Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 7 Aoû - 18:24

89 résultats trouvés pour contemythe

Jan Potocki

La lecture remonte mais reste étiqueté "référence". J'espère que cette récup' va s'enrichir de lectures plus fraîches d'autre(s) membre(s).  pirat


Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 97820810

Le manuscrit trouvé à Saragosse (version 1810)

GF propose deux versions 1804 et 1810. Évidemment en début de livre les compilateurs en plus d'esquisser une biographie de l'auteur (ça suffit vraiment un livre pour le faire ?) évoque l'histoire du et des livres. La version chez Corti serait la traduction d'une version pas trop pourrie mais incomplète d'une traduction polonaise du manuscrit qui a été écrit en français. Une histoire longue et compliquée (comme l'auteur ?) pour une première version inaboutie et inachevée, la version de 1804... au ton plus irrévérencieux, voire coquin (?) mais aussi avec une construction qui bien que reposant sur le même principe semble plus complexe (encore). De quoi donner envie de ne pas oublier de la lire de bon cœur un de ces jours !

Ce livre chose en lui même...

C'est l'histoire d'un manuscrit trouvé, sur le champ de bataille, du côté de Saragosse, du jeune Alphonse van Worden... tout jeune capitaine des gardes wallonnes qui est en voyage pour recevoir son premier poste. La traversée de la Sierra Morena se révèle très rapidement extrêmement riche en surprise multiples. Ce jeune homme éduqué dans les plus parfaite ligne d'un esprit chevaleresque magnifié avec au dessus de toutes les valeurs l'honneur, et juste après le respect des convenances, va plus ou moins malgré lui et tout en respectant, en somme, ses valeurs se retrouver bien ailleurs et autrement... A travers une succession de rencontres avec des personnages hauts en couleurs qui eux aussi en ont rencontrés et qui parfois sont les mêmes. Chacun évidemment se devant à un moment ou un autre de raconté son histoire et si le récit l'exige celle d'un autre par la même occasion.

Un bon prétexte pour réciter à tiroirs façon mille et une nuits avec une série d'échos plus ou moins visibles et évidents. Exercice réalisé avec un esprit vif, joyeux et entraînant... la lecture débute comme une promenade légèrement irréel avant de tirer le lecteur vers une sorte d'ivresse dans laquelle il se laisse guider sur le chemin évident de l'écriture de Potocki. Un chemin qui se déroule avec ses repères mais que l'on suit émerveillé, étourdi et désorienté...

Mais pourquoi est-ce si bon ? Parce que c'est bien pire (en forme de compliment) qu'un "à la manière de", la trame et les trames sont celles d'histoires d'amours plus ou moins déçues, de découvertes, de devoirs et d'ambitions... et de hasard. Presque simple si le roman d'apprentissage à tiroir ne se métamorphosais pas à plaisir en lutte entre rationalité et mystères, hasards et manipulations, raison et inévitables libertés. Tout comme notre Alphonse qui se laisse volontiers entrainer par ses belles cousines c'est à la fois très simple et très compliqué.

La série d'histoires et de personnages identifiables, presque stéréotypes, présente d'étonnantes ressemblances dans les motifs employés, et là se ne sont plus des tiroirs mais aussi des matriochkas, les histoires s'imbriquent, s'éclairent et se change... se recoupent, se mêlent en un fascinant bazar néanmoins cohérent mais d'abord fascinant. Sans altérer le plaisir du lecteur on expérimente la structure folle de cette entreprise, une sorte de système de Potocki , mis en abime plus tard par le système de Velasquez le géomètre touche à tout et quelque peu étourdi et proche de l'auteur... les motifs et combinaisons illustrent la vie et les vies avec tout en jouant merveilleusement avec lucidité et humour en fond une certaine naïveté qui tiendrait du grandiose...

et la boucle finit par se boucler bercée de mélancolie...

Dans tout ça on croise beaucoup de choses entre le réel et la fiction : géographie et histoire... les notes (en bas de page) orientent le lecteur, et heureusement... les sciences dures ou humaines sont employées et discutées abondamment et confrontées, mélangées à... aux religions et au fantastique... avec des ellipses, des imprécisions, des jeux, beaucoup, de la manipulation pure et simple... et mise en abime...

Une ouverture extraordinaire et curieuse avec une volonté de partage engageante... il est difficile de conclure sur cette lecture débordante et multiple... un excellent monument sans aucun doute et vertige devant ce regard en double teinte entre l'idéal qui anime ce "monde" et une réalité plus dure (mais pas toujours sans attraits).

L'utilisation des générations, de l'histoire et des chronologies ainsi que les petits exposés scientifiques sont plus ou moins digestes sur la fin mais impossible de résister et de ne pas divaguer sur une histoire des mathématiques, des sciences... et d'utiliser ces échelles pour regarder un maintenant qui n'apparait plus si lointain.

Fantastique lecture, incontournable aussi pour son amour des histoires, du récit magnifié. Ce que je n'imaginais pas c'était la densité (des) thématique(s) et cette construction abusant de fausses répétitions, c'est incroyable... d'ailleurs ça occupe du monde semble-t-il de décortiquer cet ensemble et de le croiser avec la vie de Potocki, ses écrits, ses voyages, ...

Un jeu de nuances et d'ouvertures, d'incertitudes, d'esprit... et une lumière orientale...

gros bonheur.

je ne regrette pas d'avoir choisi une période de vraie disponibilité pour attaquer le morceau. 830 pages avec les explications qui précèdent.


mots-clés : #amour #aventure #contemythe #fantastique #initiatique
par animal
le Mer 30 Jan - 22:48
 
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Sujet: Jan Potocki
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Raymond Queneau

Les Enfants du limon
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@Arturo : la notice de la Pléiade (de même que les notes laissées par Queneau) confirme que le titre renvoie à Le Christ aux oliviers de Nerval, et à la Genèse, 11, 7 : « L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre » (en latin, « de limo terrae »)…

Où l’on retrouve Bébé Toutout, le nain malveillant de Le Chiendent, en la personne de son émule, le petit démon Purpulan, partenaire obligé de Chambernac, compilateur des « fous littéraires » (une étude que l’auteur recycle !)
« Il concevait maintenant son grand ouvrage non plus comme un chapelet de notices présentées dans un désordre alphabéto-cahotique, mais comme une œuvre ordonnée dont il savait même le titre. Il écrirait une encyclopédie des sciences inexactes. Le sous-titre serait : Aux confins des ténèbres. »

« Purpulan courba gentiment la tête, puis se penchant dans la direction de l’oreille chambernacienne la plus proche de lui souffla dedans ces mots : "Monsieur Chambernac, je suis sur le point de découvrir la quadrature du cercle." Le proviseur ouvrit la goule comme un poisson sur un étal au marché, joignant à sa surprise tout humaine la mutité de cet animal. »

L’autre fil du roman, c’est la famille Limon. J’ai bien un peu confondu Astolphe, fils de Jules-Jules Limon, et son ami Arnolphe, mais ce n’est pas trop gênant, l’intrigue ou "action" me semblant généralement secondaire voire superflue, ce qui n’est peut-être pas totalement faux avec Queneau. Il me suffit de "sentir" un sens général, ou au moins une volonté de faire sens, dans la trame du récit pour m’en contenter ‒ et c’est bien pratique avec ce livre étonnant, occasion de délicieux dialogues populaires comme d’une érudition loufoque ; mathématiques, considérations sur le mot coton, cosmogonies farfelues du XIXe et symbolisme solaire avoisinent religion (le mal comme une volonté du Dieu de la Bible), psychanalyse œdipienne des rapports d’identification au père, et politique (« la N.S.C, la nation sans classes »)…
« Pour Pandroche la politique consistait à peu près uniquement dans une connaissance approfondie et presque toujours prétendue de la vie privée de ses adversaires. C’était un spécialiste de la diffamation. Il savait que X… avait, comme tous les étudiants, volé des livres chez des libraires du Quartier latin. Il savait que Y… avait été surpris par un garde-champêtre en train de baiser une fille dans un bois. Il savait que Z… avait un frère qui se faisait flageller dans un bordel de la rue des Martyrs. La substance de ses articles s’épaississait de la répétition obstinée de ces histoires. De son passage chez les anarchos il subodorait partout la police et son flair était si puissant qu’ayant les narines pleines du fumet d’innombrables hambourgeois [ou "en-bourgeois" : policiers en civil], il n’en dépistait pas moins le juif. »

Queneau fait partie des écrivains de la profusion imaginative, les baroques continuateurs de Rabelais et Cervantès, et ici on pense surtout à Bouvard et Pécuchet : trouvailles en tous genres, notamment de mise en page, listes, permutations de registres, etc.
Limon père est mort en tombant d’un avion, ce qui rappelle Le vol d’Icare (qui viendra trente ans plus tard) ; il y a décidément une cohérence cachée dans l’œuvre de Queneau, et elle le reste essentiellement pour moi…
Quelques extraits en vrac, puisque, de toute façon, il ne s’agit pas de littérature de l’ordre…
« Le seul contact véritable entre l’homme et la nature, c’est la science, la science qui transforme et qui détruit, la science qui rend habitable un désert ou des marécages, la science qui fait courir du fer sur du fer à travers les accidents géographiques les plus divers et qui fait voler de l’aluminium à travers les incidents météorologiques les plus variés, la science qui fait de l’essence de rose avec du charbon et du sucre avec des copeaux de bois. Voilà le seul contact véritable de l’homme avec la nature : un lac desséché, un désert irrigué, une mer domptée, une montagne coupée, voilà le contact authentique de l’homme avec la nature, celui de l’action, de la destruction et de la transformation. »

« …] des filles dont le grand-père est quelque chose comme le roi de la télégraphie sans fil, on ne comprend pas d’ailleurs comment on peut être le roi de quelque chose qui n’existe pas puisqu’il n’y a pas de fil, des filles comme ça vous voudriez qu’elles ne soient pas fières ? »

« Le sel, que le soleil attire à lui en même temps que l’eau salée qu’il pompe, doit fortement coopérer à l’opération éclipsiale. Je crois que l’éclipsé est le nœud cordial et sympathique, ou la copulation générale pour toute la nature, et qu’au moment où le soleil et la lune se rencontrent, ils sont en réflexion en face l’un de l’autre ; et l’effet de la réverbération a la vertu de faire fondre le sel qui s’épanche sur le soleil ; c’est ce qui peut l’obscurcir. Je ne crois pas pouvoir attribuer cette obscurité au motif chimérique qu’un petit objet puisse à nos yeux en cacher un plus gros. »

« On commença par parler de choses sans importance ; livres, films, pièces de théâtre. On causait. Des noms, des titres amenés au hasard faisaient trois petits tours puis s’en allaient. On causait. On distribuait de la gloire, de la notoriété, du génie à machin et à chose comme du grain fictif à des fantômes de poules. On causait. »

« Paulin Gagne, l’"avocat des fous", inventa en 1868, la philanthropophagie, "le seul fait nouveau sous le soleil", "l’amour de l’homme pour l’homme livré en aliment" ; dans le "sacrifice volontaire des hommes et des femmes se livrant fraternellement et religieusement en nourriture aux victimes de la faim qui dévore le monde", Gagne découvre la solution définitive du "problème social" : "l’archiphilanthropophagie, qui renversera la barbarie et tous les crimes, peut seule dire le saint jamais à la famine universelle qui, si personne ne se sacrifie, nous dévorera tous sur le grand vaisseau de la terre privé de vivres". »

« Daniel se prenait parfois à rire en pensant à l’idée faiblichonne que les gens pouvaient se faire de la Toute-Puissance de Dieu. Ils la limitaient selon leur bon plaisir, selon leurs faiblesses, selon leurs désirs ; ils l’accommodaient à leur sauce, comme si l’on pouvait couillonner Dieu. Des individus qui avaient le vertige du haut d’une échelle en discouraient sans émoi de cette Toute-Puissance. Ils en bavardaient sans terreur. Ils avaient fabriqué un bonguieu à la guimauve qu’on pouvait lécher sans se râper la langue. Ils en avaient fait un bounoume intermédiaire entre le président Lebrun et le Père Noël, un petit vieux gentil qui voulait pas au-delà de ce qu’on lui concédait et qu’était prêt à tous les accommodements. »




mots-clés : #contemythe #creationartistique
par Tristram
le Ven 18 Jan - 20:31
 
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Sujet: Raymond Queneau
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Tony Hillerman

La Voie de l'Ennemi

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Premier "polar ethnologique" de Tony Hillerman, il s'agit aussi de la première enquête de son célèbre personnage, le lieutenant de la police tribale navajo Joe Leaphorn.
L'anthropologue Bergen McKee et son collègue, le professeur J. R. Canfield campent dans la région désertique de Four Corners, dans la réserve navajo du plateau du Colorado. Parallèlement, une de leurs connaissances, le lieutenant Joe Leaphorn du Service de la Loi et de l’Ordre (Bureau des Affaires Indiennes), est à la recherche de Luis Horseman, un jeune Navajo déculturé, qui se terre dans le désert parce qu'il a poignardé un Mexicain.
L’histoire s’organise autour des croyances navajos en sorcellerie d’une sorte de loup-garou, ce qui sera l’occasion d’évoquer les rituels (tel "La Voie de l'Ennemi") et le mode de pensée, mais aussi la déculturation des Indiens, leurs rapports avec notre société et l’argent :
« Mise à part la satisfaction de besoins élémentaires simples, la culture navajo fait peu de cas de la propriété. En fait, être plus riche que ses frères de clan s’accompagne d’un discrédit social. C’est contre nature et, par conséquent, considéré avec méfiance. »

A ce propos, dans le glossaire des traducteurs, Danièle et Pierre Bondil, on trouve :
« Richesse : le désir de posséder est, chez les Navajos, le pire des maux, pouvant même s’apparenter à la sorcellerie. Citons Alex Etcitty, un Navajo ami de l’auteur : « On m’a appris que c’était une chose juste de posséder ce que l’on a. Mais si on commence à avoir trop, cela montre que l’on ne se préoccupe pas des siens comme on le devrait. Si l’on devient riche, c’est que l’on a pris des choses qui appartiennent à d’autres. Prononcer les mots “ Navajo riche ” revient à dire “ eau sèche ” ». (Arizona Highways, août 1979). »

Outre l’aspect "ethnologique", qui bien sûr est ce qui m’a attiré chez cet auteur, le fait de situer le thriller dans un tel contexte présente beaucoup d’intérêt, ne serait-ce que la confrontation entre « la piste de la beauté » qui fonde le mode de vie du "Peuple", et l’énigme policière.
Il est aussi intéressant de voir comment le personnage principal "d’origine", McKee, laissera la place à Joe Leaphorn.
En répons à la citation de Topocl sur le fil "Vincent Hein" :
« La légère brise, soufflant soudain dans l’axe du canyon, apporta l’odeur légèrement âcre de l’ozone libéré par la décharge électrique ainsi que le parfum de la poussière humide et de l’herbe frappée par la pluie. Elle emplit ses narines de nostalgie. Il n’y avait là rien de ces odeurs de goudron fumant, de poussière en dissolution ou de gaz d’échappement prisonniers de l’humidité qui caractérisaient les pluies urbaines. C’était une odeur d’enfance passée à la campagne, d’autant plus évocatrice qu’elle avait été oubliée. »



Mots-clés : #aventure #contemythe #identite #nature #polar
par Tristram
le Mar 1 Jan - 14:35
 
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Sujet: Tony Hillerman
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Jørn Riel

Le garçon qui voulait devenir un Être Humain

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Livre 1 ‒ Le naufrage
Livre 2 ‒ Leiv, Narua et Apuluk
Livre 3 ‒ …et Sølvi

(3 fois 80 pages environ)

Nota, ouvrage destiné à l’enfant de tout âge. Rêve assuré en ce qui me concerne : Helluland, Markland, Vinland… Terre de Baffin, Labrador, Terre Neuve… le pays des rochers, le pays de la forêt, le pays de l’herbe…

Vers l'an mil, un jeune Norrois naufragé au Groenland est sauvé par deux Inuit de son âge.

Les détails "ethnologiques" ne constituent pas la moindre richesse de ce conte, et en accentuent l’étrangeté merveilleuse :
« Les Inuit adoraient les eiders mâles. La petite boule de graisse qui pousse sur leur tête était particulièrement savoureuse. On préférait la déguster crue, aussitôt l’animal capturé. »

Le décalage avec nos us et coutumes, qui peut choquer, provient de notre propre déconnexion d’avec la réalité naturelle.
Et on comprend que c’est parce qu’ils sont peu que les Inuit peuvent vivre comme ils le font.
« Ils quittèrent l’habitat sans se faire particulièrement remarquer, comme c’est l’usage chez les Inuit. On part en voyage quand on en a envie, et on revient quand le voyage est terminé. »




Mots-clés : #contemythe
par Tristram
le Ven 23 Nov - 21:28
 
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Sujet: Jørn Riel
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Éric Chevillard

@Louvaluna a écrit:Mais, dans ce cas, je conseillerais au panda mignon d'y mettre la patte en commençant par Ronce-Rose. Wink


C'est parti pour la patte :

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Ronce-Rose

J'y suis donc allé du bout de la patte et j'ai surtout tourné autour. Pourtant dans cette histoire à hauteur de petite fille et un poil décalée on est assez vite dedans. C'est très fluide et sa manière de pied / contre-pied est au point et assez efficace même, il y a même des attentions qui me plaisent, tour de passe-passe nonchalant autour d'un petit rien, dans la démarche ça me plait. En pratique je suis prêt à trouver ça sympathique sans avoir réussi à vraiment me couler dans le texte. L'impression qu'il pourrait en faire des kilomètres sur le même mode sur presque tout, peut-être ? Ce qui ne m'empêche heureusement pas d'avoir apprécier et souri à certains passages et de ne pas du tout regretté cette expérience. clown

Dans ce passage par exemple, si l'ensemble ne m'emballe pas forcément, j'aime bien la phrase en gras :

Rascal en ce moment est noir avec une tache blanche si large qu'on pourrait aussi bien dire le contraire. Il ne fait pas de différence entre l'affût et la sieste et il y consacre presque tout son temps. Peut-être qu'il attire ses proies en rêvant de baies et de graines. Mais là, il s'est remué, il a même cru pouvoir attraper une mésange dans le sureau. Maintenant, il est coincé là-haut, incapable de redescendre et il regarde les oiseaux qui picorent dans l'herbe les graines et les baies de son rêve. Si c'était une vache celui-là, il faudrait lui fourrer à la main le foin dans les bajoues !


cat

mots-clés : #contemporain #contemythe #enfance #humour #initiatique
par animal
le Mer 14 Nov - 18:41
 
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Sujet: Éric Chevillard
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Ricardo Menéndez Salmón

Enfants dans le temps

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Originale : Niños en el tiempo (Espagnol, 2014)

Un roman en trois fragments, parties :

- « La blessure » : la fin d’une relation de quinze ans entre Antares, écrivain, et Héléna. Ils perdent leur jeune enfant à la suite d’un cancer. Ils vivent différemment le deuil, la séparation, et s’éloignent inexorablement l’un de l’autre… On perd la maîtrise du temps, on est devant la solitude du deuil pas partageable (?). Mais :

« L’obscurité existe, mais la vie continue. Nul n’en est coupable. »

- « La cicatrice » : un récit d’une enfance possible de Jésus, récit qui relate aussi un deuil d’absents, mais qui veut remplir un vide laissé, inacceptable : la vie d’un enfant… Les chapitres sont nommés selon l’alphabet hébreu.

Le narrateur commente un emprisonnement dans la parole des commentateurs de la personne. Et lui ? Il crée aussi son mythe...

- « La peau » : le voyage de Héléna vers la Crête : rencontre avec un homme effacé et compatriote plus âgé, Antonio, avec lequel elle va passé les soirées de son séjours de trois semaines. Une vie reprend en elle, mais à la fin là aussi : une séparation d’Antonio. On comprend que lui, Antonio/Antares, lui confie ce récit de Jésus enfant. La numérotation continue celle de la première partie !

Dans les trois « histoires/fragments » (de 60, 76 et 42 pages) il est question de mort (d’un enfant), séparation, et quelque part, et mystèrieusement, de reprise de vie et réorientation. Ils sont reliés par des personnâges ponts, et des bribes de sujets qui se renvoient l’un à l’autre : l’écrivain Antares – est-il l’auteur de cet enfance imaginé de Jésus ? Et Antares/Antonio ? L’enfant perdu, ou l’enfance perdu – sont ils pas pareillement des absurdités ? Et la séparation – est-elle inévitable à la suite de la mort vécue ? Et est-ce que l’approche artistique d’en faire face est expression de vie ou aussi empêchement ?

On retrouve lors de tout ce livre des éléments de la mythologie grècque, des face-à-face aussi avec des énoncés chrétiens. Il m’a semblé que Salmon était plus mal-à-l’aise de saisir le propre de ce message (chrétien). Ou est-ce qu’il s’agit de ses personnes ? Voilà le jeu de l’écrivain, peint par l’écrivain ? Des personnes dans la bouche desquelles on peut mettre divers propos. J’étais un peu désorienté.

L’écriture est dense, descriptive pas seulement d’actions extérieures, mais souvent aussi en donnant une interprétation possible d’une expression, d’une action. Trop ???

Il serait intéressant d’avoir d’autres avis sur ce roman qui ne m'a pas convaincu à 100 % mais qui néanmoins "a quelque chose..."


mots-clés : #contemythe #mort
par tom léo
le Mer 24 Oct - 18:46
 
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Sujet: Ricardo Menéndez Salmón
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Anne-Marie Garat

Le Grand Nord Ouest

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15 ans plus tard, Jessie raconte à Bud l'année de ses six ans, et retourne avec lui au Canada dans le Grand Nord Ouest, dans une espèce de pèlerinage, de quête de sens qui se heurte au temps écoulé. Fille choyée d'un nabab d'Hollywood, elle voit son père mort noyé sur la plage le jour de sa fête d'anniversaire. A l'aube de cette année qui va la mener à l'âge de raison, sa mère, une femme fatale fantasque et pleine de secrets, l'emmène sans un mot d'explication dans une folle équipée vers le Grand Nord, ses immensités enneigées, ses indiens animistes. Que fuit-elle? Que cherche-t'elle accrochée tant à ses rêves qu'à ses racines? On va le découvrir au même rythme que Jessie, sans avoir toutes les clés pour autant : cette mère étrange aux identités multiples, grande manipulatrice, gardera sa part de mystère. La petite rouquine (évidemment) connaît là une belle initiation à une vie autre, authentique, à la sagesse, à une certaine dignité auprès d'un vieux couple d'indiens empreints de traditions qu'elle a séduits au premier coup d’œil

C'est bien d'Anne-Marie Garat de nous offrir pour personnages principaux de ce roman du Grand Nord une fillette et sa mère, là où l'on ne croise d'ordinaire que prospecteurs, trappeurs et autre traîne-savates. Il y a aussi ces deux indiens pleins de sagesses, de croyances  de pré-sciences, solidement ancrés dans le territoire qu'on est en train de leur arracher, et qui  transmettent leurs savoirs. Cette épopée aurait du être jubilatoire, mais sans doute du fait du style si spécifique d'Anne-Marie Garat, qui prend ici une boursouflure un peu submergeante (ça grouille un peu trop, c'est une coulée de lave qui ne s'arrête jamais), je ne suis pas pleinement entrée dans ce récit, pourtant plein de poésie, de nature sauvage et de nobles sentiments qui n'excluent pas la facétie. j'ai souvent trouvé ça longuet.

Mots-clés : #aventure #contemythe #enfance #initiatique #lieu #minoriteethnique #nature #relationenfantparent #traditions #voyage
par topocl
le Mer 19 Sep - 10:06
 
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Sujet: Anne-Marie Garat
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Claude Lévi-Strauss

La Pensée sauvage

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Claude Lévi-Strauss développe dans cet ouvrage le fruit de ses études sur
« …] cette "pensée sauvage" qui n’est pas, pour nous, la pensée des sauvages, ni celle d’une humanité primitive ou archaïque, mais la pensée à l’état sauvage, distincte de la pensée cultivée ou domestiquée en vue d’obtenir un rendement. »

Partant de
« …] ce contact intime entre l’homme et le milieu, que l’indigène impose perpétuellement à l’ethnologue »

il en ressort que l’homme a toujours et partout développé ses capacités d’observation puis s’est efforcé d’organiser les informations recueillies, soit mettre du sens et de la cohérence (structurale) dans le désordre en classifiant les éléments du monde. C’est la même démarche de la mythologie comme de la science, qui d’ailleurs coexistent dans le même temps (un peu comme pour le singe qui nous est contemporain, et pas un ancêtre).
« Jamais et nulle part, le "sauvage" n’a sans doute été cet être à peine sorti de la condition animale, encore livré à l’empire de ses besoins et de ses instincts, qu’on s’est trop souvent plu à imaginer, et, pas davantage, cette conscience dominée par l’affectivité et noyée dans la confusion et la participation. »

Il se dégage une constante "universelle" des transformations par symétrie inverse dans la différenciation nature/ culture, que je ne commenterai pas par incapacité caractérisée. On se repose de ces réflexions de haut vol au cours de fréquents exemples de mythologie primitive avec leur éclairage, qui bien souvent m’enchantent par leur description comme par l'explication qui en est extraite.
Le regard de l’ethnologue ouvre décidément des perspectives nouvelles sur l’humain et la société ; il suscite aussi beaucoup d’interrogations (par exemple, j’ai été frappé par l’équivalence femmes-nourriture qu’on retrouve en tous lieux).
Confrontation finale avec la dialectique historique sartrienne :
« …] dans le système de Sartre, l’histoire joue très précisément le rôle d’un mythe. »

A noter qu'à l'Histoire dans le temps correspond l'ethnographie dans l'espace.

@Topocl :
« …] l’art s’insère à mi-chemin entre la connaissance scientifique et la pensée mythique ou magique ; car tout le monde sait que l’artiste tient à la fois du savant et du bricoleur : avec des moyens artisanaux, il confectionne un objet matériel qui est en même temps objet de connaissance. »


@ArenSor et @Arturo :
« "Pour André Siegfried, il y a deux attitudes politiques fondamentales de la France. Notre pays est tantôt bonapartiste et tantôt orléaniste. Bonapartiste, c'est-à-dire acceptant le pouvoir personnel et le souhaitant même. Orléaniste, c'est-à-dire s’en remettant aux députés du soin de gérer les affaires publiques. Devant chaque crise […] la France change d’attitude […]
"Personnellement, au contraire, je pense que le changement actuel, sans être totalement indépendant de ces constantes du tempérament politique français, est lié aux bouleversements que l’industrialisation apporte dans la société. […]"
Il est probable qu’aux Osage ces deux types d’opposition (l’une synchronique, l'autre diachronique) auraient servi de point de départ [… »

Cela m’a fait penser à notre propension nationale à traiter de "roi" nos dirigeants ‒ ou à leur tendance à se conformer périodiquement à ce profil !...

@Colimasson :
« Ces observations nous semblent faire justice de toutes les théories qui invoquent des "archétypes" ou un "inconscient collectif" ; seules les formes peuvent être communes, mais non les contenus. »


Deux dernières citations, qui donnent à comprendre comment l'auteur remet les choses en place :
« L’explication scientifique ne consiste pas dans le passage de la complexité à la simplicité, mais dans la substitution d’une complexité mieux intelligible à une autre qui l’était moins. »

« Nous n’entendons nullement insinuer que des transformations idéologiques engendrent des transformations sociales. L’ordre inverse est seul vrai : la conception que les hommes se font des rapports entre nature et culture est fonction de la manière dont se modifient leurs propres rapports sociaux. »

Evidemment, j’aurais dû lire Descola après ce livre ; ces notions ont été amendées et dépassées, mais une voie fut grande ouverte par Lévi-Strauss… qui demeure un des plus brillants esprits que j’ai lu (tout particulièrement synthétique) : il y a une idée ouvrant de nouvelles perspectives à pratiquement chaque phrase, et dans différents domaines transverses.
Une lecture passionnante, même si elle demande un effort !

Mots-clés : #contemythe #essai
par Tristram
le Sam 25 Aoû - 21:55
 
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Sujet: Claude Lévi-Strauss
Réponses: 13
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Sylvie Germain

A la table des hommes

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Son obscure naissance au coeur d'une forêt en pleine guerre civile a fait de lui un enfant sauvage qui ne connaît rien des conduites humaines. S'il découvre peu à peu leur complexité, à commencer par celle du langage, il garde toujours en lui un lien intime et pénétrant avec la nature et l'espèce animale, dont une corneille qui l'accompagne depuis l'origine. A la table des hommes tient autant du fabuleux que du réalisme le plus contemporain. Comme Magnus, c'est un roman hanté par la violence prédatrice des hommes, et illuminé par la présence bienveillante d'un être qui échappe à toute assignation, et de ce fait à toute soumission.

Quatrième de couverture


Ma première lecture de Sylvie Germain a été Magnus que j'avais adoré et qui m'avait beaucoup émue.
Depuis, mes lectures de cet écrivain ont toujours été des "cadeaux": des lectures perturbantes, déstabilisantes mais dont je suis ressortie pleine de questions et d'envie de découvertes et surtout avec le désir de revenir vers cette narratrice...


Ce roman ne fait pas exception : je le place en parallèle de Magnus car il dénonce la folie des hommes et leur énergie destructrice.
C'est un conte, plein de rêves, et aussi plein de cruauté,  que vous n'arriverez pas à ancrer dans une période de l'Histoire, car il rappelle le passé comme le présent ...et sans doute décrit-il l'avenir.

La relation de l'homme à l'animal y est fortement évoquée et j'ai beaucoup aimé ces passages...Les corbeaux vénérés par les indiens le sont aussi par Sylvie Germain qui en fait le protecteur du personnage principal du livre - BAbel - et ce n'est pas si souvent que ces noirs oiseaux ont une place respectée.
L'acceptation des cultures différentes, des coutumes propres à chaque ethnie, jusqu'à la langue et l'usage des mots est au coeur de ce récit.

On ressort de ce livre, curieux des autres et de leurs richesses si on ne l'était pas avant. L'exclusion est une absurdité.



A lire ...


mots-clés : {#}contemporain{/#} {#}contemythe{/#} {#}guerre{/#} {#}initiatique{/#}
par Invité
le Jeu 9 Aoû - 18:26
 
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Sujet: Sylvie Germain
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Pierre-Jakez Hélias

Oh la la ! J'ai écrit le commentaire suivant en 2010 ! Ça me fait tout drôle de le relire... Quel enthousiasme !

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La colline des solitudes

« Ses ruines, sous le ciel, mettraient plus de temps à disparaître que les os de ses derniers habitants à se dessécher au tombeau. »

Onze vieillards solitaires arpentent leur village sur des chemins indépendants. Jamais les onze ne se croisent pour respecter ce vœu de silence qui s’est imposé avec le temps et la désertion de la colline par leur descendance. Discrètement, ils veillent les uns sur les autres et s’entraident avec une rare efficacité par le biais d’un code de signaux et d’avertissements mis en place pour palier l’absence des mots. On suit ce manège avec d’autant plus de fascination que Pierre Jakez Hélias lui donne un aspect quasi mythique. On serait tenté de voir les onze tels les dieux de l’Olympe isolés dans des hauteurs inaccessibles au commun des mortels.

Mais voilà qu’on restaure la maison de feu Yann Strullu, le maréchal-ferrant ! Les onze, intrigués, rôdent autour du chantier. Que signifie donc tout ce remue ménage ? Il y a que le petit-fils du maréchal, le docteur K., veut s’installer dans la maison de son grand-père. Pourquoi ? Le petit-fils ne le sait pas vraiment lui-même. Cependant, il ne va pas tarder à découvrir l’ampleur de son héritage à travers les contes et légendes de ce mystérieux pays.

Pierre Jakez Hélias a magnifiquement bâti son récit. Une première partie où l’on s’étonne du troublant comportement des onze solitaires et où l’on assiste, après l’arrivée du petit-fils, à un drôle d’apprivoisement des uns par les autres. Une seconde partie offrant contes et légendes splendides, et durant laquelle on est certainement aussi déconcerté que le docteur lui-même. Enfin, une troisième partie où les liens se font et se défont, où comme dans une forêt après une terrible tempête la petite population secouée tente de se réinstaller confortablement ou s’exile si trop d’arbres sont tombés.

Hormis cette construction du récit qui nous emballe, on est enchanté par l’écriture tout en finesse et la richesse du texte. C’est dense et on se surprend à relire des passages entiers, non par manque de lisibilité mais pour savourer chaque détail qui, avec cet auteur, a son importance et n’est certainement pas cité pour gonfler le texte et masquer une trame pauvre. L’humour n’est pas en reste dans cette histoire ! Cela commence surtout avec les trois sœurs et une situation qui devient comique grâce au procédé de la répétition : « Chaque jour, la plupart des onze passaient un par un devant le chantier, chacun à son heure exacte, si bien que l’un ou l’autre ouvrier pouvait tirer sa montre et annoncer : nous allons voir apparaître la première des trois sœurs. A peine avait-il fini de parler que l’aînée se montrait, suivie de près par la seconde qui lui soufflait dans le cou, la plus jeune à vingt pas derrière, allez donc savoir pourquoi ! » Et nous d’imaginer cette scène plus épatante à mesure qu’on a l’occasion de l’observer ! On se régale encore de certaines expressions comme : « La nuit était noire comme dans un cul de chaudron.» (inséré dans un contexte inquiétant, une ambiance de cimetière, on est totalement pris au dépourvu), « On était à peine entré en décembre que les journaux imprimèrent une nouvelle qui fit se frotter les yeux même à ceux qui ne savaient pas lire. » (là, j’adore, j’ai ri jusqu’à ce que je découvre moi-même la nouvelle et que je sois aussi décontenancée que le narrateur). Mais il y a aussi toutes ces petites remarques que l’on retrouve habituellement à l’oral : « Edouard Bolzer était son nom, mais on l’appelait Ed le Joufflu, a-t-on besoin de vous dire pourquoi ! » Un texte savoureux, pour sûr !

La toute fin du livre est éblouissante ! Pris dans un curieux mélange d’appréhension, de surprise et de satisfaction, le lecteur y sera difficilement indifférent.

J’ai adoré ce livre qui nous maintient en lévitation entre ciel et terre, ou plutôt devrais-je dire entre terroir et magie !
mots-clés : #contemythe
par Louvaluna
le Jeu 12 Juil - 18:23
 
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Sujet: Pierre-Jakez Hélias
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Metin Arditi

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 Images13

L'enfant qui mesurait le monde

Avec un livre comme L’enfant qui mesurait le monde, mieux vaut ne pas lire le résumé en quatrième de couverture, notamment celui proposé par Grasset, car ce serait ne plus avoir grand-chose à se mettre sous la dent.

Ce roman n’est pas mal construit, mais il semble reposer sur les techniques de narration des séries télévisées, où l’on passe d’un personnage à l’autre de manière circulaire afin de développer chaque fil narratif par petite touche et tenir le lecteur en haleine. Le procédé est si évident ici qu’il laisse le sentiment d’avoir affaire à un numéro de prestidigitation mal maîtrisé.

Les thèmes sont intéressants : l’autisme, le Nombre d’Or, les grands mythes de l’Antiquité, la Grèce dévastée par la crise… Mais Metin Arditi survole tout cela de très haut : manque de finesse et d’approfondissement. Je ne sais plus quoi penser de ce genre de bouquin qui semble être d’abord conçu pour être vendu. Aucun style ne s’en dégage. C’est sans surprise. Et sans dimension littéraire, me semble-t-il.

Trois autres points m’ont particulièrement rebutée. Des dialogues extrêmement pauvres. Des chapitres très courts : craint-on de noyer le lecteur ? Un titre pour chaque chapitre, comme s’il fallait constamment accrocher le lecteur grâce à un procédé journalistique ou encore l’aider à dégager l’essentiel du texte au cas où il peinerait à suivre… Alors, parfois, j’ai franchement eu l’impression de lire un manuel scolaire.

Au sujet de l’autisme, on en apprend bien plus et bien mieux avec, par exemple, le webdoc « Syndrome d’Asperger : dans la peau d’un extra-terrien » > c’est ici.

mots-clés : #contemythe #pathologie
par Louvaluna
le Mar 10 Juil - 22:28
 
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Sujet: Metin Arditi
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Laszlo Krasznahorkai

Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau.
( titre qui reflète une sagesse de l'univers confucianiste, bouddhiste...: il s'agit du meilleur emplacement pour un bâtiment, un village– merci Tom Léo)

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Sujet : Le petit-Fils du Prince Genji est obsédé par un « jardin caché » vu dans un livre illustré intitulé « Cent beaux jardins ». Malgré tous les savants qu’il a missionnés pour rechercher le dit jardin, ceux-ci n’ont pu lui répondre de façon satisfaisante et de plus le livre a mystérieusement disparu de la bibliothèque. Aussi un jour décide-t-il de découvrir lui-même le jardin qui d’après le peu qu’il en sait pourrait se trouver dans un monastère dédié à Bouddha à proximité de la cité de Kyoto. Il s’ y rend en train jusqu’à la gare de Keihan avec une escorte, laquelle s’adonnera à des libations et oubliera le petit-fils du Prince.

Même si l’histoire………….le conte ? est étonnant  et ses effluves mystérieuses, l’essence même de ce petit livre en est, pour moi, la magie qui s’ élève des magnifiques descriptions ; c’est la création de la terre, un hymne à la beauté, à la vie. Ajout : La beauté du jardin caché c'est sa simplicité ; un tapis de mousse bleu-vert argenté où se dresse 8 splendides Hinokis, émotion !

L’auteur raconte la création d’un arbre inoki à partir du pollen qui s’envole transporté par les vents à la manière d’une aventure, et s’en est une, avec ses obstacles et ses miracles. Puis la croissance de l’arbre que guette aussi de nombreux dangers, notamment les insectes, les maladies, le froid, la chaleur…..  Il raconte aussi les vents, la formation de la terre…..
Mais où se trouve la porte d’entrée sur la propriété du monastère ?

« …et tandis qu’il avançait obstinément, à la recherche de l’entrée, il eut le sentiment que cette étrange longueur, que cette cloison immuablement hermétique et uniforme, là sur sa gauche, n’étaient pas simplement là pour délimiter un immense territoire, mais pour lui faire prendre conscience d’une chose, il ne s’agissait pas d’une clôture, mais la mesure intrinsèque de quelque chose dont l’évocation à travers ce mur cherchait à prévenir le nouvel arrivant que celui-ci aurait bientôt besoin d’autres unités de mesure que celles auxquelles il était habitué, d’autres échelles de valeurs pour s’orienter, que celles qui avaient jusqu’ici encadré sa vie. »

Ce monastère et  le « jardin caché » qu’ il abrite  et que le petit-fils du Prince ne trouvera pas, existent-t-ils ?  ou  bien sont-ils dans un lieu hors d’atteinte où par exemple le chien continue de marcher dans sa mort ?

La sculpture de Boudha au regard détourné comme pour ne pas voir le monde protège-t-il ce lieu  en le cachant à la vue des hommes ?  (imagination ou certitude du sculpteur ?)
Je n’ai pas su voir les messages, s’il y en a, d’ ailleurs les 8 inokis du jardin caché n’ont pas de message pour les hommes, lesquels ne le comprendraient  pas.

Les chiffres ont certainement une portée (la roue du dharma bouddhique ?)  8 inokis, 13 poissons, 4 pavillons etc…. et les chiffres qui couvrent totalement les nombreuses pages d’un livre lu par le moine supérieur (que l’on ne verra jamais) qui pose la question de l’ existence de l’infini, de l’immortalité .

Mais ……………….comment arrive-t-on  et part-t- on de ce lieu puisqu’ à  la gare qui le dessert « nul ne descendit, nul ne monta du train » ?

Le petit-fils du Prince Genji ( lequel atteint de super-émotivité qui occasionne des malaises, récupère en buvant un verre d’eau ; eau source de vie ) est-il vraiment venu dans le monastère, comme le lecteur le voit ? en est-il reparti ?

*************

Y-a-t-il une morale à ce livre ? chercher au-delà  ce que l’on voit ? ce que l'on voit est-ce la réalité ?
Mais surtout croire en la vie.

Toute l’histoire est  rythmée sur le Temps, tout se réalise à son heure : patience.

Je me perds en conjectures et beaucoup de symboles m’ont sûrement échappés mais j’ai apprécié la visite de ce monastère en compagnie du petit-fils du Prince Genji, et surtout les descriptions magnifiques qu’elles soient poétiques ou techniques (un très intéressant passage sur la fabrication des sutras sur bambous, puis sur papier).

L’architecture aussi est très importante et symbolique dans la composition des pavillons, sanctuaire et autres bâtiments.

La dernière page tournée j’ai le sentiment d’avoir vécu un moment magique de littérature.

La conclusion de l’histoire est peut-être dans  la phrase en exergue : Personne ne l’a vu deux fois.

Extraits

A propos de la statue de Bouddha : « La réalité était radicalement différente, et il suffisait de la voir une seule fois pour savoir : s’il avait détourné son beau regard, c’était pour ne pas être obligé de remarquer, s’étendant devant lui dans trois directions : ce monde pourri. »

A propos des sutras : ….et durant des siècles on s’amusa à décliner à l’infini ce petit ruban, en mettant l’accent sur le coloris, soit sur la noblesse de la matière employée, soit sur le nœud lui-même, exécuté avec autant de raffinement que de fantaisie. »

« …quand soudain, une image jaillit en son esprit…pour s’évanouir aussitôt, une image si fugace qu’il fut incapable d’en discerner le contenu, elle avait glissé à travers lui, avait jailli et s’était éteinte, il était assis devant la table du sanctuaire intérieur, et tout son corps s’était raidi au moment de l’apparition de cette image, et de sa disparition, elle était si vite arrivée et si vite repartie qu’il avait pu saisir son importance, son poids, mais rien de son contenu… »

mots-clés : #contemythe #lieu #nature #philosophique
par Bédoulène
le Lun 9 Juil - 9:57
 
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Sujet: Laszlo Krasznahorkai
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Ramuz Charles-Ferdinand

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Adam et Eve (1932)

Pas de grande surprise quant à la thématique ? Côté décor on se trouve peut-être à mi-chemin, dans un petit village pentu avec quelques champs, une rivière, un café. Très peu de personnage, les principaux se trouvant au nombre de 5 si on voit large. Je ne sais pas si ça suffit à dire le roman atypique ? On peut aussi relever qu'il est très intérieur, la couche d'hallucination collective, ou partagée, ne pouvant se trouver que par ricochet ou extrapolation.

C'est que le drame de Bolomey, sorte de vieux garçon, est que sa jeune épouse est partie. Rumination, mélancolie, espoir, acharnement, sur fond de lecture du "livre". Lydie, déçue d'âge plus... intermédiaire ? (tiens, on peut le recaser celui-là !) est la fille de la patronne du café, elle en pince pour Bolomey ou du moins ferait bien sa vie avec, mais lui... sous l’œil de deux plus âgés, l'un itinérant local et l'autre la mère de Lydie et la patronne du café.

On peut aussi voir et entendre les voitures passer, à distance, sur la route, le phonographe aussi est là.

Il y a de beaux passages, on sait s'y attendre, mais je l'ai trouvé assez plombant ou plombé, au sens  simple mais qui peut peser sur le moral. Dans le reste de l'oeuvre, que je ne connais pas toute, je le trouve particulier, à la fois très resserré et "décroché". On n'est jamais au bout de ses surprises dans ce monde.

Le lac est gris clair comme du fer-blanc, lisse comme un toit de tôle.
Il faut voir comment c'est ici et que c'est assez désert et peu peuplé, pendant que Gourdou vient à travers le vignoble, qui est là-haut comme beaucoup de serpillières mises à sécher au soleil ; puis, au moment où la pente faiblit, la couleur du pays change.
Le pays noircit. Le pays tout à coup se couvre de vergers pleins d'arbres assez petits et bas, des pruniers, des poiriers, des cerisiers surtout, qui font de loin comme une branche de persil. Et il y a peu de monde dans les champs ; mais Gourdou parle à ce monde de près ou de loin, tout en venant.
- Ah! éparpillés ! leur dit-il. Ah ! posés les uns à côté des autres ! Ah ! appliqués quand même pour pas grand chose à un travail toujours le même ! ah ! couchés tard ! ah ! levés tôt !
Il lui arrive de parler tout seul, disant des choses tristes d'une voix gaie.
- Rien ne nous est donné qu'on ne le prenne, c'est-à-dire qu'il faut y mettre tout son temps et toute sa peine pour le morceau de pain qui fait besoin et l'assiette de soupe qui fait besoin, couchés tard, et levés matin, est-ce vrai ?
Maintenant il parle tout haut.
- Séparés et collés ensemble. Unis par le dehors, par les lois, par les habitudes, désunis du dedans : frères et étrangers, père et fille et étrangers, mère et fils, mari et femme...
Il repousse sa sacoche, il lève celle de ses mains qui tient la canne ; à qui est-ce qu'il parle, est-ce que c'est au vallon ? Le soleil est devenu rouge comme de la cire à cacheter derrière le brouillard ; on peut le regarder en face. Rouge et rond comme un cachet sur une lettre. Et le lac à présent est comme du papier sale.


Mots-clés : #amour #contemythe #solitude
par animal
le Dim 8 Juil - 21:28
 
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Sujet: Ramuz Charles-Ferdinand
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Bernardo Atxaga

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Obabakoak


Originale : Basque/Euskara,1988 et Espagnol, 1989 (traduit par l’auteur même)

CONTENU :
4ème de couverture a écrit:Chronique d'un monde oublié, Obabakoak a été salué en Espagne comme un acte de naissance de la littérature basque contemporaine. L'exploration d'une enfance rurale, une dérive en terre étrangère, l'éloge et l'illustration du plagiat érigé en genre littéraire servent ici de prétexte à une série d'incursions dans la bibliothèque universelle. D'un conte soufi réécrit à un hommage amusé à Jorge Luis Borges, ce recueil de contes et de nouvelles reliés par un subtil fil narratif se livre à une archaïque passion : éblouir le lecteur en lui voilant et dévoilant au gré des histoires son propre destin fait de solitude et de fatalité mêlées.


REMARQUES :
C’est un roman certes avec du « contenu », mais aussi en soi sur l’art de raconter des histoires, de « fabuler ». Le phantastique devient réél, et le réél phantastique. Tout tourne, de façons divers, autour d’Obaba, une petite ville fictive (basque) qui atteint un statut universel. Des histoires relient cette campagne perdu par la grâce de l’afubulation au monde, et ainsi certaines histoires se jouent tantôt dans un contexte alemanique qu’au Brésil et ailleurs. (Source : 4ème de couverture de l’édition allemande)

Ce recueil, cette « couronne » de nouvelles, a gagné des prix importants, a été traduit en plus de trente langues et avait été transposé en film sous le titre d’ »Obaba ». C’est une collection de nouvelles, contes, histoires qui sont unis par des fils narrativfs subtils. Comme justement par le choix d’un lieu commun de toutes ces histoires : Obaba, où se trouve le narrateur qui est venu y habiter. Dans cette première partie il raconte de la ville elle-même. Cela tourne souvent autour de sujets d’exclusion vécue. Vécu par des étrangers y arrivant, s’y trouvant, ou aussi par une sorte d’exclusion par comportement ou tradtion. Cette aliénation crée de la solitude ou un refus de se laisser intégrer. Est-ce qu’alors la vie tant louée en campagne est plus regressive que prévue ? Ou un refuge ? Des observations excellentes sur l’exclusion de l’Autre…

Dans la deuxième partie il s’agit d’un texte le plus longue en « neuf mots », qui parle dans des facettes toujours nouvelles d’une telle vie en village.

La troisième partie m’a impressionnée sous beaucoup d’égards le plus : les approximativement 20 histoires, contes etc de 2 à 20 pages dévoilent comme une sorte de compétition dans l’art de raconter et de s’écouter. Ces histoires s’enchaînent d’une façon merveilleuse et savante, figure comme une sorte de « promenade entre des éclairs de l’afubulation ». C’est si enjoué et quand même maîtrisé que c’est un vrai regal. Tout pourrait à la limite se tenir seul, indépendemmant, mais en fait l’ensemble forme un tout.

Donc, dans une certaine manière un roman sur l’art de raconter. Peut-être des renvois littéraires devraient être cités, mais je ne les reconnais pas en grande partie. Par contre « Mille et une nuit » me venait à la tête.

Je découvre un vrai grand écrivain qui a été et est encore, important dans son rôle de faire connaître le basque comme langue véhiculaire de littérature. Un grand bon homme et écrivain !

mots-clés : #contemythe #creationartistique #nouvelle
par tom léo
le Dim 17 Juin - 12:23
 
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Sujet: Bernardo Atxaga
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Miguel Ángel Asturias

Une certaine mulâtresse

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 Une_ce10
(En couverture, L’Étreinte de l'Univers, de Frida Kahlo)

Déterminé à devenir riche, Celestino Yumi, un pauvre bûcheron guatémaltèque, vend sa femme à Tazol, le diable des feuilles de maïs sèches. Devenu le possesseur d’une crèche, monde miniature auquel il peut à volonté donner réalité (les feuilles de maïs se changent en billets de banque), il épouse la séduisante mulâtresse, l’innomée, sauvage, cruelle, perverse, insensible, excessive, droguée, débauchée, destructrice ‒ lunaire. Repentant, Yumí récupère sa première femme, son aimée Niniloj, transformée en naine par Tazol. Tous deux réussissent à enfermer la mulâtresse dans la caverne de la lune. Ruinés, ils se font saltimbanques avec un ours, et rencontrent les Sauvages, danseurs déguisés en sangliers et qui le sont devenus, dont la grand-mère, la grande laie aux dents de lune, leur donne le moyen de faire recouvrer sa taille normale à Niniloj, dans le chemin des neufs tournants du diable, que parcourt un homme-pierre. Ils vont ensuite à Tierrapaulita, la ville tordue, l’université des sorciers, pour y étudier la magie...

Traduit et préfacé par Claude Couffon, qui dit avoir travaillé avec l’auteur, ce "roman" est présenté comme typique des débuts du réalisme magique. Qu’on apprécie ou pas cette dénomination, elle désigne une littérature spécifique, originale à l’époque, et avant-coureuse de la nôtre ; nous sommes indubitablement transportés ici en pleine sorcellerie, et bien des traits du réel y persistent.
L’auteur a précisé avoir voulu présenter et fixer les traditions populaires de la civilisation du maïs (en prolongement de Légendes du Guatemala), et c’est donc une découverte exotico-ethnologique du syncrétisme religieux des apports maya-nahuatl-quiché, catholique et animiste africain (un métissage que représente la mulâtresse) avec ses métamorphoses mythiques revues par le baroque, mais aussi un retour au fonds rabelaisien universel (avec ses constantes, grotesque et licencieux caractéristiques), encore le terreau où l’auteur nourrit son imagination extravagante, sa langue épique et poétique.
Le récit légendaire passe par des ellipses comme autant de contractions temporelles, bref des raccourcis, et aussi des redites et détours, il glisse impavide sur les incohérences, joue en miroirs et dédoublements, et bien sûr le merveilleux surgit sans cesse et sans complexe ; parfois, Asturias s’emballe, se lâche, fulgure, fellinien, surréaliste, torrentueux, tellurique, volcanique, luxuriant, avant de reprendre le cours de la narration des péripéties de son conte.
« Au feu ! Au feu !
Un incendie sans flamme et sans fumée, au feu fixe, stabilisé hors du temps, dans le monde du rêve réel, des choses réelles, palpables, véritablement réelles, et, cependant, rêve, rêve, rêve… »

« Dans le miroir azuré de l'air, les mains des journaliers, des contremaîtres et des manœuvres, dédaignant l’or, poursuivaient la mulâtresse nue, comme une apparition de pierre vivante. Ils ne respiraient pas. Ils ne cillaient pas. Avec les ciseaux de ses jambes elle les coupait en morceaux. C’étaient des morceaux d’hommes qui la suivaient, tandis qu’électrique, atmosphérique, elle dansait pareille à un feu follet. Elle était pourtant de chair. De chair de nacre noire, revêtue d’un léger duvet volcanique. […] Ce fut de la folie lorsque les plus hardis fixèrent son sexe, son sexe double, sans amour, haineux, et que la mulâtresse, lunaire et bestiale, tourna le dos pour attendre l’attaque pénétrante, virile, dominatrice, par le revers, par l’anneau, saturne vermeil, plus fermé que Saturne.
La valetaille recula en hurlant : "Mieux vaut l’or !..." "Mieux vaut l’or !" Et elle aurait tout emporté, tout, si Yumi ‒ tandis que la mulâtresse, suivie par ces mâles aveuglés, se perdait dans une nébuleuse lactée d’étalons qui se vautraient, qui se mordaient, qui trépignaient, éjaculant seuls, les vertèbres ondulant comme des vagues, les corps tombant dans le vide ‒ n’avait, pour sauver ses richesses, mis le feu, mais cette fois un feu véritable, de flammes, de fumée et de braises, à ses granges. »

Lors de ces déferlantes métaphoriques, on peut penser à Garcia Lorca, à Saint-John Perse, à Patrick Grainville.
Il y a là matière à interprétation psychanalytique (notamment un curieux sado-masochisme récurrent), sans doute aussi aux autres sciences humaines. Pour ce qui est de la mythographie, on retrouve des mécanismes universels : ambivalences, opposition endroit-envers, transformations des personnages et modifications de leur nom pour dérober leur identité aux forces occultes ; cela fait penser au pseudonymes, hétéronymes, etc., et à l’antiphrase (par exemple quand on appelle Bienveillantes les Furies). Au niveau sémiotique, nous baignons dans des symboles dont nous ne connaissons pas la signification ethnologique, mais qui renvoient à un imaginaire collectif, qui nous parlent (le même "inconscient" de L’Odyssée aux Chants de Maldoror en passant par les Mille et une nuits) ; il me semble que, depuis, la littérature a largement exploité ce filon du signifiant sans référence claire (Pynchon, Auster, Haruki Murakami, Bolaño et tutti quanti). Le rire, omniprésent, est celui de Rabelais et de notre moyen-âge, qui survit là intact. Géants et nains renvoient à Swift, excès et ivrognerie au carnaval, Huasanga qui dérobe le sexe des femmes évoque la Baubo des mystères orphiques, l’étrange rappelle celui d’Extrême-Orient. De même, les archétypes communs de la superstition y sont ressourcés. Cependant les signes typiques du surnaturel sud-américain sont nombreux : fréquence du chiffre quatre, tabac, cacahuète, copal, variole, etc.
« "Même dans les pets on reconnaît l’odeur du chocolat à l’ambre…" pensa Tazolino en s’approchant de son père qui pétaradait en se lavant les dents ‒ car il avait parlé, et la parole est bien ce qu’il y a de plus sale ‒ avec une brosse courbe à sept couleurs, arc-en-ciel d’où tombaient, comme des éclaboussures de mousse, des quetzals, des colibris, des paons et des oiseaux de paradis. »

Bien que ce ne soit pas le propos de l’ouvrage, quelques petits traits incisifs rappellent l’engagement humaniste et anticapitaliste de l’auteur, qui tient une part importante dans son œuvre ; Asturias rend aussi compte d’un certain panthéisme écologique, dans le prolongement de la croyance à la Terre-Mère :
« Les hommes véritables, ceux qui sont faits de maïs, cessent d’exister réellement et redeviennent des êtres fictifs lorsqu’ils ne vivent pas pour la communauté. […]
‒ Plantes, animaux, astres… vivent ensemble, tous ensemble, tels qu’ils ont été créés ! Aucun n’a eu l’idée de mener une existence à part, de prendre la vie pour son usage exclusif, excepté l’homme, qui doit être détruit pour avoir prétendu vivre isolé, étranger aux millions de destins qui se tissent et s’effilochant autour du sien ! »

Dans la deuxième partie du livre, deux conceptions du mal s’affrontent : Caxtoc (prononcé Cashtoc), « le Grand, l’Immense », « défenseur de l’envers de la création », s’oppose à Candanga, le « démon chrétien », qui intime « Accou-ou-plez-vous et engen-en-drez ! » (injonction pour alimenter les feux de l’enfer satanique, à rapprocher du « croissez et multipliez » biblique), alors que le premier veut détruire l’humanité au moyen de cataclysmes, l’anéantir pour en délivrer la nature. Intervient aussi Santano, dévot du saint Mauvais Larron, matérialiste douteur qui ne croit pas à l’au-delà, mais au rien, « pire que l’enfer », « mort de l’espérance ».
« ‒ Et pourquoi m’insultait-il ? déclarait Candanga. Parce que j’invitais les couples à engendrer, à se libérer de toute cette crainte de la chair et de la reproduire sans cesse à des millions d’exemplaires photographiques… Seuls les premiers parents furent authentiques, tous les autres hommes et femmes ne sont que des photographies prises d’orgasme en orgasme sur la base de ces photographies et images paradisiaques, sans changement de procédé : chambre noire, déclic, plaque sensibilisée, image d’un nouvel être humain…
[…]
‒ J’en ai terminé avec les esprits malins, bureaucratie crasseuse et analphabète, et je les ai remplacés par des robots chauffés individuellement au moyen de chairs incandescentes, possédant un radar comme les chauves-souris et de la poudre atomique pour laver leurs dents faites d’un feu qui consume tous les métaux, y compris le titane… »

Il y aurait encore beaucoup à dire, citons seulement :
« La peur est un rire parfois. » (I, « Noix de coco, diables, eau bénite en contrebande »)

« Le bruit fut tel qu’on aurait pu croire que la bâtisse s’écroulait. Pendant un long moment, une fine poussière de vieillerie s’abattit sur eux. Chaque parcelle de sciure était un début d’histoire sorti de son trou de silence, brin de bois sec, d’os de bois, poussière de ver. »

« Dans les choses du plaisir d’amour "épargner" c’est "perdre". »

« …] nous sommes étrangers à ce qui se passe derrière nous, suivis par les levains du rêve dans la grande obscurité de la vie. »

« Et ce fut pendant la canicule, durant le dernier bain de sels d’or détachés des torches allumées comme des oublis qui se consument seuls. »

« … l’église s’était remplie de sorciers dénigreurs qui battaient des paupières, comme pour ponctuer leurs pensées de virgules de cils, certains d’entre eux affolés par les bruits parasites de leurs intestins, ou de leurs instincts, qui sont les intestins de l’âme. »

« Le Démon ne trompe pas. Il fait en sorte que celui qui l’écoute se trompe. »

Il est même répondu à la question : pourquoi citer ?
« Nous n’avons pas de mots à nous, c’est pourquoi nous répétons les mots de ceux qui nous parlent. S’il vous plaît ?... Non, ce n’est pas par orgueil. Alors par peur ? Ni l’un ni l’autre, mais comme ce que disent ceux qui nous adressent la parole est bien dit, alors nous le répétons. »


ConteMythe s’impose !


mots-clés : #contemythe
par Tristram
le Jeu 31 Mai - 15:19
 
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Sujet: Miguel Ángel Asturias
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Timothée de Fombelle

Neverland

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Un petit livre tout court, plein de charme et de fantaisie où Timothée de Fombelle , accompagné d'un doux destrier, équipé en chasseur de chimères, part à la recherche d'une enfance qui  ne l'a en fait jamais quitté. Il traverse des paysages de clairières, de marais mystérieux et de buissons de mûres, et retrouve des souvenirs, des sensations (un retour de  vacances endormi dans la voiture, un tiroir fouillé en cachette, un oreiller moelleux...) qui ont fait la richesse de ses jeunes années.

C'est doux tendre, très poétique, l'enfance est innocente et accueillante; la jolie écriture empêche que cela ne tombe (trop) dans la naïveté. Et puisque le quatrième de couverture annonce qu'il s'agit du premier livre pour adultes de l'auteur, il faut bien préciser qu'il parlera d'autant plus à ceux qui ont gardé une part d'enfance, de rêve et d'imaginaire en eux.


mots-clés : #contemythe #enfance
par topocl
le Mer 30 Mai - 15:59
 
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Sujet: Timothée de Fombelle
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Anonyme : Les Aventures de Sindbad le Marin

Les Aventures de Sindbad le Marin

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 97828511

Traduction intégrale à partir des manuscrits originaux arabes par René R. Khawam

(Vers 835-840)

A-t-on vraiment lu Sindbad le Marin ? Si, pour des millions de lecteurs, le nom magique de Sindbad est inséparable de celui de Schéhérazade, c’est grâce à un subterfuge d’Antoine Galland, premier traducteur des Mille et Une Nuits au XVIIIe siècle. Car les aventures de l’intrépide marin, René R. Khawam nous le prouve, n’ont jamais fait partie des Nuits. Mieux, le texte qu’en donna Galland, et que la plupart des éditeurs ont repris après lui, n’est que l’’adaptation’, fort édulcorée, d’un roman composé à Bagdad dès le IXe siècle. Ce roman, René R. Khawam en donne ici la première traduction intégrale, établie à partir des manuscrits anciens. ’Louanges à Dieu, Le Seigneur des Mondes !’ dit le conteur quand il a fini de nous narrer les voyages de Sindbad le Marin. Et louanges à ceux qui nous permettent, ici, de les lire !

editionslibretto.fr


Point fort de la collection, l'introduction pour replacer les textes dans leur contexte et mettre le lecteur en conditions. Ici l'accent est mis sur tout ce qu'il peut y avoir de factuel derrière ces aventures : le commerce avec l'Inde, l'Afrique et la Chine ou le Japon, des appuis géographiques, des références à des événements historiques... celui qui se croyait parti pour de l'imaginaire pur et dur est bien servi !

Aussi parce que Sindbad le Marin narrant ses aventures à Sindbad le Portefaix ferait un bon cousin pour le Baron de Münchhausen avec ses sept voyages plus incroyables l'un que l'autre. Sept voyages pour sept festins du commerçant aventurier qui profite enfin d'un repos bien mérité.

Les récits sont des contes initiatiques qui mettent en avant plutôt que la ruse et la force, la chance et la confiance ainsi que l'entraide et la gratitude. C'est très étonnant et très rafraîchissant en plus de tout l'exotisme que le texte peut avoir pour nous. Plus que les circonstances dramatiques ou extraordinaires ou les débauches de richesses c'est pour moi le fait marquant de ces histoires. Il y a acharnement pour des jours meilleurs mais toute péripétie est acceptée ou accueillie avec la confiance dans le fait que ce ne sera qu'une étape (quoi qu'en dise le narrateur c'est l'impression qui se dégage). Et puis les cohabitations de cultures différentes, les échanges de présents, les bons moments ça ne se refuse pas.

Étonnante lecture légère étonnamment enrichissante !


Mots-clés : #contemythe #initiatique
par animal
le Mar 27 Mar - 21:40
 
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Sujet: Anonyme : Les Aventures de Sindbad le Marin
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Salman Rushdie

La terre sous ses pieds

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 La_ter11

Vina Apsara, star pop à la voix irrésistible, aime le génie musical Ormus Cama qui crée leur célèbre groupe rock, qui l’a découverte, puis perdue, la recherche et la retrouve, fou d’elle. Leur romance épique est narrée par Rai, ami d'enfance d'Ormus dans le Bombay des années 1950, et amant secret de Vina, qui les suit dans leur ascension en Angleterre puis aux USA, et sur toute la planète.
Ça c’est le pitch du scenario, mais il est réducteur. Le personnage principal, ce sont les mythologies indienne, grecque, en fait d’un peu partout, y compris nord-américaine (celle du showbiz), juxtaposées en une mythologie globale (mais plus dionysiaque qu’apollinienne), avec leur fondement de tragédie et destinée, et des refrains comme « Ce n’est pas ça qui devait arriver. » Avec toujours le mythe vivant que forment les deux principaux protagonistes. C’est donc un roman de la démesure, de la folie, de l’hybris, de la passion, soit l’univers mythologique transposé (ou prolongé, ou se perpétuant) de nos jours.
Un des centres est le mythe d’Orphée, un autre la culture rock, un autre encore celle de la photo (soit un monde qui imagine beaucoup, l’imaginaire étant la création d’images nouvelles, ce à quoi Rushdie excelle, étudiant la société actuelle en fabulant dessus).
D’autres thèmes sont repris : le jumeau, ou l’autre, le double mort ; la dualité qui ne se résume jamais à elle-même ; « l’amour tardif », quand il est trop tard…
Jusqu’aux tremblements de terre, qui respectent les frontières Nord-Sud, Occident-Orient : nous voici au Nouvel Âge des New Quakers !
Quand les dieux sont morts, et que la terre veut se débarrasser de nous… mais les amants mythiques sont toujours là.

« L’espèce humaine est naturellement, démocratiquement polythéiste, à part l’élite évoluée qui s’est totalement dispensée du besoin de dieux. […]
Quand nous cesserons de croire aux dieux, nous pourrons commencer à croire à leurs histoires. Bien sûr, les miracles n’existent pas, mais s’ils existaient, alors, demain, on se réveillerait pour trouver encore plus de croyance sur terre, plus de dévots chrétiens, musulmans, hindous, juifs, alors bien sûr on pourrait se concentrer sur la beauté des histoires parce qu’elles ne seraient plus dangereuses, elles seraient capables d’inspirer la seule croyance qui mène à la vérité, c'est-à-dire la croyance volontaire et non croyante du lecteur dans le récit bien raconté. » (15)


Rushdie se sert de différents genres, uchronie, anticipation, parodie, et use de jeux de mots, d’onomatopées, d’allusions référant à la politique, la littérature, les musique et cinéma :

« Plus minable que la salle des personnages de films et de séries télé jamais tournés est la pièce des rôles de théâtre non joués, et encore plus lamentable est la Chambre des députés, des trahisons futures, et le bar des livres non écrits, et la ruelle des crimes non commis [… » (4)


Urbanisation cupide de Bombay après l’indépendance :

« Une ville de pierres tombales se dresse sur le cimetière de tout ce qu’on a perdu. » (6)


Déshérence de l’émigré d’Inde à Londres, avant l’Amérique (livre de 1999) :

« Inde, fontaine de mon imagination, source de ma sauvagerie, toi qui m’as brisé le cœur.
Adieu. » (Fin de 8 )


Vision sévère du monde occidental, donc, y compris les USA :

« Cette Angleterre-là, corrompue par le mysticisme, hypnotisée par le miraculeux, les psychotropes, amoureuse des dieux venus d’ailleurs, a commencé à l’horrifier. Cette Angleterre-là est une région sinistrée, les vieux condamnent les jeunes en les envoyant à la mort sur des champs de bataille lointains et les jeunes leur répondent en se condamnant eux-mêmes. » (10)

« De nous trois, seule Vina a fait un voyage de retour, c’est elle qui, la première, a été prise dans le tourbillon dévorant de la faim spirituelle du monde occidental, ses abîmes d’incertitude, et elle est devenue tortue : une carapace dure sur un intérieur rempli de bouillie. Vina, la rebelle, la hooligan des mots, la hors-la-loi, la femme marginale : ouvrez-là, et vous trouverez le cristal et l’éther, vous trouverez quelqu’un qui désire être un disciple, quelqu’un qui désire ardemment qu’on lui montre le droit chemin. » (11)


Comme dans un récit d’univers parallèles, deux mondes s’interpénètrent ou entrent en collision, le nôtre et un autre (« l’autremonde », qui se révèle une variante ratée), par des déchirures, des contradictions du réel :

« …] notre irréconciabilité intérieure, la contradiction tectonique que nous avons tous en nous et qui a commencé à nous déchirer en petits morceaux comme la terre instable elle-même. » (11)


C’est un livre-monde, une œuvre totalitaire (et je m’y suis un peu enlisé ; près de 800 pages, mais ce genre de livre nécessite cette abondante matière).

J’ai constaté des contresens et des flottements au niveau de la traduction ‒ presque inévitablement, compte tenu de la somme à traduire en peu de temps.

J’ai pensé à John Irving vers le début, peut-être à cause de la sensibilité à l’enfance malheureuse. Plus évidents, il y a une proximité avec certaines œuvres de science-fiction, et une parenté avec des auteurs comme Don DeLillo.

« Mais le passé ne perd pas sa valeur en cessant d’être le présent. En fait, il est plus important parce qu’il est devenu invisible pour toujours. » (5)

« Il errait dans les rues le jour et la nuit, à sa recherche, la femme qui n’était nulle part, il essayait de l’extraire de la foule des femmes qui étaient partout, il découvrait quelques fragments dont il pouvait s’emparer, quelques bribes auxquelles il pouvait s’accrocher, dans l’espoir que ce nuage puisse au moins faire qu’elle vienne le visiter dans ses rêves.
Telle fut sa première quête d’elle. Pour moi cela me semblait presque nécrophile, vampirique. Il suçait le sang des femmes vivantes pour faire vivre le fantôme de la Disparue. » (6)

« La culture a besoin d’un vide pour s’y précipiter, quelque chose d’informe à la recherche des formes. » (13)

« L’espèce humaine est naturellement, démocratiquement polythéiste, à part l’élite évoluée qui s’est totalement dispensée du besoin de dieux. […]
Quand nous cesserons de croire aux dieux, nous pourrons commencer à croire à leurs histoires. Bien sûr, les miracles n’existent pas, mais s’ils existaient, alors, demain, on se réveillerait pour trouver encore plus de croyance sur terre, plus de dévots chrétiens, musulmans, hindous, juifs, alors bien sûr on pourrait se concentrer sur la beauté des histoires parce qu’elles ne seraient plus dangereuses, elles seraient capables d’inspirer la seule croyance qui mène à la vérité, c'est-à-dire la croyance volontaire et non croyante du lecteur dans le récit bien raconté. » (15)

« Nous changeons ce dont nous nous souvenons, puis cela nous change, et ainsi de suite, jusqu’au moment où nous nous effaçons ensemble, nos mémoires et nous-mêmes. Quelque chose comme ça. » (16)

« …] les chansonnettes regrettables devenues les hymnes totémiques du Nouvel Âge des tremblements. Nous ne devons pas considérer Ormus Cama comme il prétend modestement le faire, un simple troubadour ou un rocker ; car sa musique de haine de soi et du déracinement a été pendant longtemps au service, je dirais même au cœur, de l’Occident où la tragédie du monde est reconditionnée pour l’amusement de la jeunesse, et dotée d’un rythme contagieux qu’on marque du pied. » (18)


Amour, ConteMythe (et Mondialisation dans un certain sens)


mots-clés : #amour #contemythe #mondialisation
par Tristram
le Mar 20 Mar - 14:22
 
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Sujet: Salman Rushdie
Réponses: 8
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Washington Irving

RIP et autres contes

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Ensemble de contes dont le plus fameux est Rip qui est éponyme puisque l'on suit le récit de Rip van Winckle. Histoires fantastiques qui sont un peu les ancêtres des légendes urbaines américaines (on y retrouve Sleepy Hollow) parsemées d'un vrai goût pour les descriptions de type naturalistes. Le récit fantastique est n prétexte pour nous faire découvrir la nature de l'Amérique, la nature sociale, sociétale, politique mais aussi historique. Egalement la vraie nature.
Le style ainsi que les idées développées m'ont fortement fait pensé à Tocqueville et je fus du coup totalement hors de l'aspect fantastique de l'histoire souvent réduite à une élucidation rationnelle servie par l'alter ego avec le pseudo de  Dietrich Knickerbocker qui sert à retracer la vision réaliste de l'histoire. et de l'Histoire.

Intéressant.


mots-clés : #contemythe #fantastique
par Hanta
le Mar 13 Mar - 9:59
 
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Jean d'Ormesson

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Histoire du juif errant

Résumé : A Venise, au pied de la Douane de mer, en face du palais des Doges et de San Giorgio Maggiore avec son haut campanile, deux jeunes gens qui s'aiment vont écouter, le soir, un personnage surprenant qui porte beaucoup de noms.
Ses récits les emportent, à travers l'espace et le temps, dans un tourbillon d'aventures où passent à toute allure, sous des éclairages imprévus, assez peu familiers aux enfants des écoles, Stendhal et Christophe Colomb, des Chinois et des Arabes, le procurateur de Judée et des guerriers vikings, le raid israélien sur Entebbe et l'invention du zéro, les amours de Pauline Borghèse et Les Mille et Une Nuits, toutes les passions du monde et aussi ses misères.
L'homme à l'imperméable, qui raconte, avant de disparaître comme il est apparu, ces souvenirs ou ces fables qui se confondent avec la vie, se prétend condamné à l'immortalité pour avoir refusé, sur le chemin du Calvaire, un verre d'eau à Jésus titubant sous sa croix.
Son histoire d'éternité fait revivre un mythe aussi universel que don Juan ou le docteur Faust : le juif errant.
Dans les récits de la Douane de mer, il ne ressemble à rien de connu : à mi-chemin de la Bible et de la bande dessinée, de Hegel et d'Arsène Lupin, il incarne l'histoire des hommes, nécessaire et inutile, depuis toujours maudite et pourtant irrésistible de gaieté et de bonheur.


« C’est toujours la même chose. Du sang, des sièges, la fin de tout. L’espérance chevillée au cœur, la peur vague d’on ne sait quoi, l’attente d’un dieu inconnu qui peut prendre toutes les formes, qu’on défie et vénère et qui est peut-être le néant, et, courant à travers le monde comme un fil invisible qui tiendrait tout ensemble, l’amour. »

L’inspiration de ce roman, soit le mythe du juif errant, autorise à se promener dans différentes époques, différents lieux, et en cela je trouve qu’il y a matière à un livre riche par tout ce qu’il peut nous faire vivre et traverser. L’histoire se prête aussi à des réflexions philosophiques sur la vie, la mort, l’amour, les trois étant intriqués.

Je n’enléverai pas à l’auteur sa culture, son érudition, sa belle formulation, mais dommage qu’il n’y ait pas plus d’âme, en tous les cas, personnellement, j’ai eu du mal à m’émouvoir, à entrer dans l’histoire, à m’identifier à quelque personnage, et de ce fait cela a donné une suite de situations un peu insipides. On croise maints noms connus, maintes parts d’histoire du monde, mais cela ne m’a pas émue, touchée, emmenée vraiment dans d’autres contrées, ni dans mon imaginaire.

Le roman est constitué de 3 parties. La première n’est pas aisée car ne livre pas encore le fil rouge, et on passe d’un personnage à un autre, d’un lieu à un autre, d’un moment de l’histoire à un autre, cela sans comprendre le lien, de manière décousue. Par la suite, quand nous comprenons que le lien est Ahasverus (Alias le juif errant qui porte plusieurs noms), la lecture se fluidifie. Il va nous emmener dans ses réflexions sur la vie, la mort, l’amour, ce en nous narrant plusieurs récits de front qui nous emmènent d’une époque à une autre, dans différents pays, avec différents peuples. Si le procédé est astucieux et pourrait être très riche, il est peu à peu devenu rébarbatif pour moi. Bien que tous les ingrédients soient là par rapport à mes goûts pour entrer dans une histoire magique, il ne s’est rien passé, et j’ai lu une bonne partie juste pour aller au bout. La faute à quoi ? Je dirai que ces allées et venues cassent constamment le rythme, et que, bien que le fil rouge à un moment soit connu, il ne suffit pas.
Ce roman me semble une suite de belles phrases et de beaux mots qui décrivent, parsemé de ruptures constantes du fait de chapitres très courts dont aucun ne parle de la même chose que le précédent. On fait des sauts constants d’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre, et il est impossible de s’attacher, de mettre les bouts d’histoire ensemble tant ils sont brefs.

Ce livre me semble un étalage d’érudition qui sert plus à montrer la jolie plume de l’auteur et ses références culturelles, historiques, etc, qu’à capter le lecteur. Pour moi, après avoir passé la première partie sans aucun fil rouge, j’ai eu espoir d’accrocher dans les parties suivantes, mais après un temps de lecture supplémentaire,  quand j’ai pris conscience de l’absence de toute magie malgré tout, cela n’a presque été que contrainte de lecture.

Dommage tant ce livre était prometteur, mais l’amoncellement de connaissance sans profondeur et les ruptures constantes dans l’histoire épuisent jusqu’à la lassitude, à l’ennui, ce qui amène à « manger »  les pages pour vite terminer sans plus aucun plaisir à une lecture devenue indigeste.


mots-clés : #aventure #contemythe
par chrysta
le Lun 29 Jan - 8:08
 
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Sujet: Jean d'Ormesson
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