Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 22 Aoû - 23:27

170 résultats trouvés pour psychologique

Fabrice Colin

Blue Jay Way

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Colinj10

Un thriller un peu atypique que celui proposé par Fabrice Colin puisqu'il s'étend sur 550 pages sans que jamais vraiment le lecteur sache si l'action a démarré ou si nous sommes encore dans une fiction, dans le fantasme du narrateur… C'est à la fois très étonnant et un peu lassant au bout du compte.

Julien est un jeune franco-américain complètement désabusé, dont le père mort dans l'avion s'écrasant sur le Pentagone le 11 septembre laisse une place fantomatique dans la vie. Totalement hors circuit après une séparation amoureuse qui le laisse sur la pente d'une dépression chronique, le jeune homme dont la tête est malgré tout bien faite, est invité par une grande écrivaine américaine à devenir le chaperon de son fils, lequel survit mal à une expérience de télé-réalité produite par son propre père.

Si le thriller de Colin a un intérêt (mais ce n'est pas le seul) c'est bien celui de nous montrer ce que la modernité (postmodernité ?) américaine fait des cerveaux de sa jeunesse : totalement azimuté par les drogues, l'alcool et l'argent facile, vivant dans un luxe indécent, s'appropriant un racisme d'élite écœurant, le jeune Ryan est un être brisé avant l'âge, sans profondeur, anéanti et vivant une relation particulièrement violente avec son père, inlassablement branché à des substituts de personne (son téléphone) et ne prenant jamais vraiment part à une vie normale (vivante).

Et si le livre devait porter un sous-titre il serait sans doute : Tuer le père, puisque l'ensemble des enjeux se situe dans les relations difficiles (impossibles) entre un fils et son daron.

Mais pas seulement. Puisque Colin nous propose également une réflexion, que j'ai trouvé particulièrement alambiquée, sur la manipulation mentale, la manière dont un psychopathe est capable de diriger à distance les pulsions et les impulsions des êtres. Et Colin lorgne également du côté de la question de la fiction, puisque le lecteur n'est jamais vraiment sûr de la 'réalité' de la narration. Ce que lui raconte Julien arrive-t-il vraiment dans la vie du livre ou bien ne s'agit-il que de littérature ?


J'ai regretté que Fabrice Colin ne développe pas plus les personnalités (pourtant très atypiques) des personnages secondaires (y compris celui d'Ashley, sorte de midinette pas si conne que ça et par qui le drame arrive). J'aurais aimé aussi, passer peut-être un peu moins de temps à boire des bières le long de la piscine surplombant L.A. et plonger un peu plus la tête dans les saletés des uns et des autres. Il n'en reste pas moins que ce roman se lit tout seul et qu'il laisse un certain goût désagréable lié à notre contemporanéité connectée, sa déshumanisation programmée et l'impossibilité physique de se toucher vraiment.


mots-clés : #polar #psychologique
par shanidar
le Mar 23 Mai - 17:15
 
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Alain Blottière

Comment Baptiste est mort
Prix Décembre, Prix Jean-Giono

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Images97

Baptiste, 14 ans, a été enlevé avec sa famille par des djihadistes qui réclamaient une rançon. N'en est revenu que YumaÏ, jeune homme seul et sans âge, perversement manipulé, pour adhérer, servir, croire en la cause comme un enfant-soldat. Par l'humiliation et la terreur, la faim et la soif, la fascination, la violence et le rare bercement, tout cela panaché avec la drogue et les éppreuves, ses ravisseurs on fait de lui cet être méconnaissable, que lui même n'arrive pas à identifier.

Il répond à la compassion solidaire d'un psychologue dans des dialogues étouffants, intermittents, semés de pauses et de silences, tirés au cordeau, écrits comme des poèmes haletants entre les blancs de la page. Il se remémore seul des bribes dans sa chambre, pour reconstruire une histoire où se disputent les secrets, l'amnésie, la distorsion. Une histoire de haine et de folie à laquelle il ne trouve aucun sens.

Alain Blottière écrit un suspense sec et compassionnel tout à la fois, dense,  qui raconte une impitoyable histoire dans une extraordinaire maîtrise du discours, de l'émotion et des non-dits.


mots-clés : #psychologique
par topocl
le Sam 13 Mai - 14:08
 
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Sujet: Alain Blottière
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Gaïto Gazdanov

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Le-spe10

Le spectre d'Alexandre Wolf


Originale : Призрак Александра Вольфа (Russe, 1947)

Description de l'ouvrage chez amazon.fr, raccourci a écrit:Années trente : un Russe, émigré à Paris, confie le secret qui parasite son existence. À l’âge de 16 ans, alors qu’il servait dans l’armée des « blancs » monarchistes de Wrangel contre les révolutionnaires bolcheviques et les esquadrons libres, il a tué un homme. C’était le dernier été du conflit. Épuisé par les batailles, il s’assoupit quelques secondes contre un arbre. Quand il se réveilla, son groupe de partisans avait disparu. Tout à coup, un cavalier sur un immense cheval blanc surgit et le menaça de son fusil. Il sortit alors son revolver, visa et tira. Le cavalier s’effondra. Depuis la scène le hante.

Des années plus tard, le narrateur découvre dans une nouvelle anglaise écrite par un certain Alexandre Wolf, cet épisode fondamental de sa vie relaté au détail près! L’homme qu’il croyait avoir tué, seul susceptible de connaître son histoire, serait-il en vie ? Il décide alors de retrouver ce Wolf pour se défaire une fois pour toutes du fardeau qui l’accable. Il se rend en Angleterre pour mener l’enquête. L’éditeur du recueil le reçoit avec réticence et lui assure qu’il ne peut s’agir de l’individu qu’il recherche. Déçu, le narrateur rentre à Paris.

Mais le spectre n’a pas fini de le tourmenter et le rattrape à tous les détours de son existence...


REMARQUES :
C'est lors de sa parution en Allemagne après une soixantaine d'années que mon attention s'est portée sur ce livre qui, bizarrement, a connu pareillement une nouvelle traduction et édition dans la même année chez Viviane Hamy. Ce que'on pouvait en entendre et en lire m'attirait, et... : à juste titre !

On pourrait certes résumer ce livre à partir de son action, avec une perspectif chronologique en partant de la guerre civil dans le Sud de la Russie et l'événement central qui va être raconté déjà sur les premiers pages, jusqu'au lieu essentiel du roman, le Paris du milieu des années 30. C'est là qu'après le passage infructueux à Londres et chez l'éditeur, le narrateur rencontre une femme russe exilée et tombe amoureux d'elle. Et pas seulement qu'il va connaître des gens qui ont été proche de cet Alexandre Wolf, mais finalement il va aussi le rencontrer en personne.

Ce fil de narration est en soi riche et digne d'être lu. C'est assez original. D'accord. Mais finalement il me semble certain que ce roman ne veut pas juste nous raconter une suite d'actions, mais qu'il s'agit de nous faire voir cette vie intérieure, les souffrances d'une vie qui ont pensé d'avoir commis « une meurtre », même si cela avait été dans des conditions de guerre et à peine condamnable devant un tribunal séculier. L'événement hante le narrateur, il ne peut pas s'en défaire. Jamais il a pu s'en remettre des implications et des questionnements intérieurs : comme si sa vie avait été empoisonnée. Et dans la description minutieuse du vécu intérieur il est très vrai que l'auteur pourrait rappeler la finesse psychologique d'un Dostoïevski.

Et puis, ne découvre-t-il pas par l'éditeur et puis par l'ami de Wolf (Wossnessenski) que Wolf a connu, connaît un pareil empoisonnement de sa vie ? Ceci mène vers des considérations sur les parallèles entre ces deux vies, leurs ambiguïtés, voir la vie en double-face. Derrière les actions je vois avant tout l'auto-analyse constante (et celle des autres) du narrateur. Les idées énoncées sont fortes,  très impressionnantes !

Quand commence une histoire d'amour tout autre avec Hélène, la Russe mystérieuse, nous et lui pourront penser dans un premier temps à un changement de sujet, mais aussi à une guérison de l'âme. Il connaîtra par l'amour un ancre qui dévie son attention qui fut tellement liée à l'événement central. Un nouvel avenir ? Sens d'un amour ?

Ne trouve-t-on pas comme un des sujets centraux du livre la futilité de tout, l'apparente absurdité, la mort comme instance finale ?

Même s'il y a une dizaine de chapitres (dans mon édition allemande), séparés par quelques points, il s'agit néanmoins dans mon esprit d'un texte coulant d'un bout à un autre. Ceci ne signifie pas absence de rupture ! On pourrait probablement parler d'environ quatre sujets assez différents, mais ceux-ci commencent des fois au détour d'une phrase, sans annonce particulier !
Aussi nous trouvons des constructions de phrase assez tordues : des fois j'étais convaincu à la première lecture qu'il y a là une faute de la traductrice ou de la lecture de correction. Mais non : à la deuxième lecture on voit le sens, on fait comme une respiration et on continue. Dans cette nouvelle traduction allemande la langue m'a vraiment plu énormément : cela laisse deviner un original russe très... original. C'est à espérer et à croire que Viviane Hamy a mis de la peine à une bonne traduction.  Je savais que Gazdanov a travaillé à plusieurs reprises sous des pseudonymes. Mais je ne comprends pas pour l'instant pourquoi Viviane Hamy s'est décidée pour celui de Alfredo Gaito... ?!

Quelle bonne découverte d'un auteur et d'un œuvre dont j'avais rien entendu parlé jusqu'à là. Et j'ai eu l'intention de continuer cette piste !

Invitations à humer et à se délecter !


mots-clés : #psychologique
par tom léo
le Sam 29 Avr - 16:03
 
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Sujet: Gaïto Gazdanov
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Richard Powers

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Powers10

La chambre aux échos

Je est un Autre, affirmait Rimbaud en une phrase lapidaire et glaciale. Reprenant à son compte cette assertion, Richard Powers dissèque le Moi avec l'idée que tout Je est une fiction, une histoire que l'on se raconte à soi-même aussi bien qu'aux autres. Nous ne sommes que dispersion cherchant à se rassembler à travers une narration du Moi, le Moi étant constitué d'une infinité de Moi qui interagissent les uns sur les autres, avec des effets réels mais aussi des instants-miroirs, des fictions de fictions, des narrations enchâssées ad libitum les unes dans les autres.
Arrivé à ce stade, on ne peut que s'interroger sur notre capacité autofictionnelle, sur notre réalité, sur la manière dont notre cerveau classe, range, déforme, reformule notre quotidien. Exit la comparaison entre le cerveau et l'ordinateur puisque nos connexions neuronales sont capables de tordre la réalité pour l'intégrer à nos croyances… Oui, notre cerveau nous ment !

A travers les récits d'une quête d'identité, celle de Mark (à la mémoire fracturée depuis un très grave accident de camion), celle de Karin (la sœur de Mark qu'il prend pour un sosie et qui ne sait plus très bien qui elle est, cherchant dans le regard des autres la Karin qui pourra plaire à chacun), celle de Gerald Weber, célèbre neurologue dont la vie va imploser, et celle de tous les autres personnages plus ou moins secondaires (Barbara qui n'est pas ce qu'elle est, Daniel et sa quête d'identité sexuelle, Karsh et sa capacité de caméléon à trouver bon ce qui est détestable, Bonnie et les potos de Mark), tous sont à la fois ce qu'ils montrent et ce qu'ils sont : menteurs, affabulateurs, arrangeurs de petites histoires, exactement comme la plupart d'entre nous avec nos sornettes, nos secrets, nos silences.

Ce roman se lit avec délectation, avec le plaisir du galet prisonnier, comme d'autres milliers de galets, d'une plage de galets, que les vagues ratissent, écrasent, massent et caressent, agitent dans le bruit perpétuel d'une marée insatiable. Il y a dans ce roman la houle de l'océan et son lent balancement, le temps qui file très doucement, le plaisir d'être à flot et d'entendre une longue et lente et lénifiante histoire qui nous vient de cette région de l'Amérique, ce trou paumé, ce no man's land (seulement connu des ornithologues) qu'est la Platte River, le Nebraska et Kearney… Rien de bien alléchant et pourtant… et pourtant quel bonheur éprouvé à cette lecture que je rêvais éternelle, tournant mollement les pages dans l'attente d'un vol époustouflant de grues, de cette danse sauvage et de ce cri préhistorique, qui soudain me transportaient ailleurs, dans l'éblouissement d'un temps suspendu, dans la reconnaissance de l'inconnu, dans les méandres chaloupés d'une écriture tenace, visant à l'exhaustivité.

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Munier10

Alors oui, il y a dans ce roman des longueurs et des répétitions, des embranchements bizarres et des interrogations fulgurantes, des questionnements à n'en plus finir, des dissections de la pensée en gestation et des amours changeantes mais c'est justement cette vie-là, tellement banale et si peu à la fois qui m'a totalement envoûtée.

Merveilleuse lecture de ce roman de l'introspection, avec la machine-cerveau disséquée et les petites pirouettes d'un humour qui laisse au coin des yeux les pattes d'oie sauvage d'un rire diffus…

Magique…

Photo : Vincent Munier


mots-clés : #psychologique
par shanidar
le Ven 28 Avr - 14:17
 
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Sujet: Richard Powers
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Wallace Stegner

En lieu sûr

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 En-lie10

Où l’on retrouve Wallace Stegner, toujours aussi charmeur, avec ses thèmes favoris (la nature rédemptrice, la femme aimante et toujours là quand il le faut, affronter la mort , la maladie dans la dignité, la vie qui triomphe, la fidélité en amours et amitié) mais cette fois -ci les personnages sont fondamentalement sympathies, finis les grincheux misanthropes et ronchonneurs

J’ai passé quelques jours en compagnie de ses quatre personnages, et je ne suis pas près de les oublier. Wallace Stegner semble obéir ici à la requête d’un de ses personnages :
« Oh, écoute ! me répondit Charity. C’est vrai, quoi ! L’art et la littérature ont de ces modes ! Pourquoi ne laisses-tu pas de côté tous ces trucs auxquels s’intéressent tant d’auteurs contemporains ? Pourquoi ne pas écrire quelque chose sur un être humain bon, gentil, présentable, qui mènerait une existence normale dans un environnement normal et s‘intéresserait à ce à quoi s’intéressent la plupart des gens ordinaires – la famille, les enfants, leur éducation-, un livre qui serait à la fois divertissant et édifiant ? »


J’ajoute que ce livre serait aussi tendre, drôle et passionnant !

C’est l’histoire d’une amitié. Larry et Sally, Charity et Sid, deux couples de jeunes universitaires, qui veulent dévorer la vie à pleines dents, connaissent un coup de foudre d’amitié dès leur première rencontre en 1938. Les deux premières parties du livre racontent comment ils se sont passionnément aimés au fil des années, les uns pauvres et les autres riches, partageant les fêtes, les promenades, les pique-niques, leur amour de la musique et de la poésie, se réjouissant des succès des uns et des autres, s’épaulant dans les difficultés . C’est une description très réjouissante de l’amitié et de l’insouciance des jeunes années (i faut se rappeler que l’un des livres de Wallace Stegner, La Vie Obstinée, s’appelle en anglais All the Little Live Things). Ils ont un côté intellectuel, les deux hommes écrivent poèmes, romans ou nouvelles, et c’est l’occasion de réflexions passionnantes sur le métier d’écrire et qu’est ce que la littérature. Mais ils sont aussi pleins de vie et ouverts aux autres. Des enfants viennent combler les deux couples. Les meilleurs moments se passent dans la maison familiale de Charity, où cela grouille de vie, où l’emprise de la nature chère à Stegner transforme le quotidien en paradis. Par moments, il y a des choses qui les séparent, Charity est très déterminée, veut tout régenter et faire le bien de chacun sans se soucier de si cela lui plait ou non. Mais l’amitié est ce qu’elle est, il forment un sacré quatuor.

La vie ne les épargne pas , Sally est atteinte de Polio et perd l’usage des deux jambes, chacun des hommes après des périodes de chômage, trouve du travail dans un état différent des Etats Unis, et si les rencontres sont plus rares, ils s’écrivent et restent dans le cœur les uns des autres

En 1972, ils ne se sont pas vus depuis 8 ans. Charity appelle ses amis d’urgence car elle est atteinte d’un cancer. Ils n’hésitent pas à se rendre à son chevet, et Larry nous raconte ces retrouvailles dans la troisième partie.
Cette partie est tout bonnement bouleversante , la vie est passé et ils se retrouvent intacts et changés. Avec des sentiments tout aussi forts chacun a creusé son sillon, et Charity qui se meurt veut toujours mener son monde.

« Le temps ne l’a pas fait baisser d’intensité, la maladie n’a contribué qu’à augmenter sa puissance en watts. Elle éclaire comme un projecteur. »


La souffrance de chacun est en même temps exprimée et contenue, c’est absolument magnifique. J’ai arrêté de lire deux chapitres avant la fin pour me remettre un peu avant de finir ce roman magnifique.
Ce retour en arrière (le livre est sous forme de flash-back) d’un homme vieillissant sur sa vie est assez nostalgique, sa vie n’a pas été facile à perpétuellement entourer son épouse infirme, il y a eu beaucoup de renoncements, mais c’est un homme très positif et qui décrit à merveille les moments heureux de sa vie, et sait continuer à s’en réjouir et s’attarder aux chances qu’il a eues ; malgré les difficultés, il est heureux de ce qu’il a vécu. C’est un hymne à la fidélité en amitié et en amour, mais cela n’ a rien d’austère ou de raisonneur.


Petite citation pour vous mettre en appétit

« Comment à partir d’existences aussi paisibles que celles-ci, faire un livre qui trouverait des lecteurs ? Où se trouvent les éléments dont se saisissent les romanciers et qu’attendent lesdits lecteurs ? Où sont la grande vie, le gâchis criant, la violence, la dépravation, les désirs de mort ? Où sont les infidélités petites-bourgeoises, les promiscuités, les divorces convulsifs, l’alcool, les barbituriques, les week-ends d’égarement ? Où sont les haines, les ambitions politiques, les appétits de pouvoir ? Où sont la vitesse, le bruit, la laideur, tout ce qui nous fait ce que nous sommes et fait que nous nous reconnaissons dans la fiction ?
Les êtres dont nous sommes en train de parler sont les vestiges d’une époque plus paisible. Ils ont été en mesure d’acheter leur tranquillité et de mettre du champ entre eux et la hideur industrielle ; ils vivent une partie de l’année à l’abri des murs de l’université et passent le reste au milieu d’un berceau de verdure. Leur intelligence et leur tradition civilisée les protègent de la plupart des tentations, indiscrétions, vulgarités et emballements qui empoisonnent et perturbent la vie du commun. »



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #amitié #mort #psychologique
par topocl
le Mar 18 Avr - 11:26
 
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Sujet: Wallace Stegner
Réponses: 73
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Agustina Bessa-Luis

Le confortable désespoir des femmes

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Confor10


Originale : O Mosteiro (Portugais, 1980)

CONTENU :
Métaillié (raccourci) a écrit:Ce roman est fait de croisement, de digressions fulgurantes sur deux thèmes principaux : la marche du jeune Belchior vers la réalité de son rapport à la terre, alors que toute son éducation était programmée pour le « succès inutile du monde », et le sebastianisme, ce messianisme portugais qui attend le retour de Don Sebastiao disparu au cours d'une bataille inutile et perdue, au Xvème siècle.

Ces deux leitmotive se déceloppent dans l'atmosphère étouffante d'une famille de cinq femmes dont Augustina Bessa Luis fait des portraits incroyables de justesse et de pénétration.


REMARQUES :
En cinq grands chapitres de 48 à 78 pages serrés, en soi plus sous-divisés et plutôt « ininterompus », c'est bien l'histoire de Belchior qui est racontée. Il est fils de Salvador, lui-même de la fratrie des Teixeira qui compte encore cinq sœurs, l'une plus éclectique que l'autre. Belchior avait grandi en ville, à Porto, mais il va retourner, après la fin de sa vie de couple, dans la campagne et le domaine familial. L'histoire se déroule sur plusieurs générations, voire époques de l'histoire, avec des retours dans un passé même lointain, et une forme de désordre de bouts d'approches. L'écriture consiste pas tellement dans des dialogue très developpés et fréquents, ou des « actions » nombreuses, mais me semble presque une suite ininterrompue de portraits, de traits caractéristiques de la vie intérieure de ses protagonistes. Une approche très « psychologique », mais qui vire dans une description souvent vécue comme difficile, élaborée, voire sèche, même si extrêmement perspicace. Il faut aimer ce genre de livre très dense. Ce n'est pas le pur plaisir d'une lecture fluide, mais demande un engagement, une attention soutenue. Pour ce lecteur-là ce sera une découverte intéressante, introduisant pas seulement dans la vie de quelques personnes détachées d'un environnement concret, mais aussi encadré par l'histoire portugais, certaines données typique qui apparaissent en filigrane.

Il y a des éléments qui laissent penser que l'auteure insère la petite histoire dans la grande, dans les changements historiques. Nous sommes aussi héritiers d'un passé : certainement vrai dans d'un pays à l'histoire immense.

Pendant une grande partie le narrateur apparaît de temps en temps discrètement. On devine qu'il est impliqué. Quand est-ce qu'il va faire l'entrée en scène ? Pour le lecteur ayant cherché des infos sur la vie de l'auteure, il reconnaît toute de suite certaines données qui pourrait la mêler intimement avec cette histoire : Le nom de famille, Teixeira, est aussi un de Bessa Luis ! Elle vivait une grande partie de sa vie, comme Belchior, à Porto…. Son père avait vécu un temps en Amérique Latine, tout comme Salvador...

Je dois avouer d'avoir abandonné. Pas qu'il s'agit d'un mauvais livre: j'y vois des qualités. Mais après une dizaine de jours de lecture, je suis à peine à 130 pages de 300. Il faut dire que ce sont des pages ultraserrées qui ailleurs auraient pris 500, probablement. Donc, pas ma longeur préférée... Mais il y a autre chose : une lecture difficile, malgré des qualités indéniables, surtout dans ses descriptions "psychologiques". Mais cela dépasse guère l'énumération de ces descriptions et a pour moi quelque chose de "sec", de très difficile à digérer.
Vu que je n'ai pas énormement de temps pour la lecture et que je peine ainsi, j'ai décidé d'arrêter. Donc il s'agit ici d'un début de fil pour lancer le partage…


mots-clés : #historique #psychologique #religion
par tom léo
le Dim 16 Avr - 10:19
 
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Sujet: Agustina Bessa-Luis
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Annie Ernaux

L'occupation

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Annie-10


Bien évidemment chez Annie Ernaux , l'occupation ne renvoie pas à l'histoire ...Ou plutôt si , à la sienne d'histoire . Comme toujours tant son besoin de tournicoter autour de son nombril semble devenu au fil du temps une nécessité hurlante.
Et dans ce texte incisif , tranché , raboté de tous côtés pour n'en laisser qu'un essentiel , ce besoin impérieux d'écriture cathartique se fait plus nu et violent que jamais .
L'occupation pour Annie Ernaux , c'est celle de "L'autre" .
"L'autre "qui a pris sa place aux côtés de l'homme . Son homme . Celui qu'elle a laissé pourtant .
"L'autre" c'est une construction imaginaire mais qui deviendra sa raison de vivre un temps . Supplantant la passion amoureuse . C'est une autre passion , la jalousie .
Elle s'en nourrit avec délectation . Elaborant tout un tas de scénarii pour vivre la volupté de la douleur .
C'est une femme blessée dans son amour-propre sombrant en conscience dans la folie , la déraison , le sordide , l'indignité , le bas-fond de son soi qu'Annie Ernaux décrit cliniquement dans une forme de mise à distance , d'objectivation .
"Je m'efforce seulement de décrire l'imaginaire et les comportements de cette jalousie dont j'ai été le siège , de transformer l'individuel et l'intime en une substance sensible et intelligible que des inconnus , immatériels au moments où j'écris s'approprieront peut-être "
"Ce n'est plus mon désir, ma jalousie , qui sont ces pages , c'est du désir , de la jalousie et je travaille dans l'invisible" .

........Oui n'empêche que c'est quand même d'elle qu'elle parle .
Cette prétention que celle d'offrir au lecteur une forme de purification à travers son acte de confession laique , au delà des oripeaux de la bonne ou mauvaise conscience m'a paru le comble du narcissisme et de l'arrangement avec son quant- à- soi .



mots-clés : #psychologique
par églantine
le Sam 8 Avr - 17:03
 
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Sujet: Annie Ernaux
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Vues: 1297

Peter Stamm

J'avais lu Septs ans il y a quelques années, et je n'avais pas aimé du tout. Outre le personnage, antipathique au possible, j'avais eu beaucoup de mal à adhérer au style. Comme topocl, j'ai été déçue alors que l'idée de départ était prometteuse.
Ce que j'en avais dit à l'époque :

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Images25

Sept ans

Avec Sept ans, Peter Stamm s'est attaqué à un sujet mille fois rebattu, celui du triangle amoureux. Il parvient pourtant à trouver un angle d'approche original pour traiter la genèse de ce drame ordinaire, et ses conséquences plus singulières.

Alex, l'homme de ce trio, est aussi le narrateur ; incapable de choisir entre deux femmes, il passe son temps à battre sa coulpe, du moins en apparence. Mais il revient au lecteur de ne pas se laisser embobiner par son récit, forcément partial. Durant toute la lecture, j'ai eu le sentiment que cet homme essayait de me manipuler. La culpabilité, le remords, la honte qu'il dit éprouver ne m'ont jamais parus réels ; son insistance à les évoquer semble autant destinée à amadouer le lecteur qu'à se convaincre lui-même... Pourtant, rien ne change dans son attitude, non pas par faiblesse de caractère, comme il aimerait nous le faire croire, mais plutôt parce qu'au fond, tout cela lui convient très bien.
Pensez donc, il dispose de deux femmes utilisables à l'envi : l'une belle et intelligente pour épater la galerie et construire une vie de couple basée sur le paraître et l'entente intellectuelle ; et l'autre soumise (étonnamment soumise !), cachée parce qu'elle ferait tâche dans le "beau monde", mais idéale pour assouvir tous ses fantasmes charnels.
D'ailleurs, parfois, Alex se trahit : après s'être comporté comme le dernier des derniers, au lieu de ses sempiternels remords qui sonnent si faux, il avoue éprouver un sentiment… de liberté.

Pour mieux se dédouaner, Alex ne cesse d'insister sur la froideur apparente des deux femmes de sa vie, de leurs sentiments cadenassés. En est-il réellement ainsi ? Peter Stamm parsème son récit d'indices, parfois ténus, et laisse au lecteur le soin de reconstituer le puzzle. A chacun sa vision… Pour ma part, je n'ai vu qu'un narrateur trop plein de lui-même pour remarquer les multiples signaux envoyés par les deux femmes… qui ne sont pas elles-mêmes exemptes de défauts, de lâcheté, de mystère. Evidemment.

J'ai prodigieusement détesté Alex, sa veulerie, son égoïsme, son indifférence à tout ce qui n'était pas son petit nombril. J'ai passé mon temps à espérer un sursaut de la part de ces femmes qu'il avait séduites sans vraiment en faire l'effort, et qui ne méritaient probablement pas un tel goujat.
Pour autant, alors que tous les arguments étaient réunis pour rendre cette lecture addictive et passionnante, elle s'est révélée poussive. Le talent de Peter Stamm est indéniable. Mais son style si particulier me paraît plus approprié au genre de la nouvelle qu'à celui du roman. Après un début prometteur, l'écriture dépassionnée, "blanche", a fini par me lasser prodigieusement.
Tout cela manquait singulièrement de passion, de souffle. De chair, en somme, ce qui est somme toute dommage pour un livre qui en décrit les tourments…

(Commentaire récupéré)


mots-clés : #psychologique
par Armor
le Sam 25 Mar - 15:07
 
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Sujet: Peter Stamm
Réponses: 6
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Amanda Coplin

L'homme du verger

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 L_homm10

C'est un homme qui a vécu seul , de nombreuses années , à l'aube du XXème siècle dans une vallée isolée de l'Oregon, apportant ses soins attentifs à ses vergers. Le jour où deux gamines, toutes deux enceintes, viennent roder vers chez lui, cela réveille sans doute la blessure de sa jeune soeur jadis disparue, et il tente peu à peu de les apprivoiser, de leur apporter le soutien qu'elles en veulent pas forcément. Toute sa vie va être désormais lié à elles, et à l'enfant qui survit, dans une dévotion fervente où sa bonté intérieure se révèle.

Amanda Coplin nous livre au fil d'une quinzaine d'années leurs relations à la fois  complexes et touchantes, dans cette nature lumineuse et apaisante, par petites touches discrètes , sensibles, où l'amour affleure sous les silences.
C'est un livre doux et paisible, malgré des péripéties douloureuses, attachant, auquel il manque peut-être une petite étincelle.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #psychologique #nature
par topocl
le Sam 25 Mar - 14:04
 
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Sujet: Amanda Coplin
Réponses: 7
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Thomas Mann

Tonio Kröger

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Tonio-10

Tonio Kröger, depuis son enfance jusqu'à son expérience adulte d'écrivain-poète plus ou mois reconnu, ne cesse d'être écartelé entre l'art et la vie, la sensibilité et l'action, la bourgeoisie et l'insouciance, la mélancolie et la joie.
Thomas Mann décrit les émois, réflexions et interrogations de ce jeune homme maladroit, incertain, voué à la solitude. le monde lui reste définitivement étranger, observant dans l'ombre des êtres incompréhensibles mais captivants,  alternativement fasciné et méprisant.

Malgré cette cruelle distance, il n'en demeure pas moins observateur hors pair des femmes et des hommes, dans leur futilité comme dans leur passion, de sa ville austère d'Allemagne du Nord, de la mer déchaînée, de la sauvagerie des paysages danois. Et c'est avec une compassion admirative qu'on partage les interrogations aussi douloureuses qu'intransigeantes de cet éternel adolescent .

Quelques passages un peu lourds n'empêchent pas une réelle poésie à ce cours récit, partiellement autobiographique,  d'un romantisme assumé.


mots-clés : #psychologique
par topocl
le Dim 19 Mar - 17:46
 
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Véronique Olmi

Cet été là

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych45

Comme chaque année, trois couples d'amis passent le 14 Juillet au bord de la mer, en Normandie. C'est un rite immuable et léger. Une parenthèse joyeuse.
Cet été-là, pourtant, un adolescent inconnu surgit et s'immisce dans leur petit groupe pour raviver, peut-être malgré lui, des culpabilités anciennes, des blessures, des secrets. En quelques jours, le destin de ces êtres va basculer.
Cet été-là est un roman sur la fragilité des existences que l'on voudrait heureuses - mais dont les failles se creusent au rythme des mensonges et des compromis. C'est un roman vrai sur la solitude, lorsque le temps a passé, lorsque la lucidité a remplacé l'insouciance, et les doutes la jeunesse. Etre un homme. Etre une femme. Sait-on seulement ce que c'est ? Et comment l'on y parvient ?


Véronique Olmi signe encore cet opus sous une plume qui se veut investigatrice.
Les failles toujours et encore sont exploitées avec justesse , la mise en scène de toute vie est mise en avant , pour autant , les coulisses de chacun d'entre nous reprennent un jour leur juste place , la lumière, afin d'exister réellement .

Faire tomber le masque de la comédie afin d'accepter les tragédies de la vie , voilà la plus grande difficulté de tout à chacun.
Si l'écriture de Véronique Olmi se veut beaucoup plus fluide en comparaison à "la pluie ne change rien au désir" celle-ci reste pour autant toute aussi belle et mélancolique.
Les atmosphères d'orages et de pluie décrites dans ses livres reflètent dans un autre registre , nos propres chamboulements internes , effaçant une fois pour toute le maquillage estompant notre propre visage.
mots-clés : #psychologique
par Ouliposuccion
le Dim 19 Mar - 12:55
 
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Albert Cossery

Mendiants et orgueilleux

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Mendia10

L'histoire ne m'a pas intéressé plus que cela car elle est secondaire selon moi dans cette oeuvre. Les péripéties s'enchainent de manière quasi-absurde sans fil chronologique précis ni concordance entre les différents évènements. J'ajouterais même que l'élément pertubateur arrive comme une cheveu sur la soupe et cela m'a d'ailleurs rappelé Sukkwan Island au niveau de l'effet de surprise. Récit trés bien mis en scène par le fait de suivre plusieurs personnages à la première personne et ce, successivement. Il n y a pas de liant hormis les personnages qui se connaissent. Du coup c'est un effet agréable car on est transporté d'un point de vue à un autre sans jamais trouver cela compliqué et dérangeant. Ajoutons à cela une fin magnifique avec un dialogue entre Gohar et Nour El Dine qui restera vraiment gravé dans mes souvenirs de par sa précision dans les mots et la clarté des arguments et des sentiments.

Les personnages sont vraiment le coeur de ce roman. Ce sont des personnalités très travaillées avec des descriptions de leurs pensées et de leur caractère très précises voire minutieuses. Nous ne faisons pas que suivre ces personnages, nous finissons par les connaître réellement, à nous prendre d'affection ou de dédain pour eux. Il est rare que des livres ayant d'aussi nombreux passages de description des troubles d'un personnage et de sa façon d'être ne laissent de place à l'ennui dans certains passages. Là ce n'est jamais le cas et c'est un peu logique, dés le début cela nous est annoncé : les personnages ne sont présentés que par leur manière de réfléchir et ce à la première personne donc si l'on accroche les dix premières pages alors le reste sera d'une grande fluidité également.
il est agréable de constater leurs nuances et surtout leurs défauts, leurs failles. Elles sont énervantes mais l'on se prend de compassion et même d'estime par la façon qu'ils ont de les assumer et presque de les revendiquer. Il ne s'agit pas d'un orgeuil déplacé mais d'un sentiment de révolte paisible qui a pour cause leur marginalisation extrême.

Le style est magnifique, non par le vocabulaire qui même s'il est riche reste simple ce que j'apprécie personnellement mais surtout par le rythme des phrases. C'est un rythme tranquille, reposant, agréable à suivre, continuellement paisible ce qui contraste avec le manque liant entre les évènements.
Les dialogues sont plein d'une emphase qui fait sourir et qui m'a rappelé certains dialogues platoniciens avec moultes courbettes et compliments. Les interrogations du policiers font elles-mêmes penser à l'ironie socratique où Gohar serait le meilleur des sophistes sans allusion péjorative.

Un ouvrage superbe que j'avais envie de relire dés que je l'eus fini. Je pense d'ailleurs que je le referais dans quelque temps pour y découvrir de nouvelles choses. Je suis vraiment gâté en ce moment au niveau littéraire cela fait décidément beaucoup de bien.


mots-clés : #psychologique
par Hanta
le Ven 10 Mar - 17:15
 
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Sujet: Albert Cossery
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Ruth Ozeki

En même temps toute la terre et tout le ciel

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych13

Ayant accepté de ne pas tout comprendre (la physique quantique, la philosophie en rapport avec le temps, certaines considérations géologico-écologiques...) j'ai lu avec un plaisir certain ce   roman  épais mais accueillant, tendre et réfléchi, plein d'humour et d'intelligence.

Ruth Ozeki, écrivain japono-américaine, se met en scène sur son île retirée de Colombie-Britannqiue, en panne d’écriture et recevant comme un message salvateur un petit paquet ramassé sur la plage, dont le mystère va se lever peu à peu. Journal d'une adolescente japonaise en pleine crise existentielle, il offre une ouverture pleine de dynamisme sur un Japon écartelé entre tradition et modernité . C'est ainsi qu'on y croise une nonne bouddhiste centenaire surfant sur le net, ou un pilote kamikaze aux commandes de son avion  bombardier sacrifiant sa vie à l'honneur et aux valeurs patriotiques
L’alternance des deux récits est habilement menée, ménageant interrogations et suspense, avec, pour moi,  une meilleure accroche pour l'histoire japonaise et  ses rebondissements.

Ruth Ozeki, elle-même bouddhiste, a un faible que j'ai volontiers partagé pour la mise à distance, qui est un point commun de bien des personnages : celle de la grand-mère bouddhiste,  de la mère Alzheimer, du père suicidaire, de l'auteur retirée sur son île, de la femme qui regarde un aquarium pendant des heures...  La magie et un certain occultisme rôdent, vecteurs de poésie et de sagesse. Et l'ensemble donne au récit, cependant très ancré dans la réalité, un charme assez envoûtant.

Une initiation à l'univers du bouddhisme, à une autre perception du temps et des êtres, se dessine entre les lignes et  donne sa singularité au roman. J'ai moins aimé les incursions en physique quantique, en géologie, en écologie ..., insuffisamment décryptées,  qui a mon sens ne constituent pas un approfondissement, mais plutôt un survol, un éparpillement, comme un maniérisme dans l'idée d'approcher une espèce d' universalité et d'omniscience, sans y parvenir malheureusement.

Merci à Ouliposuccion!


mots-clés : #psychologique #religion
par topocl
le Dim 5 Mar - 10:26
 
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Sujet: Ruth Ozeki
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Irvin Yalom

[b]Dans le secret des miroirs[/b]

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych30

Écrivain prometteur, Ginny a tout pour être heureuse mais elle ne l’est pas. De thérapies en thérapies, à peine débarquée de New York là voilà dans le cabinet du très spécial docteur Yalom. Quel stratagème inventera-t-il pour échapper à l’engrenage de l’échec ?

Dans la lignée de Mensonges sur le divan et d’Et Nietzsche a pleuré, Irvin Yalom, psychothérapeute américain, auteur de nombreux romans ou récits, best-sellers dans le monde entier, nous offre ici un livre unique. Nouveau pacte audacieux entre le patient et son médecin.
Dans le secret des miroirs est l’aboutissement littéraire d’une relation inédite : l’histoire de deux êtres qui se rencontrent dans l’intimité d’un  tête-à-tête thérapeutique et qui nous invitent à les connaître comme ils se sont connus.


Je rentre dans ma librairie un jour d’août chercher le nouveau roman de mon psychothérapeute /romancier vénéré et j'avoue que je cache ma jubilation en voyant de loin sur le comptoir "Irvin Yalom".
Jubilation qui n'était pas à son apothéose ...la couverture "dans le secret des miroirs" n'est autre (qu'encore ) une représentation de ....Klimt !
Je me plonge dans ma lecture , avide de ses mots et j'y retrouve bien la plume du psychiatre , intime et unique.

Au travers de Jenny , nous nous y retrouvons tous , avec un degré plus ou moins avancé de la pathologie identifiée.
Peur de l'échec , trouble de la personnalité , incapacité de prise de décision.
Cet échange épistolaire met en scène les multiples turpitudes enfouies , déterrées une à une sous forme d'écrits relatant les pensées et du psychiatre et de sa patiente.
L'audace d'Irvin Yalom , aller à l'encontre de Freud dans sa thérapie , aller à l'encontre de ses acolytes:
Oublier l'acceptation du passé pour y construire son présent et poursuivre un futur meilleur , Irvin Yalom se penche sur l'acceptation de soi au présent , il pousse à la réaction , balaie les retranchements et secoue.
Une lecture que je conseille à toute personne voulant rentrer dans l'intimité d'une analyse pour en savourer ce qui l'en sort : une profonde réflexion sur "soi"

« J’étais Pygmalion, elle était ma Galatée. »

« Elle ne s’appartient pas, rien ne va avec rien – ses cheveux, son sourire, sa voix, sa démarche, son pull, ses chaussures… Tout a été assemblé au hasard
et je sens la possibilité immédiate que tout – cheveux, démarche, membres, jean déchiré, chaussettes militaires –, oui, tout s’envole. Laissant quoi ?
Peut-être juste le sourire. Pas jolie, quelle que soit la manière dont on arrange les parties. Curieusement attirante, cependant. En quelques minutes
elle réussit à me faire savoir que je peux décider de tout, qu’elle s’en remet totalement à moi. Ça m’est égal. À ce stade, ça ne me paraît pas un
fardeau trop lourd. »



mots-clés : #psychologique
par Ouliposuccion
le Jeu 2 Mar - 8:12
 
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Irvin Yalom

Et Nietzsche a pleuré

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Captur10

Venise, 1882. La belle et impétueuse Lou Salomé aborde le docteur Breuer, ancêtre de la psychanalyse et mentor d’un jeune médecin du nom
de Sigmund Freud, à la terrasse d’un café. Elle vient solliciter son aide pour sortir des affres de la dépression un ami, qui n’est autre que Friedrich
Nietzsche. Le philosophe, malgré la parution du Gai Savoir et de Humain, trop humain, est alors méconnu du grand public et plongé dans un profond
désespoir après l’échec de son ménage à trois avec Lou Andreas-Salomé et Paul Rée.
Poursuivant son exploration romanesque de la psychanalyse, Irvin Yalom imagine la rencontre fictive entre Breuer et Nietzsche, deux personnages
malheureux, deux grands esprits qui, après avoir conclu un pacte, tenteront de se guérir l’un l’autre.
À travers cette partie d’échecs entre Breuer et Nietzsche, c’est à une nouvelle naissance de la psychanalyse que nous convie Irvin Yalom.


une époustouflante dualité entre le Dr Breuer et Friedrich Nietzsche. Ce livre est un dispositif à pensées, une collecte de savoir, un hymne  aux génies.
Au fil des lignes, rien n’est apparence, on retrouve l’excellent Nietzsche au gré des dialogues philosophiques qu’il entretient avec Breuer sans l’ombre d’un bâillement. Le socle littéraire qu’a bâti Irvin Yalom est un piédestal, une fondation qui ne s’écroule à aucun moment.

Et pourtant nous prenons notre envol, Irvin Yalom nous donne des ailes, happés  par la soif de liberté, de connaissance de soi, on se régale de cette philosophie de la vérité, du désespoir, loin de l’ennemie de celle-ci : la crédulité, les troubles psychiques engendrés  par les carcans de l’éthique et de la religion. Un jeu d’échec dans un univers de rois.

Lorsqu'un livre ne fait plus qu’un avec vous-même par son ingéniosité,  que le sommeil a perdu toute grâce à vos yeux, qu’il n’est que le commencement d’un questionnement, je considère alors qu’un auteur a rempli  sa tâche avec brio,  mais lorsqu’il maitrise en plus de ça l’écriture et  chamboule les sens par l’art d’un partage érudit, alors je crie  au chef d’œuvre.
Lisez absolument ce livre !

NB : Cette rencontre entre Breuer et Nietzsche et purement fictive contrairement  au lien qui liait Breuer et Freud .le cas clinique Bertha Pappenheim (Anna O) soigné via la méthode cathartique par le Dr Breuer  et qui est évoqué dans ce roman influença Freud sur son étude sur l’hystérie, ils ont par ailleurs  publié  ensemble « Etudes sur l’hystérie ».


mots-clés : #psychologique
par Ouliposuccion
le Mer 1 Mar - 19:49
 
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Albert Cossery

Mendiants et orgueilleux

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Mendia10

Gohar est un intellectuel, professeur à l’université du Caire. Un jour, il se rend compte de l’inanité de son enseignement et abandonne tout pour vivre en mendiant dans les quartiers les plus déshérités de la ville indigène.

« Tous ces grands esprits, qu’il avait admiré durant des années, lui apparaissaient à présent comme de vils empoisonneurs, dépourvus de toute autorité. Enseigner la vie sans la vivre était le crime de l’ignorance la plus détestable »


Il habite maintenant une pièce sombre d’une maison en ruines, son seul mobilier consistant en une chaise, lui-même dormant sur une couche de vieux journaux. Ses besoins frugaux, à l’exception du haschich, il les contente avec l’entraide de ses amis. Gohar passe la plus grande partie de son temps à  observer  la vie qui l’entoure, professant un fatalisme heureux, sans se leurrer sur la nature humaine :

"Ce qu’il y a de plus futile en l’homme, pensa-t-il, c’est cette recherche de la dignité. Tous ces gens qui cherchaient à être dignes ! Dignes de quoi ? L’Histoire de l’humanité n’était qu’un long cauchemar sanguinaire qu’à cause de semblables sottises. Comme si le fait d’être vivant n’était pas une dignité en soi. Seuls les morts sont indignes »

«  Gohar s’insurgeait de toute son âme contre la conception d’un univers absurde. En fait, c’était sous le couvert de cette prétendue absurdité du monde que se perpétraient tous les crimes. L’univers n’était pas absurde, il était seulement régi par la plus abominable bande de gredins qui eût jamais souillé le sol de la planète. En vérité, ce monde était d’une cruelle simplicité, mais les grands penseurs à qui avait été dévolue la tâche de l’expliquer aux profanes ne pouvaient se résoudre à l’accepter tel quel, de peur d’être taxés d’esprits primaires. »


De fait Gohar est insensible au remord. Le jeune Yéghen, poète difforme, survit difficilement grâce au trafic de haschic, il  voue une admiration sans borne pour Gohar et sa philosophie n’est pas très éloignée de celle de son maître. Les armes absolues de Yéghen sont le rire et la dérision.
Le troisième compère, El Kordi, est un peu différent. Miséreux également, il bénéficie cependant d’un poste au ministère, travail qu’il sabote délibérément par ferveur révolutionnaire. En effet, El Kordi se veut redresseur de torts et rêve de délivrer la société de l’oppression des puissants. Toutefois, ses bonnes intentions peuvent disparaître subitement lorsqu’il croise une belle jeune femme dans la rue.
Autour du trio gravite un autre personnage Nour El Dine, officier de police inverti. En effet, un crime vient d’être commis. Représentant de l’autorité, il a peur de ces mendiants qu’il ne comprend pas :

« Le spectacle de cette humanité livrée aux loisirs d’une fête perpétuelle le rendait furieusement envieux. Il leur en voulait de leur insouciance, de leur capacité à méconnaître les principes du monde dont les fondements étaient la tristesse et la contrition. Par quels sortilèges échappaient-ils à la commune détresse »


Son incompréhension va grandir lors de la rencontre avec l’homme-tronc qui donne du plaisir à sa femme et qui se permet de chanter au lieu de s’apitoyer sur son sort :

« - Il est réconfortant de savoir, dit Gohar, que même un homme-tronc peut donner du plaisir
- Un pareil monstre !
-  ce monstre possède un avantage sur nous, monsieur l’officier. Il connaît la paix. Il n’a plus rien à perdre. Songe qu’on ne peut plus rien lui enlever.
-  Crois-tu qu’il faille en arriver là pour avoir la paix ?
- Je ne sais pas, dit Gohar. Peut-être qu’il va falloir devenir un homme-tronc pour connaître la paix. Tu te rends compte de l’impuissance du gouvernement devant un homme-tronc ! Que peut-il contre lui ?
- Il peut le faire pendre, dit Nour El Dine.
- Pendre un homme-tronc ! Ah, non, Excellence. Aucun gouvernement n’aurait assez d’humour pour se livrer à un acte pareil. Ce serait vraiment trop beau »




J’ai pris énormément de plaisir à lire les premiers chapitres au point que je me disais avoir découvert un ouvrage « magique ».  Le début notamment m’a enchanté, lorsque Gohar se réveille envahi par l’eau, pensant à une crue du Nil, puis réalisant qu’il s’agissait de l’eau servant à laver un mort dans la pièce d’à côté ! Sa balade dans le quartier avec ses rencontres amicales dans la foule grouillante sont également réjouissantes :

« Des individus, affalés contre les murs ou bien debout dans des poses immuables, prodiguaient leur inertie séculaire à déjouer la circulation. »  


Puis, le meurtre avec l’enquête policière qui s’ensuit ont quelque peu refroidi mon enthousiasme. J’ai l’impression qu’Albert Cossery n’avait pas besoin de ce genre d’intrigue pour mener sa barque. Avouons toute de même que les derniers chapitres sont à la hauteur des premiers. En conclusion, un excellent livre qui aurait pu être un vrai chef-d’œuvre. Smile


mots-clés : #psychologique #social
par ArenSor
le Mer 1 Mar - 19:09
 
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Ivan Gontcharov

Nymphodora Ivanovna

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Tdftgf10

Un récit vraiment marquant. L'histoire d'une jeune femme russe perdant son mari fraîchement épousé.. Il y a beaucoup d'émotion dans cette histoire ce qui est assez déroutant car elle est directe, pure et étrangement simple, accessible. Gontcharov nous aide à la ressentir car il s'adresse directement à nous, joue le médiateur en tant que narrateur pour que nous puissions comprendre ce qui a priori nous est étranger.. Il nous explique la psychologie de l'héroïne et lui donne une véracité, une réalité en se jugeant lui, narrateur et auteur incapable de contrôler ni d'anticiper les actions de son personnage. Mélange des genres, drame réaliste, intrigue policière, le récit est accompagné d'un style précis, efficace, et percutant. Un style presque journalistique mais d'une époque où la presse savait écrire.
Je ressors ravi de cette lecture marquante.


mots-clés : #psychologique
par Hanta
le Dim 26 Fév - 12:23
 
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Cormac McCarthy

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Route111

LA ROUTE


Ce livre est l'histoire d'une fin ou plutôt de ce qui se passe après.
La fin c'est celle de la planète Terre ravagée par un cataclysme sans précédent.

Ils sont deux les personnages de ce livre, à marcher sur une route ou plutot une croûte de glace sale et couverte de cendre.
De la vie ils ne connaissent plus que le froid, la peur, la faim, la solitude, la fatigue et le silence.
Et chaque journée est pire que la précédente.
Ni soleil ni lune ni lumière, juste une opacité glauque obscurcie encore par la neige ou la pluie.
Ils savent tous les deux qu'ils marchent sur un astre mort.
Ils on guetté en vain un signe de vie, une lumière.
Mais il n'y a plus de vie. Juste des soubresauts convulsifs. Les spasmes violents de quelques survivants en sursis, obsédés par l'unique désir de survivre à tout prix.

S'ils marchent encore, les deux, c'est juste pour essayer de se rassurer l'un l'autre.
Mais ils savent.
Le père se souvient encore. d'un temps où le monde était encore vivant et d'une vie absurde mais inestimablement vivable...
Il y pense encore mais s'interdit d' en parler à son fils qui n'a connu que l'enfer où ils s'enfoncent et qui ne connaîtra rien d' autre.

Ils sont merveilleux tous les deux. Ils n'ont plus l'ombre d'un espoir sur l'avenir. Juste la certitude de l'instant et de l'autre.
L'enfant est pur comme peut l'être un enfant de cet âge. Son père lui, doit surmonter tous les démons qui sont au coeur de l'homme.
Il doit sans cesse louvoyer entre la priorité de survivre et celle d' éviter les pires bassesses qui blesseraient l'enfant.
Leur accord est tacite et se lit bien dans les brefs échanges verbaux qui se terminent toujours par ces mots.
D'accord.
D'accord.
Et derrière ces mots, toutes les interrogations, les angoisses, les doutes...

Ce livre ne serait qu'un cauchemar absolu s'il n'y avait la chaleur humaine qui les lie, au delà de la souffrance et de la mort préssentie.
Cette chaleur et cette confiance qui est ce qu'il y a de meilleur dans l'humain et dans toute l'histoire de l'humanité.

Comme Bédoulène, je pense que ce livre est une fable dont le thème serait : l' humanité saura-t-elle survivre à sa propre folie.

Question que se posait aussi cet autre écrivain Stig Dagerman.

Récupéré


mots-clés : #psychologique
par bix_229
le Mar 21 Fév - 15:24
 
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Andrew Sean Greer

L'histoire d'un mariage

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych17

Holland Cook est un jeune homme d'une grande beauté, à la personnalité mystérieuse. Pearlie tombe amoureuse de lui au premier regard. Séparés par la guerre, ils se retrouvent en 1949 à San Francisco et se marient. Pearlie pense vivre un bonheur tranquille. Quatre ans plus tard, la belle histoire vole en éclats lorsqu'elle reçoit la visite de Charles Drumer, un homme d'affaires qui lui propose un étrange marché.

Dès le début de cette lecture, j’ai repensé au  guide de la femme parfaite datant des années 60 et j’avais sous les yeux le portrait d’une vie acidulée en façade, celle des bonnes mœurs, le masque de la comédie pour cacher la tragédie de l’âme d’un couple dans un San Francisco des années 50 made in Guimauve.
Puis San Francisco s’assombrit  à l’arrivée d’une tierce personne et prend  la couleur d’un enfer, le mythe du mariage  prend l’apparence d’un spectre au rictus méphistophélique  dans ce foyer édulcoré terni  dans lequel on ne rêve plus, trop empreint de non-dits.
« Il a une maladie du cœur » dit-on en parlant de son mari…Affection pour cacher un dysfonctionnement affectif, une attirance qu’on ne nomme pas.
C’est l’histoire d’un pacte entre une épouse et un homme surgissant d’un passé inconnu,  d’une passion qui s’achète, payer les rêves de celle-ci  afin de vivre son besoin de l’autre.
D’un mari qui  survit d’un naufrage dans le pacifique durant la guerre pour finalement vivre une noyade en eaux troubles y plongeant tout l’univers qui gravite autour de lui en orbite.
D’une femme, de ses souvenirs fabriqués  et autant de questions sans réponses sur son mariage aux allures de trou noir d’Hypernova insondable et impénétrable.
D’une guerre dévastatrice inondant  chaque fragment  de l’esprit.  
Au milieu de tout ça, celui qui devrait être notre meilleur ennemi peut parfois devenir notre meilleur ami, un pacte avec celui qui change le cours de notre vie pour sauver celui qu’on aime.

« J’ignore ce qui unit les parties d’un atome, mais, semble-t-il, c’est la souffrance qui lie un être humain à un autre ».


Nous sommes désorientés devant cet abîme d’incertitudes, le précipice menant  à l’enfer d’une prise de conscience,  le néant obscur ou mène les  blessures pour finir dans un gouffre de solitude.
Aimer c’est peut-être ne pas savoir qui est l’autre, laissant la part d’imaginaire accomplir la magie d’une utopie.
La folie est sans aucun doute le moment où nous sommes dans la vérité, honnête avec nous-mêmes.
L’Histoire d’un mariage ou le cheminement de 3 âmes brisées mené par une écriture inquisitrice.
Délicieuse lecture.  

« Nous croyons connaitre ceux que nous aimons. Nos maris, nos femmes. Nous les connaissons, nous nous identifions à eux, parfois, séparés lors d’une soirée en bonne compagnie, nous nous surprenons à exprimer leurs opinions, leurs goûts culinaires ou littéraires, à raconter une anecdote qui ne sort pas de notre mémoire mais de la leur.
Nous observons leurs tics dans la conversation ou au volant, dans la manière de s’habiller et celle d’effleurer leur café avec un morceau de sucre qu’ils regardent virer du blanc au brun avant de le lâcher dans la tasse, satisfaits. Mon mari faisait cela tous les matins et je l’observais, j’étais une épouse vigilante.
Nous croyons les connaitre. Nous croyons les aimer. Mais ce que nous aimons ce révèle n’être qu’une traduction approximative, notre propre traduction d’une langue mal connue.
Nous tentons d’y apercevoir l’original le mari ou la femme véritables, mais nous n’y parvenons jamais. Nous avons tout vu. Mais qu’avons-nous vraiment compris ?
 



mots-clés : #psychologique
par Ouliposuccion
le Mar 21 Fév - 13:21
 
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Peter Cameron

Un jour cette douleur te servira

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 5 Rhydhd10

Au début du livre, après ce titre qui évoque une tragédie antique, on est plutôt surpris de la légèreté qui, dans une grande acuité d'observation, évoque plutôt une comédie alerte. Ce n'est que peu à peu que les angoisses et le drame s'insinuent, mais il y a toujours ce recul de l’humour, de la tendresse pour ses personnages. La dérision (le monde de l’art contemporain par exemple) reste toujours affectueuse. James Peter Cameron a un sens de la formule, qui émaille son  texte sans pour autant tomber dans l'aphorisme .

Les gens se figurent toujours que s’ils trouvent des arguments pour prouver qu'ils ont raison, on changera d'avis.


Ce roman séduit par la description de James, cet adolescent qui a un profond besoin de silence et de solitude, au point que cela le gêne dans sa communication avec les autres, mais le rend sans doute fort puisqu' il échappe au besoin de se rendre aimable, de séduire, d’avoir besoin du jugement favorable de l'autre. On est en même temps déchiré pour ce pauvre James, mais épaté de sa capacité à garder la tête hors de l’eau. J’ adore ce gamin, même si j’ imagine qu'il doit être assez difficile à supporter dans la vraie vie Je connais quelqu'un qui fonctionne exactement comme ça (en moins malheureux), j’ai une partie en moi qui y ressemble,  et je trouve que ce type de profil est rarement dépeint en littérature, dans une société où le relationnel, la communication, sont mis en exergue comme une espèce de postulat définitif (où le récapitulatif du nombre de ses amis est la base-même de l’image qu’on a  de soi).

Être seul constitue pour moi un besoin fondamental, comme la nourriture et l'eau, mais je me rends compte qu'il n'en va pas de même pour les autres. Mes compagnons de chambre paraissaient enchantés de la vie en commun dans le style on pète, on se fume un joint, et il se fichaient visiblement de ne jamais jouir de la solitude. Pour me sentir tout à fait moi-même, il faut que je sois seul. Communiquer avec les autres ne me vient pas spontanément ; c'est une contrainte qui me coûte un effort et donc, comme cela ne vient pas spontanément, je n'ai pas l'impression d'être tout à fait moi-même lorsque je fournis cet effort. Avec les membres de ma famille, je suis assez à l'aise, mais même là ça devient par moments une contrainte de ne pas me trouver seul


Plaisant aussi, c'est que, si on voit James et ses proches (ses parents, sa sœur) dans l’incapacité de gérer leur propre vie : ils courent désespérément après leurs amours impossibles, se comportent souvent en égoïste parfait, cependant, ils restent fondamentalement sympathiques, attentifs à l'autre dans leur détresse, complètemen,t maladroitement, certes, mais attentif quand même. Je trouve que beaucoup d'amour réunit ces quatre personnages qui devraient avoir la vie facile, mais se la compliquent perpétuellement, ils semblent partir chacun de leur côté mais un fil les retient.

Il me paraît à peu près évident que chacun retrouve dans cette histoire des choses qu'il a vécues étant adolescent, avec plus ou moins d'intensité, (et qu'il a peut-être revécu avec ses propres enfants adolescents) : cette solitude, cette incommunicabilité, cette impression d'être incompris, cette angoisse à entrer dans le monde des adultes, avec tout ce qu’il a de rebutant, ce refus des compromis, où il semble que faire le premier pas fait entrer dans un monde où on ne maîtrisera plus rien, où tout sera définitif sans échappatoire et prendre un chemin de traverse sera impossible. James prend finalement sa décision, à partir du moment où sa grand-mère lui propose d'autres pistes, où il comprend que l’ université n'est pas un chemin tout tracé par ses parents, contre lequel il faut se dresser, mais un choix qu'il assume lui-même puisqu'il n'est plus contraint.

Je vais émettre quelques réserves (ça sera moins louche) : j'ai trouvé que les 2 personnages tutélaires de James, la psy et la grand-mère était trop peu fouillés.
La psy est vraiment archétypale, avec tous les défauts qu'on retrouve toujours chez les psys dans la littérature (mais peut-être aussi dans la réalité ? ? Je n'en ai jamais rencontré en tant que thérapeute). Quant à la grand-mère, elle est un tout petit peu trop parfaite et  compréhensive. Mais tout cela n'est que détail, dans un roman gai et profond, d'une grande finesse psychologique sans être du tout psychologisant, parfois tordant, souvent émouvant où tout est subtilement dosé (je trouve que ce mot subtil lui va comme un gant)

(commentaire récupéré)


mots-clés : #initiatique #psychologique
par topocl
le Dim 19 Fév - 13:00
 
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Sujet: Peter Cameron
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