Albert Cossery

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Albert Cossery

Message par ArenSor le Mer 1 Mar - 19:00

Albert Cossery
(1913 – 2008)



Albert Cossery est un écrivain égyptien de langue française.
Tous ses récits se déroulent dans son Égypte natale ou dans un pays imaginaire du Proche-Orient, bien qu'il ait vécu la plus grande partie de sa vie à Paris. Surnommé le « Voltaire du Nil » pour son ironie à l'égard des puissants, il a rendu hommage aux humbles et aux inadaptés de son enfance cairote et fait l'éloge d'une forme de paresse et de simplicité très éloignées des canons de la société contemporaine occidentale.
Albert Cossery était une figure de Saint-Germain-des-Prés où il résidait dans la même chambre de l'hôtel La Louisiane depuis 1945. Il fut marié quelques années avec la comédienne Monique Chaumette.

Œuvres

Poésie
1931 : Les Morsures, 1931

Romans et nouvelles
1936 : Un homme supérieur (nouvelle) dans le numéro de Noël 1936 de La Semaine égyptienne
1941 : Les Hommes oubliés de Dieu (nouvelles), initialement parues dans La Semaine égyptienne
1944 : La Maison de la mort certaine (roman) ; page 1
1948 : Les Fainéants dans la vallée fertile (roman)
1955 : Mendiants et Orgueilleux (roman) ; page 1
1964 : La Violence et la Dérision (roman) ; page 1
1975 : Un complot de saltimbanques (roman)
1984 : Une ambition dans le désert (roman)
1999 : Les Couleurs de l'infamie (roman) ; page 1
2005 : Œuvres complètes 1 (Mendiants et Orgueilleux - Les Hommes oubliés de Dieu - La Maison de la mort certaine - Un complot de saltimbanques)
2005 : Œuvres complètes 2 (Les Fainéants dans la vallée fertile - La Violence et la Dérision - Une ambition dans le désert - Les Couleurs de l'infamie)

Albert Cossery a également laissé quelques pages d'un roman inachevé, Une époque de fils de chiens, qui a été publié en 2009 par Télérama et ajouté dans l'édition augmentée et enrichie de Mendiants et Orgueilleux parue en 2013 chez Joëlle Losfeld.

Théâtre
2004 : Les Fainéants dans la vallée fertile, comédie en trois actes

Préfaces
Nikolai Vasil'evitch Gogol : Les Aventures de Tchitchikov ou les Âmes mortes (1959)
Galerie Lahumière : Exposition Gérard Tisserand (1964). Les Noces de Bagnolet

Scénarios cinématographiques
Jacques Poitrenaud : Ce sacré grand-père, France, 1968
Michel Mitrani : Les Guichets du Louvre, France, 1974

(source Wikipedia)
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Re: Albert Cossery

Message par ArenSor le Mer 1 Mar - 19:09

Mendiants et orgueilleux



Gohar est un intellectuel, professeur à l’université du Caire. Un jour, il se rend compte de l’inanité de son enseignement et abandonne tout pour vivre en mendiant dans les quartiers les plus déshérités de la ville indigène.

« Tous ces grands esprits, qu’il avait admiré durant des années, lui apparaissaient à présent comme de vils empoisonneurs, dépourvus de toute autorité. Enseigner la vie sans la vivre était le crime de l’ignorance la plus détestable »

Il habite maintenant une pièce sombre d’une maison en ruines, son seul mobilier consistant en une chaise, lui-même dormant sur une couche de vieux journaux. Ses besoins frugaux, à l’exception du haschich, il les contente avec l’entraide de ses amis. Gohar passe la plus grande partie de son temps à  observer  la vie qui l’entoure, professant un fatalisme heureux, sans se leurrer sur la nature humaine :

"Ce qu’il y a de plus futile en l’homme, pensa-t-il, c’est cette recherche de la dignité. Tous ces gens qui cherchaient à être dignes ! Dignes de quoi ? L’Histoire de l’humanité n’était qu’un long cauchemar sanguinaire qu’à cause de semblables sottises. Comme si le fait d’être vivant n’était pas une dignité en soi. Seuls les morts sont indignes »
«  Gohar s’insurgeait de toute son âme contre la conception d’un univers absurde. En fait, c’était sous le couvert de cette prétendue absurdité du monde que se perpétraient tous les crimes. L’univers n’était pas absurde, il était seulement régi par la plus abominable bande de gredins qui eût jamais souillé le sol de la planète. En vérité, ce monde était d’une cruelle simplicité, mais les grands penseurs à qui avait été dévolue la tâche de l’expliquer aux profanes ne pouvaient se résoudre à l’accepter tel quel, de peur d’être taxés d’esprits primaires. »

De fait Gohar est insensible au remord. Le jeune Yéghen, poète difforme, survit difficilement grâce au trafic de haschic, il  voue une admiration sans borne pour Gohar et sa philosophie n’est pas très éloignée de celle de son maître. Les armes absolues de Yéghen sont le rire et la dérision.
Le troisième compère, El Kordi, est un peu différent. Miséreux également, il bénéficie cependant d’un poste au ministère, travail qu’il sabote délibérément par ferveur révolutionnaire. En effet, El Kordi se veut redresseur de torts et rêve de délivrer la société de l’oppression des puissants. Toutefois, ses bonnes intentions peuvent disparaître subitement lorsqu’il croise une belle jeune femme dans la rue.
Autour du trio gravite un autre personnage Nour El Dine, officier de police inverti. En effet, un crime vient d’être commis. Représentant de l’autorité, il a peur de ces mendiants qu’il ne comprend pas :

« Le spectacle de cette humanité livrée aux loisirs d’une fête perpétuelle le rendait furieusement envieux. Il leur en voulait de leur insouciance, de leur capacité à méconnaître les principes du monde dont les fondements étaient la tristesse et la contrition. Par quels sortilèges échappaient-ils à la commune détresse »

Son incompréhension va grandir lors de la rencontre avec l’homme-tronc qui donne du plaisir à sa femme et qui se permet de chanter au lieu de s’apitoyer sur son sort :

« - Il est réconfortant de savoir, dit Gohar, que même un homme-tronc peut donner du plaisir
- Un pareil monstre !
-  ce monstre possède un avantage sur nous, monsieur l’officier. Il connaît la paix. Il n’a plus rien à perdre. Songe qu’on ne peut plus rien lui enlever.
-  Crois-tu qu’il faille en arriver là pour avoir la paix ?
- Je ne sais pas, dit Gohar. Peut-être qu’il va falloir devenir un homme-tronc pour connaître la paix. Tu te rends compte de l’impuissance du gouvernement devant un homme-tronc ! Que peut-il contre lui ?
- Il peut le faire pendre, dit Nour El Dine.
- Pendre un homme-tronc ! Ah, non, Excellence. Aucun gouvernement n’aurait assez d’humour pour se livrer à un acte pareil. Ce serait vraiment trop beau »



J’ai pris énormément de plaisir à lire les premiers chapitres au point que je me disais avoir découvert un ouvrage « magique ».  Le début notamment m’a enchanté, lorsque Gohar se réveille envahi par l’eau, pensant à une crue du Nil, puis réalisant qu’il s’agissait de l’eau servant à laver un mort dans la pièce d’à côté ! Sa balade dans le quartier avec ses rencontres amicales dans la foule grouillante sont également réjouissantes :

« Des individus, affalés contre les murs ou bien debout dans des poses immuables, prodiguaient leur inertie séculaire à déjouer la circulation. »  

Puis, le meurtre avec l’enquête policière qui s’ensuit ont quelque peu refroidi mon enthousiasme. J’ai l’impression qu’Albert Cossery n’avait pas besoin de ce genre d’intrigue pour mener sa barque. Avouons toute de même que les derniers chapitres sont à la hauteur des premiers. En conclusion, un excellent livre qui aurait pu être un vrai chef-d’œuvre. Smile
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Re: Albert Cossery

Message par Bédoulène le Jeu 2 Mar - 7:27



"mendiants et orgueilleux"

Bien que l'écriture permette une lecture fluide et que j'ai apprécié les premières pages, les portraits saisissants que fait l'auteur, je ressors sceptique de cette lecture
A part Gohar et ses amis je n'ai pas l'impression que beaucoup d'habitants de ce quartier voient dans leur misérable vie de quoi rire. Et peut-être que sans l'aide du hachisch Gohar et Yéghen y trouveraient moins d'intérêt, moins de paix.
Quant au meurtre, il est traité avec beaucoup de négligence ; parce qu'il s'agit d'une femme ? d'une prostituée ? Gohar n'éprouve pas de remord.

L'auteur traite la misère avec une désinvolture sidérante.

Certaines anecdotes m'ont bien sur fait sourire (les votes au bénéfice de l'âne, le couvre-lit qui change de lit, la séduction de l'homme-tronc...). Je remarque une nouvelle fois que l'auteur ironise sur le révolutionnaire, il n'aime pas les idéalistes.

je précise que je ne regrette pas cette lecture, l'auteur m'intéresse malgré tout mais je ne comprends pas  cette insouciance. Cossery se moque-t-il du lecteur ?

(message récupéré)

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Re: Albert Cossery

Message par Bédoulène le Jeu 2 Mar - 7:36


La violence et la dérision

je suis assez tiède sur cette lecture. Premier sentiment le regard de ces hommes sur les femmes me contrarie vivement (que ce soit leurs critiques sur le physique ou la mentalité, et plus Karim qui se sert et ne paie pas).

Ces personnages ne me sont pas sympathiques et peut-être que l' auteur étend aussi la dérision sur eux ? L'ex-révolutionnaire qui joue devant le commissaire jusqu'à s'abaisser, j' ai trouvé cela assez méprisable, Heykal (l'initiateur des actions contre le gouverneur) assez trouble, Urfy semble lui mériter la compassion.

La dérision serait-elle, comme dans cette fable, une arme efficace contre le gouvernement ? Je pense que les politiques se ridiculisent tous seuls assez bien.

L'auteur se prononce donc pour la non violence.

c'était ma première lecture de cet auteur.

(message récupéré)

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Re: Albert Cossery

Message par tom léo le Jeu 2 Mar - 7:47



Les fainéants de la vallée fertile


amaz.fr a écrit:Les déboires d'une famille cairote qui a fait de la paresse son art de vivre :
Quelle curieuse famille que celle-ci, qui élève sommeil et mollesse au rang d'art de vivre suprême. Le père, le vieux Hafez qui "avait toujours maintenu autour de lui une ambiance d'oisiveté éternelle", ne sort plus de sa chambre depuis belle lurette, et cherche à se marier malgré son grand âge et une hernie énorme qui déforme son corps. L'oncle Mustapha fait trembler la maison par ses soupirs profonds et sans appel. "J'aime tes soupirs ; c'est comme si le monde entier s'ennuyait avec toi", lui dit son neveu Rafik.
Ce dernier, "le seul être lucide de toute sa famille" a choisi le sommeil comme un refuge. Pour garder sa vie de fainéant, il a renoncé à épouser Imtissal, la jolie prostituée, lui brisant le cœur - et le sien par la même occasion. Quant à son frère aîné, Galal, "cela fait sept ans qu'il dort, et qu'il ne se réveille que pour manger".
Dans cette maison assiégée par le sommeil, Serag, le cadet de la famille, cherche à sortir de sa léthargie. Il se rend chaque jour sur le chantier d'une usine en construction dans l'espoir de pouvoir y travailler un jour. "Serag avait entendu dire que les hommes travaillaient, mais c'était seulement des histoires qu'on racontait. Il n'arrivait pas à y croire complètement. Lui-même n'avait jamais vu un homme travailler."
Avec un humour féroce et une plume alerte, Albert Cossery nous plonge dans cet univers rongé par le sommeil. Avec grâce et virtuosité, il fait vivre des personnages qu'il dit inspirés de sa propre famille. Des situations surréalistes qui tiennent le lecteur bien éveillé… jusqu'à la dernière page de ce merveilleux livre.

REMARQUES :
Non, il s'agit probablement pas d'une façon de juger une vie léthargique comme on se l'imagine parfois pour le Proche Orient ? Peut-être plutôt comme un clin d'oeil vers cet empire occidental qui ne consiste qu'en efficience et actionisme.
Cossery décrit d'une façon loufouque, drôlatique un monde avec d'autres perspectifs : pourvu qu'on échappe au faire, pourvu qu'on puisse se consacrer à l'essentiel : le sommeil. Sachant de sa propre vie à Paris, de ses entretiens sur la place de la fainéantise dans la vie, nous comprenons que l'auteur ne se moque pas cyniquemment de ses personnages, mais y est attaché.

J'ai pris très grand plaisir de faire connaissance de l'auteur et j'espère explorer encore d'autres œuvres !
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Re: Albert Cossery

Message par topocl le Jeu 2 Mar - 20:09

Mendiants et orgueilleux



Albert Cossery nous propose un conte philosophique exaltant l’insouciance, le rejet de l’autorité, l’idée que l’argent et la possession ne font pas le bonheur.

Le dénuement de cette chambre avait pour Gohar la beauté de l'insaisissable, il y respirait un air d'optimisme et de liberté. La plupart des meubles et des objets usuels outrageaient sa vue, car il ne pouvaient offrir aucun aliment à son besoin de fantaisie humaine. Seuls les êtres, dans leurs folies innombrables, avaient le don de le divertir.

Son estime allait plutôt à des gens quelconques, qui n'étaient ni poètes, ni penseurs, ni ministres, mais simplement habités par une joie jamais éteinte. La vraie valeur pour Yéghen se mesurait à la quantité de joie contenue dans chaque être. Comment pouvait-on être intelligent et triste ?

Séduisant au départ. Le récit se déroule dans un quartier miséreux du Caire, avec ce que cela implique de personnages pittoresques (mendiants, estropiés, petits boulots , maquerelles et prostituées) et de couleur locale, décrits avec vivacité. J’ai suivi avec plaisir au début ces personnages hauts en couleurs, pleins d’humour, férocement attachés à privilégier la joie de vivre aux dépens de  leurs petites et grandes misères.. Puis cela me fut de plus en plus difficile , pour eux aussi d’ailleurs, puisque leur ligne de vie ne pouvait se maintenir que grâce à la consommation de haschisch, que l’insouciance frisait la veulerie, leurs blagues de potache ne faisait plus rire que l’auteur et eux-même. Je me suis retrouvée lectrice interloquée et non charmée, peinant à adhérer à leurs démêlées d’une loufoquerie qui n’avait plus rien de la légèreté joyeuse du début.. La leçon ne m’ a plus séduite, a ce prix là.

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Re: Albert Cossery

Message par topocl le Jeu 2 Mar - 20:11

Les couleurs de l'infamie



On s'imagine l’auteur à l'image de ses héros, c'est-à-dire léger, facétieux, ne s'appesantissant pas sur ses malheurs, joyeusement rebelle aux riches et aux puissants. Il nous décrit Le Caire,  sous une forme très couleur locale plutôt réussie, racontant la misère sans se lamenter, dans un style fleuri, peut-être un peu trop fleuri.
Ce livre est une galéjade fantasque, aux personnages hauts en couleur qui ont pour seul but de saisir l'instant quand il est bon. Cela se laisse lire, mais la fréquente pesanteur du style contraste avec une impression globale d'agréable amateurisme, d’inachevé.

(commentaire récupéré)

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Re: Albert Cossery

Message par bix_229 le Jeu 2 Mar - 20:46



LA MAISON DE LA MORT CERTAINE

Il arrive qu'on rate un rendez vous avec un écrivain et ça m'est arrivé avec Cossery.
Peut-être avais-je été refroidi par la franchise brutale de l'écrivain. Pas plus qu'Ettore Scola, Cossery n'hésite pas à montrer que la misère extrême dans toute son impudeur rend les humains méchants, cruels, cupides et lâches.
Comment être autrement quand on meurt de faim littéralement dans une maison complètement pourrie… Et qu'on mobilise son énergie pour survivre. Dans les pires conditions.
Tels sont les quelques habitants de la maisons de la mort certaine dans une venelle du Caire.

Tapie au sommet de la venelle des Sept Filles, la maison de Si Khalil, le propriétaire dégoutant, craquait sous la rafale et achevait de se convertir en ruines. Il faut dire l'atroce vérité. Cette maison ne tenait debout que par miracle.
Seuls des fils de putain, aveuglés par une misère abjecte, pouvaient abriter leur chétive existence entre ces murs délabrés...
Aussi, pour prévenir tout danger, avait-on interdit l'accès à la venelle à tout genre de véhicule et même à certains vendeurs ambulants, dont la voix trop puissante risquerait de préciiter la catastrophe.

P. 7

Car enfin qu' est-ce qui les maintient en vie ? Leur vie est un enfer et même la mort refuse de les prendre.
Mais vivent ils encore ou sont-ils seulement des fantômes affamés, exangues et et furieux ?
Condamnés à attendre la chute de leur maison.
Comme si le seul malheur autorisé résidait là. Attendre et mourir.

Pourtant derrière leurs colères, leurs gesticulations, leurs disputes, on perçoit l'humanité asservie des gens de rien.

A bout de résistance, ils font venir un écrivain public pour adresser une supplique au gouvernement.

Cher gouvernement.
Nous voulons te dire, par la présente, que notre maison est en train de s'écrouler et que Si Khalil, ce propriétaire dégoûtant, ne veut plus la réparer.
Il nous a présenté un soi-disant ingénieur possédant plusieurs diplômes, mais nous avons tout de suite compris que ce n'était qu'un inverti n'ayant en fait de diplôme que la rondeur de ses fesses.

Nous l'avons traité comme il convient, en le renvoyant d'où il était venu...
Nous espérons que tu viendras voir la maison, pour que tu puisses t'en rendre compte, sinon nous l'apporterons chez toi, ce qui est la même chose.
Nous te saluons avec respect et sommes tes serviteurs jusqu'à la fin de nos jours qui sont comptés.

P. 90

Récupéré


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Re: Albert Cossery

Message par Hanta le Ven 10 Mar - 17:15

Mendiants et orgueilleux



L'histoire ne m'a pas intéressé plus que cela car elle est secondaire selon moi dans cette oeuvre. Les péripéties s'enchainent de manière quasi-absurde sans fil chronologique précis ni concordance entre les différents évènements. J'ajouterais même que l'élément pertubateur arrive comme une cheveu sur la soupe et cela m'a d'ailleurs rappelé Sukkwan Island au niveau de l'effet de surprise. Récit trés bien mis en scène par le fait de suivre plusieurs personnages à la première personne et ce, successivement. Il n y a pas de liant hormis les personnages qui se connaissent. Du coup c'est un effet agréable car on est transporté d'un point de vue à un autre sans jamais trouver cela compliqué et dérangeant. Ajoutons à cela une fin magnifique avec un dialogue entre Gohar et Nour El Dine qui restera vraiment gravé dans mes souvenirs de par sa précision dans les mots et la clarté des arguments et des sentiments.

Les personnages sont vraiment le coeur de ce roman. Ce sont des personnalités très travaillées avec des descriptions de leurs pensées et de leur caractère très précises voire minutieuses. Nous ne faisons pas que suivre ces personnages, nous finissons par les connaître réellement, à nous prendre d'affection ou de dédain pour eux. Il est rare que des livres ayant d'aussi nombreux passages de description des troubles d'un personnage et de sa façon d'être ne laissent de place à l'ennui dans certains passages. Là ce n'est jamais le cas et c'est un peu logique, dés le début cela nous est annoncé : les personnages ne sont présentés que par leur manière de réfléchir et ce à la première personne donc si l'on accroche les dix premières pages alors le reste sera d'une grande fluidité également.
il est agréable de constater leurs nuances et surtout leurs défauts, leurs failles. Elles sont énervantes mais l'on se prend de compassion et même d'estime par la façon qu'ils ont de les assumer et presque de les revendiquer. Il ne s'agit pas d'un orgeuil déplacé mais d'un sentiment de révolte paisible qui a pour cause leur marginalisation extrême.

Le style est magnifique, non par le vocabulaire qui même s'il est riche reste simple ce que j'apprécie personnellement mais surtout par le rythme des phrases. C'est un rythme tranquille, reposant, agréable à suivre, continuellement paisible ce qui contraste avec le manque liant entre les évènements.
Les dialogues sont plein d'une emphase qui fait sourir et qui m'a rappelé certains dialogues platoniciens avec moultes courbettes et compliments. Les interrogations du policiers font elles-mêmes penser à l'ironie socratique où Gohar serait le meilleur des sophistes sans allusion péjorative.

Un ouvrage superbe que j'avais envie de relire dés que je l'eus fini. Je pense d'ailleurs que je le referais dans quelque temps pour y découvrir de nouvelles choses. Je suis vraiment gâté en ce moment au niveau littéraire cela fait décidément beaucoup de bien.


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