Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Lun 27 Mai - 23:37

331 résultats trouvés pour nouvelle

Richard Millet

Sept passions singulières

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 Sept_p10

Leçons pour le Mercredy Sainct
Le claveciniste d’une petite formation de musique sacrée ancienne raconte comment la mezzo exécute un exigeant contrat de chant signé avec un « intermédiaire ».

Feierlich, misterioso
Dans une très obscure ville du Centre qui possède de nombreuses églises, Cécile est une ancienne servante qui allume les cierges avant de se coucher pour mourir.
« Ces êtres errants, je le répète, nous ne les chassons pas ; nos coutumes et nos Lois sont sévères pour tous, mais nous ne sommes point aveugles à la misère d’autrui : nous acceptons qu’on vienne mourir dans nos rues, sous les porches de nos églises, au pied des vieux tilleuls de nos petites places ; d’ailleurs ces pauvres hères sont pour la plupart d’anciens membres de notre communauté bannis autrefois de la cité ; nous aimons le repentir et l’expiation. »

Dans la ville de L.
Une narratrice parle de celui qui l’aborde dans ses promenades pour lui faire une confidence.

Le jeune mort
Un jeune garçon par ennui se comporte abjectement, provoque son entourage qu’il fait souffrir – jusqu’au suicide.
« …] parler (c’est-à-dire ne plus pouvoir faire la part de la vérité et du mensonge) [… »

Le soldat Rebeyrolles
Ce soldat occidental garde la demeure du Propriétaire (au Liban ?) avec une jeune villageoise qui lui est destinée, et dont il ne jouit pas.

Aux confins de l’Empire
Histoire de l’enfance à la disparition d’un provincial enthousiasmé par l’Empire colonial et militaire, qu’il prônera même après sa chute.

Petite suite de chambres
Dix-huit brefs textes sur le retour en Corrèze du narrateur, un écrivain qui loge dans les chambres désertées de l’Hôtel du Lac tenu par sa tante, et qui, devenu mécréant, se sent moribond, jusqu’à ce qu’il atteigne la chambre où sa mère est morte dans son enfance.
« Ces revenants, on les traite de mauvais coucheurs : on trouve qu’il ne devrait pas être permis de vivre si longtemps, et que si l’on est mort, ce n’est pour se mettre à errer de la sorte. On vit même, un soir d’hiver, un vieil homme qui venait de temps à autre tirer la langue à l’entrée du village, pourchassé par ses propres enfants qui le battirent quand ils l’eurent rattrapé. Nul, ici, ne fit le moindre geste ; les collines retentissaient de cris féroces ; et un esprit sagace de conclure : "Ce vieux Léon, faire ça à ses enfants ! Il a donc une pierre à la place du cœur…" »

Ces sombres « passions » (au sens d’action de souffrir), souvent sinistres, sont marquées d’austère rigueur, de morbidité même, et me semble-t-il d’un certain protestantisme, voire de jansénisme.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mer 24 Mai - 13:11
 
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Sujet: Richard Millet
Réponses: 16
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Wallace Stegner

Le Goût sucré des pommes sauvages

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 Le_goz11

Cinq nouvelles.
Le Goût sucré des pommes sauvages : celles d’un verger abandonné près d’un village mort du Vermont.

Jeune fille en sa tour : un retour dans l’espace et le temps, et le ressouvenir de l’innocence perdue.

Guide pratique des oiseaux de l’Ouest : le narrateur, Joe Allston, un agent littéraire à la retraite, savoure l’environnement aviaire de sa nouvelle propriété californienne. Invité à un cocktail rupin avec son épouse Ruth chez Bill et Sue Casement :
« Sam Shields, l’homme à la bétonnière increvable et aux étendues d’allées et de patios cimentés, de fosses à barbecue et autres incinérateurs, proche voisin des Allston, maçon qui, défiant le paradis et l’isostasie, a bâti lui-même sa maison au bord de la faille de San Andreas. »

« Nous contournons le plongeoir, poussons jusqu’à la pelouse, plus souple et plus paisible, avec la texture d’un tapis merveilleusement épais. Quelque chose sous mon pied, oups ! qu’est-ce que c’est que ça ? Un arceau de croquet. La moitié d’un bon verre renversé sur la robe de Ruth ? Non. Un autre Japonais se porte à la rescousse, sorti du gazon tel un champignon. Merci, merci. Grand sourire aux dents éclatantes, impossible de savoir ce qu’il pense. Du mépris ? Ces Américains qui picolent ? Mais quid alors de toute leur gentillesse, leur hospitalité, leur générosité ? Qu’est-ce que vous en faites, mon vigilant et impeccable ami, toutes dents dehors ? Préféreriez-vous que nous soyons des aristocrates français tout droit sortis de chez Henry James ? Absurdité. N’abrite probablement aucune pensée de ce genre. Bon serveur, bien formé. »

« Des Américains spirituellement vides passent leur temps à importer des zèbres, des léopards ou des crocodiles en guise d’animaux de compagnie. Cela fait partie de cette démangeaison qui les porte à l’acquisition et au sensationnel. La décadence romaine. »

La soirée est dédiée à la promotion d’un jeune pianiste juif polonais, Arnold Kaminsky, d’entrée antipathique à Joe qui le voit comme un « génie glandulaire » :
« Sue s’est arrêtée à une table voisine pour parler aux Ackerman, au critique chenu et au fabricant de clavecins. La petite prof de musique, stéréotype de la sœur sans charme dans un roman de Jane Austen, a réussi à s’introduire dans ce cercle musical. On se croirait dans un traité d’ornithologie : la façon dont les espèces restent entre elles et dont les juncos, linottes et autres granivores sautillent en un même endroit, tandis que les merles razzient en masse les baies des houx et que les geais jacassent à n’en plus finir dans les amandiers. La compagnie s’est décomposée en ses éléments : voisins, inconnus, ce petit noyau de musiciens. Voilà que Sue, penchée au-dessus d’eux, fait signe à Kaminsky d’approcher et qu’il arrive en contournant le plongeoir, pareil au petit du coucou, dont le comportement naturel et immuable est de tendre son gosier sans fond et d’engloutir tout ce que lui apporte une mère adoptive inepte. »

Mais, malgré sa grande expérience, Joe s’interroge vainement…

Fausses perles pêchées dans la fosse de Mindanao : Robert Burns, « ambassadeur culturel représentant une fondation en faveur de l’unité de l’humanité », parcourt le (Tiers) monde avec bonne volonté, mais au détriment de sa santé ; présentement aux Philippines, il est confronté à une réalité humaine qui le laisse dubitatif.

Genèse : un jeune Anglais, Rusty Cullen, devient cow-boy dans le Saskatchewan, et participe à un rassemblement de bétail avant l’hiver. Le froid s’établit, ce qui occasionne une savoureuse variation aux « parolles gelées » de Rabelais :
« Il avait déjà tout compris sans trop de mal. Il faisait tellement froid dehors que, sitôt prononcées, leurs paroles s’étaient trouvées congelées, solidifiées comme du plomb. Ensuite, quand ce dégel rapide s’est produit, elles se sont détachées d’un coup d’un seul pour tomber sur la tête de ce vieux Dan comme des pointes de glace se détachent du bord d’un toit. Mais il expliquait qu’après ça, même après avoir compris l’affaire, il n’avait plus été question pour lui de rester là-haut : ça le mettait mal à l’aise de penser que quelqu’un pouvait à tout moment lui hurler dans l’oreille avec trois mois de décalage. Il disait qu’il avait toujours préféré sa conversation fraîche plutôt que réfrigérée. »

Un blizzard disperse les bêtes, et ils doivent fuir à pied dans une autre tourmente glacée, en réchappant de justesse. Rusty a commencé d’apprendre l’héroïsme ordinaire de la solidarité en milieu hostile.
Le troisième et surtout le cinquième texte sont de plus longues nouvelles, voire des novellas, et toutes des jalons du voyage de l’existence de Stegner, comme autant d’amorces de romans, ainsi qu’il le confie dans une note en postface de 1989 :
« Il ne serait pas juste de dire que ces nouvelles, réunies à l’approche du terme d’une vie d’écriture, constituent une autobiographie, même fragmentaire. Pour m’y être essayé, j’ai compris qu’on ne pouvait m’y faire confiance. Je hais le côté restrictif des faits ; je ne puis m’empêcher de remanier, supprimer, ajouter, enjoliver, inventer et améliorer. L’exactitude m’importe moins que la suggestivité ; j’ai la mémoire aussi inventeuse qu’enregistreuse et, lorsqu’elle a œuvré dans ces récits, ce fut presque aussi librement que s’ils n’avaient rien à voir avec mon histoire personnelle. […]
Si l’art est un produit dérivé de la vie, et c’est mon opinion, alors j’entends que ma production reste aussi proche que possible de la terre et de l’expérience humaine. Or la seule terre que je connaisse est celle sur laquelle j’ai vécu, la seule expérience humaine dont je sois sûr est la mienne. »


\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Ven 19 Mai - 14:10
 
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Sujet: Wallace Stegner
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Haruki MURAKAMI

Tony Takitani

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 Tony_t10

L’épouse de Tony Takitani, une acheteuse compulsive de vêtements, décède.
« Pour lui, c’était comme une ombre que sa femme avait laissée derrière elle. Des ombres de taille 36, superposées sur plusieurs rangées, pendant sur les cintres. On aurait dit un échantillon des possibilités infinies (ou du moins théoriquement infinies) que recelait l’existence humaine, rassemblées et suspendues là.
Ces ombres avaient épousé étroitement le corps de sa femme de son vivant, avaient bougé avec elle, reçu son souffle tiède. Mais Tony Takitani n’avait désormais plus sous les yeux qu’un troupeau d’ombres misérables, privées de vie, qui se desséchaient d’heure en heure. Ce n’étaient plus que de vieux vêtements dénués de la moindre signification. À force de les fixer ainsi, Tony Takitani se sentit oppressé. Les couleurs tourbillonnaient dans l’air comme du pollen, et venaient imprégner ses narines, ses oreilles, ses yeux. La présence des volants, boutons, épaulettes, poches plaquées, dentelles, ceintures, dont sa femme avait été si avide, paraissait raréfier étrangement l’air de la pièce. »


\Mots-clés : #nouvelle #solitude
par Tristram
le Sam 29 Avr - 12:47
 
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Sujet: Haruki MURAKAMI
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Charles D'Ambrosio

Le Musée des Poissons

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 Le_mus11

Partage des eaux
Ignace, le narrateur, a été placé en orphelinat parce que son père est insensé depuis un accident. Il rencontre Donny, et part en randonnée avec celui-ci et son père, qui lui apprend qu’il divorce.
« C’est le désespoir qui est le contraire de l’amour. »

Drummond & Fils
Drummond est réparateur de machines à écrire à Seattle, et son fils Pete, 25 ans et déséquilibré, vit avec lui.
« Je crois que je me contenterais bien d’être un fils, dit-il. Pas un dieu. »

« Prier m’aidait à m’endormir ou à penser aux filles. »

Scénariste
Le narrateur est interné en psychiatrie, et on lui a adjoint un surveillant pour éviter qu’il se suicide ; c’est aussi un scénariste, en quête d’inspiration pour un scénario. Il rencontre une ballerine qui se brûle le corps.
« Elle me tourna le dos et activa la mollette du briquet, abritant la cigarette du vent avec sa main. Une assiette en papier roula plusieurs fois autour de la terrasse comme dans une course-poursuite, comme dans un jeu d’enfant sans enfant. Une phalène blanche tomba du ciel à la manière d’un pétale, passa par une maille du grillage et atterrit sur ma main. La fraîcheur du soir me donna la chair de poule et un nuage de fumée déchira l’air. La tenue de la jeune femme se consumait. Un liséré de flammes orange grignotait l’ourlet. Je me levai d’un bond pour dire à la ballerine qu’elle brûlait. La phalène s’envola de ma main, une rafale de vent attisa les flammes, il y eut un éclair et la jeune femme prit feu, s’embrasant comme une lanterne japonaise. Elle était enveloppée par les flammes. La chaleur affluait par vagues sur mon visage et je clignais des yeux à cause de la luminosité. La ballerine déploya ses bras et entra en lévitation, sur les pointes, quittant la terrasse tandis que ses jambes, son cul et son dos émergeaient tel le phénix de cette chrysalide en papier, s’élevant jusqu’à ce que la tenue finisse par glisser de ses épaules et flotter au loin, fantôme noirâtre en lambeaux aspiré par une colonne de fumée et de cendres, alors la jeune femme redescendit, nue et blanche, presque imperturbable, les pieds en position de première. »

« Après un mois en psychiatrie, on ne reçoit plus ni télégrammes ni cartes de prompt rétablissement ni peluches, les fleurs perdent leurs pétales, qui se recroquevillent comme des peaux mortes sur la commode, pendant que les tiges se ramollissent et pourrissent dans leur vase. C’est une mauvaise passe, cette mer des Sargasses dans le service psychiatrie, quand les derniers vents de votre ancienne vie ne soufflent plus. Dans le monde réel, je restais légalement marié – ma femme était productrice de films, mais elle m’avait laissé pour quelqu’un de plus sexy, l’acteur vedette de notre dernier film. J’en avais écrit le scénario, plus ou moins autobiographique, et le personnage qu’il jouait était inspiré par feu mon père. Ma femme s’envoyait donc la doublure de papa et on ne s’était pas parlé depuis une éternité. »

Là-haut vers le nord
Le narrateur est invité pour Thanksgiving à un séjour de chasse dans le chalet familial de sa femme, Caroline, qui y fut violée. Sa famille ne le sait pas ; elle n’a jamais connu d’orgasme et enchaîne les infidélités.

L’ordre des choses
Lance et Kirsten se sont connus lors de leur incarcération en Floride, lui pour les amphétamines, elle pour l’héroïne ; ils vivent d’un trafic de quête pour les bébés de drogués et de larcins dans l’Iowa rural.
« Il croyait à l’existence d’une vie riche et méritée parallèle à la leur, vie qu’elle seule pouvait voir, et il sondait ses rêves à la recherche d’indications, tentait de trouver un sens à ses prémonitions, comme si ses cauchemars et ses sautes d’humeur donnaient accès à un monde fait de certitudes, alors que Kirsten, elle, connaissait la vérité : chaque rêve n’est qu’un réservoir de doutes. À force de graviter autour de divers foyers et institutions, elle avait au moins appris cela. Famille d’accueil, centre de désintoxication, de détention – même la femme qu’elle appelait « maman » appartenait à l’institution, à un programme d’aide sociale maladroit. »

Le musée des poissons morts
Ravage dirige l’équipe de charpentiers qui travaille pour Greenfield, un réalisateur de films pornos : Rigo, un réfugié salvadorien, et RB, un Noir. Dans sa sacoche, « le pistolet avec lequel il avait depuis un an l’intention de se suicider. »
« Pour ma femme, impossible de dire “réfrigérateur”. Elle apprend. Alors elle dit “le musée des poissons morts”. »

Bénédiction
Le narrateur et sa femme Meagan vivent depuis peu dans leur première maison, non loin de la Skagit River, dont une crue approche.
« Peut-être parce que mon père était mort dans ma petite enfance et que, fils unique, j’avais été accueilli au sein d’un clan informel d’oncles, de tantes et de cousins, ma conception de la famille, ainsi que de l’amour et de la loyauté, avait toujours été placée sous le signe de la sérénité et de la tolérance plutôt que sous celui de la division et de l’agressivité. Le poids de mes attentes et par conséquent le fardeau de mes déceptions se répartissaient entre un grand nombre de personnes [… »

Ils reçoivent le père et le frère de Meagan ainsi que la femme et le bébé de celui-ci ; cette famille n’est que tensions.

Le jeu des cendres
Kype est parti avec les cendres, le pistolet et la canne à pêche de son grand-père décédé à 99 ans, un pionnier qui l’a élevé ; il va hériter de sa fortune. Kype a pris en stop D’Angelo, qui fait la route depuis Brooklyn, puis Nell, une Makah de la réserve près de l’océan ; c’est le temps de la migration des saumons.

C’est sombre et dense, peu explicable, entièrement dans une atmosphère rendue par un style contenu. Quelque chose d’indicible est suggéré par ces aperçus de rapports humains, quelque chose que les sciences ne peuvent apparemment pas exprimer – en tout cas pas moi ; c’est sans doute à ça que sert la littérature, évoquer un sens subliminaire qu'il n'est pas possible d'aborder autrement.

\Mots-clés : #contemporain #famille #nouvelle #pathologie #psychologique #xxesiecle
par Tristram
le Mar 11 Avr - 12:58
 
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François Sureau

Le chemin des morts

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 Chemin10

Je n'ai pas grand'chose à ajouter au commentaire d'Aventin, et il ne me reste même pas un extrait à citer...
Alors juste pour dire que ce récit, effectivement d'une exceptionnelle clarté rédactionnelle, pose un vrai cas de conscience, au cœur des préoccupations actuelles.
Je voudrais aussi préciser que la lutte contre l'indifférence, qualité marquante de Georges Dreyfus, le président de section du narrateur, m'a paru précieuse par les temps qui courent...

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mer 22 Mar - 11:42
 
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John Maxwell Coetzee

L'Abattoir de verre

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 L_abat10

Ce recueil de sept nouvelles écrites de 2003 à 2017 contient Le Chien (haineux), Histoire (d’un adultère décomplexé), Vanité (un ultime désir de séduire chez la mère de John et Helen), textes brefs.
Dans Une femme en train de vieillir, nous retrouvons Elizabeth Costello, toujours aussi inflexible et indépendante, qui rencontre son fils John et sa fille Helen à Nice. Elle a soixante-douze ans, et sa fille lui propose vainement d’emménager près d’elle.
« En fait, cette ambivalence ne devrait pas la déconcerter. Elle a construit sa vie sur l’ambivalence. Où en serait l’art de la fiction s’il n’y avait aucun double sens ? Que serait la vie même s’il n’y avait que des têtes et des queues, sans rien au milieu ? »

Elle raconte le début d’une de ses fictions en cours.
« L’histoire réelle se passe sur le balcon, où deux enfants d’âge mûr font face à une mère dont la capacité à les perturber et à les consterner n’est pas encore épuisée. »

La vieille femme et les chats : John rend visite à sa mère dans l’Espagne rurale ; elle prend soin des chats des environs et de Pablo, un simplet, mais est devenue presque invalide.
Mensonges : John écrit à sa femme Norma, lui expliquant qu’il n’ose aborder frontalement sa mère à propos de sa proche fin de vie.
L'abattoir de verre : toujours Elizabeth Costello :
« À ton avis, John, cela coûterait combien de construire un abattoir ? Pas grand, juste un petit modèle, histoire de montrer.
– Histoire de montrer quoi ?
– Histoire de montrer ce qui se passe dans un abattoir. Un carnage. Il m’est venu à l’esprit que les gens toléraient le massacre d’animaux parce qu’ils n’avaient jamais l’occasion d’en voir un. Ni d’en voir, ni d’en entendre, ni d’en sentir un. Il m’est venu à l’esprit que s’il y avait un abattoir au milieu de la ville, où chacun pourrait voir, entendre, sentir ce qui se passe à l’intérieur, les gens pourraient changer de pratique. Un abattoir de verre. Un abattoir avec des murs en verre. Qu’en penses-tu ? »

« Parce qu’il est asservi par son appétit, dit Heidegger, l’animal ne peut agir, à proprement parler, ni dans le monde ni sur le monde : il ne peut que se comporter, et se comporter, en outre, que dans le monde délimité par l’ampleur et l’amplitude de ses sens. L’animal ne peut pas appréhender l’autre en lui-même ; l’autre ne peut jamais se révéler tel qu’il est à l’animal. »

Mais où est la raison de Martin Heidegger lorsqu’il désire Hannah Arendt ? À propos des poussins mâles d’un jour qui vont être broyés vifs :
« C’est pour eux que j’écris. Leur vie fut tellement brève, si facile à oublier. Je suis l’unique être de l’univers qui se souvienne encore d’eux, si nous mettons Dieu à part. Après mon départ, il n’y aura que du vide. Comme s’ils n’avaient jamais existé. C’est pourquoi j’ai écrit sur eux, et pourquoi je voulais que tu lises les papiers. Pour que je te transmette, à toi, leur souvenir. C’est tout. »

J’ai eu l’impression qu’Elisabeth Costello, ce personnage "increvable", incarnait moins Coetzee que ne le fait John, son fils.
Moral Tales, le titre original, convenait mieux bien que moins accrocheur ; le vieillissement dans la dignité (et le rapport parent-enfant), puis le spécisme, constituent les thèmes principaux de ces contes fort actuels.

\Mots-clés : #mort #nouvelle #relationenfantparent #vieillesse
par Tristram
le Sam 18 Mar - 11:57
 
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Sujet: John Maxwell Coetzee
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Colum McCann

Ailleurs, en ce pays

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 Ailleu10

Ce pays, c’est l’Irlande. D’abord deux nouvelles assez courtes, l’éponyme et Le bois. La première raconte comme un père est déchiré entre sa jument menacée de noyage et l’aide apportée par l’armée anglaise. L’épisode est raconté par sa fille ; sa femme et son fils sont décédés, et on devine que leur mort est liée à cette force d’occupation. La seconde raconte comme un fils aide sa mère à fabriquer des hampes de bois à l’insu du père, grabataire suite à un problème cardiaque dans sa scierie. Dans les deux textes, une tranche de vie illustre une situation en l’évoquant indirectement.
Une grève de la faim est plutôt une novella. Un gamin, orphelin de père, vit avec sa mère, chanteuse dans un pub ; son oncle est en prison sous Thatcher, et fait la grève de la faim. Il façonne des pièces de jeu d’échec ; un vieux Lituanien lui apprend à faire du kayak. Sa rage reste longtemps entre les mots.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mer 15 Mar - 10:36
 
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Sujet: Colum McCann
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Akiyuki Nosaka

La Vigne des morts sur le col des dieux décharnés et La petite marchande d’allumettes

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 La_vig10

La Vigne des morts sur le col des dieux décharnés
Setsuo et Takao sont frère et sœur, Sakuzô et Tazu leurs père et mère ; ils vivent sur une houillère au col des dieux décharnés. Takao veut faire pousser dans son jardin la vigne des morts, qui croît sur les tombes des victimes de la mine. Pour ce faire, elle aide un bébé à mourir avant de repiquer dessus un plant de cette liane. Elle couche avec son frère puis, celui-ci mort et enterré sous la vigne, son père, dont elle a une fille, Satsuki. À la mort de Sakuzô, Takao prend la direction de la mine ; après le carnage de la Deuxième Guerre, la prospérité y revient, puis un cataclysme l’inonde. Subsiste un village de rescapés qui vivent, dans une débauche permanente, des baies de la vigne ; mais celle-ci s’étiole car il n’y a plus beaucoup de morts : les femmes enfantent pour la nourrir. Usuki, un étudiant enrôlé avant guerre, est resté pour Satsuki, jusqu’à ce qu’il découvre ses relations incestueuses avec sa mère. Il l’enlève et ils s’enfuient, tandis que les derniers habitants s’entretuent.
Oscillant entre le témoignage historique et l’horreur, le mariage hallucinant du conte et de l’obscénité.

La petite marchande d’allumettes
À treize ans, Oyasu à des relations sexuelles avec l’amant de sa mère puis son beau-père. Innocente, elle associe l’odeur des hommes d’un certain âge avec le père qu’elle n’a pas connu. Elle devient masseuse, puis prostituée, de plus en plus déchue et affaiblie, suivant inlassablement cette pulsion. Andersen vu d’un Japon sans faux-semblant tout en étant fantasmatique :
« C’est ainsi qu’elle avait décidé d’exhiber son sexe à la lueur d’une allumette pour cinq yen, technique acquise alors qu’elle logeait dans un de ces bouges. »

Ce qui fait la fascination de l’écriture de Nosaka, ici développant des érotismes morbides, c’est la description factuelle et très précise de situations extraordinaires – peut-être pas si exceptionnelles – de la condition humaine traumatisée, autodestructrice, dans la misère et la dépravation. Insanité et inacceptable rapportés avec un détachement contrastif, une association fort dérangeante du réalisme et de la légende fondus dans une sorte d’excès mesuré.

\Mots-clés : #mort #nouvelle #sexualité
par Tristram
le Dim 12 Mar - 14:42
 
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Sujet: Akiyuki Nosaka
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Paul Gadenne

Baleine

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 Balein10

Au sortir d’une assemblée engourdie dans une atmosphère décadente, Pierre, le narrateur, va voir avec Odile la baleine blanche échouée sur le rivage : « un monument posé sur le cataclysme européen. » Certes allégorie de l’Europe en décomposition dans l’après-guerre (texte publié en 1949), mais présentée dans une très belle écriture (j’ai songé à Gracq par moments).
« – Nous pouvons encore, si vous le préférez, dis-je pour l’éprouver, rebrousser chemin et, renonçant à la baleine pourrie, garder dans notre esprit une idée de baleine éblouissante, avec laquelle vivre heureux. »

« – C’est très gros, et ça lance de l’eau par les narines. Et ça a toujours l’air de lire. »

La bête devient « la Bête », « l’animal biblique, [du] Léviathan », mais cette charogne (baudelairienne) se révèle être aussi une merveille.
« Tout cela à la limite de l’informe, frontière mouvante où l’image d’une grandeur engloutie et celle d’une conscience dissipée dans la matière rivalisaient avec l’obsession de l’odeur et les chimies de la liquéfaction. »

« …] c’était cette mare aux reflets de jasmin et d’ortie, cet épanchement paresseux, promis aux plus troubles métamorphoses. »

« Nous avions cru ne voir qu’une bête ensablée : nous contemplions une planète morte. »

À la fin Pierre revient à sa torpeur, mais Odile l’en tire, rêvant de devenir une pure, d’être la juste qui changerait le cours du monde.
Spectacle devenu courant sur nos côtes, l’échouement des grands mammifères marins pourrait réveiller l’écho de ce triste constat civilisationnel ; demeure au moins ce beau texte à l'image forte.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Jeu 16 Fév - 12:57
 
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Sujet: Paul Gadenne
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Ryûnosuke AKUTAGAWA

La Vie d’un idiot et autres nouvelles

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 La_vie16

L'Eau du fleuve : premier texte publié d’Akutagawa, où il évoque avec nostalgie sa fascination du fleuve traversant Tôkyô, lourd comme de l’huile et participant de la mer où il se jette bientôt.

Un jour, Ôishi Kuranosuke : c’est l’un des quarante-sept rônin (samouraï sans maître) qui ont longuement œuvré en secret pour venger leur maître condamné à se faire harakiri ; lui a contrefait la débauche pour leurrer les espions de leur adversaire, et ce souvenir relativise leur succès.

Lande morte : transposition de l’agonie de Sôseki qu’Akutagawa considérait comme un maître, celle de Bashô qui expire entouré de ses disciples aux pensées ambivalentes.

Les Mandarines : le narrateur, confronté à une petite paysanne inculte dans un compartiment de train, prend conscience de son humanité.

Le Bal : compte-rendu ironique d’un bal avec des Occidentaux à l’ère Meiji ; d’ailleurs on y croise Pierre Loti…

Extraits du carnet de notes de Yasukichi : notations fantaisistes, arrogantes, par petites touches, d’un enseignant civil dans une institution militaire navale. Akutagawa est manifestement en porte-à-faux entre tradition japonaise et occidentalisation, avec le sentiment du dérisoire de l’existence.

Bord de mer : sur le même ton, été finissant à la plage.

Engrenage : le narrateur de ce texte manifestement autobiographique a une illusion d’optique récurrente :
« C'étaient des rouages à demi transparents qui tournaient tournaient inlassablement. »

Abattu, il narre son existence à la fois banale et sinistre, teintée d’onirisme. Un fantôme en manteau de pluie, un suicide, des incendies, des augures et signes ordinairement mauvais, des coïncidences, des références à la mythologie gréco-romaine et à la littérature occidentale, la certitude d’être en enfer, dans une imposture générale, traqué, las de vivre ; vaguant, il écrit.
« Il me fut cependant plus qu'insoutenable de constater que, finalement, l'esprit traditionnel me plongeait dans la même détresse que l'esprit moderne. »

Hanté par la crainte de la folie, parmi tant d’écrivains marqués par le malheur il m’a ramentu Maupassant (nommément cité).

La Vie d'un idiot : ultime texte d’Akutagawa un mois avant son suicide, il y condense son existence en 51 brèves scènes.
« 16
OREILLER
Il lisait un livre d'Anatole France, la tête appuyée sur l'oreiller du scepticisme qui dégageait un parfum de feuilles de rose ; sans s'apercevoir qu'un centaure s'était glissé à son insu dans cet oreiller. »

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LE RIRE DES DIEUX
Il avait trente-cinq ans. Il marchait à travers la forêt de pins que baignait le soleil printanier – tout en songeant à ces mots qu'il avait écrits deux ou trois ans plus tôt : "Malheureusement pour eux, les dieux ne peuvent pas, comme nous, se suicider…" »


\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Dim 29 Jan - 9:51
 
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Sujet: Ryûnosuke AKUTAGAWA
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Carlo Emilio Gadda

Les Colères du capitaine en congé libérable et autres récits

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 Les_co12

Promenade d'automne
Le comte Marco et sa sœur Nerina, Alberto, l’infatigable Rineri et Giovanna font halte dans une chaumière déserte lors d’une randonnée dans les Alpes par un automne pluvieux. Le premier raconte l’histoire d’un assassinat où Stefano, ancien braconnier devenu son fidèle garde-chasse (et ami), est (injustement) soupçonné ; le jeune homme est présentement poursuivi par les gardes, et ne songe qu’à dire son innocence à sa mère, Marco et Nerina (qui l’aime, et est aimée de Rineri).
Premier texte de fiction de Gadda, rédigé dans un style "classique" et châtié.
« La certitude, ce sont les ennemis qui l’ont : ceux qui haïssent croient. »

Voyages de Gulliver, c’est-à-dire du sieur Gaddus – Quelques mesures d’ouverture pour le livre projeté
Parodie bouffonne en "vieil italien" (vieux français en tout cas pour les lecteurs de cette traduction ; les traducteurs de Gadda, comme ceux de l’Ulysse de Joyce, doivent se livrer à une transposition inventive recourant à l’archaïsme, aux lexiques érudits et/ou techniques, aux argots et autres langues, comme à la néologie), louange du bonheur de la « Breanza », « la terre lombarde » – farce rabelaisienne !

Les colères du capitaine en congé libérable
Sous-titre : « Première colère : contre Sémiramis, la chasse d’eau, les cylindres zingués, l’architecte Gutierrez et le physicien Wollaston. Triomphe d’une céramique. » L’irascible capitaine Gaddus s’emporte contre le bruyant ramassage des poubelles métalliques tôt matin, les orgues de Barbarie, les chaînes de chasse d’eau trop fragiles… Humour, caricature, baroquerie dont il est malheureusement difficile de citer de brefs extraits.

Domingo del señorito en escasez – Dimanche du jeune seigneur désargenté
Déboires d’un jeune hidalgo impécunieux, relatés dans un sabir hispanisant.

L’Enquiquineur
« L’enquiquineur est nécessairement un homme, un mâle. Une profonde et heureuse expérience de la vie m’induit à exclure qu’existe l’enquiquineur femelle, cependant qu’existent aujourd’hui des femelles, autrement dit des femmes, brillamment parifiées à l’homme : femmes ambassadeurs, femmes sénateurs, femmes peintres, femmes écrivains, femmes critiques, femmes ministres, femmes juges, femmes policiers. En une époque qui restera mémorable dans l’histoire de l’humanité pour avoir sanctionné l’égalité des deux sexes, en droit comme en fait, nous sommes heureux de constater que dans la parification des signes caractéristiques et des passeports, un seul signe caractéristique masculin a refusé de se laisser parifier : la tendance à rompre la tête à son prochain, qui chez la femme est nulle, et chez l’homme infinie. »

Une commande importante
Le chevalier Mazzelini, des Fournitures hospitalières et hôtelières, conclut avec la mère supérieure des moniales de San Giuseppe une commande de couture. Le lendemain, il livre une partie du tissu nécessaire avec le marchand, puis le reprend, seul, laissant patienter le commerçant qui attend son paiement pour céder le reste de la livraison…

L’interrogatoire
En patois cette fois :
« Des papiers, des papiers : paperasses et contre-paperasses. Toute l’Italie n’est qu’une grande pile de paperasses : p’r une qu’on lit, n’en a dix mille qu’on écrit. Des papiers, des papiers et encore des papiers. Polisse, polisse. Procès-verbal, avis, mandat, rapport, archives judissiaires, archives politiques, pièce numéro deux numéro trois numéro quatre, table et chaise, encriller et stylo-bon à sucer, menottes et dôssier d’enregistrement de tous ces connards de morts ! Et le portemanteau vekk la patère par terre, chaque fois ! Et les latrines, toultemps, vekk le tuyau bouché ! plus qu’on tire, plus qu’y sort de l’eau, et plus elle monte, c’te fille de pute, elle monte, elle monte : et elle te régurgite tout un archipel de gnocchi en chocolat cassés qui font peur à voir :… qui flottent sur les hautes eaux. Tout’ les fois qu’t’y vas, tout’ les fois, tout’ les fois… Un Marelström !… Et ils tournent, et ils tournent, qu’on dirait qu’y sont pris de folie, et l’eau qui monte, qui monte… continue d’monter, glou glou glou glou glou… L’déluge qui s’arrête pus d’monter et te flanque une de ces trouilles !… « Mais où va-t-elle aller ffinir, c’te saloperie ?… » qu’tu penses. En tenant ton caleçon à la main. Ma foi. »

Ce dialogue (célinien ?) d’un interrogatoire de « polisse » constitue un chapitre écarté du « pastis » de la « rue des Merles » : Balducci, dont l’épouse a été assassinée, répond au docteur Fumi et à Don Ciccio Ingravola, sous le portrait officiel de « le Merda » (fasciste), de ses rapports avec sa pupille, Virginia Troddu…

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par Tristram
le Jeu 8 Déc - 12:41
 
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Sujet: Carlo Emilio Gadda
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John Maxwell Coetzee

Trois histoires

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 Trois_14

Une maison en Espagne
Un écrivain dans la cinquantaine achète une vieille maison en Catalogne.

La ferme
Dans le Karoo, l’aire de battage du blé demeure alors que sa culture a disparu « sur des terres jadis arables désormais redevenues le veld pelé ». Aux mains des promoteurs, toute la région n’est plus qu’attraction touristique.

Lui et son homme
Robinson (thème qui a déjà inspiré Foe) est revenu de son île ; habitué à la solitude et au silence, il s’est retiré à Bristol.
Son serviteur Vendredi, « son homme », lui envoie des chroniques sur les canards appelants du Lincolnshire (« Les fens sont des étendues marécageuses » où les appelants élevés là ramènent d’autres canards d’Europe), mais aussi le couperet de Halifax et l’année de la peste. Robinson médite sur des allégories de son séjour sur l’île ; pour remplacer son perroquet il en achète un autre. Il a écrit ses mémoires, que nous connaissons, thème repris par de nombreux plagiaires.
« Mais à présent, à y mieux réfléchir, il sent s’insinuer dans son cœur comme un grain de camaraderie pour ses imitateurs. Car il lui semble maintenant qu’il n’existe dans le monde qu’une poignée de récits ; et si on interdit aux jeunes de pirater les anciens, il leur faut alors à jamais garder le silence. »

Mais il n’a plus de facilité à écrire comme « son homme », qu’il n’espère plus croiser.
« Comment faut-il se les figurer, cet homme et lui ? Le maître et l’esclave ? Des frères, des jumeaux ? Des compagnons d’armes ? Ou des ennemis, des adversaires ? »


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par Tristram
le Dim 4 Déc - 11:43
 
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Sujet: John Maxwell Coetzee
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Olga Tokarczuk

Histoires bizarroïdes

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 Histoi10

Le passager : La peur est d’origine interne.

Les Enfants verts ou Le récit des événements étranges survenus en Volhynie et établis par William Davisson, médecin de Sa Majesté Jean II Casimir, Roi de Pologne : Histoire rapportée par le médecin et botaniste français d’origine écossaise dans la Respublica polonaise à la mi-XVIIe (en guerre avec ses voisins, comme souvent dans son histoire). Elle évoque deux petits sauvageons sylvestres, portant comme de nombreux Polonais la plique, longue chevelure enchevêtrée et feutrée.

Les bocaux : La mère d’un cinquantenaire meurt ; lui qui vivait à ses crochets, bière et foot à la télé, subsiste des conserves qu’elle avait accumulées, jusqu’à ce qu’il en meure.

Les coutures :
« Ce matin-là, assis sur la cuvette des toilettes, il remarqua que ses chaussettes étaient toutes les deux traversées en leur milieu par une couture, une couture bien faite, à la machine, des orteils au rebord élastique. »

Le vieil homme veuf constate aussi que l’encre devient marron, les timbres ronds, etc.
« – Avec nous, il en est comme avec les vieux sabliers, savez-vous, mon ami. J’ai lu quelque chose là-dessus. Dans ceux-ci, les grains de sable deviennent de plus en plus ronds à force de glisser, et ils vont plus vite. Les vieux sabliers sont bien plus pressés. Le saviez-vous ? Il en est de même avec notre système nerveux, il s’est usé, voyez-vous, il est fatigué, les stimuli le traversent comme une passoire et nous avons l’impression que le temps nous échappe. »

La visite :
« Mes créations s’adressent aux enfants, eux seuls lisent vraiment. Les adultes se sentent coupables de leur logophobie et ils la compensent en achetant des petits livres à leurs fillettes et leurs garçonnets. »

La narratrice est une créatrice de BD dans un futur où les égons (égo + on ?) vivent en égotons, sortes de familles où on débranche l’égon dont on n’a plus besoin.

Une histoire vraie : Mésaventure d’un étranger dans une ville inconnue, apparemment peu empathique.

Le cœur : Le receveur d'une transplantation cardiaque s’interroge sur le donneur.

Le Transfugium : Par choix, on peut dorénavant être métamorphosé en loup, et lâché dans le Cœur, ce qu’on appelait autrefois une réserve, là où les humains ne peuvent pénétrer.

La montagne de Tous-les-Saints :
« La réussite de ma vie, c’est ce test psychologique qui permet d’étudier les caractéristiques psychiques in statu nascendi, autrement dit alors que celles-ci ne se sont pas encore révélées, structurées en système, pour aboutir à la maturité d’une personnalité d’adulte. Mon Test des Tendances Évolutives s’est rapidement attiré une reconnaissance mondiale et était utilisé partout. Il me valut d’être connue, de devenir professeur d’université et de vivre paisiblement en améliorant régulièrement le détail des procédures. Le temps montra que le TTE avait une justesse de prédiction au-dessus de la moyenne et, grâce à lui, il était possible de prévoir avec une grande exactitude ce qu’un individu deviendrait, quelle direction emprunterait son évolution. »

« Je disais que toute tentative pour prévoir l’avenir fascinait et, dans le même temps, suscitait une immense résistance irrationnelle. Provoquait une inquiétude panique qui est indéniablement identique à la crainte de la fatalité que l’humanité affronte depuis l’époque d’Œdipe. Au fond, les gens ne veulent pas connaître l’avenir.
Je leur disais aussi qu’un bon outil psychométrique rappelait un piège génialement bien construit. Une fois que le psychisme s’y laisse prendre, plus il se débat, plus il sème de traces derrière lui. Nous savons aujourd’hui qu’à sa naissance l’homme est une bombe de potentialités diverses, et que, tandis qu’il grandit, il ne s’enrichit guère ni n’apprend, mais élimine plutôt des possibilités successives. Pour finir, la plante fournie et sauvage se transforme en une sorte de bonsaï nain, taillé de partout, miniature rigide du soi possible. Mon test diffère des autres en ce qu’il ne mesure pas ce que nous gagnons dans notre évolution, mais ce que nous perdons. Nos possibilités se restreignent, mais, de ce fait, il est plus aisé de prévoir qui nous deviendrons. »

La narratrice, vieille et malade du cancer, fait passer son test à des adolescents adoptés dans le cadre d’un programme de recherche à l’Institut, dans la montagne suisse. Dans le même temps, elle fréquente un couvent de moniales qui périclite à proximité, et révère facétieusement la dépouille momifiée de Saint Auxence, adornée avec zèle depuis le XVIIe ; c’est un de ces saints martyres romains préparés par l’Église avec les cadavres découverts dans les catacombes et distribués dans la chrétienté pour soutenir la foi catholique à l’époque de l’hérésie luthérienne.
« On y découvrait que se répétait régulièrement, au cours des décennies qui se succédaient, ce que l’on pouvait appeler des modes. Ainsi par exemple, à la fin du XVIe siècle, en quelques années, apparurent de nombreux saints empalés par des païens ; à chaque fois, la description de leurs souffrances était crue, imagée. Le talent littéraire du rédacteur anonyme faisait qu’un véritable frisson d’effroi parcourait le lecteur. À la même époque, les saintes femmes souffrirent principalement de voir leurs seins coupés et ceux-ci devinrent leurs attributs. Elles les présentaient sur un plateau devant elles. Durant la deuxième décennie du XVIIe siècle, ce furent les décapitations qui eurent le vent en poupe. Les têtes coupées retrouvaient miraculeusement leur corps auquel elles se scellaient tout aussi miraculeusement. »

Sœur Anna est allée en Inde, où elle croyait la sainteté encore présente, chercher de nouvelles religieuses.
« Elles me dirent que les intouchables y déposaient les cadavres des vaches sacrées pour qu’ils ne polluent pas la cité. Ils les laissaient simplement au soleil brûlant et la nature faisait son œuvre. Je demandai à faire un arrêt et, étonnée, j’approchai d’un des monticules. Je m’attendais à ce qu’il soit fait de restes, avec la peau et les os desséchés par le soleil. Pourtant, de près, c’était autre chose : des sacs en plastique chiffonnés, à demi décomposés, avec le nom toujours visible de chaînes de magasins, des fils, des élastiques, des bouchons, des gobelets. Aucun suc digestif naturel ne pouvait venir à bout de la chimie humaine la plus élaborée. Les vaches se nourrissaient d’ordures qu’elles transportaient non digérées dans leur estomac. Voilà ce qui reste des vaches, me dit-on. Le corps disparaît, dévoré par les insectes et les rapaces. Reste ce qui est éternel. Les ordures. »

La narratrice entrevoit le but des recherches. Novella qui est le texte m’étant paru comme le plus attachant du recueil.

Le calendrier des fêtes humaines : Ici aussi, nous sommes dans le futur :
« Initialement, ces bactéries avaient été injectées dans les mers pour qu’elles y dissolvent les détritus en plastique, mais, avec le temps, elles avaient migré sur la terre ferme et avaient attaqué tous les plastiques du monde. »

Ilon le Masseur s’occupe du corps (fort meurtri) de Monodikos, « le Phoros, le Vecteur vers l’Avenir » de cette société, qui meurt et revient à la vie tous les ans. Il a reporté sur une « mappe-corps » (mannequin en latex, carte du corps à l’instar d’une mappemonde) ce qu’il a découvert dans cet organisme qu’il connaît exceptionnellement bien.
« Avec le temps, on admit cette vérité : le corps gardait en mémoire les événements et le vécu, il les conservait en lui telles des archives. »

Et, dans ce monde où sévit la rouille, ordonné par les solstices, cette sorte de bouc émissaire s’épuise.
« Son intelligence [celle de Monodikos] était un peu différente de celle des hommes. Il avait un esprit de synthèse plus développé. Peut-être était-ce pour cela que cette variante bizarre des médias – des t-shirts à la place des journaux et des maigres informations télévisées – lui convenait mieux. L’ensemble du monde, avec ses problèmes, s’y trouvait représenté sous la forme la plus condensée, avec, en sus, un peu d’ironie et de sarcasmes, qui sont le meilleur des assaisonnements. »

Tokarczuk s’intéresse à l’histoire comme à l’avenir, et surtout au présent, à l’empathie (ou plutôt à son manque) comme à l’écologie et au féminisme.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mar 8 Nov - 11:56
 
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Sujet: Olga Tokarczuk
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Iouri Bouïda

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 41te1v10

Une trentaine de nouvelles, plus ou moins courtes mais des plus intéressantes. La première (en guise de préface) donne son nom au livre.

Toutes ces histoires sont tristes, sombres, car le bonheur y est éphémère. Mais combien d’humanité dans ces nouvelles ; même les handicapés, les démunis, les abîmés de la vie y sont aimés. Une ambiance fantastique, le passé et le présent entrelacés.

La folie, la mort rôdent.

On retrouve dans ces nouvelles,  la rivière, le pont, la rue Semerka, la fabrique, la cantine tantôt blanche tantôt rouge, l’asile de fous, l’Orphelinat dans cette ville de Welhau, le sergent Liocha, la Pétardière qui sait et voit tout et d’autres.

Cette région, ancienne Prusse Orientale a été soit Allemande, soit Russe au gré des guerres, c’est le pays de l’auteur. Une région où circulent légendes et mythes. Et « Il » Dieu souvent présent quel que soit son « emploi ».

Juste quelques extraits pour la compréhension :  dans la première nouvelle donc deux adolescents violent les tombent pour voler des objets, bijoux, ils ouvrent donc la tombe de la « fiancée Prussienne »

«On dirait qu’elle est vivante ! articula Matras d’une telle voix qu’on aurait cru que sa langue était en coton. Elle fait tic-tac. »
« La jeune fille poussa un soupir et au même instant, la robe vaporeuse et la peau lisse se transformèrent en un nuage de poussière qui se déposa lentement le long de la colonne vertébrale noueuse. »
 (mythe de la poussière, fait de terre nous retombons en poussière)

« D’une orbite noire s’envola soudain un minuscule papillon »  (mythe du papillon qui est âme)

Eva-Eva : La magnifique  Eva est arrivée dans la ville avec les premiers colons russes. Tous les hommes étaient amoureux d’elle.

« Quelles ne furent pas notre surprise et notre indignation quand nous apprîmes qu’elle s’était mise en ménage avec le muet. Seigneur Hans ! Cet empoté aux longs bras dont même les Allemands se payaient la tête. » Dieu qui a créé les muets et les jolies femmes, est le seul à savoir.

Eva meurt par amour quand les allemands sont déportés, donc Hans.

Douriaguine peintre et professeur au collège ; sa fille se meurt, il ne l’a jamais aimé cette personne insipide, mais quand elle lui demande de venir la voir à l’hôpital il s’y rend 2 fois par jour. Ne sachant que dire il peint ; comme elle dit aimé le lilas il peindra des aquarelles de branches de lilas, tout un mur.

« C’est comme qui dirait l’arbre de la mort ! a fait Douriaguine d’une voix neutre. Tu comprends comme c’est affreux ? Je ne l’aimais pas. »

Le narrateur à qui Douriaguine a offert l’une des aquarelles dit qu’elle est accrochée au-dessus de son bureau depuis plus de trente ans.

La dernière nouvelle "Bouïda" (en guise de postface)

Bouïda parle de lui, de son nom ; de la signification d'un nom de son utilité ou pas,  de l'intérêt ou pas de  la connaissance de la personne en donnant des exemples :

"Ces connaissances ont parfois une certaine influence sur notre compréhension des sources ou des singularités de l'oeuvre d'un écrivain, mais au fond, elles ne servent à rien. Le véritable nom d'Homère, c'est 'l'Illiade".
Shakespeare s'appelle "le roi Lear", et Dostoïevski "Crime et Châtiment"...."

""J'espère qu'on ne m'accusera pas de prétention et d'orgueil, je n'ai choisi mon nom, uniquement mon destin. Mais il ne restera qu'un nom, bien que seul le destin signifie quelque chose."


*****

Quelle belle écriture, poétique, légère, avec une touche d'humour malgré la sombreur des thèmes.

Lisez ses nouvelles !


\Mots-clés : #amour #fantastique #mort #nouvelle #pathologie
par Bédoulène
le Mar 18 Oct - 10:34
 
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Sujet: Iouri Bouïda
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Carson McCullers

La Ballade du café triste et autres nouvelles

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 La_bal10

La novella éponyme du recueil est racontée par un narrateur omniscient et moraliste, et s’apparente à un conte.
Le magasin de Miss Amelia Evans devint un café dans cette petite ville désolée. Elle est solitaire, d’apparence masculine, avec un léger strabisme, aime à faire des procès et à soigner gratuitement ; étonnamment, elle accueille Cousin Lymon, un bossu apparemment apparenté, et qui aime à attiser la discorde. Elle fut mariée à un tisserand nommé Marvin Macy, beau gars « hardi, intrépide et cruel », étrangement tombé amoureux d’elle et qui devint un bandit lorsqu’elle le chassa.
« Son mariage n’avait duré que dix jours. Et la ville éprouva cette satisfaction particulière qu’éprouvent les gens lorsqu’ils voient quelqu’un terrassé d’une abominable manière. »

Sorti de prison, Macy revient et la supplante dans l’esprit de Lymon, jusqu’à l’affrontement final. Ces personnages principaux sont ambivalents, avec des réactions inattendues, paradoxales et contradictoires, et ces amours bancals finissent mal.
« Ils attendaient, simplement, en silence, sans savoir eux-mêmes ce qu’ils attendaient. C’est exactement ce qui se passe à chaque période de tension, quand un grand événement se prépare : les hommes se rassemblent et attendent. Au bout d’un temps plus ou moins long, ils se mettent à agir tous ensemble. Sans qu’intervienne la réflexion ou la volonté de l’un d’entre eux. Comme si leurs instincts s’étaient fondus en un tout. La décision finale n’appartient plus alors à un seul, mais au groupe lui-même. À cet instant-là, plus personne n’hésite. Que cette action commune aboutisse au pillage, à la violence, au meurtre, c’est affaire de destin. »

« Celui qui est aimé ne sert souvent qu’à réveiller une immense force d’amour qui dormait jusque-là au fond du cœur de celui qui aime. En général, celui qui aime en est conscient. Il sait que son amour restera solitaire. Qu’il l’entraînera peu à peu vers une solitude nouvelle, plus étrange encore, et de le savoir le déchire. Aussi celui qui aime n’a-t-il qu’une chose à faire : dissimuler son amour aussi complètement et profondément que possible. Se construire un univers intérieur totalement neuf. Un étrange univers de passion, qui se suffira à lui-même. »

« La valeur, la qualité de l’amour, quel qu’il soit, dépend uniquement de celui qui aime. C’est pourquoi la plupart d’entre nous préfèrent aimer plutôt qu’être aimés. La plupart d’entre nous préfèrent être celui qui aime. Car, la stricte vérité, c’est que, d’une façon profondément secrète, pour la plupart d’entre nous, être aimé est insupportable. Celui qui est aimé a toutes les raisons de craindre et de haïr celui qui aime. Car celui qui aime est tellement affamé du moindre contact avec l’objet de son amour qu’il n’a de cesse de l’avoir dépouillé, dût-il n’y trouver que douleur. »

« Mais ce n’est pas seulement la chaleur, la gaieté, les divers ornements qui donnaient au café une importance si particulière et le rendaient si cher aux habitants de la ville. Il y avait une raison plus profonde – raison liée à un certain orgueil inconnu jusque-là dans le pays. Pour comprendre cet orgueil tout neuf, il faut avoir présent à l’esprit le manque de valeur de la vie humaine [« the cheapness of human life »]. Une foule de gens se rassemblait toujours autour d’une filature. Mais il était rare que chaque famille ait assez de nourriture, de vêtements et d’économies pour faire la fête. La vie devenait donc une lutte longue et confuse pour le strict nécessaire. Tout se complique alors : les choses nécessaires pour vivre ont toutes une valeur précise, il faut toutes les acheter contre de l’argent, car le monde est ainsi fait. Or vous connaissez, sans avoir besoin de le demander, le prix d’une balle de coton ou d’un litre de mélasse. Mais la vie humaine n’a pas de valeur précise. Elle nous est offerte sans rien payer, reprise sans rien payer. Quel est son prix ? Regardez autour de vous. Il risque de vous paraître dérisoire, peut-être nul. Alors, après beaucoup d’efforts et de sueur, et vu que rien ne change, vous sentez naître au fond de votre âme le sentiment que vous ne valez pas grand-chose. »

D’autres textes plus courts témoignent aussi chez Carson McCullers de son souci des plus faibles et déshérités (les Noirs, les Juifs, les enfants, les éclopés, les handicapés, les différents, etc.), de son sens des détails, et de ses connaissances de musicienne. Ce dernier point est notamment valable pour deux textes où s’ébauche Le cœur est un chasseur solitaire : Les Étrangers, histoire d’un Juif ayant fui l’Allemagne où montait le nazisme qui voyage en bus vers le Sud où il espère recréer un foyer pour lui et sa famille :
« Un chagrin de cet ordre (car le Juif était musicien) ressemble plutôt à un thème secondaire qui court avec insistance tout au long d’une partition d’orchestre – un thème qui revient toujours, à travers toutes les variations possibles de rythme, de structure sonore et de couleur tonale, nerveux parfois sous le léger pizzicato des cordes, mélancolique d’autres fois derrière la rêverie pastorale du cor anglais, éclatant soudain dans l’agressivité haletante et suraiguë des cuivres. Et ce thème reste le plus souvent indéchiffrable derrière tant de masques subtils, mais son insistance est si forte qu’il finit par avoir, sur l’ensemble de la partition, une influence beaucoup plus importante que la ligne de chant principale. Il arrive même qu’à un signal donné, ce thème trop longtemps contenu jaillisse tel un volcan en plein cœur de la partition, faisant voler en éclats les autres inventions musicales, et obligeant l’orchestre au grand complet à reprendre dans toute sa violence ce qui demeurait jusque-là étouffé. »

… et Histoire sans titre, où un jeune revient à sa famille après être parti trois ans plus tôt :
« Son passé, les dix-sept années qu’il avait passées chez lui, se tenaient devant lui comme une sombre et confuse arabesque. Le dessin en était incompréhensible au premier regard, semblable à un thème musical qui se développe en contrepoint, voix après voix, et qui ne devient clair qu’à l’instant où il se répète. »

« Tout le monde, un jour ou l’autre, a envie de s’en aller – et ça n’a rien à voir avec le fait qu’on s’entende ou qu’on ne s’entende pas avec sa famille. On éprouve le besoin de partir, poussé par quelque chose qu’on doit faire, ou qu’on a envie de faire, et certains même partent sans savoir exactement pourquoi. C’est comme une faim lancinante qui vous commande d’aller à la recherche de quelque chose. »


\Mots-clés : #amour #discrimination #famille #nouvelle #psychologique #social #solitude
par Tristram
le Dim 16 Oct - 13:23
 
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Carlo Emilio Gadda

Des accouplements bien réglés

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 Des_ac10

Parmi ces quatorze récits, Saint Georges chez les Brocchi est une novella qui tympanise sarcastiquement la bonne société milanaise, pudibonde et mécène de tradition ; la famille comprend notamment la comtesse, qui malgré l’égide des saints pour lesquels elle brode des nappes d’autel craint fort la dégradation morale en ce XXe (on est au printemps 1929), mauvaises fréquentations et lectures pour son fils Luigi (Gigi, dix-neuf ans, tracassé par son éveil sexuel), Jole l’avenante femme de chambre du comte, l’oncle Agamènnone qui compose une Éthique comme Cicéron pour édifier la jeunesse virile.
« Les bulbes oculaires du professeur, gonflés de dédain, vrombirent comme frondes pour projeter au loin ce grondeur projectile. Ses bras, forts et courts, mirent en mouvement des mains voletantes, grassouillettes : un frémissement de grives.
La Marietta, qui passait chargée d’un grand plateau, lui jeta un regard de commisération, et de travers – elle en avait assez de tout ce cirque : quand elles coïncident avec des propositions exagérément nobles et virilement martelées, même des yeux de bossue et des dents de cheval peuvent atteindre à une ironie de style. »

L'Incendie de la via Keplero décrit ses ravages dans un immeuble populaire, le sort de ses occupants et leur secours.
« Des cheminées et des usines du voisinage les sirènes hurlèrent vers le ciel torréfié : et la trame cryptosymbolique des voix électriques perfectionna les appels désespérés de l’angoisse. »

« Et le regard aussi, du reste, voilé, mélancolique, perdu dans le céleste abîme de la flemme, la partie supérieure de ses bulbes oculaires dissimulée par des paupières tombantes, en une espèce de sommeil-du-front, le regard aussi prenait quelque chose du Sacré-Cœur, comme ça, un peu à la Kepler, quand ce n’était que l’opération de la Sacrée Bonbonne. »

Bien nourri contient une remarquable description d’une demeure, qui commence ainsi :
« À l’Allòro, par le raccourci, on y arrive le souffle coupé : c’est la vieille villa sur la colline, une ferme à vrai dire, gardée du dehors par le donjon du Torracchio, du sommet du coteau, et l’escouade de ses noirs cyprès : qui figurent, dans le ciel, comme des lames effilées. »

« Dans la cour, un énorme jeune homme s’avançait pesamment : projetant à chaque pas tout son corps d’un côté, chargeant la jambe et le pied tour à tour avancés dans la marche : en une ondulation compressive, d’un pavé à l’autre, qui, à chaque nouveau mouvement du pied, semblait devoir écraser la tête d’un nouveau serpent. Il tenait une cigarette entre ses doigts, avec la gravité d’un chef de chantier. Enfin Lisa vint à sa rencontre en sautillant, laissant sautiller, sur ses épaules, le flot de ses beaux cheveux qu’un ruban retenait à mi-vague : et avec plus d’un trille, l’ayant pris par la main, elle l’introduisit chez Mme Gemma. Comme le remorqueur introduit le navire dans le port. »

Socer Generque, comme d’autres textes, évoque la guerre et le fascisme.
« Un mois plus tard en effet, avenue des Chemises-Noires, deux vagissements vinrent au monde, l’un après l’autre, deux petits monstres sans chemise, mais dotés chacun d’un petit engin : à la grande joie du Premier Maréchal d’Italie, qui subodora aussitôt en eux deux futurs chômeurs qu’on pourrait envoyer crever, pour le plus grand bien de l’Italie, l’un en Russie, l’autre en Libye. »

Accouplements bien réglés : un autre novella, qui traite de la transmission du capital, la « privée, très privée, propre et personnelle propriété », avec un réjouissant pataquès juridique.
« Tout comme la goutte d’eau se gonfle en s’irisant, et petit à petit se sphéricise, sous l’augmentation constante de son propre poids, au bord extrême de la gouttière : jusqu’à l’instant où, tac, elle s’en décolle tout soudain : et dans le court moment de sa chute, acquiert son identité particulière et prend le nom de goutte d’eau, Berkeley lui-même ne l’appellerait pas autrement ; elle appartient pendant deux secondes, le temps d’atterrir sur le cou de qui, au passage, en frissonne, à une vaste certitude : la certitude du « réel » historique orchestré par Dieu, historicisé par Hegel, exalté par Carlyle. Elle, la goutte, à peine captée par la dialectique de l’histoire ou la vertèbre cervicale du passant, s’évapore aussitôt : comme la Substance du marquis de Château Flambé dans le creuset dialectique de l’an 1792. »

« La concomitance d’un certain nombre de faits amène à maturation, par une opération combinatoire, d’autres faits dont la somme constitue, à nos yeux, l’après-coup logique des premiers, et nous donnons à cette somme le nom de destin, de fatum : l’interprétant comme un énoncé contraignant ou normatif éructé de bouche de prophète. »

Ce recueil me paraît constituer une entrée privilégiée dans le monde des proliférantes ramifications gaddéennes, divagations langagières que de plus longs textes rendent plus ardue ; pour vraiment y pénétrer, il me semble qu’il faudrait maîtriser l’italien de manière approfondie, ainsi que ses dialectes, et les domaines abordés (comme l’antiquité romaine, nombre d'auteurs, etc.) …

\Mots-clés : #humour #nouvelle
par Tristram
le Mar 11 Oct - 14:38
 
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Sujet: Carlo Emilio Gadda
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Ihara Saïkaku

Histoires de marchands

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 Histoires_de_marchands
L’Époque d’Edo (1603 – 1868) a vu trois écrivains se distinguer, chacun dans leur genre : Bashô dans le haïku, Chikamatsu dans le théâtre et Ihara Saïkaku dans des textes en prose qui dépeignent la vie urbaine d’alors, à Edo, donc, ou à Ōsaka, sa ville natale. On est frappé par ce réalisme des petites choses, cette recherche du détail, qui dans Vie d’une amie de la volupté, pouvait être assez étourdissante. Avec ces Histoires de marchands, la vue d’ensemble est peut-être moins négligée par le conteur, au détour d’une généralité ou d’une fabuleuse description.

Ihara Saïkaku a écrit:À l’ouest du pont de Naniwa s’alignent à perte de vue les maisons de milliers de courtiers, et les murs blanchis des magasins le disputent en éclat à la neige au point du jour. Les sacs de riz s’entassent en pyramides comme autant de montagnes qui se seraient déplacées, et quand partent les files d’hommes et de chevaux, l’on dirait d’un tonnerre souterrain qui ébranle les grands chemins. Chalands et barques à l’infini voguent sur les flots des rivières, comme feuilles de saule au vent d’automne, et les piques à riz que des jeunes gens manient avec vigueur semblent une forêt de bambou où gîte le tigre; les feuilles de registres tourbillonnent et les boules des abaques crépitent comme grêle; sur les trébuchets, le maillet sonne plus haut que la cloche qui annonce deux fois six heures, et le vent qui de la fortune agite les tentures des portes.



Histoires de marchands contient cinquante textes de trois ou quatre pages, au cours desquels on passe souvent d’un personnage à un autre ; cent personnages qui rencontrent l’infortune ou la fortune en espèce sonnantes et trébuchantes (à propos, le traducteur fait là un choix vraiment très discutable qui est de remplacer la monnaie japonaise de l’époque par doublons, écus et deniers). Saïkaku décrit diverses façons d’ordonner sa vie, des tempéraments : vivre au jour le jour ou voir à longs termes n’ont pas les mêmes conséquences. La galerie des caractères s’étend, pingres, roublards, sages ou ingénieux, ayant des ambitions plus ou moins grande sinon excessive. Il est si difficile de gagner de l’argent, si facile de le perdre, clame les personnages à plusieurs endroits, et pourtant nombre d’entre eux de découvrir des moyens d’en acquérir rapidement : les japonais de l’époque tenaient Histoires de marchands pour « un traité sur l’art et la manière de faire fortune » bien qu’il n’y ait pas d’accord parfait entre les différents discours du livre ; épargne, crédit, abstinence, chance ou talent sont tour à tour fin mot de l’histoire. Mais pour nous ces Histoires de marchands constituent des témoignages plutôt vivants (bien qu’assez répétitifs) d’une minuscule comédie humaine en quelques sortes, d’une société partagée entre les riches et les pauvres, mais où les rôles changent souvent.

Lu le 17 septembre 2022

Vie d'une amie de la volupté

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 41elatepojl._sx323_bo1204203200_

On trouvera dans ce livre d’innombrables détails sur Yoshiwara, où la narratrice, cette « amie de la volupté », passa sa vie, y exerça le métier de « marchande d’amour ». Sachant quelle importance eut ce quartier, qu’il se peut qu’il fut dans une certaine mesure le reflet de la société nippone du dix-septième siècle ; on peut presque se dire que le roman de Saikaku va, à la manière d’un guide, nous faire pénétrer dans les arcanes de cette culture ancestrale. On fait fausse route. Au lieu de réalisme, parlons plutôt d’une minutie qui nous perd dans une multitude d’usages minuscules, dans les vêtements ou les oreillers « de bois ». On reprend quelquefois son souffle en profitant du talent de l’haïkiste pour tracer fugacement un paysage.

Ihara Saïkaku a écrit:Les bonzesses, pour la plupart, portaient un vêtement ouaté en coton, couleur bleu clair. De largeur moyenne, leur ceinture, en étoffe de soie ryûmon, était nouée par-devant. Un voile noir, en soie habutae, leur enveloppait la tête. Pour coiffure elles avaient un chapeau en forme de champignon conique, faits de carex tressé, fabriqué originellement par O-Shichi de Fukae. Elles portaient toutes sans exception des chaussettes de coton renforcées de festons ondulés faits de fils de même matière. Leur pagne de soie était court. Leur tenue, uniforme. La boîte dont elles étaient munies contenaient des amulettes du temple de Kumano, des coquillages sugai et une paire des assourdissantes claquettes yotsu-take.


En fait de reflet, nous en avons un aux contours indiscernables, et c’est peut-être cela qu’on appelle le « monde flottant », c’est-à-dire un monde fait d’autant d’impermanence que d’apparences, de tromperies, de jeux et de mensonges, en somme, d’irréalité. On s’y perd à plus forte raison s’il on est un lecteur occidental et néophyte en culture japonaise (et même si on ne l’est pas, j’imagine). Les intrigues, fourberies et vicissitudes racontées sont peu dissemblables mais sont assez souvent dotées de vérités psychologiques.

Lu le 3 Novembre 2019


\Mots-clés : #erotisme #nouvelle #viequotidienne
par Dreep
le Dim 18 Sep - 22:17
 
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Sujet: Ihara Saïkaku
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Antonio Tabucchi

Le temps vieillit vite

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 Le_tem11

Neuf récits :
Le cercle
Celui que forment les chevaux :
« Elle les regardait avancer, incapable de bouger, se rendant compte que l’espace de la vaste plaine avait faussé la perspective, ils étaient plus éloignés qu’il ne lui avait semblé, ou alors ils mettaient trop de temps à s’approcher, comme dans certaines scènes au cinéma quand les mouvements se font plus lents dans l’espace, presque liquides, comme si les corps étaient dotés d’une grâce cachée qu’un étrange sortilège nous révèle. Ainsi avançaient-ils, les chevaux, avec cet enchaînement fluide que nous donne parfois le rêve, comme s’ils flottaient en l’air, mais leurs sabots touchaient terre parce que derrière eux s’était élevé un épais rideau de poussière qui de ce côté-là voilait l’horizon. Ils avançaient en changeant de disposition, tantôt en file indienne, tantôt s’ouvrant en éventail, tantôt s’écartant comme si chacun poursuivait un but différent, et se réunissant finalement en une file compacte, tandis que la tête et le cou de chacun suivaient le même rythme à la même cadence au moment de s’ouvrir à nouveau en éventail, comme une onde marine faite de plusieurs corps. »

Ploc plof, ploc plof
Discopathie d’un écrivain :
« Il resta suspendu dans son mouvement, si cela peut être, comme dans certains tableaux des baroques italiens où la sainte ou le saint, gracieusement tarentulés par le jeûne ou par le Christ, sont demeurés en suspension dans un mouvement que le peintre a saisi à jamais de son coup de pinceau, car les peintres fous, qui sont les génies, ont une extraordinaire capacité à cueillir le mouvement non fini du personnage qu’ils figurent, habituellement fou lui aussi, et le miracle pictural s’accomplit en une forme de bizarre lévitation qui semble faire abstraction de la force de gravité. »

Nuages
Néphélomancie (divination par la forme des nuages) d’un ancien militaire avec une enfant.

Les morts à table
Un espion de l’Est à la retraite à Berlin, nostalgique de « l’époque où sa vie avait un sens. »

Entre généraux
« László » est un officier hongrois qui résista lors de l’invasion soviétique. Jeté en prison, il sera réhabilité et fait général ; il voudra alors rencontrer son homologue russe.

Yo me enamoré del aire
Souvenir musical en Amérique latine.

Festival
Intéressant aperçu sur la Pologne rouge, le cercle vicieux de son administration qui doit admettre un avocat de la défense dans les procès perdus d’avance (course d’Achille et la tortue) – sauf quand ils sont enregistrés par une caméra (même sans pellicule) !
« …] il était simplement un des réalisateurs des Études de l’État pour le documentaire, un institut d’État, et il lui était venu l’idée de faire un documentaire sur les procès intentés à des citoyens accusés d’activité contre l’État, et il avait ainsi demandé un permis régulier à l’État, et évidemment l’État le lui avait octroyé, parce qu’une institution étatique ne peut pas nier le droit à un de ses réalisateurs de filmer les procès qui concernent l’État. »

Bucarest n’a pas du tout changé
Un vieux juif roumain évoque la dictature du couple Ceausescu, et le retour d’un rêve récurrent.

Contretemps
Un participant à un colloque en Crète envisage de profiter de ce séjour pour jeter sur le papier l’histoire qu’il a en tête ; mais il bifurque…
« Et cette histoire-là, qu’il s’était racontée de si nombreuses fois qu’elle lui semblait un livre déjà écrit et qui était très facile à dire dans la parole mentale avec laquelle il se la racontait, était en revanche très difficile à écrire avec les lettres de l’alphabet auxquelles lui aussi avait recours quand la pensée doit se faire concrète. C’était comme s’il lui manquait le principe de réalité pour écrire son histoire, et c’était pour cela, pour vivre la réalité effective de ce qui était réel en lui mais qui ne réussissait pas à devenir vraiment réel, qu’il avait choisi ce lieu. »


\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Dim 11 Sep - 12:50
 
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Sujet: Antonio Tabucchi
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José Cardoso Pires

La République des corbeaux

Tag nouvelle sur Des Choses à lire - Page 2 La_rzo10

Sept textes:

La République des corbeaux
Vincent, un corbeau, vit dans une gargote lisboète ; animal emblématique de la ville, il y déambule, promenant un regard grincheux sur celle-ci.

Ascension et chute des cochons-volants
Un juge et un chirurgien, « les deux docteurs, celui du corps et celui de la raison », sont descendus dans le même hôtel d’une station thermale. Le premier observe des cochons qui volent avec des ailes de chauve-souris au coucher du soleil, ce qui laisse dubitatif le second, surtout lorsque le juge lui expose sa théorie des « animaux intérieurs » à chaque personne. Il y a aussi une petite fille fort attachée à son âne en peluche, et en piteux état.
« Dieu créa le chien et, comme celui-ci ne le lâchait plus d’une semelle, il créa l’homme pour s’en libérer. »

Les cafards
L’Ingénieur « Franz Kapa, ou encore Franz K. » a fui les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, et est devenu responsable d’une mine vite abandonnée. Il s’y adonne à l’étude des insectes, et à sa peur des cafards.

Lulu
« Une bonne fois pour toutes : la nébuleuse rue du Bison que j’évoque dans le roman d’Alexandra Alpha ne s’appelait nullement ainsi ; peut-être même n’a-t-elle jamais existé. »

Suite à cet incipit, le narrateur-auteur autofictionnel à la Enrique Vila-Matas nous relate comme il rencontrait dans la Crémerie du Bison Bernardo Soares, traducteur de T. S. Eliot et locataire de la maison où Sandra Lulu attend son fiancé, militaire parti guerroyé en Afrique après l’avoir mise sous la garde de Duc, un chien-loup « puritain et militariste » …

Les pas perdus − Rapport sur un Congrès
« …] tous les congressistes étaient d’un aveuglement érudit [… »

Parabole sur l’aveuglement des décideurs internationaux.

Son Excellence le Dinosaure
« Car voilà quelqu’un à qui on vola sa propre mort, en châtiment du mensonge par lequel il s’inventa lui-même. »

« …] il avait le corps et l’âge de la mort et ne répondait qu’au titre d’
EMPEREUR
Dinosaure Premier, Empereur et Maître. »

Célèbre pamphlet qui éreinte Salazar, mais aussi les « docteûûrs », le clergé, l’armée, grosso modo tout l’establishment portugais du milieu du XXe. Escargots citadins et paysans de l’intérieur ; torture des mots ; la statue de l’Empereur…
En l’absence de notes explicatives et à défaut de bien connaître l’histoire portugaise, j’ai manifestement manqué nombre d’allusions et références, ce qui est gênant dans une satire, ici du pouvoir dictatorial.

L’oiseau polyglotte
Et aussi un peu caméléon, ramené d’Angola, et ne parlant guère.

\Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Jeu 1 Sep - 13:19
 
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Sujet: José Cardoso Pires
Réponses: 4
Vues: 280

Belen

Le Réservoir des Sens

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Signé d’un pseudonyme, « Belen » ― Soupault et Mandiargues prétendaient ne pas savoir qui se cachait derrière, on sait depuis de qui il s’agit ― Le Réservoir des Sens est composé d’une vingtaine de nouvelles (ou proses) de trois à dix pages. Il est presque toujours question, pour ces personnages, d’une rencontre intense mais sans suite. Des rencontres étranges, où concupiscence s’accorde avec prédation (souvent féminine) où le désir permet de conjurer la peur et éventuellement la mort. Belen installe une atmosphère par la parole directe de son personnage, jouant sur les mots et sur les mythes (de Circé aux vampires, en passant par Juda et Tantale) pour provoquer une chute plus ou moins attendue sinon quelque peu éculée. Sauf exceptions, où forte d’une situation compliquée, tordue et surtout équivoque, la drôlerie parvient jusqu’au lecteur, comme dans La Fonction créé l’orgasme ou dans la nouvelle éponyme, ou, dans une veine nettement surréaliste, Lorsque la femme parée.


\Mots-clés : #erotisme #nouvelle
par Dreep
le Mer 10 Aoû - 18:40
 
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Sujet: Belen
Réponses: 3
Vues: 154

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