Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 28 Fév - 0:34

173 résultats trouvés pour humour

Jorn Riel

La Maison des célibataires

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 La_mai12

Cinq célibataires vivent tranquillement dans une maison du Groenland, oisifs et grands buveurs. Mais l’un d’eux, capitaine d’un bateau transporteur de charbon, qui ne se lave jamais et assure avec son salaire la seule entrée d’argent de la maisonnée, s’inquiète de leur éventuelle dispersion lorsque l’âge de la retraite sera venu. Toujours avec humour, Riel rend compte du genre de vie dans cette contrée exotique.
« Elle les invita à entrer et leur servit café et schnaps dans des tasses. Avec le café, elle leur servit de longues lanières de viande de mouton séchée accompagnées de délicieux petits dés de phoque frits. »

En postface à cette novella, Riel parle de sa riche existence, qui ne se résume pas à l’Arctique, et confie :
« Un racontar, c'est une histoire vraie qui pourrait passer pour un mensonge. À moins que ce ne soit l'inverse ? »


\Mots-clés : #humour
par Tristram
le Lun 14 Mar - 11:58
 
Rechercher dans: Écrivains de Scandinavie
Sujet: Jorn Riel
Réponses: 51
Vues: 5946

Eduardo Mendoza

Le mystère de la crypte ensorcelée

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 41lmcy11

Effectivement picaresque, et qui m’a ramentu, outre Don Quichotte, Six problèmes pour Don Isidro Parodi, de Borges et Casares (et même Gadda, ce qui peut être douteux puisque j’ai aussi pensé à mes pommes de terre sautées qui mijotaient dans une marmite en fonte). On est en 1965, « ère prépostfranquiste », et c’est un régal désopilant de reprises des poncifs du genre comme de cette époque.
« Nous avons besoin pour cela d’une personne qui connaisse les ambiances les moins reluisantes de notre société, une personne dont le nom puisse être éclaboussé sans préjudice pour nulle autre, capable d’effectuer le travail à notre place et de laquelle, le moment venu, nous puissions nous débarrasser sans encombre. »

« Je me mis donc au lit avec cette idée consolante et tentai de m’endormir en ressassant l’heure à laquelle je voulais me réveiller : car je sais que le subconscient, en plus de dénaturer notre enfance, déformer nos attachements, nous rappeler ce que nous sommes anxieux d’oublier, nous révéler ce que notre condition a d’abject, en bref, nous démolir la vie, fait aussi office de réveil quand on en a envie, comme par une sorte de compensation. »


\Mots-clés : #humour
par Tristram
le Jeu 20 Jan - 16:16
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Eduardo Mendoza
Réponses: 18
Vues: 1632

Enrique Vila-Matas

Cette brume insensée

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 Cette_11

Cadaqués et le cap de Creus, puis Barcelone, pendant la crise indépendantiste catalane de 2017. Le narrateur, Simon Schneider, piètre traducteur impécunieux et écrivain raté, est le frère d’un écrivain culte vivant incognito à New York (comme Salinger ou Pynchon), Rainer "Grand" Bros, qui exploite l’intertextualité de ses « archives de citations ». C’est sa passion…
« …] à accumuler des citations – plus il y en avait, mieux c’était –, une nécessité absolue d’absorber, de rassembler toutes les phrases du monde, un désir irrésistible de dévorer tout ce qui se mettait à ma portée, de m’approprier tout ce dont, dans des moments de lecture propice, j’envisageais de faire mon miel. »

« …] l’“art des citations” inventé – mais pas développé – par Georges Perec dans les années 1960. »

Comme d’ordinaire avec Vila-Matas, il y a plusieurs fils qui s’entrecroisent (voire s’entremêlent), et il est difficile, dans une première lecture, de dégager ce qui serait essentiel de l’accessoire – d’autant que les notions se reprennent en miroir (plus ou moins déformant) dans des volutes de mise en abyme avec effet rétroactif… Entr’autres récurrences, leur père récemment décédé (à « l’énergie née de l’absence »), la tante Victoria génie de la famille, « les cinq romans rapides » de Grand Bros qui (lui aussi) « ne poursuivait jamais un thème jusque dans ses derniers retranchements », « ce narrateur perdu dans le clair-obscur d’une matinée » de son présent brumeux comme dans l’œuvre que Simon envie tout en prétendant avoir conseillé sa « structure intertextuelle », et pour cela financièrement assisté comme Vincent Van Gogh par Théo, un tableau de Monet, l’espace infini, « ce tragique sentiment de l’existence » emprunté à Unamuno et autres questions métaphysiques, autant d’éléments d’une énigme narquoisement embrouillée en valse-hésitation autour d’une mystérieuse destination.
« …] la vie respecte un patron dont le tracé s’améliore au fur et à mesure que nous apprenons à nous éloigner des événements. Parce que prendre de la distance vis-à-vis des choses – ce qui pour moi revient à prendre de la distance vis-à-vis de la tragédie, ce qui, à son tour, est la même chose qu’être maître dans l’art de ne pas se laisser voir – s’apprend avec le temps.
N’est-ce pas, Banksy ? »

La littérature, mais aussi l’écriture, sont évidemment au centre du roman.
« La grande prose ne tente-t-elle pas d’aggraver la sensation d’enfermement, de solitude et de mort et cette impression que la vie est comme une phrase incomplète qui à la longue n’est pas à la hauteur de ce que nous espérions ? »

Rainer revient rencontrer Simon, et son alcoolisme digne d’Hemingway affronte la paranoïa de ce dernier.
Malicieux maestro, Enrique Vila-Matas nous embobeline comme de coutume.

\Mots-clés : #ecriture #humour
par Tristram
le Lun 20 Déc - 11:36
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Enrique Vila-Matas
Réponses: 65
Vues: 6629

Mark Twain

Nouvelles du Mississippi et d'ailleurs

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 Nouvel12

Vingt-deux nouvelles souvent brèves, pleines d’un humour parfois un peu daté : c'est un genre qui semble ne pas être immuable, du moins dans certaines de ses formes…
Ces récits sont généralement présentés comme vécus ou au moins véridiques, souvent rapportés par quelqu’un de rencontre, fréquemment dans un train.
La célèbre grenouille sauteuse du comté de Calaveras est le cas d'un conteur aussi farfelu qu'intarissable.
Une journée à Niagara relate une visite touristique aux célèbres chutes ; remarque d’autant plus comique qu’on ne faisait pas les selfies soi-même à l’époque :
« Il n’y a pas de véritable mal à faire de Niagara l’arrière-plan où exposer sa merveilleuse insignifiance à une bonne lumière bien claire, mais s’y autoriser requiert une sorte d’autocomplaisance surhumaine. »

Les tribulations de Simon Erickson est l’histoire d’un jeune cultivateur épris des navets, et surtout d’une curieuse lettre dont le texte se transforme absurdement…
Une histoire vraie, c’est celle d’une Noire qui retrouva son fils, vendu treize ans plus tôt, dans l’armée de l’Union.
Le marchand d’échos est un réjouissant exemple de la passion des collections, avec le cas loufoque de celle… d’échos !
Les amours d’Alonzo Fitz Clarence et Rosannah Ethelton est une intrigante histoire de temps déréglé, de maison où la saison est différente d’une pièce à l’autre, et finalement de conversations téléphoniques...
Ce qui sidéra les geais bleus est une amusante historiette de geais qui parlent, et font preuve d’humour.
Une bien curieuse expérience : espionnage pendant la guerre de Sécession ?
La famille McWilliams et les signaux d’alarme : il s’agit d’une burlesque alarme anti-intrusion ; Twain semble avoir beaucoup de problèmes avec les nouveautés technologiques…
« J’acceptai ce compromis. Je dois vous expliquer que lorsque je veux quelque chose, et que Mme McWilliams veut autre chose, et que nous nous prononçons finalement – comme nous le faisons toujours – en faveur de ce que veut Mme McWilliams, elle appelle ça un compromis. »

Le chasseur et la dinde machiavélique a un accent de souvenir d’enfance.

\Mots-clés : #humour #nouvelle
par Tristram
le Lun 13 Déc - 19:44
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Mark Twain
Réponses: 34
Vues: 3012

Umberto Eco

Pastiches et Postiches

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 Pastic10

Recueil de textes divers.
Dans Nous sommes au regret de ne pouvoir publier votre ouvrage…, des rapports de lecture à l’éditeur déconseillent le choix éditorial de quelques chefs-d’œuvre de la littérature mondiale ; pas assez ou trop de sexe, « gros travail d’editing » à prévoir, invendable, etc. : c’est désopilant !
Trois notes de lecture : sur les billets de banque, Histoire d’O « (projet de note de lecture pour "Marie-Claire") et L’Amant de lady Chatterley.
Nonita est un hilarant pastiche de Lolita, ou les confessions d’Umberto Umberto, jeune éphèbe épris de séniles « parquettes » ! La parodie met en abyme les démarquages d’autres auteurs que Nabokov, comme son modèle renvoyait à des références littéraires.
Fragments, ce sont ceux découverts après une catastrophe nucléaire là où se trouvait l’Italie, bribes de chansons populaires qui attestent d’une civilisation fantasmée dans d’érudites et hasardeuses extrapolations !
Les deux textes suivants sont dans le genre des Mythologiques de Barthes :
Platon au Crazy Horse :
« Si, psychologiquement, le rapport du strip-tease est sadomasochiste, ce sadomasochisme, sociologiquement, est essentiel au rite d’enseignement qui s’accomplit : le striptease démontre inconsciemment au spectateur, qui accepte et recherche la frustration, que les moyens de production ne sont pas en sa possession. »

Phénoménologie de Mike Bongiorno (le Guy Lux italien) :
« L’idéal du consommateur de mass media est un surhomme qu’il ne prétendra jamais devenir, mais qu’il se plaît à incarner en imagination, comme on endosse pour quelques minutes devant un miroir le vêtement de quelqu’un d’autre, sans même songer à le posséder un jour. »

Esquisse d’un nouveau chat : dans le genre de Robbe-Grillet et du Nouveau roman.
L'autre empyrée : témoignage sur l’immobilisme du Dieu de l’Ancien Testament face aux progrès scientifiques :
« Lucifer, on essaye maintenant de le faire passer pour un communiste, mais je veux être pendu s’il était même social-démocrate. Un intellectuel avec des idées réformistes, voilà ce qu’il était ; de ceux qu’on liquide ensuite, dans les vraies révolutions. »

La Chose : le professeur Ka a fabriqué le premier biface, et le général utilise la technologie pour massacrer.
De l’impossibilité d’établir une carte de l’empire à l’échelle de 1/1 : en référence à Borges.
Trois chouettes sur la commode : parodie de philologie d’un poème.
Industrie et répression sexuelle dans une société de la plaine du Pô : savoureuse étude du « village de Milan » par des anthropologues de Mélanésie et des îles de l’Amirauté ! Avec étrange interprétation du Risorgimento (le réveil national italien).
« Le fait de condamner les occidentaux comme peuples primitifs uniquement parce qu’ils s’adonnent au culte de la machine et sont encore loin d’un contact vivant avec la nature constitue un bel exemple de cet arsenal d’idées fausses qui a servi à nos ancêtres pour juger les hommes incolores et en particulier les Européens. »

« Et il n’est pas dit – on me l’accordera – que cueillir des noix de coco en grimpant pieds nus sur un palmier constitue un comportement supérieur à celui du primitif qui voyage en jet en mangeant des chips enfermées dans un sachet en plastique. »

« L’Église, d’après ce qui ressort des témoignages recueillis sur place, est une puissance laïque et temporelle, aspirant à la domination terrestre, à l’acquisition de terrains à bâtir, au contrôle du pouvoir politique, alors que l’Industrie est une puissance spirituelle visant à la domination des âmes, à la diffusion d’une conscience mystique et d’un mode de vie ascétique. »

Où allons-nous finir ? : Héraclite et « l’homme-masse », point de vue critique fort documenté sur la démocratie et sa soif d’information instantanée sous la coupe de « l’industrie culturelle » dans la culture attique, d’une magnifique mauvaise foi…
« Quant à Médée, la culture de masse nous offre là son morceau de bravoure, nous parlant des névroses privées d’une hystérique sanguinaire, à grand renfort d’analyses freudiennes, et nous fournissant un parfait exemple de ce que peut être un Tennessee Williams du pauvre. »

La découverte de l’Amérique : fabuleux reportage télévisé en direct de la découverte de l’Amérique sur le modèle du premier pas sur la lune, avec commentaires de Vinci et autres autorités de l’époque…
« Léonard – Très bien, excusez-moi. Voilà : la caravelle utilise le système de propulsion dit "wind and veil" et flotte en vertu du principe d’Archimède qui veut que tout corps plongé dans un liquide subit une poussée verticale, dirigée de bas en haut, égale au poids du fluide déplacé. La voile, élément essentiel de la propulsion, est répartie sur trois mâts : le grand mât, le mât d’artimon et le mât de misaine. Le beaupré a une fonction particulière : le foc et le clinfoc y sont fixés, alors que le perroquet et la brigantine interviennent dans l’orientation.
Telmon – La thalassonavette arrive-t-elle dans l’état où elle est partie, ou bien y a-t-il des éléments qui se détachent en cours de route ?
Léonard – Je vais vous dire : il y a un processus d’appauvrissement de la thalassonavette qu’on appelle couramment "kill and drawn". C’est-à-dire que lorsqu’un matelot se conduit de façon incorrecte avec l’amiral, il reçoit un coup sur la tête et on le jette à la mer. C’est le moment du "mutiny show-down". En ce qui concerne la Santa Maria, il y a eu trois cas de" kill and drawn", qui ont permis à l’amiral Colomb de reprendre le contrôle de la thalassonavette… En pareilles circonstances, l’amiral doit être très attentif et intervenir au bon moment…
Telmon – Autrement, il perd le contrôle du bâtiment. Je comprends. Et dites-moi, quelle est la fonction technique du mousse ?
Léonard – Très importante. On dit que c’est une fonction de "feeding back". Pour le public, nous pourrions traduire par "soupape de sécurité". C’est un problème technique dont je me suis longtemps préoccupé et, si vous voulez, je vais vous montrer quelques-uns de mes dessins d’anatomie…
Telmon – Merci, professeur Vinci, mais il me semble que le moment est venu d’établir la liaison avec le studio de Salamanque. À toi Bongiorno ! »

« Parodi – Putain con, Amiral, mais elles sont toutes nues !
Stagno – Qu’est-ce qu’il a dit, Orlando ?
Orlando – On n’a pas bien entendu, mais ce n’étaient pas les mots convenus. Quelqu’un me suggère ici qu’il doit s’agir d’un phénomène d’interception des communications. Il paraît que ça arrive souvent dans le Nouveau Monde. Mais voilà, l’amiral Colomb va parler !
Colomb – C’est un petit pas pour un marin, mais c’est un grand pas pour Sa Majesté Catholique… Bordel, mais qu’est-ce qu’ils ont au cou ?… Putain, c’est de l’or, ça ! De l’or !
Orlando – Le spectacle qui nous est transmis par la caméra est véritablement grandiose ! Les marins se mettent à courir vers les indigènes en faisant de grands bonds, des bonds immenses, les premiers bonds de l’homme dans le Nouveau Monde… Ils prennent au cou des indigènes les échantillons du minerai du Nouveau Monde et les fourrent dans de grands sacs en plastique… À présent, les indigènes aussi font de grands bonds en cherchant à fuir ; l’absence de pesanteur les ferait s’envoler si les marins ne les retenaient pas à terre avec de lourdes chaînes… Maintenant les indigènes sont tous bien sagement alignés en colonne, tandis que les matelots se dirigent vers les navires avec les lourds sacs chargés du minerai local. Ce sont des sacs vraiment pesants, et il a fallu beaucoup d’efforts tant pour les remplir que pour les transporter…
Stagno – C’est le fardeau de l’homme blanc ! Un spectacle que nous n’oublierons jamais. Aujourd’hui commence une nouvelle ère de la civilisation ! »

Do your movie yourself : variations autour du scénario-type de quelques cinéastes (Visconti est particulièrement gratiné).
Lettre à mon fils : curieux paradoxe qui défend le droit des parents à choisir un fusil, par rapport à d’autres jouets, pour leurs enfants.
« Vous pouvez les identifier dès maintenant. Les gros spéculateurs de l’immobilier, les spécialistes de l’expulsion en plein hiver, qui ont façonné leur personnalité sur l’infâme Monopoly, s’habituant à l’idée du commerce d’immeubles et de la cession désinvolte de paquets d’actions. Les pères Grandet d’aujourd’hui qui ont sucé le lait de l’accumulation et du gain en bourse avec les billets de tombola. Les planificateurs de l’extermination formés par le Meccano ; les morts vivants de la bureaucratie qui ont préparé leur mort spirituelle avec les albums de timbres-poste. »

« Stefano, mon fils, je t’offrirai des fusils. Parce qu’un fusil n’est pas un jeu. C’est le point de départ d’un jeu. À partir de là, tu devras inventer une situation, un ensemble de rapports, une dialectique d’événements. Tu devras faire "poum" avec la bouche, et tu découvriras que le jeu vaut par ce que tu mets dedans, et non par ce que tu y trouves de tout fait. Tu imagineras que tu détruis des ennemis, et tu satisferas une impulsion ancestrale que même la meilleure des civilisations ne réussira jamais à te masquer, à moins de faire de toi un névrosé bon pour les tests d’aptitude professionnelle de Rorschach. Mais tu comprendras que détruire les ennemis est une convention ludique, un jeu parmi d’autres, et tu apprendras ainsi que c’est une pratique étrangère à la réalité, dont tu connais bien les limites en jouant. Tu te libéreras de tes rages, de tout ce que tu réprimes en toi, et tu seras prêt à accueillir d’autres messages, qui n’ont pour objet ni mort ni destruction ; il sera important, au contraire, que mort et destruction t’apparaissent à jamais comme des produits de l’imagination, ainsi que le loup du petit chaperon rouge, que chacun de nous a haï sans que soit née de là une haine irraisonnée pour les chiens-loups. »


Belle dénonciation des jargons lettrés, et collection de loufoques contresens des doctes ! Ça rappelle par endroits l’OULIPO, et Queneau.
Bourré d’esprit et fort drôle ! Dommage de ne pouvoir saisir toutes les allusions, notamment celles en rapport avec la culture italienne.

\Mots-clés : #humour
par Tristram
le Mar 16 Nov - 12:40
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Umberto Eco
Réponses: 69
Vues: 8306

Olivier Rolin

Suite à l’Hôtel Crystal

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 97820210

43 descriptions de chambres d’hôtels occupées par Olivier Rolin lors de ses voyages dans le monde entier, et supposées avoir été retrouvées dans un bagage égaré par un auteur disparu (qui s’appelle aussi Olivier Rolin), fragments « consignés sur des supports disparates » d’un projet littéraire demeuré inconnu.
« Vient ensuite la porte épiscopale (mauve, à poignée dorée) de la salle de bains. »

Le mobilier et la décoration sont parfois « hideux » ; pour varier du « rose dentier » :
« La moquette rose piquetée de beige suscite assez fâcheusement l’idée d’un dégueulis d’ivrogne. »

À ces descriptions factuelles (genre Nouveau Roman, mais avec humour) se rattachent autant de bribes d’histoires, de personnages rencontrés. Les noms du colonel Grigor Iliouchinsk et d’Antonomarenko reviennent fréquemment, puis d’autres, dont celui de Mélanie Melbourne, son amour qui a le chic pour se jeter dans la gueule du loup, ou « Pavel Schmelk, l’ingénieux ingénieur » tchèque ; l’auteur, outre se saouler et se contempler dans les miroirs de passage, semble se livrer à des activités interlopes, type espionnage, escroquerie et/ou contrebande.
« Leur papa est accusé de posséder des ADM, armes de destruction massive, et il n’en a même pas. Il en a eu, mais il n’en a plus. Il les a dépensées. Ça ennuie beaucoup toute la famille. De quoi vont-ils avoir l’air ? De types bidons, de dictateurs en solde, de frimeurs du tiers-monde, voilà de quoi ils vont avoir l’air. Ils voudraient quand même être à la hauteur de leur réputation de dangers publics. C’est là qu’intervient le génie de Crook. Je résume à grands traits les discussions, qui se déroulent dans un petit salon de cet hôtel discret, dans un quartier périphérique, proche de l’université. Pour en avoir des vraies, des ADM, leur a-t-il expliqué, c’est trop tard maintenant, hélas. Il fallait y penser avant, au lieu de perdre son temps à torturer des opposants et à aller aux putes à Dubaï. Mais ils pourraient au moins en acquérir des fausses. Des qui donnent le change. Tout le monde y trouverait son compte. Le président Push va leur faire la guerre, c’est certain. Et il va les battre, c’est non moins certain (ils ouvrent quatre yeux ronds). Le problème n’est plus de sauver la mise, c’est de sauver l’honneur. Pas seulement le leur, mais celui des masses arabes (ils approuvent, froncent les sourcils, prennent deux airs terribles). »

Puis survient la chambre 211 de l’hôtel Crystal, à Nancy, qui n’est pas décrite mais revient plusieurs fois (l'auteur l'a mystérieusement oubliée).
Ce qu’il voit par la fenêtre est parfois dépeint, et au 18, une chambre à Mexico, une silhouette aperçue à l’extérieur le renvoie dans une chambre de Metz occupée précédemment, décrite et ainsi mise en abyme, celle-là même où Mélanie Melbourne le quitta.
Au 22 (soit au mitan des lieux de passage), l’auteur décide de mourir dans cette chambre de Bakou.
29, « Chambre des portes, hôtel Labyrinthe » constitue un curieux chapitre où plusieurs descriptions précédentes sont reprises, de façon confuse. 36, « Chambre des fenêtres, hôtel Bellevues », donne sur des panoramas incompatibles. 38, l’auteur, sur les traces de Malcolm Lowry, découvre des notes de la première version d’Under the Volcano dans une valise, autre mise en abyme de ce livre facétieux, aux nombreuses références littéraires (dont Michaux)…
43, dernière étape, « l’Hôtel du Point final », qui évoque une multitude bigarrée de chambres, entre fabulation et souvenir...
On retrouve un peu l’esprit cosmopolite de L’invention du monde dans ces notices « topautobiographiques », qui frôlent la fastidiosité sans y tomber vraiment, et explicitement inspirées d’un projet de Perec, Lieux où j’ai dormi dans Espèces d’espaces.
Si j’ai connu certains des hôtels cités, ce roman m’en a rappelé beaucoup d’autres ; un seul regret personnel, que manquent certaines piaules douteuses, de même que quelques suites de style remarquable...
Un bel exercice, qui ramentoit aussi Queneau !

\Mots-clés : #humour #voyage
par Tristram
le Jeu 11 Nov - 15:11
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Olivier Rolin
Réponses: 86
Vues: 7103

Carlo Emilio Gadda

L'Adalgisa - Croquis milanais

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 L_adal10

Dans la continuation de La Connaissance de la douleur, huit textes situés dans la Milan de l’entre-deux-guerres (et traduits par Jean-Paul Manganaro).
Nuit de lune
Brève description du crépuscule.
Quand le Girolamo a fini…
Ça commence avec les employés de la Confiance, cireurs de parquets, puis voilà Bruno le bellâtre en triporteur…
« Cette cassure, ce cracking des nénies et de la plainte procédurale, exerce une fascination incroyable sur le cœur des femmes : cric-crac sublime, giclement subit de la lame et de la pointe hors de sa coquille : du couteau à cran d’arrêt. »

Claudio désapprend à vivre
S’effondre le pont de l’oncle, ingénieur et professeur à Polytechnique…
Il eut quatre filles et chacune fut reine
Dans le nouveau logement du Nobilis Homo Cipriano de’ Marpioni, l’ample donna Giulia et leur turbulente progéniture, appartement amélioré de tomettes branlantes et de traîtresses marches pour rattraper les dénivelés dans le couloir-boyau, un régal de caricature farfelue.
Les moments perdus
Lectures d’un ingénieur encore, entre journal humoristique et ressources bibliothécaires.
Dans ce texte comme pour les autres, des notes de l’auteur, de bas de page ou renvoyées à la fin, explicitent didactiquement le projet littéraire, une métaphore, un point d’architecture locale ou d’histoire, l’étymologie d’un terme de dialecte, une notion scientifique…
« Les locutions et vocables empruntés à une langue étrangère (1928) sont destinés à reprendre le ton (autant dire à le singer) de certaine conversation cultivée − ou cultivée moyennement − du milieu et de l’époque : qu’on veuille bien ne pas les attribuer à une défaillance des possibilités lexicales de la part de l’auteur ou à une diminution de sa déférence pour la langue maternelle. »

Un « concert » de cent vingt professeurs
Valerio emmène sa jeune tante Elsa à l’opéra, où se presse la société mélomane (superbe scène du prélude de l’orchestre qui s’accorde !).
« Voilà, déjà tous, toutes, les regardaient. Certaines avec de longs regards de travers, plus forts que toute interdiction de décence, de ceux que les femmes dédient aux femmes, longs sillages d’éternelle envie. D’autres, debout, leurs grosses pattes dans les poches, balançant une gambette guillerette sous le globe du ventre, et savourant leur propre langue comme couenne bien grasse : enfermé, le globe, en un gilet de paon fat, "qui s’y connaît". »

« Un pot de brillantine avait été absorbé par leurs cheveux doucement ondulés : et qui distillaient la pureté du nard, comme, des broches du temps, un rôti ruisselant. »

« Ils semblaient farcis de petites pommes de terre rôties jusqu’au cou et aux amygdales comme le vide-ordures quand il est engorgé. »

Au Parc, un soir de mai
Donna Eleonora la mauvaise langue y est halée par son haridelle, et on retrouve Elsa, et on rencontre Adalgisa.
L’Adalgisa
L’ex-cantatrice est veuve avec deux enfants de Carlo, comptable entomologiste amateur.
« En douze ou quinze boîtes de bois, chacune pavée de son double fond de liège, et ce dernier, enfin, recouvert d’une feuille de papier blanc à coordonnées rectilignes, sur des épingles en nombre infini, devant les yeux écarquillés des deux enfants, le pauvre Carlo avait méticuleusement transpercé les scarabées et les dytiques en nombre infini de la nature, les cébrionidés, les curculionidés, les cérambyx, les buprestes, les élatéridés : les fuyantes cicindèles à l’odeur de rose et de mousse, luisantes comme Jeanne d’Arc dans leur cuirasse d’acier fermé, bruni : puis les infatigables ateuchus et les silphes, et toute l’engeance si salubre des croque-morts agrestes et sylvains. »

Puis l’auteur passe au « je », évoquant l’époque où il était énamouré de la belle tétonnière avant son mariage (hilarante séance photo).

Le riche enchevêtrement lexicographique de Gadda, qu’un italianisant érudit goûterait davantage ! En effet, cela déborde d’allusions et sous-entendus plus ou moins abscons…
Il y a du Federico Fellini, de l’Albert Dubout dans ces croquis, un impérieux besoin de rapporter le moindre détail, même accessoire, de saturer, densifier la description, et d’utiliser toute la palette lexicale.

\Mots-clés : #humour #viequotidienne
par Tristram
le Mer 10 Nov - 12:07
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Carlo Emilio Gadda
Réponses: 34
Vues: 3039

Raymond Queneau

Les Œuvres Complètes de Sally Mara

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 Les_nu11

Incipit :
« Il n'est pas souvent donné à un auteur prétendu imaginaire de pouvoir préfacer ses œuvres complètes, surtout lorsqu'elles paraissent sous le nom d'un auteur soi-disant réel. »

Sally Mara est une jeune irlandaise qui apprend le gaélique pour écrire un roman dans cette langue ; mais, par goût pour son professeur de français reparti en France, elle rédige son Journal intime (1934 et 1955) dans la nôtre, qu’elle manie avec des méprises comiques et souvent vertes, voire salaces, alors qu’elle est encore bien niaise…
« …] moi qui ai toujours voulu mettre la forme bien au-dessus du fondement [… »

« C'est une épopée fantastique : Le Combat des Asperges contre les Moules, un peu dans le style de la Batrachomyomachie d'Homère, des Voyages de Gulliver de Lewis Carroll et de l'Ale maniaque de Vermot.
Maman l'a lu, elle a trouvé que ça n'avait ni queue ni qu'est-ce. »

Son journal retrace ses progrès dans une curieuse initiation sexuelle.
« Observé l'outil d'un âne. C'est quelque chose. Mais à quoi cela peut-il bien lui servir ? Pas à casser des noisettes tout de même. On n'attribue aucune industrie spéciale à cet animal. Ce n'est pas comme le castor qui fait des barrages avec sa queue. »

« Pourquoi ne m'a-t-il pas entraînée derrière un taillis ? S'il l'avait fait, qu'aurais-je fait ? Et si je l'avais fait, qu'aurions-nous fait ? »

« Si un type quelconque me tombait sous la main, je crois bien que je lui tirerais les oreilles. Et le paf. Non, le pif. Comme le français est une langue difficile. »

Caractéristiques d’une époque, l’érotisme passe par la fessée, le pince-fesses et autres claques sur la croupe.
« Encore un qui, sous prétexte de discipline et de morale, voulait me mettre la main au tutu.
Il recula sa chaise et m'ordonna de venir près de lui. Le con. Encore un général Dourakine à la manque. Et tout patriotard irlandais qu'il fût, encore un fanatique de l'éducation britannique. »

« À la messe (j'y vais de plus en plus rarement) ou dans le tramway, c'est bien rare que je ne me fasse pas pincer les fesses deux ou trois fois. »

Sally a un frère ivrogne (bière et ouisqui), une sœur plus jeune qui étudie pour être postière, un père longtemps disparu pour chercher des allumettes et une mère un peu simplette, qui tricote des chaussettes pour son mari, qu’il soit là ou pas.
Regard stéréotypé sur la verte Erin,
« Il y avait simplement un peu moins de brouillard sur Dublin, mais l'odeur de Guinness était plus intense. »

… et cuisine traditionnelle :
« On a mangé des harengs au gingembre, du lard aux choux, un disque de fromage de dix livres et une tarte aux algues. »

« …] il y avait un petit dîner, une soupe aux choux, quelques mètres de boudin avec des pommes de terre au lard, un disque de dix kilos de fromage et une tarte aux algues et à la margarine [… »

« Il y avait du merlan à déjeuner. Mary a eu la fantaisie de mettre un peu de sel dessus (d'habitude nous mettons du sucre, à l'anglaise). Ça a mis papa en fureur, il s'est jeté sur elle et l'a sévèrement corrigée. »

Journal intime est suivi de On est toujours trop bon avec les femmes, que j’ai lu et commenté auparavant, et de Sally plus intime, recueil souvent leste de calembours, contrepèteries, citations bizarres (vraies pour ce que j’ai pu vérifier) et autres jeux de mots, y compris une savoureuse Arithmétique affective.
« Prends l'humour et tords-lui son cul. »

« De l'usage des mots :

On aime le camembert et l'on ne dit pas à un camembert : je t'aime. »


\Mots-clés : #conditionfeminine #humour
par Tristram
le Lun 8 Nov - 11:54
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Raymond Queneau
Réponses: 47
Vues: 5367

Raymond Queneau

Le Dimanche de la vie

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 Le_dim10

L’incipit tiré d’Hegel incite à suspecter un niveau philosophique à ce livre :
« …c’est le dimanche de la vie, qui nivelle tout et éloigne tout ce qui est mauvais ; des hommes doués d’une aussi bonne humeur ne peuvent être foncièrement mauvais ou vils. »

Dans les années trente à Bordeaux : des deux sœurs Ségovie, seule Chantal est mariée, et son aînée, Julie (ou Julia), mercière, décide d’épouser Valentin Brû, seconde classe depuis cinq ans, bien qu’il soit nettement plus jeune qu’elle. Valentin, curieusement absent des registres de l’armée, n’est pas trop futé, et accepte le mariage avec cette femme de caractère (mari obéissant, il partira seul en voyage de noces à Bruges-la-Morte, parce que c’est la haute saison en mercerie...). Puis il se met avec enthousiasme au commerce de l'encadrement dans la boutique parisienne que lui cède sa belle-mère avant de mourir ; il s’émancipe progressivement dans son oisiveté relative, s’instruisant grâce à Marie-Claire, « son magazine (féminin) ». Ses clients et autres familiers se confient à lui, alors qu’il ne sait pas encore que son épouse est devenue Madame Saphir, la diseuse de bonne aventure du quartier ; lorsque son commerce périclite et que Julie tombe paralysée, il la remplace…
« − T’en fais pas, dit Julia, quand les gens ont décidé de marcher y a plus moyen de les arrêter. C’est plus de la connerie, c’est de la rage. »

Valentin essaie de suivre la grande aiguille de l’horloge sans s’égarer dans une rêverie.
« Valentin suit toujours la marche de la grande aiguille, mais il sent bien qu’il n’ira pas loin, écrasé par le poids des mots et des images. »

« Le temps qui passe, lui, n’est ni beau ni laid, toujours pareil. Peut-être quelquefois pleut-il des secondes, ou bien le soleil de quatre heures retient-il quelques minutes comme des chevaux cabrées. Le passé ne conserve peut-être pas toujours la belle ordonnance que donnent au présent les horloges, et l’avenir accourt peut-être en pagaye, chaque moment se bousculant pour se faire, le premier, débiter en tranches. Et peut-être y a-t-il du charme ou de l’horreur, de la grâce ou de l’abjection, dans les mouvements convulsifs de ce qui va être et de ce qui a été. »

Valentin suit (toujours sans sa femme) un circuit touristique en Allemagne sur le thème des victoires napoléoniennes (dont Iéna). Son antienne a toujours été que la future guerre va arriver, et il est remobilisé, comme bien d'autres qui n'y croyaient pas...
Le langage populaire et les personnages remarquablement rendus, de la bêtise benoîte de Paul le beau-frère fonctionnaire pingre à grandes oreilles qui se pique le nez (il faut reconnaître qu’il doit pourvoir à l’avenir de sa fille Marinette, qui a une réputation de garce − mais n’apparaît jamais −, et qu'il se reconvertira comme cadre dans l'industrie des crosses de fusil) dont le nom de famille varie comiquement (de Butugra à Batugra en passant par Babagras, etc.), à un petit peuple plus vrai que nature (voir notamment le personnage de Jean-sans-Tête le simple d’esprit), donnent à ce roman une atmosphère franco-française (le bistro est incontournable, on est un peu médisant et/ou xénophobe) bourrée d’humour affectueux. Centrée sur le quartette des deux sœurs et de leur mari respectif, plus particulièrement Valentin, la vie est rapportée simplement, avec autant de bonhomie que d’esprit.
C’est drôle, du bon Queneau, gouleyant à souhait ! Tu devrais essayer, Bédoulène, ça se lit aisément, un pur plaisir !

\Mots-clés : #humour #viequotidienne #xxesiecle
par Tristram
le Mar 26 Oct - 14:17
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Raymond Queneau
Réponses: 47
Vues: 5367

Graham Greene

Notre agent à La Havane

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 Notre_10

Wormold, un Anglais qui tente de vendre des aspirateurs à La Havane, est recruté de façon burlesque par les services secrets de son pays. Il invente des informations et recrute des agents fictifs, dont il touche les émoluments. Mais les personnages qu’il a imaginés semblent prendre vie… pour être éliminés !
Son ami le vieux docteur Hasselbacher, sa fille Milly, sa "secrétaire" Béatrice Severn, le capitaine Segura (le « Vautour Rouge »), autant de personnes de son entourage qui participeront de près ou de loin aux imbroglios qui caractérisent cette dérisoire satire.
« Vous devriez rêver davantage, Mr. Wormold. Au siècle où nous vivons, la réalité n’est pas une chose à regarder en face. »

« Ils avancèrent à tâtons dans la pénombre du bar au Séville-Biltmore. Ils avaient vaguement conscience de la présence d’autres buveurs, assis et recroquevillés dans le silence et l’obscurité comme des parachutistes attendant sans joie le signal de sauter dans le vide. »


\Mots-clés : #espionnage #humour #satirique
par Tristram
le Mar 14 Sep - 19:56
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Graham Greene
Réponses: 31
Vues: 3300

Isaac Babel

Récits d’Odessa et autres récits

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 Rzocit10

Évocation d’habitants d’Odessa au début du XXe, surtout des bandits, des soldats, mais aussi des prostituées, des commerçants, des ivrognes, juifs, musulmans, Russes, Polonais, Cosaques, Tsiganes, honnêtes ou pas mais hauts en couleur. Certains personnages reviennent d’une histoire à l’autre, notamment Bénia Krik, dit le roi, et Froïm Gratch, le borgne, truands célèbres.
« … J’étais devenu courtier. M’étant fait courtier à Odessa, je me suis couvert de verdure et j’ai déployé mes rameaux. Encombré de branchages, je me sentais malheureux. La raison ? La raison est dans la concurrence. Sans ça, je ne me serais pas mouché dessus, sur la justice. Mes mains ne renferment aucun métier. L’air se tient droit devant moi. Il brille comme la mer au soleil, ce bel air vide. Les rameaux veulent manger. Ces rameaux, j’en ai sept, ma femme est le huitième. Je ne me suis pas mouché sur la justice. Non. C’est la justice qui s’est mouchée sur moi. La raison ? La raison est dans la concurrence. »

(« La justice » est, aussi, une coopérative.)
Ces contes truculents valent beaucoup pour leur style, inspiré de leur origine traditionnelle.
« − Il n’est pas encore temps, répondit Bentchik, mais le temps passe. Écoute ses pas et laisse-le passer. Mets-toi de côté, Liovka. Et Liovka se mit de côté pour laisser passer le temps. »

C’est Nathan Zuckerman, rencontré il y a peu, qui m’a ramentu Babel ; pas de ségrégation positive chez eux !

\Mots-clés : #humour #viequotidienne
par Tristram
le Jeu 22 Juil - 16:33
 
Rechercher dans: Écrivains Russes
Sujet: Isaac Babel
Réponses: 14
Vues: 1510

Luke Rhinehart

L'Homme-dé

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 L_homm10

Dans sa brève préface, Luke Rhinehart présente son livre comme autobiographique :
« Un ingénieux chaos : voilà ce que mon autobiographie doit être. J’adopterai l’ordre chronologique, innovation dont bien peu ont l’audace par les temps qui courent. Mais mon style sera contingent, par la sagesse des Dés. »

Peut-être incité par son intérêt pour le zen, le narrateur, un psychiatre nommé Luke Rhinehart, constate que sa profession est vaine et son existence ennuyeuse.
« Freud était un bien grand homme, mais je n’arrive pas à me faire à l’idée que quelqu’un lui ait jamais efficacement flatté le pénis. »

« Notre vie à tous est une série limitée d’erreurs qui ont tendance à se figer, à se répéter et à devenir nécessaires. »

« Un homme sans habitudes, sans cohérence, qui ne se répète pas, donc ne s’ennuie pas, n’est pas humain. Il est fou. »

Par hasard, il s’en remet à un dé pour prendre une décision, ce qui met du piment dans sa vie ; il décide de dorénavant en appeler systématiquement aux dés (qui seront ses dieux, suppléeront ses tergiversations – et endosseront la responsabilité de ses choix et actes) pour chaque « dé-cision ».
Plus précisément, il a décidé qu’un as le conduirait à « violer » sa voisine, et qu’il irait se coucher avec sa femme pour tout autre tirage : l’option de départ est loin d’être anodine, et doit peu à la chance…
« La tendance générale des options que je leur proposais correspondait en gros à la moyenne de mes goûts et de ma personnalité. »

« …] je prenais comme options toutes sortes de choses que je n’avais jamais faites, et n’importe lesquelles, et les dés me projetaient de l’une à l’autre et me permettaient rarement de rester le même homme deux jours de suite. »

Luke érige en théorie ce qu’il considère comme une ouverture des possibles et une lutte contre les haïssables moi et habitudes.
« En vérité, l’homme doit s’efforcer d’éliminer l’erreur et de se libérer ainsi que ses enfants du sens du moi. L’homme doit arriver à se sentir à l’aise en évoluant d’un rôle à un autre, d’un ensemble de valeurs à un autre, d’une vie à une autre. L’homme doit se libérer des barrières, des modèles et des cohérences, de façon à devenir libre de penser, de sentir et de créer des choses neuves. Les hommes se sont trop longtemps contentés d’admirer Mars et Prométhée ; c’est Protée qui doit devenir notre Dieu. »

« L’homme de Hasard. L’homme imprévisible. J’ai l’impression de démontrer aujourd’hui que l’on peut venir à bout des habitudes. Un tel homme est vraiment libre. »

« Des acteurs capables de jouer un seul rôle : a-t-on jamais vu pareille absurdité ? Il nous faut créer des hommes de hasard, des dé-personnes. »

L’importance du « changements de rôles » social est central.
« J’étais censé développer mes capacités d’acteur, et peut-être même mettre à l’épreuve les limites de la malléabilité humaine. »

Le nouvel adepte de la « dé-vie » entreprend de faire école en promouvant la « dé-thérapie », créant des « dé-centres » pour « dé-tudiants », et constituant une nouvelle religion.
« Nous voulons créer un monde d’enfants adultes qui ignoreront la peur. Nous voulons faire exploser la multiplicité instituée en chacun de nous par notre société anarchique et contradictoire. Nous voulons que les gens se disent bonjour dans la rue sans se demander à qui, et qu’ils s’en fichent. Nous voulons les libérer de l’identité individuelle, de la sécurité, de la stabilité et de la cohérence. Nous voulons une communauté de créateurs, une abbaye de Thélème pour fous heureux. »

« Notre but est de détruire la personnalité. Nous voulons créer à la place une personnalité multiple : un individu incohérent, instable et de plus en plus schizoïde. »

La théorie est abondamment exposée, indépendamment de son extravagance ; c’est un peu longuet.
Évidemment son comportement imprévisible met en péril sa carrière et son ménage.
La psychanalyse, qui prête effectivement le flanc à la raillerie, est particulièrement tournée en ridicule. La religion chrétienne n’est pas épargnée. La sexualité (voire la salacité) prend une grande place.
« Nous plaçâmes la tête du dragon à l’orée de la grotte et l’exhortâmes à entrer. C’était comme de pousser un chien dans l’escalier de la cave pour lui faire prendre un bain. »

C’est aussi une observation grinçante de la société états-unienne (notamment au travers de la télévision).
« Américain de naissance et d’éducation, j’avais le meurtre dans la peau. La plus grande partie de ma vie d’adulte avait été marquée par une sorte d’agressivité en roue libre, pouvant s’emballer d’un instant à l’autre, qui me remplissait l’esprit d’un luxe de crimes, de guerres et d’atrocités chaque fois que je me trouvais dans une situation difficile, exemples : un chauffeur de taxi essayait de m’estamper, Lil me critiquait, Jake publiait encore un brillant article. »

Le style est brillant et plein d’humour, parfois un peu lourd.
« J’essaye de faire participer mes malades noirs à des méthodes de groupe pour leur faire voir que le monde blanc est malade, de façon à mettre fin à leur rancune et qu’ils se satisfassent soit de leur vie d’internés, soit de leur existence en ghetto. »

« Ç’a été grandiose. Un sentiment vraiment religieux, quelque chose de spirituel. J’ai été tout d’un coup libéré de tout ce qui me gênait pour violer des petites filles et enfiler des petits garçons. J’ai abandonné la partie et confié tout le bazar aux dés. Quand ils m’ont ordonné de violer, je violais. Quand ils m’ordonnaient de m’abstenir, je m’abstenais. Plus de problème. »

Un passage bien observé sur le rêve éveillé (chapitre 33).
À ranger sur l’étagère avec La fonction du balai de Foster Wallace, le Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes de Pirsig et Le dernier stade de la soif d’Exley.
@Tatie, Y as-tu vu la même chose ?

\Mots-clés : #humour
par Tristram
le Mar 29 Juin - 14:04
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Luke Rhinehart
Réponses: 7
Vues: 450

David Lodge

La Chute du British Museum

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 La_chu10

Dans sa préface rédigée ultérieurement (et qui devrait être placée en postface), David Lodge évoque, à l’origine de son troisième roman, son propre dilemme de jeune ménage catholique :
« Nous avions acquis le sentiment, honorable bien que naïf, que l’Église catholique était une sorte de club, avec son propre règlement, et que si l’on voulait bénéficier des avantages auxquels donnait droit l’adhésion, on devait observer toutes les règles, pas seulement celles qui nous arrangeaient. La proscription des contraceptifs provoqua cependant frustrations et angoisses en quantité disproportionnée chez les couples catholiques qui, s’étant efforcés (dans la plupart des cas) de rester chastes non sans mal jusqu’au mariage, trouvaient que le régime de la méthode des températures ou du calendrier (c’est-à-dire, l’abstinence périodique, seule forme de planning familial autorisée par l’Église) réprimait sévèrement leur vie érotique dans le mariage. »

Il éclaire aussi le lecteur français sur les parodies et allusions littéraires moins perceptibles de notre côté de la Manche (ce qui m’a paru bienvenu, même pour les quelques livres et auteurs que j’ai pu lire) ; il signale encore de curieuses parentés avec l’Ulysse de Joyce.

Adam Appleby est un thésard de troisième cycle qui se débat entre sa vie d’études au British Museum et sa hantise d’un quatrième enfant, qu’il n’aurait pas les moyens d’élever correctement. Pris entre chasteté contrainte et thèse en panne, il rêvasse, inspiré par ses lectures – et c’est « un roman où la vie ne cesserait de prendre la forme de la littérature »…
Peinture fouillée de la vénérable institution londonienne, c’est aussi une grande réussite humoristique.
« Les archéologues martiens ont appris à reconnaître le domicile des catholiques grâce à la présence d’un grand nombre de graphiques compliqués, de calendriers, de petits livrets remplis de chiffres, et de quantités de thermomètres cassés, ce qui atteste la grande importance attachée à ce code. Des savants ont soutenu qu’il ne s’agissait là que d’une méthode pour limiter en nombre la progéniture ; mais comme il a été prouvé de manière concluante que les catholiques donnaient naissance à plus d’enfants en moyenne qu’aucune autre partie de la société, cela semble indéfendable. D’autres doctrines des catholiques comprenaient une croyance en un Rédempteur divin et en une vie après la mort. »

Excellente scène également où Adam se rêve devenu pape, réformant la conception du contrôle des naissances dans l’Église…

\Mots-clés : #humour #social
par Tristram
le Dim 9 Mai - 13:19
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: David Lodge
Réponses: 20
Vues: 2955

Jonathan Coe

Les Nains de la Mort

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 Les_na10

William, le narrateur, est un jeune musicien qui galère pour percer à Londres ; il nous raconte comment il a été témoin d’un meurtre commis par deux nains, et déjà son approche narrative est intéressante dans sa façon de composer les séquences factuelles. C’est donc un polar, et matière à explorer l’univers des musiciens, comme celui de la banlieue londonienne.
De nouveau, Jonathan Coe excelle dans sa profonde capacité d’observations rendues avec humour :
« Martin était employé dans une compagnie d’assurances le jour et guitar hero la nuit. Il gagnait à peu près quatre fois plus que nous (ce qui ne représentait pas grand-chose pour autant) et tout l’argent qu’il arrivait à mettre de côté, il le consacrait à l’achat de matériel. Il avait une guitare entièrement faite main et changeait les cordes avant chaque répétition. Parfois, il les changeait même entre les morceaux. Son amplificateur, qui était plus grand que lui, avait coûté plus cher que tout le reste de notre matériel réuni. Il était pourvu d’un panneau de commande absurde, étincelant de voyants colorés et de cadrans digitaux, et impossible à brancher. Il restait en permanence dans la réserve car, même à quatre, il était inconcevable de l’emporter où que ce soit. Le conseil municipal de Lambeth aurait pu y reloger une demi-douzaine de familles défavorisées. Tout cela n’aurait pas présenté d’inconvénient si Martin avait été un bon guitariste ; mais en fait, il ne connaissait que cinq accords environ et n’avait jamais réussi à improviser le moindre solo dans sa vie. Ce qui lui manquait en matière de compétence musicale, il le compensait par un perfectionnisme technique. Lors d’un de nos concerts, il lui avait fallu trente-sept minutes pour accorder sa guitare. Avec lui, nous étions sans arrêt sur les nerfs car il suffisait d’un minuscule défaut, à peine perceptible, dans la qualité du son que nous lui fournissions pour qu’il explose dans une de ses crises de fureur. Un jour, dans un pub de Leytonstone, il y avait eu du larsen sur la voix, et il avait bondi hors de scène ; nous l’avions retrouvé un peu plus tard enfermé dans le coffre de sa voiture. Il avait les cheveux coiffés en brosse, un visage qui exprimait une grande intensité intérieure et portait toujours une cravate. Je ne l’ai jamais vu sans. »

« Attendre à un arrêt de bus le dimanche, c’est comme aller à l’église : c’est un acte de foi, la manifestation d’une croyance irrationnelle en quelque chose dont vous voulez affirmer à tout prix la réalité, bien que vous ne l’ayez jamais vu de vos yeux. »

Et le dénouement est aussi inattendu que fracassant : formellement, une belle réussite.

\Mots-clés : #humour #musique #polar #social
par Tristram
le Ven 16 Avr - 21:13
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Jonathan Coe
Réponses: 57
Vues: 3045

Daniel Pennac

La Saga Malaussène, I, Au bonheur des ogres

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 Au_bon10

Attentats à la bombe dans un grand magasin (livre paru en 1985, mais ça choque quand même). Au centre de l’affaire, le narrateur, Benjamin Malaussène, Contrôle Technique au Magasin, Bouc Emissaire « endossant la faute originelle de la société marchande », « un saint » prenant soin de la famille, ses plus jeunes frères et sœurs, tandis que maman batifole. Quant au bouc : en épigraphe, deux citations de René Girard, Le Bouc Emissaire, livre qui m’a aussi marqué. La version Pennac, c’est cet employé qui concentre toutes les réclamations de la clientèle, évitant déboires et débours aux propriétaires de l’établissement.
« − Voyez-vous, le Bouc Emissaire n’est pas seulement celui qui, le cas échéant, paye pour les autres. Il est surtout, et avant tout, un principe d’explication, monsieur Malaussène.
(Je suis un « principe d’explication » ?)
− Il est la cause mystérieuse mais patente de tout événement inexplicable. »

Positionnement socio-politique nettement affiché (et critique), on est à Belleville, et on y vit avec des personnes de couleur et des homosexuels, assez heureux d'ailleurs. Les ogres, ce sont de vrais méchants, mais on est aussi dans l'univers du conte avec la famille Malaussène, tous des enfants, du Petit à l’aîné, Benjamin…
Quelques belles saillies entr’autres :
« Avec cette résignation à la richesse que donne la pratique séculaire des mariages efficaces. »

« Et ils rient du rire carnassier de l’ignorance, le rire féroce du mouton aux mille dents ! »

Polar plein d’esprit, de références littéraires (et à Tintin), d’amour des autres et surtout des enfants.

\Mots-clés : #famille #humour #polar
par Tristram
le Mer 31 Mar - 0:40
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Daniel Pennac
Réponses: 15
Vues: 2004

Richard Brautigan

Retombées de sombrero

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 Retomb10


Ce « roman japonais », d’après le sous-titre, est dédié à Junichiro Tanizaki. Il paraît comme Brautigan vient de découvrir le Japon, et y rencontrer sa future épouse (mais l’auteur met en garde contre la fausse autobiographie).
Un écrivain, « l’humoriste américain au cœur brisé », commence une histoire de sombrero qui tombe du ciel, et pleure, car sa petite amie japonaise l’a quitté.
« Il tendit la main vers le rouleau de la machine à écrire. Tel le croque-mort qui rebraguette un mort dans son cercueil. Et en sortit une feuille de papier avec tout ce qu’il y avait été écrit. Sauf ses pleurs. »

« Parce qu’un écrivain, au bout du compte, ça ne vaut pas grand-chose. Ça coûte trop cher, côté affectif et en plus, c’est trop compliqué à entretenir. C’est comme d’avoir un aspirateur qui n’arrête pas de tomber en panne et qu’il n’y a qu’Einstein à savoir le réparer.
Non. Son prochain amant, ce serait un balai. »

Il se focalise notamment sur un cheveu de la belle :
« Et dire que j’en suis réduit à être fou comme un trou d’avoir paumé un misérable petit bout de cheveu japonais alors que pendant deux ans j’en ai eu toute une tête à portée de main ! »

« Assis sur son canapé, son brin de cheveu à la main l’humoriste américain se sentait vraiment très bien. Parce que c’était un bout de cheveu qu’il avait bien en main. Qu’il n’allait certainement pas reperdre.
Et donc, là, demeura quelques instants à se reposer. Parce que chercher son cheveu n’avait pas été une mince affaire.
Mais basta, c’était du passé.
Le cheveu n’était plus perdu maintenant.
Il l’avait retrouvé et de ça, se sentait bien.
Il le regarda : là, dans sa main.
Et alors ce fut à son imagination de démarrer. »

Tandis qu’il se lamente en remuant ses obsessions, son ex-amante dort et rêve, et l’histoire jetée à la corbeille se poursuit, et tourne à l’émeute, puis à l’insurrection.
On retrouve le style caractéristique de Brautigan, semblant ne parler de rien, entre oisif et oiseux, farfelu, loufoque, ici sur un ton affecté, relevé de quelques grossièretés...

\Mots-clés : #humour
par Tristram
le Lun 1 Fév - 11:07
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Richard Brautigan
Réponses: 56
Vues: 5248

Jasper Fforde

L'affaire Jane Eyre

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 L_affa10

Thursday Next, jeune vétéran de la guerre de Crimée (qui dure depuis 131 années en 1985), est « détective à la Brigade Littéraire du Service des Opérations Spéciales basée à Londres », qui s’occupe des faux en bibliophilie ; elle se retrouve impliquée dans la lutte contre Achéron Hadès, son ancien professeur d’anglais devenu un célèbre et dangereux maître du crime.
« Mais le chiffre d’affaires et les sommes d’argent liquide que brassait la distribution d’œuvres littéraires avaient éveillé l’intérêt du grand banditisme. Je connaissais au moins quatre LittéraTecs londoniens tombés dans l’exercice de leurs fonctions. »

L’originalité de cette fantaisie entre science-fiction uchronique, polar à suspense et métatextualité férue de littérature, c’est la survenue des personnages de fiction dans le monde réel et vice-versa ; cependant, ce monde réel n’est pas tout à fait le nôtre, plutôt un univers parallèle (et occasion de parodie, voire de satire ; on peut ainsi s’interroger sur le mystérieux Groupe Goliath qui pèse tant sur la politique internationale…)
L’enlèvement de Quaverley, personnage secondaire de Martin Chuzzlewit de Dickens, pour l’éliminer du manuscrit original, prélude celui de Jane Eyre.
« Ce n’était pas ainsi que je l’imaginais. Thornfield Hall, je le voyais plus grand et plus fastueusement meublé. Il y régnait une forte odeur d’encaustique et, à l’étage, il faisait un froid de canard. Il n’y avait pratiquement aucune lumière dans la maison ; les couloirs semblaient se fondre dans une obscurité insondable. C’était austère et peu accueillant. Je remarquai tout cela, mais par-dessus tout, je remarquai le silence ; le silence d’un monde sans machines volantes, sans circulation automobile et sans grandes métropoles. L’ère industrielle avait à peine commencé ; la planète avait atteint le tournant du C’était Mieux Avant. »

Une autre belle idée : un théâtre qui joue Richard III tous les vendredis soir avec des interprètes choisis dans le public d’afficionados ! Shakespeare est omniprésent, avec notamment l’énigme de son identité.
Exemple de trouvaille loufoque : les touristes japonais croisés dans un roman victorien.
Il est préférable de bien connaître les grands romans (anglais : Charlotte Brontë, mais aussi Austen, Milton, Carroll, etc.), leurs personnages et leurs intrigues pour goûter cette lecture pleine d’allusions, et surtout d’humour. On pourrait regretter une certaine superficialité ou puérilité, un peu trop de platitudes et clichés dans cette métafiction, mais l’imaginaire original est là.
Et je ne peux m’empêcher d’y voir une allégorie des réécritures et autres révisionnismes historiques…

\Mots-clés : #historique #humour #polar #sciencefiction #universdulivre
par Tristram
le Ven 8 Jan - 12:45
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Jasper Fforde
Réponses: 8
Vues: 533

Jorge Amado

Les Deux Morts de Quinquin-la-Flotte

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 Les_de12


Joaquim Soares da Cunha, « cet époux et père timide et bon autant qu’obéissant, qui devenait sensé et conciliant pour peu qu’on élevât la voix ou qu’on prît un air sévère » est mort pour sa famille : voici dix ans que ce respectable retraité la quitta, confite en bienséance, pour devenir une figure du petit peuple de Salvador de Bahia, parmi les paresseux, sans métier, ivrognes, chanteurs et musiciens, joueurs, amateurs de capoeira (art martial scénarisé introduit par les esclaves noirs) et de candomblé (religion importée par les mêmes, et mêlée de catholicisme).
Dix ans plus tard, c’est Quinquin-la-Flotte qui meurt :
« C’était le cadavre de Quinquin-La-Flotte, tafiateur, débauché et joueur impénitent, sans famille, sans foyer, sans fleurs et sans prières. Ce n’était pas Joaquim Soares da Cunha, fonctionnaire émérite de la Perception, mis à la retraite après vingt-cinq ans de bons et loyaux services, époux modèle à qui tout le monde tirait son chapeau et serrait la main. Comment est-il possible qu’à cinquante ans on abandonne sa famille, sa maison, les habitudes de toute une existence et ses vieilles connaissances pour aller vagabonder dans les rues, boire dans les tavernes sordides, fréquenter les prostituées, vivre malpropre et non rasé, habiter dans un taudis infâme et dormir sur un grabat misérable ? »

Et la famille tente de l’enterrer au moins cher, en le soustrayant à l’affection de ses compères de débauche :
« Dès qu’un homme meurt, il recouvre la respectabilité la plus authentique, même s’il a fait des folies de son vivant. La mort, de sa main qui sème l’absence, efface les taches du passé, et la mémoire du défunt brille avec l’éclat du diamant. C’est la thèse de la famille, approuvée par les voisins et par les amis. »

Quinquin est mort dans son sommeil, le sourire aux lèvres, et son cadavre garde un semblant de vie lors des funérailles :
« …] le mort se reposait des fatigues de sa toilette. »

C’est une marque de fantastique qui paraît typiquement sud-américaine, ici habilement intégrée, et avec humour ; le cadavre s’anime un peu lorsqu’une personne seule le considère, ou quand la compagnie est prise de boisson... et lui redonne une certaine vie...
Et Floflotte, le « vieux loup de mer », mourra comme il le voulait.
« – Que chacun s’occupe de son propre enterrement... rien n’est impossible. »

Le livre est aussi prétexte à dépeindre le peuple multiracial des bas quartiers, sa truculence entre misère et pègre, et son folklore vivace ‒ ce qu’Amado a souvent brossé, avec bonheur.
C’est un roman court, surtout si comme moi on se dispense de la lecture de la préface, qui représente 40% du volume, et un des meilleurs d’Amado, par ailleurs inégal.
Je recommanderais également la lecture de Dona Flor et ses deux maris et de Tereza Batista.


Mots-clés : #humour #social
par Tristram
le Lun 14 Déc - 19:45
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Jorge Amado
Réponses: 5
Vues: 611

Nicholson Baker

La Mezzanine

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 97822210

Trouvant de très sympathiques qualités à Mezzanine je jugeais cependant que Nicholson Baker en faisait un peu trop avec ses notes de bas de pages. Mais Baker explique la raison d’être de ces multiples « ajouts » d’une façon désopilante et avec des mots qui m’ont fait penser à ce que disait Marcel Schwob dans l’introduction de ses Vies imaginaires, quoique le dada de ce curieux personnage de Mezzanine soit un peu moins artiste, ou plus solipsiste que celui de l’écrivain français.

Marcel Schwob a écrit:L’art est à l’opposé des idées générales, ne décrit que l’individuel, ne désire que l’unique. […] Les idées des grands hommes sont le patrimoine commun de l’humanité : chacun d’eux ne posséda réellement que ses bizarreries. Le livre qui décrirait un homme en toutes ses anomalies serait une œuvre d’art comme une estampe japonaise où on voit éternellement l’image d’une petite chenille aperçue une fois à une heure particulière du jour.]


Dans Mezzanine, il s’agit principalement d’objets, des interactions les plus anodines, de détails triviaux en somme : toutes ces choses sont insignifiantes prises une à une mais ne le sont pas dans l’ensemble qu’elles constituent. Chez ce personnage excentrique, la conscience méticuleuse des objets et de l’espace suit la plus ou moins heureuse formation de son être, de son identité. Nicholson Baker a beaucoup de tendresse pour son personnage et ne cache pas que de l’inquiétude se niche dans toutes les observations de cet employé de bureau ayant usé ses lacets. Autre différence notable avec l’esthétique Schwobienne et le monde des Vies imaginaires, est l’idée sous-jacente chez l’écrivain américain que toutes les choses avec lesquels son personnage entretien un rapport qui frise l’affection, toutes ces choses sont reproduites sans lassitude, du moins jusqu’à obsolescence.


Mots-clés : #humour #viequotidienne
par Dreep
le Mar 8 Déc - 12:58
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Nicholson Baker
Réponses: 1
Vues: 439

Joaquim Maria Machado de Assis

Mémoires posthumes de Brás Cubas

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 2 Mzomoi10

D’entrée, Machado de Assis se place sous l’égide de Sterne et Xavier de Maistre, et les digressions empreintes d’humour qui suivent en attestent. Le narrateur est un Carioca qui se présente en effet non pas comme « à proprement parler, un auteur défunt, mais un défunt auteur »… Un ascendant du Pedro Páramo de Rulfo, mais l’analogie s’arrête là (quoique l'auteur soit vraisemblablement une des sources du réalisme magique). Brás Cubas nous raconte comment il est mort d’une idée fixe, « l’invention d’un médicament sublime, un emplâtre “anti-hypocondriaque” »… « l’amour de la renommée, l’emplâtre Brás Cubas. »
« Peut-être le lecteur sera-t-il surpris de la franchise avec laquelle j’expose et mets en lumière ma médiocrité ; qu’il n’oublie pas que la franchise est la première qualité d’un défunt. »

« Mais c’est cela justement qui fait de nous [les morts] les maîtres de la terre, c’est ce pouvoir de faire revivre le passé, afin de toucher du doigt l’instabilité de nos impressions et la vanité de nos affections. Laisse Pascal affirmer que l’homme est un roseau pensant. Non ; l’homme est un erratum pensant, cela oui. Chaque âge de la vie est une édition, qui corrige l’édition antérieure, et qui sera corrigée elle-même, jusqu’à l’édition définitive, que l’éditeur distribue gratuitement aux vers. »

Dans cette biographie ou récit posthume, il s’adresse directement au lecteur (comme déjà le Cervantès de Don Quichotte) :
« Comme les autres lecteurs, ses confrères, je pense qu’il préfère l’anecdote à la réflexion, en quoi il a bien raison. Nous y arriverons donc. Mais il ne faut pas oublier que ce livre est écrit sans hâte, avec le flegme d’un homme déjà délivré de la brièveté du siècle, œuvre éminemment philosophique, d’une philosophie inégale, tantôt sévère, tantôt plaisante, qui ne veut ni construire ni détruire, qui ne peut ni enflammer ni refroidir, qui est tout de même plus qu’un passe-temps et moins qu’un apostolat. »

« Je revins… Mais non, n’allongeons pas ce chapitre. Parfois je m’oublie à écrire et ma plume court, mangeant le papier, non sans préjudice pour moi, l’auteur. De longs chapitres conviennent mieux à des lecteurs d’esprit pesant, tandis que nous, nous ne sommes pas un public in-folio, mais in-douze : peu de texte, grandes marges, impression élégante, tranche dorée et vignettes…, vignettes surtout… Non, n’allongeons pas ce chapitre. »

« Que le lecteur ne s’irrite pas de cette confession. Je sais bien que, pour chatouiller les nerfs de son imagination, je devrais souffrir d’un profond désespoir, répandre quelques larmes et m’abstenir de déjeuner. Ce serait romanesque, mais ce ne serait pas biographique. La réalité pure est que je déjeunai comme les autres jours, soignant mon cœur avec les souvenirs de mon aventure et mon estomac avec les plats fins de M. Prudhon… »

Dans le même esprit, l’auteur-narrateur se commente en délectables apartés qui créent une connivence facétieuse avec le lecteur :
« Je ne me rappelle plus où j’en étais… Ah oui ! aux chemins inconnus. »

« Le manque d’à propos m’a encore fait perdre un chapitre. N’aurait-il pas mieux valu dire les choses tout uniment, sans tous ces heurts ? J’ai déjà comparé mon style à la démarche des ivrognes. »

« La fin du dernier chapitre m’a laissé si triste que je me sentirais capable de ne pas écrire celui-ci, de me reposer un peu, de purger mon esprit de la mélancolie qui l’embarrasse, avant de continuer. Mais non, je ne veux pas perdre de temps. »

Il m’a ramentu notamment Brantôme ; on pense également à des auteurs comme Voltaire (auquel il sera souvent fait référence plus loin) :
« Je songeai alors que les bottes étroites sont un des plus grands bonheurs de la terre, car, en faisant souffrir les pieds, elles donnent naissance au plaisir de se déchausser. »

Certains passages, parfaitement hors de propos, sont fort savoureux, tel le chapitre 21 : son baudet s’emballe et le jette à bas, il est sauvé par un muletier et décide de gratifier ce dernier d’une somme d’argent, dont le montant diminue rapidement comme il se remet de l’accident…
Suivant généralement le caprice du « trapèze de [s]on esprit », Brás Cubas regarde souvent ses chaussures, le bout de son nez ou une mouche, lors de médiations parfois amères. Il égrène ainsi quelques brèves observations à propos de l’enterrement de son père, puis conclut :
« Cela paraît un simple inventaire : ce sont des notes que j’avais prises pour un chapitre triste et banal, que je n’écrirai pas. »

Certaines phrases bien senties confient à l’aphorisme ou à l’apophtegme (parfois dans l’ombre de Shakespeare, de Calderón de la Barca et d’autres) :
« Jamais je n’ai cessé de penser en moi-même que notre petite épée est toujours plus grande pour nous que l’épée de Napoléon. »

« Sur le théâtre de la tragédie humaine, peut-être eût-il suffi d’un figurant de moins pour faire tomber la pièce. »

« Il y a des inventions qui se transforment ou disparaissent, les institutions elles-mêmes meurent : l’horloge est définitive et perpétuelle. Le dernier homme, au moment de quitter cette terre froide et dévastée, aura dans sa poche une montre, pour savoir l’heure exacte de sa mort. »

Et cette belle définition de l’aveuglement humain :
« …] ce phénomène, pas très rare sans doute, mais toujours curieux : l’imagination élevée au rang de conviction. »

Machado de Assis revient sur ce thème, lorsque le mari de son amante sacrifie son ambition à sa superstition. Justement, Brás Cubas nous raconte ses amours, « La belle Marcella », cupide ; Eugénia, « la fleur du bosquet » ; surtout Virgilia, femme de cet ami ; enfin Nhã-lolo, ou Eulalia. Il nous présente aussi Quincas Borba, philosophe théoricien de « l’Humanitisme » ; ce personnage est à l’origine vraisemblablement du roman éponyme ultérieur. De même, « L’aliéniste » de rencontre donnera une novella l’année suivante.

Ce roman assez court est fragmenté en 160 chapitres brefs, ce qui en rend la lecture agréable. Pour donner le ton, voici deux chapitres in extenso :
« 124
Intermède
Qu’y a-t-il entre la vie et la mort ? Un simple pont. Cependant, si je ne composais pas ce chapitre, le lecteur éprouverait une pénible secousse, assez préjudiciable à l’effet du livre. Sauter d’un portrait à une épitaphe est chose courante dans la vie réelle ; mais le lecteur ne se réfugie dans un livre que pour échapper à la vie. Je ne prétends pas que cette pensée soit de moi : je prétends qu’il y a en elle une dose de vérité et que, tout au moins, la forme en est pittoresque. Et je le répète : elle n’est pas de moi. »

« 136
Inutilité
Mais, ou je me trompe fort, ou je viens d’écrire un chapitre inutile. »

À la fois démonstration et fin en soi, l’histoire se dilue, badine, dans l’insignifiance humaine.
Un auteur à mon gré, que je regretterais de n’avoir pas découvert plus tôt !

\Mots-clés : #absurde #humour #xixesiecle
par Tristram
le Jeu 26 Nov - 23:26
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Joaquim Maria Machado de Assis
Réponses: 6
Vues: 1357

Revenir en haut

Page 2 sur 9 Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9  Suivant

Sauter vers: