur, au chaos.

C'est pour moi un livre magnifique, et même une petite merveille ! Un roman anthropologique !
Nous ne sommes pas dans le réalisme magique, mais dans la réalité de la magie, la magie comme une noirceur qui tue, et qui existe encore aujourd'hui.

mots-clés : #contemporain #famille #initiatique
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Message par Tristram Ven 27 Oct - 23:55

Noté !

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Message par Barcarole Sam 28 Oct - 0:10

Super !
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Message par Armor Sam 28 Oct - 15:19

Tous ces avis cumulés ne rendent le livre que plus tentant encore. Wink C'est noté !
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Message par Bédoulène Sam 14 Aoû - 10:28

Chigozie Obioma Cvt_la14


La prière aux oiseaux

Chinonso jeune Igbo, est éleveur de volailles, il vit seul dans la ferme héritée de leur père dans une petite ville du Nigéria. Chinonso aime les volatiles depuis son enfance.

Il sauve une jeune fille en la dissuadant de se jeter du haut d'un pont. Il retrouve plus tard cette jeune fille dont la famille est aisée, les deux jeunes gens s'aiment, mais Nonso est rejeté par la famille de Ndali.
Il comprend qu'il doit s'élever au même niveau que la famille de la jeune fille afin d'être accepté.

Alors que Ndali s'absente pour études, Nonso retrouve un camarade de classe -Jamike - avec son ami d'enfance Elochuckwu. Jamike  lui dit qu'il faut qu'il s'inscrive en Chypre où il pourra acquérir facilement son diplôme. Il se propose de tout préparer la-bas, Nonso vend sa ferme, ses poulets et confie donc son argent à Jamike pour  l'inscription, et l'année de cours et l'hébergement.

Lorsque Chinonso arrive à Chypre, pas de Jamike pour l'accueillir, et après maintes démarches, aidé par un étudiant de son pays, il apprend par l'institution que Jamike est connu comme escroc ; il a perdu tout son avoir. Il n'ose téléphoner à Ndali pour l'en informer, il pense trouver du travail, mais c'est très difficile, il ne connait pas la langue, ni les us de ce pays.

Dans l'éthnie Igbo, chaque personne est protégée spirituellement par un "chi", lequel n'a que très peu de pouvoir d'ailleurs ; il ne peut "parler" "influer" sur les décisions ou le comportement de son "hôte" qu'en lui murmurant dans son esprit, il ne peut agir physiquement. Mais le Chi de Nonso se désole de ce qui arrive à son hôte, il tente de lui  donner des idées et du réconfort, espérant que ses conseils atteindront l'esprit de Nonso.

Témoin d'un accident Nonso donne son sang, une infirmière présente - Fiona - , le félicite et l'invite à prendre un Thé. Chinonso lui raconte sa situation, elle l'aidera à trouver un travail.

Mais un jour alors qu'il se trouve chez elle, son mari entre ivre et agresse l'infirmière, Nonso tape sur le crâne du mari avec une chaise et le blesse sérieusement. Nonso est arrêté et emprisonné car la femme et son mari disent que Nonso est entré chez eux pour violer Fiona. Ce n'est que 4 ans plus tard qu'il sera relâché car Fiona a retiré son accusation. Elle donne en compensation une somme d'argent à Chinonso, ce qui lui permet de rentrer dans son pays.

Après avoir été, arnaqué par Jamike, accusé injustement et fait 4 ans de prison, Nonso pense trouver dans sa ville l'apaisement et retrouver celle qu'il n'a jamais cessé d'aimer et qui n'a jamais reçu de nouvelle de lui.

Jamike est retourné lui aussi dans la ville, Nonso le rencontre prêt à se venger,  mais Jamike a changé, il porte la bonne parole à présent, pour lui c'est la rédemption, il avoue l'escroquerie, reconnait l'injustice faite à Nonso il l'aide du mieux possible. Il retrouve Ndali, et  le soutien quand Nonso se trouve face à Ndali, il se comporte en ami serviable.

Ndali est mariée et a un enfant de 4 ans, Nonso essaie de lui parler, ce qu'elle refuse, mais il comprend que cet enfant c'est le sien, malgré toutes ses tentatives et après un dernier et dur refus de Ndali, il part rejoindre son oncle dans une autre ville, mais met le feu à la pharmacie de Ndali, sans savoir qu'elle s'y trouve.

Tout, l'amour de Nonso et Ndali, sa mésaventure à Chypre, son retour malheureux est conté par le Chi au Dieu Igbo, aux anciens qui siègent dans le ciel de la spiritualité traditionnelle de l'ethnie Igbo. C'est par des incantations que le Chi expose ce qu'il sait, ce qu'il a vu, plaide en faveur de son "hôte".

*********************

Une écriture poétique, de belles et nombreuses métaphores.

Les incantations du Chi s'inscrivent dans la tradition et la religion Igbo. Les digressions du "Chi" qui se souvient de ses précédents "hôtes" permettent de connaître un peu des traditions, proverbes, légendes et de l'histoire de l'ethnie Igbo

Lors du séjour en prison de Chinonso, il y a une réflexion sur l'état de prisonnier, des effets de toutes les privations subies.

La colonisation est évoquée ainsi que la situation de l'Etat, celle difficile des habitants.

La société vue par le jeune couple, société qui pose des barrières entre les "classes" et ne permet pas à un fermier d''aimer au-dessus de sa classe.

Une très belle lecture, je vous engage à la faire. (nonobstant la faiblesse de mon commentaire, je suis certaine que vous trouverez à apprécier).

extraits

"À dater de cet instant, je n’ai cessé de veiller sur lui de mes yeux écarquillés comme ceux d’une vache, infatigables comme ceux d’un poisson. D’ailleurs, sans mon intervention, ou si j’étais un mauvais chi, il ne serait même pas venu au monde.

    À ces mots, un froid murmure se répandit dans les rangs de cette assemblée immortelle.

[...] L’attaque eut un effet immédiat. À voir son regard hébété, je compris que la morsure était terrible. Une perle de sang sombre apparut aussitôt. Elle hurla si fort que tout le monde accourut à son aide. J’étais conscient que le poison se diffusait et pouvait tuer mon hôte dans sa demeure utérine. Alors j’intervins. Je voyais le venin progresser vers ce pauvre fœtus endormi. Ce poison était dense, chaud et puissant, destructeur et fulgurant, et rongeait le sang de la mère. Je demandai à son chi de la faire crier assez fort pour alerter les voisins. Un homme s’empressa de lui attacher un garrot de tissu autour du bras, juste au-dessus du coude, pour empêcher le venin de remonter et le bras d’enfler. Les autres voisins s’attaquèrent au serpent et le réduisirent en bouillie à coups de pierres, sourds à ses supplications."

" Esprit protecteur, tu as parlé comme parlerait l’un d’entre nous. Tu as parlé d’une langue mûre et sage, et tes mots tiennent debout, et se tiennent parmi nous. Mais n’oublions pas que si l’on commence sa toilette par les genoux, on risque de manquer d’eau pour se laver la tête.

    Tous s’écrièrent :
    — Tu parles bien "

"Il comprenait aussi qu’il n’était pas le seul à nourrir de la haine, à porter une pleine jarre de ressentiment d’où s’écoulaient une ou deux gouttes à chaque pas de sa marche pénible sur le sentier usé de la vie. Bien des gens étaient dans ce cas, peut-être même tout le monde, tous les habitants de l’Alaigbo, voire tout son peuple, dans ce pays où il vivait bâillonné, aveuglé, terrorisé. Chacun peut-être nourrissait une rancœur. Certainement. Il y avait forcément un vieux grief, tel un fauve immortel, enfermé dans une cage inviolable du cœur. Certains étaient révoltés par la pénurie d’électricité, d’équipements publics, par la corruption. Ou encore les militants du MASSOB, les manifestants abattus à Owerri, blessés à Ariaria, en réclamant la renaissance d’une nation morte : eux aussi devaient être furieux que ce qui était mort ne puisse reprendre vie. Et tous ceux qui avaient perdu un être cher ou un ami ? Forcément, au plus profond de son cœur, chaque homme, chaque femme devait nourrir du ressentiment. Nul ne goûte une paix absolue. Personne au monde."

Les poules :
"Ensemble, ils les firent lentement sortir du poulailler et les déposèrent dans une des cages de raphia tressé. Dans le poulailler, l’angoisse était palpable. À chaque bête déposée dans la cage, les cris étaient si forts qu’il devait s’interrompre. Même Ndali sentit qu’il y avait quelque chose d’anormal.
    — Mais qu’est-ce qui leur arrive ? demanda-t-elle.
    — Elles comprennent, mama. Elles comprennent ce qui se passe.
    — Oh mon Dieu ! C’est vrai, Nonso ?
    Il hocha la tête.
    — Tu sais, elles en ont déjà vu beaucoup entrer dans cette cage. Donc elles comprennent.
    — Oh mon Dieu ! – elle rentra la tête dans ses épaules. Alors ça doit être comme ça qu’elles pleurent – elle ferma les yeux, et il vit des larmes enfler au bord des paupières. C’est déchirant, Nonso. Ça me fend le cœur"

— On les emprisonne et on les tue comme on veut parce qu’on a plus de pouvoir qu’elles – la colère dans sa voix était pour lui comme une brûlure. "

"Ô Egbunu, l’une des différences les plus criantes entre les usages des grands anciens et ceux de leurs enfants, c’est que ces derniers ont emprunté au Blanc sa conception du temps. De longue date le Blanc a estimé que le temps était une entité divine, et que l’homme devait se soumettre à sa volonté. Selon une heure fixée à l’avance, on arrive à tel endroit avec la certitude que les choses vont commencer à l’heure dite. Les Blancs semblent dire : « Frères, le bras de la divinité est parmi nous et a fixé son dessein à midi quarante ; nous devons donc nous soumettre à son injonction. » Si un événement se produit, le Blanc se sent tenu de l’imputer au temps : « En ce jour, le 20 juillet 1985, il s’est passé ci et ça. » Alors que pour les vénérables anciens le temps était chose à la fois spirituelle et humaine. Il échappait pour une part à leur contrôle et était ordonné par la même force qui avait créé le monde. Lorsqu’ils voulaient discerner le début d’une saison, évaluer l’âge d’un jour ou mesurer la longueur des années, ils se tournaient vers la nature"


\Mots-clés : #amitié #amour #traditions

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Message par topocl Sam 14 Aoû - 13:22

Bédoulène a écrit: (nonobstant la faiblesse de mon commentaire, je suis certaine que vous trouverez à apprécier).
Il faut que tu arrêtes avec ça, Bédoulène.On a tous toujours l'impression que nos commentaires ne sont pas à la hauteur des livres que nous aimons.
Tes commentaires ne ressemblent pas à ceux de x ou y, mais il ne sont pas faibles pour autant.
Pour moi ce qui donne la richesse d'un commentaire
- c’est l'implication, l’émotion et l'envie de partage qu'on y met.
- N'importe quel commentaire vaut 1000 fois mieux qu'une absence de commentaire.

Donc MERCI pour ton comm. Grâce à lui je vais essayer de lire ce bouquin que j'avais commencé-abandonné dans une mauvais période.

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Message par Bédoulène Sam 14 Aoû - 23:07

Avadoro a aimé, c'est d'ailleurs cela qui m'a incité à la lecture.

Et merci topocl, mais je verrai toujours ainsi ma participation.

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Message par Quasimodo Dim 15 Aoû - 9:57

J'ai son premier roman, et tu donnes très envie de lire celui-ci ! Ce que tu dis des Igbos me rappelle ce que j'en ai découvert dans Tout s'effondre, situé cent ou cent vingt ans plus tôt.
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Message par Bédoulène Dim 15 Aoû - 15:12

merci Quasi ! j'ai Tout s'effondre dans ma pal donc c'est noté

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Message par Tristram Jeu 23 Sep - 19:53

Les Pêcheurs

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Le Nigéria, « ce monstre hybride créé par les Britanniques » (entre Igbos et Yorubas, chrétiens et musulmans, sud et nord), dont la démesure, la violence, la misère, la corruption, la pollution sont incidemment évoquées par Obioma… qui mentionne la charmante coutume locale, de brûler vif les voleurs, dûment rossés et cerclés d’un pneu au préalable, procédé d’exécution sommaire ou lynchage en faveur jusque dans les contrées limitrophes (où les malfaiteurs seraient souvent nigérians).
« Le manque et le besoin explosaient dans leur âme comme des grenades, y laissant des éclats de désespoir, si bien que, à la longue, les deux garçons se mirent à voler. »

« Dans tous les coins du quartier, des tas d’ordures encombraient les perrons et débordaient sur la chaussée. Les détritus s’entassaient dans les égouts à ciel ouvert, maussades et oppressants comme des tumeurs, s’enroulaient autour des passerelles pour piétons comme des boas, se nichaient entre les kiosques du bord de route, fermentaient dans le moindre creux et peuplaient les clairières. Et partout flottait un air vicié, qui unissait les maisons dans son invisible puanteur. »
C’est l’enfance d’une fratrie dans la ville du sud-ouest nigérian, Akure, racontée par Ben, le quatrième. Après avoir pêché dans le fleuve pollué, ils sont pris à partie par un fou, Abulu, qui prédit à l’aîné, Ikenna, qu’il sera tué par un pêcheur. Jusque-là guide et protecteur de la fratrie, l’adolescent entre dans une spirale malsaine de rébellion haineuse envers sa famille, notamment ses frères dont il se défie.
« Le fou continua de chanter en s’éloignant jusqu’à ce que sa voix se perde, avec tout son bagage physique – sa présence, son odeur, son ombre cramponnée à l’arbre et au sol, son corps. »
Les fous qui déambulent forment une choquante caractéristique des rues africaines. Obioma montre un vrai talent à décrire la réalité quotidienne nigériane.
« …] deux hommes dont les chaussures puaient comme du porc pourri. Pendant un quart d’heure, nous fûmes submergés par une mer de corps étouffante et nauséabonde qui exhalait toute l’odeur de l’humanité. Les hommes sentaient tantôt la cire de bougie, tantôt le vieux linge, tantôt la viande et le sang des bêtes, tantôt la peinture séchée, tantôt l’essence, tantôt encore la tôle. »
(Je passe les fragrances d’Abulu, bien que cela fasse un beau morceau.)
« Il y avait tellement de monde qu’on voyait à peine la scène, car les gens d’Akure, comme dans toutes les bourgades d’Afrique de l’Ouest, étaient des pigeons : des créatures passives qui picoraient paresseusement en se dandinant sur les marchés ou les terrains de jeux, comme s’ils attendaient une nouvelle ou une rumeur, et s’amassaient partout où une poignée de grain était répandue au sol. »
L'eba est la base de la nourriture locale : c’est une pâte de gari (farine de manioc) : l’agbada, c’est le boubou.
Obioma rend la société avec les tournures langagières (dictons, contes) et la spiritualité (sectes, prophéties et superstitions), peint précisément les sentiments d’un puîné pour ses aînés, et surtout narre singulièrement une tragédie universelle, l’enchaînement de la haine-« sangsue » qui engendre le désir de vengeance, la mort donnée y compris le suicide, la folie, et tue même l’espoir d’émigration en Occident. Obioma fait directement référence à Tout s'effondre d’Achebé. Je regrette juste une certaine artificialité dans la savante construction du roman.
« Écoute, les jours se décomposent, comme la nourriture, comme les poissons, comme les cadavres. Cette nuit va se décomposer, elle aussi, et tu vas oublier. »

\Mots-clés : #fratrie

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Message par Bédoulène Jeu 23 Sep - 20:00

merci Tristram, quand je le lirai je pense avoir autant de plaisir que pour ma dernière lecture.

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Message par Avadoro Ven 1 Oct - 23:45

Chigozie Obioma Cvt_la14

La prière des oiseaux

J'ai été de nouveau très touché par l'écriture de Chigozie Obioma, qui approfondit les thèmes de son premier roman. Il y a une tension constante entre la dimension presque intemporelle de l'esprit "chi" à travers la mythologie igbo, qui construit un regard bienveillant bien que lointain vis-à-vis des failles de l'être humain, et un contexte contemporain qui marque par sa froideur, ses menaces, et le poids des classes sociales qui détruit l'innocence d'un amour naissant.

Dès lors que la perspective d'une tragédie s'installe, La prière des oiseaux devient un texte limpide, intensément poétique et dramatique. J'ai cependant trouvé l'épilogue presque trop prévisible dans sa perception d'une fuite en avant, d'un désespoir implacable, mais Obioma avait auparavant mis en lumière l'étendue des fragilités de l'individu et des sociétés. L'impossibilité pour le "chi" de prévenir une décision précipitée, avec des conséquences démesurées, apparait alors comme le reflet des tourments d'un libre-arbitre prisonnier de son interprétation du monde.
Le souvenir fugace mais flamboyant de l'élan affectif s'emparant de l'éleveur Chinonso, lors de sa rencontre avec Ndali, continue pourtant de porter en lui des promesses, malgré la puissance démesurée du rejet et de l'aveuglement.
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