Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 24 Sep - 23:05

132 résultats trouvés pour humour

Mark Twain

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Contes et mécontes

Recueil de 14 textes, écrits entre 1863 et 1896

Mark Twain aimait certainement rire, ou tout au moins faire rire pour manier l'humour, sous toutes ses formes avec une telle facilité. Si l'on compare l'humour à l'art de la peinture, sa palette dispose de toutes les nuances et il maîtrise la plupart des techniques, même s'il excelle dans l'absurde et l'ironie. Chaque page m'a fait sourire et j'ai dû avoir des crises de rires plus d'une fois (ainsi, j'ai appris à réprimer des  crises de fous rires dans les transports en commun, mais c'était dur, quand même...)

Mais sous cet humour l'on discerne, plus ou moins facilement, selon les nouvelles et au gré de Mark Twain, les travers de la société. De la nunucherie du livre pour enfants de l'époque aux défauts inhérents à l'être humain, en passant par les "astuces-santé", la politique, tout y passe avec une aisance déconcertante.

(J'avais cherché les meilleurs moments pour vous en livrer un ou deux extraits, mais avec un bonne dizaine, je vais devoir trancher, sans vraiment choisir.)

Extrait d'"Histoire du méchant petit garçon"

"
Il déroba, une autre fois, le canif du maître d'école, et, pour éviter d'être fouetté, il le glissa dans la casquette de George Wilson, le fils de la pauvre veuve Wilson, le jeune garçon moral, le bon petit garçon du village, qui toujours obéissait à sa mère et qui ne mentait jamais, et qui était amoureux de ses leçons et infatué de l'école du dimanche. Quand le canif tomba de la casquette, et que le pauvre George baissa la tête et rougit comme surpris sur le fait, et que le maître en colère l'accusa et était juste au moment de laisser tomber le fouet sur ses épaules tremblantes, on ne vit pas apparaître soudain, l'attitude noble, au milieu des écoliers, un improbable juge de paix à perruque blanche pour dire :
"Epargnez ce généreux enfant. Voici le coupables et le lâche. Je passais par hasard sur la porte de l'école, et, sans être vu, j'ai tout vu."
Et Jim ne fut pas harponné, et le vénérable juge ne prononça pas un sermon devant toute l'école émue jusqu'aux larmes et ne prit pas George par la main pour déclarer qu'un enfant tel que lui méritait qu'on lui rendit hommage, et ne lui dit pas de venir habiter chez lui, balayer le bureau, préparer le feu, faire les courses, fendre le bois, étudier le droit, aider la femme du juge dans ses travaux d'intérieur, avec la liberté de jouer tout le reste du temps et la joie de gagner dix sous par mois.


"Le journal d'Adam" est vraiment à part, comme une respiration, un joli texte qui, sans se départir de la plume de l'auteur, tend peu à peu vers une espérance.
 
Mais au final, l'humour noir fait souvent partie des écrits, de façon diffuse. Je m'en suis rendu compte en lisant certains textes, généralement les plus tardifs, critiques, qui pourraient laisser un goût amer, quasi-nihiliste, mais dans lesquels l'humour noir et caricatural sont jubilatoires. Une manière de contourner la censure de l'époque, tout en laissant libre cours à ses idées ?

Extraits de "La place de l'Homme dans le monde animal"

Je me suis livré à une étude scientifique des caractères et spécificités des espèces animales prétendues "inférieures" pour les comparer aux caractères et spécificités de l'homme. Je constate que le résultat est extrêmement humiliant pour moi. Car il m'oblige à renoncer à la théorie de Darwin selon laquelle l'Homme est le résultat d'un Progrès à partir des Espèces Animales Inférieures. Il me paraît clair désormais que cette théorie devrait être abandonnée au profit d'une autre, nouvelle et plus proche de la vérité, qu'on devrait appeler la Régression de l'Homme par rapport aux Espèces Animales Supérieures.

En réalité, l'Homme est d'une sottise incurable. Contrairement aux autres animaux, il est incapable d'apprendre des choses simples. Voici l'une des expériences que j'ai menées. En une heure, j'ai appris à un chat et à un chien à vivre en bonne intelligence. Je les ai mis ensemble dans une cage. Une heure plus de plus, et je leur ai appris à vivre en bonne intelligence avec un lapin. En deux jours, j'ai pu ajouté un renard, un écureuil et quelques tourterelles. Et pour finir, un singe. Ils ont vécu ensemble en paix, leurs relations étaient même affectueuses. Puis dans une autre cage, j'ai enfermé un catholique irlandais de Tipperary et, dès qu'il m'a paru calmé, j'ai ajouté un presbytérien écossais d'Aberdeen. Puis un Turc de Constantinople, un chrétien grec de Crète, un Arménien, un méthodiste du fin fond de l'Arkansas, un bouddhiste de Chine, un brahmane de Bénarès. Et pour finir, un colonel de l'Armée du Salut de Wapping. Puis je me suis absenté deux jours entiers. Quand je suis revenu pour constater le résultat, dans la cage de Espèces Animales, Supérieures tout se passait bien, mais d'ans l'autre, tout n'était que chaos, amas sanglant de pièces et de morceaux de turbans, de fez, de plaids, d'os et de chairs - pas un seul des spécimens sélectionnés n'avait survécu. Les Animaux doués de Raison s'étaient trouvés en désaccord sur un point de théologie et avaient porté l'affaire devant une Juridiction supérieure.

Mais le meilleur et aussi le plus noir, dans cette dernière nouvelle, c'est la définition du sens moral selon Twain, et ses conséquences.

"Contes et mécontes" fut une lecture mémorable et me donne vraiment envie de mieux connaître cet auteur. D'ailleurs, j'ai enchaîné avec "Trois mille ans chez les microbes", son ultime roman, dans lequel on retrouve à nouveau ce "concept" du sens moral.

Message récupéré


mots-clés : #humour #nouvelle
par Exini
le Sam 28 Jan - 11:28
 
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Sujet: Mark Twain
Réponses: 14
Vues: 894

Marjane Satrapi

Broderies

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 Tylych69

Toujours dans l'esprit du très célèbre Persépolis, Marjane Satrapi s'invite dans la collection "Côtelette" pour offrir à ses plus fidèles lecteurs des petits instants de vie d'hommes et de femmes iraniens. Entre les fêtes de famille et les repas traditionnels, rien de tel qu'une petite histoire croustillante ! Un régal.

Dans l'intimité d'un boudoir iranien , les femmes se confient , les langues se délient , les hommes prennent cher , très cher et le tout avec un humour décapant.
Loin de l'Iran tabou , la gente féminine aisée et décomplexée aborde l'amour , le sexe , leurs expériences tantôt dévergondées tantôt inabouties.

- Elle est dégoûtante la petite peau qui pend ?
- Le prépuce ? Non, ça va. Je pense que de façon générale une bite n'est pas vraiment photogénique.


Dérision , confidences et sarcasme font de broderies une petite merveille qui loin des clichés , démontre la modernité et les libertés d'un Iran qui se veut de plus en plus ouvert sur une société nouvelle.

Je termine par la petite phrase finale "Quand le serpent vieillit, la grenouille l'encule."

Un pur délice.



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mots-clés : #bd #conditionfeminine #sexualité #humour
par Ouliposuccion
le Jeu 26 Jan - 7:10
 
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Sujet: Marjane Satrapi
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John Kennedy Toole

Voici ce que j'en disais en 2013.....mais je n'ai pas oublié !

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La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole.

Voici un roman que je qualifierais de burlesque, extrêmement drôle, paru dans les années 80 après avoir été écrit dans les années 60 par un jeune écrivain, John Kennedy Toole, qui s'est suicidé à l'âge de 32 ans parce qu'il se croyait un écrivain raté, son roman n'ayant pas trouvé d'éditeur. Sa mère, après sa mort, a fait le forcing auprès d'un éditeur et celui-ci, conquis, a publié le livre qui a obtenu par la suite le prix Pulitzer et un succès considérable.

L'histoire: Ignatius, un jeune homme obèse, bardé de diplômes notamment en littérature médiévale, hypocondriaque (taraudé par son anneau pylorique), anti-social, méprisant la société de consommation prônant la réussite à tout prix, vit à la Nouvelle Orléans avec sa mère quelque peu (beaucoup) alcoolique, sans travailler, la plupart du temps reclus dans sa chambre où il écrit de nombreux cahiers, un journal où il relate ses pensées, sa vie présente et passée.

Tout un tas de personnages loufoques l'entourent et c'est hilarant..mais pas que, la condition des noirs est bien décrite au passage, tout comme la Nouvelle Orléans. Ignatius a un sens de la répartie absolument éblouissant, ses envolées «érudites» confrontées à des gens très simples, des employés de bureau, une entraîneuse de boîte de nuit, une communauté d'homosexuels, l'agent de police Mancuso , un serial gaffeur en quelque sorte, sa propre mère : Mme Reilly et une de ses amies étudiantes, Myrna, une jeune femme qui prône une révolution par le sexe, avec laquelle il  entretient des rapports épistolaires extrêmement conflictuels, sont hilarantes.

Sa vie se complique lorsqu'à la suite d'un accident de voiture au cours duquel sa mère, ivre, emboutit une maison et devant payer les dégâts l'oblige à trouver un travail, lui qui, en dehors de son lit, passe une partie de son temps au cinéma. Séances au cours desquelles il vitupère à haute voix contre les acteurs et actrices... Il parvient à trouver deux emplois où il sème la pagaille, évidemment.

«J'ai entrepris de me présenter au bureau une heure après l'heure convenue. De cette manière, je suis beaucoup plus frais et reposé quand je me présente et j'évite la première heure blafarde de la journée de travail, au cours de laquelle mes sens encore engourdis font de toutes les tâches de véritables pensums. Je constate qu'en arrivant plus tard j'ai considérablement amélioré la qualité de mon travail.»

Santé : mon anneau pylorique s'est fermé tout à fait violemment cet après-midi, quand M. Gonzales m'a demandé de faire une longue addition pour lui. Quand il a vu l'état dans lequel sa requête m'avait plongé, il a eu la délicatesse de faire son addition lui-même. J'aurais préféré éviter cette scène, mais mon anneau l'entendait autrement. Ce directeur de bureau risque d'ailleurs de se révéler importun à l'usage».


On ne s'ennuie pas une seule seconde : c'est truffé de dialogues très drôles. Quelle imagination ! Bravo, à lire et relire, rire!


mots-clés : #humour
par simla
le Ven 20 Jan - 0:10
 
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Sujet: John Kennedy Toole
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André de Richaud

Je me souviens comme si c'était hier de ma lecture de deRichaud :

Je ne suis pas mort

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 Richau10

Sans doute, ce titre n'est pas vraiment représentatif de l'œuvre de de Richaud, car il s'agit d'une sorte de lettre testamentaire écrite en 1965 (de Richaud meurt en 68) à son nouvel éditeur. L'avant-propos est rédigé par ce dernier, Robert Morel, qui a connu de Richaud du temps de sa reconnaissance et qui le croyait mort (alors qu'il rêvait de l'éditer). Par hasard, il découvre que l'écrivain est encore vivant, enfin… vivant… et il s'engage à publier ce que de Richaud va lui faire parvenir.

Il s'agit de Je ne suis pas mort (titre ô combien ironique donc), et le texte commence ainsi :

Mais non, je ne suis pas mort. C'est bien plus pire !
Suivent 77 pages.
77 pages pour dire avec mordant, mauvaise foi et humour l'abandon dans un hospice du sud de la France où croupissent des vieillards, des indigents et des attardés mentaux. Voilà l'horizon de de Richaud… on comprend sa dépression, sa colère bilieuse, sa rage froide. Car il n'épargne personne, surtout ceux qu'il a lui-même fui et à qui il reproche de ne plus être là. Mauvaise foi, je vous dis.
Et humour… Je ne recopierai pas ici les quelques paragraphes hilarant et morbide relatant la mort gazeuse du père Belhomme, ni celle plus chevalement alcoolisé de sa femme, la mère Belhomme, mais il suffit de dire combien est irrévérencieuse la plume acide de de Richaud pour parler de la mort. Cette mort qui l'effraie et qu'il appelle de tous ses vœux. Car c'est bien là l'attrait de ce court texte : ses paradoxes !

Je ne suis pas mort, se lit avec beaucoup, beaucoup de plaisir, grâce à la langue alerte de cet écrivain plein de rogne qui éructe et qui grogne mais dont on devine bien, sous la peau de l'ours l'âme abimée d'un être qui sait recevoir parce qu'il sait donner…

Extrait :

La solitude ronge. Dans ce pays, j'avais été jeté comme un os. Oh ! Tout le monde était gentil avec moi mais j'aurais aimé être écouté, respecté et, au contraire, tout le monde me plaignait. Le côté un peu blessé que j'ai toujours eu et qui m'avait servi si longtemps à me servir des autres, sans que je fusse très conscient de ce que ce pouvait être de mal, dès que je fus arrivé dans ce pays, fit de moi un pauvre être, une âme pitoyable.


mots-clés : #correspondances #humour
par shanidar
le Dim 15 Jan - 16:02
 
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Sujet: André de Richaud
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Bill Bryson

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 Images49

PROMENONS NOUS DANS LES BOIS

J'ai dit ailleurs tout le bien que je pensais de ce livre. À la fois le livre d'un naturaliste averti.
Mais un mélange indissociable d'humour, de fantaisie et aussi de vraies connaissances sur ce dont il parle. Juste un passage qui m'a beaucoup interessé sur l'arbre en général, après que Bryson ait évoqué l'évolution du Chemin des Apalaches et notamment de la disparition d'espèces animales et végétales. Comme ce tilleul géant détruit par une maladie  :

«Malgré sa taille imposante, un arbre est un être remarquablement fragile. Sa vie repose sur trois couches de tissus internes superposés, épais comme des feuilles de papier : le phloème, le xylène et le cambium. Situés juste sous l'écorce, ils forment ensemble une enveloppe humide autour du coeur plus sec. Quelle que soit la hauteur atteinte par l' arbre, ces couches ne représentent que quelques kilos de cellules vivantes chichement réparties des racines aux feuilles: avec zèle, elles réalisent tout le processus scientifique et mécanique sophistiqué  indispensable à la survie du végétal. L'efficacité avec laquelle elles accomplissent leur mission est une des merveilles de la nature ; en silence, l'air de rien, chaque arbre de la foret draine de ses racines à ses feuilles d'énormes volumes d'eau, plusieurs centaines de litres dans le cas d'un grand individu par une chaude journée. Cette eau s'évapore ensuite dans l'atmosphère.
Imaginez la débauche de machinerie qui serait nécessaire à une brigade de pompiers pour propulser verticalement autant de liquide. Et phloème, xylène et cambium ont encore bien d'autres talents à leur actif.»



mots-clés : #humour #nature #voyage
par bix_229
le Ven 6 Jan - 16:20
 
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Sujet: Bill Bryson
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Vaikom Muhammad BASHEER

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 Livre_11

Grand-père avait un éléphant

Kounnioupattoumma est fille de notables. Elle est jeune, jolie, littéralement couverte de bijoux, et en âge d'être mariée. Mais aucun prétendant ne trouve grâce aux yeux de ses parents. Car Kounnioupattoumma n'est pas n'importe qui : son grand-père avait un éléphant… mort depuis longtemps, certes, mais dont le prestige rejaillit aujourd'hui encore sur toute la famille.
Et puis voilà qu'un jour, le père de Kounnioupattoumma se retrouve ruiné… Il est bien fini, le temps de l'opulence… Ce revers de fortune aura des conséquences inattendues. S'éveillant à d'autres modes de pensées, la jeune femme osera-t'elle se rebeller et remettre en cause l'archaïsme de certaines coutumes ?

Pétri d'humour et d'humanisme, le texte nous transporte dans un petit village indien figé dans ses moeurs ancestrales. En grande majorité analphabète, la population suit aveuglément les recommandations du kahtib (prédicateur musulman), et tant pis si celui-ci raconte n'importe quoi, puisque de toute façon personne ici n'est à même de vérifier dans le texte…
Une fois descendue de sa tour d'ivoire, Kounnioupatouma va découvrir qu'il existe une autre façon de considérer la religion, et que la destinée d'une femmes n'est pas forcément d'être brimée et d'obéir…

J'avais adoré ce petit bonbon littéraire en forme de conte moral, dans lequel Vaikom Muhammad Basheer prône la tolérance et vante les mérites de l'instruction avec, en prime, un humour délectable et une ode au mariage d'amour.
Une délicieuse friandise donc, à déguster sans modération entre deux lectures plus consistantes !

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #conditionfeminine #humour #traditions
par Armor
le Lun 2 Jan - 15:12
 
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Sujet: Vaikom Muhammad BASHEER
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Shahriar Mandanipour

En censurant un roman d'amour iranien

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 Image251

   Est-il nécessaire que je vous rappelle qu'épurer ou éliminer est une forme de censure ? En tant qu'écrivain parfois plus malheureux et maudit du sort que le Jean Valjean des Misérables, je crois que la fois où j'ai accepté l'élimination d'un mot d'une de mes histoires, j'ai aussi accepté l'élimination d'un être humain de son lieu de travail ou de sa vie.


De son exil américain Shahriar Mandanipour.  écrit un roman d'amour iranien. Il construit peu à peu  une histoire entre Sara et Dara, parfois  falots et désemparés entre le les interdits et leurs naïfs émois, parfois timidemnt trangressifs. Cette histoire s'inscrit en gras dans le texte, il ne s'y passe pas grand-chose. Tout y est rendu impossible par les codes religieux mais on y croise des rossignols, des moineaux au cœur battant, un colporteur allié des amants, de vieux hommes repoussants qui semblent tenir le destin entre leurs mains, en hommage à la tradition littéraire iranienne séculaire.

En alternance permanente et en caractères maigres,  Shahriar Mandanipour. se décrit écrivant le roman, par des digressions qui n'oublient jamais l'humour. C'est l'occasion d'exposer tout le mécanisme de la censure iranienne, que ce soit au niveau littéraire, mais aussi d'une façon plus générale au niveau des comportements ou des mœurs. Et on a beau savoir en gros, on est toujours surpris, et il est donc toujours bon de nous rapporter tout cela …
C'est l'occasion aussi de creuser d'une façon plus générale, la relation de l'écrivain à la fiction et à son œuvre,

 
 Dans ses brillants cours et conférences sur la littérature, Nabokov a dit : « La littérature est née le jour où un jeune berger criait au loup, alors qu'il n'était pas poursuivi par un loup. »
   Mais c'est trop simple. Moi je dirais que les meilleurs récits romanesques sont ceux dans lesquels le petit affabulateur, ou le romancier, courre en criant Au loup! Au loup ! Et qu'un loup qui n'était pas là avant surgit soudain derrière lui.



à ses personnages,

   « Tu n'aurais pas dû me créer ainsi. Tu n'aurais pas dû me décrire comme un pauvre hère, comme un pitoyable ver de terre. Tu m'as bâti comme quelqu'un qui, quoi qu'on lui fasse, ne peut  que se tortiller sans broncher. Tu m'as conçu ainsi pour permettre à ton roman de passer la censure. Je refuse qu'on fasse de moi un ver de terre qui simplement se dédouble quand on le coupe en deux. Tu es toi aussi mon meurtrier pour avoir fait de moi un personnage si misérable.Tu m'as réservé tous les tourments et tous les malheurs du monde. Tu n'es pas différent du tortionnaire qui me fouettait pour que je reconnaisse l'existence de Dieu. Je veux écrire mon propre assassinat. »


de parler des influences qu'il subit, que ce soit la culture moderne interdite ou la tradition littéraire d'un pays qu'il continue d'aimer profondément et des trésors d'imagination et de péosie qu'il lui faut pour mener son projet à bien d'une façon "acceptable" par les censeurs.

Cela donne un roman aussi tragique que cocasse, à l'ironie mordante, qui a le sérieux d'un état des lieux sordide de la situation en Iran, mais aussi l'audace et l'inventivité des contes. Il y a quelques longueurs et il manque parfois une certaine légèreté (rôle de la double traduction?); le lecteur occidental est parfois frustré, sentant bien que de nombreuses allusions et références lui échappent. Mais tout ce qu'on apprend d'une part, et l'astuce facétieuse de la construction du double récit compensent largement cela. C'est un beau tour de force, qui ne peut laisser le lecteur indifférent, un pied de nez plein de brio à tous les censeurs du monde, un petit outil de lutte face à l'adversité.

(commentaire récupéré)

mots-clé : #regimeautoritaire #humour
par topocl
le Ven 30 Déc - 10:37
 
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Sujet: Shahriar Mandanipour
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Richard Hugo

La mort et la belle vie

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Richard Hugo propose un polar ambitieux avec son flic poète au pays des très riches. Dommage que la solution, particulièrement tarabiscotée, soit évidente dès le premier tiers du roman, dans sa partie qui, à défaut de le partie pourquoi (laquelle est bien capillotractée). On est donc moins motivé à suivre la fausse piste. Dommage aussi que ce défenseur des bons et des honnêtes, d'un humanisme naïf, ne soit pas aussi un défenseur des femmes, dont il passe son temps à reluquer les formes. Dommage que le Montana sauvage et rural, où on croyait voir se situer le roman, soit vite abandonné au profit de villes beaucoup moins sympathiques (ne croyez pas la couverture, il n'y a aucun élan et aucun paysage enseveli sous la neige, on se demande un peu à quoi pensent les directeurs artistiques). Ca se lit honnêtement cependant, grâce à une bonne dose d'humour et des portraits bien troussés.

(commentaire récupéré)



mots-clés : #humour #polar
par topocl
le Jeu 29 Déc - 10:13
 
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Sujet: Richard Hugo
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J.Maarten Troost

J. Maarten Troost
Né en 1969

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J. Maarten Troots est né en 1969, aux Pays-Bas. Il voyage pour rendre visite à son grand père à Prague, puis sa famille déménage au Canada et aux États-Unis où il poursuit des études dans le domaine des relations internationales.  Partagé entre les États-Unis et le Vieux Continent où habite son père, il explore l’est de l’Europe, de la Pologne à la Turquie.

Il a écrit des essais pour l’Atlantic Monthly, le Washington Post et pour le Prague Post alors qu’il était étudiant. Après plusieurs petits boulots décevants, le voyage lui paraît la meilleure alternative à un travail qu’il considère comme ennuyeux et une vie un peu trop tranquille. C’est ainsi qu’à 26 ans, il prend la décision de suivre sa femme à Kiribati, une petite île du Pacifique Sud où il passera deux ans. De cette expérience, il tire un premier roman, Sex life of the Cannibals (2004) (La vie sexuelle des cannibales).

Après ses deux ans passés dans les Kiribati, à son retour aux États-Unis, il a été engagé comme consultant par la Banque mondiale.  Après avoir passé plusieurs années aux îles Fidji, il est revenu vivre assez récemment aux États-Unis, où il s’est installé en Californie avec sa femme et son fils.


Ouvrage traduit en français :

La vie sexuelle des cannibales

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Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 41yu2210

La vie sexuelle des cannibales

Paru dans la Collection "Etonnants voyageurs"....parfaite pour le récit de cette aventure ....

J.Maarten Troost est un journaliste, entre autres. Il a passé deux années dans les Kiribati :

«Les Kiribati se trouvent à cheval sur l'équateur et sur l'antiméridien 180 °, à la fois en Polynésie et en Micronésie, au sud des îles Marshall et de Hawaii et au nord des Tuvalu, des Samoa, des îles Cook et de la Polynésie française.

Les Kiribati sont constituées par trois archipels principaux, comprenant en tout 32 atolls et une « île haute », Banaba, située un peu à l'écart, plus proche de Nauru.»


Il en a tiré un livre très drôle. Sa compagne Sylvia et lui-même fatigués de leur vie à Washington, décident de tenter l'aventure dans ce petit archipel où Sylvia a décroché un job, directrice locale de la Fondation pour les peuples pour le Pacifique sud. Enfin, la vraie vie les attend ! La mer, les couchers de soleil, les cocotiers, etc. En fait : chaleur intense, mer polluée (servant apparemment de toilettes publiques), poissons toxiques, peu ou pas de produits frais... électricité par intermittence...voisins pour le moins (très) curieux... etc. Bref, les aventures quotidiennes relatées par J. Maarten qui, lui, ne travaille pas sur place mais est en quelque sorte un homme au foyer (!) sont très amusantes. Un bon moment de lecture. Evidemment, le titre alléchant du livre, n'a rien à voir avec le contenu de celui-ci  Laughing


mots-clés : #humour #insularite #voyage
par simla
le Mer 28 Déc - 5:45
 
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Sujet: J.Maarten Troost
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Vues: 400

Jonathan Coe

De  Jonathan Coe, j'avais adoré la trilogie londonienne (Testament à l'anglaise, Bienvenue au Club et Le cercle fermé) et son humour acerbe.

La vie très privée de M Sim.

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 Image215

Ce livre est un jeu au cours de la lecture duquel on prend plaisir à imaginer la jubilation que Coe a eue à l’écrire ; on l’imagine assemblant patiemment ses pièces, semant ses indices, peaufinant ses éléments révélateurs. Quant au lecteur , attention : Le début parait simplement gentil et sympa, sans plus. On suit cela d'un oeil amusé et sans doute un peu distrait. Coe éparpille ses indices de façon apparemment anodine, mais il faut bien faire attention et ne rien louper car il n'est pas un détail qui ne trouvera son sens dans la suite. Et ce n’est donc que dans la deuxième partie que l’importance de chaque personnage, de chaque rencontre apporte une profondeur au récit, et contribue à sa cohérence.

Après la 150ème page, on s ‘amuse beaucoup, les pièces du puzzle s’imbriquent, on s’extasie du talent de Coe, on apprécie son humour, on passe un excellent moment en sa compagnie. Derrière le canular léger, on découvre des interrogations sur la solitude, la communication, la modernité, le hasard et le destin.

Il ne faut surtout pas s'arrêter à la présentation très réductrice qui a été faite du livre un peu partout, racontant que c'est l'histoire d'un homme amoureux de son GPS. Ceci n'est qu'un des nombreux éléments palpitants du roman, traité avec beaucoup de finesse : l'une des nombreuses pièces de ce puzzle, chacune potentialisant la valeur de l'autre.

Un petit régal. Un monument de finesse et d'humour, jusque dans les dernières pages.


mots-clés : #humour
par topocl
le Mar 27 Déc - 9:58
 
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Sujet: Jonathan Coe
Réponses: 8
Vues: 586

Ambrose Bierce

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Le Dictionnaire du Diable

«Dans ce "Dictionnaire", personne n' est épargné, ni Dieu ni Diable. C'est une pilule de bile qu' il s' agit d' avaler d' un seul trait, sans sucre, sans contre-poison, et en pure perte, évidemment. Seuls ceux qui acceptent les charmes glacés du pessimisme permanent gouteront l'âcre plaisir de voir la planète mise en pièces avec méthode par un virtuose de la destruction, un écrivain sans foi ni loi, qui demeure probablement, avec Mark Twain, le plus moderne de tous les auteurs américains du siècle passé.»

Jacques Sternberg

CARTESIEN : Se rapportant à Descartes, philosophe célèbre, auteur du fameux dicton : Cogito, ergo sum, par lequel il se plaisait à croire qu'il démontrait la réalité de l'existence humaine. Néanmoins, on pourrait l'améliorer de la façon suivante : Cogito cogito, ergo cogito sum (Je pense que je pense, donc je pense que je suis). Nul philosophe n'a fait plus proche de la vérité.

BELLADONNA : En Italien, une jolie femme ; en anglais, un poison mortel.
Exemple frappant de l'identité essentielle des deux langues.

DETRESSE : Maladie contactée par exposition de la prospérité d' un ami.

DISCUSSION : Méthode utilisée pour confirmer les autres dans leurs erreurs.

DISSIMULER : Mettre une chemise propre sur le caractère.

DISTANCE : La seul chose que les riches veulent bien permettre aux pauvres de considérer comme leur, et de garder.

DIFFAMER : Mentir au sujet d' autrui. Dire la vérité au sujet d' autrui.

DIFFEREMMENT : Pas mieux.

DIVERTISSEMENT : Toute espèce d' amusement dont les incursions s' arretent à deux doigts de la mort par tristesse pure et simple.

DIVINATION : Art de fouiner dans l'occulte. Il y a tant d'espèce de divination qu'il y a de variétés fructifères du crétin fleurissant et de l'imbécile hatif.

Le Dictionnaire du diable.


mots-clés : #humour
par bix_229
le Ven 23 Déc - 20:52
 
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Sujet: Ambrose Bierce
Réponses: 4
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Gonçalo M. Tavares

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Monsieur Kraus et la politique
. - V. Hamy

Du bon usage de Karl Kraus

Donner du sens au non sens et dénoncer la stupidité humaine, tel pourrait être le propos de ce livre placé sous l'égide de Karl Kraus. Kraus vivait au début du 20e siècle en Allemagne. Gonçalo M Tavares le propulse au début du 20 e siècle au Portugal.

Sans problème apparent. Kraus s'adapte immédiatement à la situation et illustre ses pensées par des petites chroniques envoyées à la presse dénoncent ceux qui font un très mauvais usage de la langue. Au seul profit de leur prétentieuse personne...

C'est hilarant, bien pensé, tonique et exemplaire... Dans la continuité évidente de Ionesco, Beckett et Jarry.

- "C'est comme le jeu des enfants dit monsieur Kraus. Si un homme politique nous parle du ciel et qu' il pointe le doigt vers le haut, en disant :"regardez !" C'est précisément à ce moment-là qu'il faut vérifier les objets qu'il conserve dans sa cave. P. 89

Motifs de démission

Tout pays doit etre géré par le bon sens et en faisant un usage scrupuleux de l'intelligence. Aussi lorsqu'il tombe amoureux, un homme politique doit-il immédiatment céder sa place." P. 92

- "Lire en profondeur... murmura monsieur Kraus.

Un politicien ne lit pas de livres, dans le meilleur des cas, il lit les titres. Avec les gens, il fait pareil." P. 100

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mots-clés : #humour #politique
par bix_229
le Jeu 22 Déc - 19:41
 
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Sujet: Gonçalo M. Tavares
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Jørn Riel

La vierge froide et autres racontars

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 Image147

Je reprends les choses avec le premier

   L'Histoire Universelle, mon ami, c'est des gros livres concernant des meurtres sur tous les fronts et l'amour de la patrie, l'honneur et ce genre de foutaises. Et juste quelques lignes ici et là sur la vie des gens ordinaires.


Donc, Jorn Riel nous présente des gens ordinaires, ses chasseurs du grand Nord. Comme il adopte la forme nouvelles-accolées-faisant-un-tout , il n'éprouve pas le besoin de faire une intro, d'expliquer la situation, la géographie etc … (on a quand même droit à une carte, mais on s'en fiche un peu, les histoires vivent pour elles-mêmes) A nous de découvrir au fil de pages.

On est d'entrée de jeu en présence des personnages , et quels personnages, les poètes et les philosophes, les un peu bornés et les originaux, les rêveurs et les grognons, les mutiques et les bavards. Car la solitude du quotidien, fait que les moments de camaraderie deviennent cruciaux,  et justifie les explosions de plaisir quand tout ce petit monde se retrouve et arrose ça dans une belle démesure.

Des situations d'un burlesque un peu fou, mais d'une folie à la fois sereine et plausible. Une superbe galerie de portraits, avec  cet humour tendre, qui n'est jamais lourd, même quand il passe un chapitre à nous parler de cabinets.

   - Il y en a qui réfléchissent même en vivant à l'écart, répondit BjØrken. Et si on fait ça, on devient quelque chose. Retiens bien ça, Lasseville.



   Il était jeune et avait du mal à se contenter du silence merveilleux de la nuit.


   La femme devient en Arctique une entité lointaine et  imaginaire, à laquelle on ne fait allusion qu'avec des tournures vagues et prudentes. Il est extrêmement rare d'y entendre parler de cette créature d'une manière grossière ou obscène. Tout chasseur a sa propre affaire de cœur, belle et délicate, et qu'il préfère garder pour lui.


J'ai eu un faible pour les funérailles de Jalle, mais - en tout cas dans les livres - j’ai toujours un faible pour les enterrements. J'en ai rarement lu d'aussi drôles, par contre !

J'ai pensé à animal, aussi :

  - Ouais ouais, la prudence commande d'embrasser son polochon et d'en écraser quelques heures, pour la beauté du geste.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #nouvelle #humour
par topocl
le Jeu 22 Déc - 12:08
 
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Sujet: Jørn Riel
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Luigi Meneghello


Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 Menegh11

LIBERA NOS A MALO

Presque cinquante ans après sa publication en Italie, Libera nos a malo, le "livre-monde" que Luigi Meneghello dédia à l'univers rural de son enfance, est enfin traduit en français.

Dans ce roman atypique et fascinant, l'écrivain italien - disparu en 2007 et considéré comme une figure majeure de la littérature contemporaine du pays - fait revivre le monde disparu de Malo, le petit village en Vénétie où il grandit entre les années 1920 et les années 1940.

Pour cet exercice de mémoire porté par les libres associations et les digressions, Meneghello adopte un regard critique qui lui permet de se pencher avec sévérité et ironie (comme le montre le jeu de mots du titre, entre la conclusion du "Notre Père" en latin et le nom du village), mais aussi avec une certaine tendresse, sur cet univers paysan dominé par la pauvreté, l'ignorance et la croyance religieuse, mais animé par de véritables liens de solidarité et par un esprit de communauté très marqué.


Peu à peu, il tire de l'oubli tout ce qui a laissé une trace dans sa mémoire : les paysages et les rites du travail, l'univers familial et celui de l'école, la rhétorique fasciste et les liturgies de l'Eglise, les jeux et les amours, sans oublier une riche galerie de personnages hauts en couleur, à commencer par ses amis, mais aussi le curé du village ou la maîtresse qui lui a appris la lecture.

Bien que présenté comme un simple roman, Libera nos a malo est une oeuvre beaucoup plus complexe. L'auteur y croise récit autobiographique, enquête anthropologique et réflexion sur le langage. La question de la langue est en effet au coeur du livre car, pour l'auteur, le dialecte est la langue naturelle, celle de l'enfance et de la liberté, alors que l'italien est le moyen de communication de l'école et des institutions, une langue peu maîtrisable, vécue comme une imposition et pleine de mystères. "L'effet des mots écrits, les mots de la langue italienne, sur nous qui parlions le dialecte était des plus étranges", souligne l'écrivain, en rappelant que les mots italiens résonnaient dans le dialecte comme des formules magiques aux résonances secrètes.

Cette tension permanente entre italien et dialecte traverse tout le livre, grâce à une écriture riche et élaborée qui n'hésite pas à exploiter une reconstitution presque philologique des formes dialectales. Il s'agit d'un choix courageux, car, au début des années 1960, l'italien venait à peine de s'imposer sur l'ensemble du territoire national et, à la différence d'aujourd'hui, rares étaient les écrivains (avec notamment les exceptions de Gadda et de Pasolini) qui osaient introduire en littérature la force du dialecte.

Grâce à cette langue très inventive et personnelle (d'ailleurs, très bien restituée par la traduction française), Meneghello a su recréer magistralement un monde, dont - au moment d'écrire - il était désormais définitivement éloigné. Une distance qui lui a permis d'ôter toute nostalgie à cette magnifique archéologie d'un pays perdu.
LIBERA NOS A MALO de Luigi Meneghello. Traduit de l'italien par Christophe Mileschi. Editions de l'Eclat, "Paraboles", 364 p.


Le Monde des livres

J'espère qu' Animal nous parlera de ce livre qu'il a lu. B


mots-clés : #humour #regimeautoritaire #viequotidienne
par bix_229
le Mer 21 Déc - 17:48
 
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Sujet: Luigi Meneghello
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David Lodge

La vie en sourdine

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 Image130

Un livre fort sympathique, mon premier de David Lodge, qui jongle très habilement entre humour et émotion.
Le début bien qu’entamant une réflexion sur le vieillissement et la surdité est franchement de l’ordre de la comédie, pour évoluer insensiblement vers une réflexion douloureuse sur la maladie et la mort. Puis une dernière page à nouveau tendre et amusée pour une note d’optimisme.
La morale qu’on en tire étant assez classique, qu’il ne faut pas faire un plat de ce qui peut être pris à la légère, et que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir et il convient d’en profiter.

Un petit côté Philip Roth dans cette histoire d’un intellectuel que la retraite et la surdité (chez Roth c’est la prostate) ont rendu un peu misanthrope, qui ne craint pas d’être émoustillé par une jolie étudiante. Oui, mais ici l’humour est anglais et non juif, et la fidélité à son épouse reste une priorité.

En prime quelques délires follement drôles sur la linguistique, les discours abscons de spécialistes, les lecteurs de bibliothèques criminels qui saccagent les livres en les surlignant et la fête de Noël quand on la déteste

Je ne résiste pas au plaisir de citer cet éloge funèbre, citation d’un « naturaliste nommé Cummings » qui résonne puissamment en moi :

« L’honneur me suffit quant à moi d’appartenir à l’univers – un univers si grandiose et un dessein si majestueux. Pas même la Mort ne peut me priver de cet honneur. Car rien ne peut changer le fait que j’ai vécu ; j’ai été moi, ne serait-ce que pour un temsp très court. Et quand je serai mort, la matière qui compose mon corps demeurera indestructible – et éternelle, si bien que, quoi qu’il puisse arriver à mon « Ame », ma poussière demeurera toujours, chaque atome individuel de moi jouant son rôle individuel – j’aurai encore un peu mon rôle à jouer. Quand je serai mort , vous pouvez faire bouillir mon corps, me réduire en cendre, me noyer, me disperser – mais vous ne pourrez pas me détruire : mes petits atomes tourneraient simplement en ridicule pareille vengeance sadique. La Mort ne peut rien faire d ‘autre que vous tuer. »


(commentaire récupéré)


mots-clés : #humour #mort #vieillesse
par topocl
le Mar 20 Déc - 13:51
 
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Jay McInerney

Bright Lights, Big City
(anciennement Journal d’un oiseau de nuit)

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 Image137

Je crois bien qu'on ne sait pas comment s'appelle le héros. L'auteur s'adresse à lui tout au long du livre grâce à un « tu » complice. Pas le tu qu’on pourrait trouver dans un Nouveau Roman. Non, le tu empathico-moqueur qu’on adresse à un type sympa. Il s'agit d'un jeune provincial débarqué à New York sûr que tout va lui réussir, une épouse jeune et gagnant (et dépensant) l’argent facilement, un boulot dans un journal en vue qui lui permettra de réaliser ses rêves et de devenir écrivain. Mais la Big City et sa vie noctambule n'est pas celle qu'il croyait, il se noie d'alcool et de drogue, de sensations intenses et brèves, et perd au passage sa femme, son boulot, tous ses rêves… dans un univers où cela n'intéresse pas grand monde.

Il y a deux choses que tu aimes bien chez Allagash : la première, c'est qu'il ne te demande jamais comment tu vas ; la deuxième, qu’il ne te laisse jamais le temps de répondre à ses questions. Autrefois, ce détail t’énervait. Mais quand les nouvelles sont mauvaises, il est réconfortant d'avoir affaire à quelqu'un d'aussi peu curieux.


Cette première partie est extrêmement brillante, mêlant dans un savant équilibre cynisme et tendresse vis-à-vis du personnage, McInerney use d'un humour décapant pour le décrire dans tous ses déboires. C’est drôle au possible. Ensuite, quand le jeune homme, peu à peu reprend goût la vie, voit des mains qui se tendent, trouve le chemin de la rédemption, c'est, sans être totalement classique, sans doute un peu plus banal : tout en gardant un oeil acerbe, McInerney a un propos qu'on a l'impression d'avoir déjà vu un certain nombre de fois (bien que totalement fasciné par les excès des paradis artificiels, happé par une superficialité protectrice, le jeune homme a finalement bon fond). Quoi qu'il en soit, ça se lit extrêmement bien, la plume est alerte, on rigole beaucoup, et si cela n'a pas le caractère abouti de Trente ans et des poussières, c'est un bon moment de passé.

Ça ne me fait pas rire. C'est d'un goût douteux
Le goût, dit Tad, c'est essentiellement une affaire de goût.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #humour
par topocl
le Lun 19 Déc - 13:32
 
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Sujet: Jay McInerney
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Ilya Stogoff

mASIAfucker

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 Fit1010

Un roman super ! Road movie entrecoupé de souvenirs de jeunesse totalement jouissif à travers la Russie post soviétique. On ne sait vraiment quelle est la part autobiographique, s'il y en a une, si ce n'est que cela.
Le héros, journaliste freelance décide au lendemain d'une cuite de laisser femme et enfant et de prendre un train. Puis d'en prendre un autre de se perdre et de passer tout son temps à souhaiter rentrer sans y parvenir ou si difficilement. On visite la Sibérie, le Kazakshtan, l'Ouzbekistan, une partie de la Turquie, le site si célèbre de Sakhaline. On y découvre des peuples si différents, des moeurs si complexes, une URSS si perdue.
Perdu comme le héros qui finalement pensera de ce voyage qu'il "ne s'y est pas perdu mais qu'il s'y est trouvé".
Le style est agréable, tantôt caustique avec un humour au second degré délicieux, décrivant l'absurde avec euphorie, tantôt laconique avec de lourdes pensées nostalgiques.
On aime le héros qui devient mature au fur et à mesure, on aime les pays qu'il traverse qui sont pourtant cauchemardesques. On aime tout et on apprend.

Ce n'est pas un chef d'oeuvre mais ce n'est pas l'objectif, c'est jouissif et j'ai adoré.
J'ajoute un grand bravo aux éditions louison qui proposent vraiment de beaux objets-livres. On sait pourquoi on paye.


mots-clés : #humour #voyage
par Hanta
le Dim 18 Déc - 20:42
 
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Saki

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 51phad10

L'omelette byzantine

Les héros de Saki, tous issus de la bourgeoisie victorienne, passent leur temps à se jouer des tours pendables. Et si certains agissent par malice, les plus nombreux cachent, sous couvert de respectabilité, des abîmes de calcul et de dissimulation...
L'humour délicieusement vachard de Saki brocarde cette bonne société anglaise qu'il connaît à la perfection ; il se fait un malin plaisir à la ridiculiser, dévoilant au lecteur ce que cache le masque des convenances.

Si les trois premières nouvelles m'ont laissée quelque peu mitigée, plus j'avançais dans ma lecture, plus je me délectais. La nouvelle qui donne son titre au recueil, par exemple, fait montre d'un sens du rythme et de la répartie proche du théâtre qui m'a enchantée.
Qu'il lorgne du côté de l'absurde et du fantastique ou reste plus terre à terre, Saki a le don, en seulement quelques pages, d'entraîner son lecteur dans un univers qu'il croque à merveille, de le manipuler et de le surprendre avec un art consommé de la chute. Pour le plaisir de lire encore quelques lignes on est prêt à tout lui pardonner, y compris sa misogynie…

Rarement la méchanceté aura été aussi réjouissante...

Extrait :
(Notons que la jeune Laura est condamnée : « [i]le docteur m'a donné la permission de vivre jusqu'à mardi », et qu'elle pense se réincarner en animal.)[/i]

_ Pour ma part, reprit Laura, je crois qu'une vie de loutre doit être assez agréable ; du saumon toute l'année, la satisfaction de pouvoir aller chercher les truites dans leurs trous sans avoir à attendre des heures qu'elles condescendent à sauter sur la mouche qu'on agite devant elles ; une silhouette svelte et élégante…
_ Pensez aux chiens, intervint Amanda. Ce doit être affreux d'être chassée, traquée et finalement tuée par la meute !
_ Ça doit être assez drôle, car cela se passe sous le regard de la moitié des voisins et ce n'est certainement pas pire que cette lente agonie du samedi au mardi ; et puis il faut que je change un peu. Si j'ai été une loutre convenable, je reviendrai peut-être sous une forme humaine ; sans doute quelque chose d'assez primitif : un petit nègre tout nu, j'imagine.
_ J'aimerais vous voir plus sérieuse, soupira Amanda. Vous devriez vraiment, si vous ne devez vivre que jusqu'à mardi.
En fait, Laura mourut le lundi.
_ Cela nous complique vraiment les choses, déplora Amanda auprès de son oncle par alliance, Sir Lulworth Quayne. J'ai invité un tas de gens à venir jouer au golf et à pêcher, et les rhododendrons sont en pleine floraison.
 _ Laura a toujours été très sans-gêne, répondit Sir Lulworth ; elle est née la semaine du Grand Prix, et alors qu'il y avait dans la maison un ambassadeur qui avait horreur des bébés.


(ancien commentaire remanié)


mots-clés : #nouvelle #humour
par Armor
le Dim 18 Déc - 15:10
 
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Sujet: Saki
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Philip Roth

L'un de mes préférés : malin drôle, intelligent. du Philp Roth, quoi, c'est :

Opération Shylock une confession

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 G12

Puisque Philip Roth ne vient plus à nous, j'ai décidé de revenir à Philip Roth. Et j'ai retrouvé avec jubilation ce roman brillantissime, drôlissime, intelligentissime :

«Le roman  fournit à celui qui l’invente un mensonge par lequel il exprime son indicible vérité.»


Phillip Roth sait que l’humour , « cette force antitragique qui dédramatise les autres » est l’une des meilleures façons d’aborder les sujets graves. Il sait qu’interroger l’homme, c’est interroger le monde, et vice versa. Et ne pas forcément donner de réponses. Il sait qu'une fois que le doute  est semé, l'incertitude règne. Et que de l’incertitude au chaos il n'y a qu'un pas. Dans tous ses romans, il a semé et trafiqué des éléments de sa biographie, et on ne sait jamais s'il est lui-même ou ses personnages (et vice versa). Rédigé à la première personne, Opération Shylock, une confession est un des sommets de cette autobiographie déguisée au long cours. Ce roman est un piège sans fin, complètement implanté dans la réalité du siècle (on croise Aharon Apelfeld et Woody Allen), à la fois incroyable et totalement crédible, où Philip Roth, non content de se mettre en scène, se paye le luxe de s'inventer un double. Il pose ainsi la question de sa propre identité, de sa place dans le monde, du rôle de l'écrivain. 

Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 H10

Pour prolonger cette idée de dualité, il situe son action en Israël, ce pays revendiqué par deux peuples, qui lui aussi, cherche son identité et sa place dans le monde. Ce pays qui, comme l’auteur,  ne sait plus qui il est. Ce pays, aussi,  où rôde la police politique qui oblige à jouer des rôles. Et où  se tient le procès de Demjanjuk, un Américain moyen, bon époux et bon père, accusé d'être Ivan le terrible, l’ancien tortionnaire nazi. Là encore, double identité, vérité ou mensonge ? Et le narrateur croise des fanatiques de tous bords, chacun hurlant son propre délire, son propre désespoir, sa propre vérité, l’unique, la seule :

«Je dis la vérité et tu ne me crois pas, je te raconte des  mensonges, et là, tu me crois.»


Voilà, ce sont les fils directeurs, les grandes pistes, mais il y a de multiples ramifications, un époustouflant maillage de l’histoire et de l’Histoire, les doubles sont partout, camouflés ou révélés. Jusqu’à l’épilogue, qui est une dernière entourloupe au sein de laquelle on découvre encore pas mal de fausses pistes et chausses-trappes.
C'est un chassé-croisé d'une loufoquerie incroyable, qui raconte avec une faconde jouissive (parfois logorrhéique, je vous l'accorde) la souffrance du peuple juif dans l'histoire, mais aussi dans notre monde actuel, (où son identité est désormais double, en Israël et en diaspora). Et aussi la souffrance des Palestiniens : Philip Roth , une fois de plus, n'a pas du se faire que des amis parmi ses coreligionnaires.

Sa grande force, c'est l'autodérision, un recul fondamental par rapport à lui-même. Dans cet absurde chaos mental, dans cette fiction ubuesque, de rebondissement en rebondissement, il affirme et répète que toute certitude a disparu : rien n'est sûr, rien n'est vrai. C'est le paradoxe du narrateur, pris dans un épouvantable imbroglio , manipulé par l’auteur, manipulant en retour celui-ci qui n’est autre que lui-même.  Entre canular et conte philosophique, Philipp Roth nous emmène en compagnie de personnages qui n'ont que leur désarroi et le rire pour accompagner leur recherche désespérée d’un sens, d’une justification qui leur permettrait d'oublier – enfin - leur culpabilité, entre bonne et mauvaise conscience. C’est un magistral roman autobiographique où l’auteur se cherche et se construit, en tant qu’homme, en tant que Juif, en tant qu’écrivain. Et un hymne à la puissance du Verbe :

«L'alphabet est  la seule chose capable de me protéger ; c’est cela que l'on m'a donné en guise de revolver»


Entre canular et conte philosophique, Philip Roth nous emmène en compagnie de personnages qui n'ont que leur désarroi et le rire pour accompagner leur recherche désespérée d’un sens, d’une justification qui leur permettrait d'oublier – enfin - leur culpabilité, entre bonne et mauvaise conscience . C’est une magistrale autobiographie où l’auteur se cherche et se construit, en tant qu’homme, en tant que Juif, en tant qu’écrivain. Et un hymne à la puissance du Verbe.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #humour #communautejuive
par topocl
le Dim 18 Déc - 11:02
 
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Sujet: Philip Roth
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Javier Cercas

À petites foulées 


Tag humour sur Des Choses à lire - Page 6 09ub1010


Après qu'il se soit foulé la cheville en faisant son jogging, les ennuis s'acharnent sur Mario, universitaire italien terne et paresseux chargé de cours dans une université du Texas : un spécialiste dynamique se voit confier la plupart de ses cours, on le relègue dans un bureau au fond du couloir, sa petite amie se désintéresse de lui, et cela continue… Jusqu'à ce que cette histoire plutôt légère et loufoque tourne à quelque chose de plus grinçant et déstabilisant.

J'avais jusque-là une image Javier Cercas en homme mûr intelligent, trèèès sérieux et porteur de conscience. Du lourd. Et bien il sait faire dans le léger. J'ai découvert ici une image toute autre, jeune homme non moins intelligent, mais facétieux et  ironique. Cette histoire, qui n'est pas sans rappeler La moustache d’Emmanuel Carrère, part comme une simple galéjade. On s'interroge peu à peu sur le sens de la vérité, et si Mario est passé quelques temps « de l'autre côté du miroir » c'est une façon pour Cercas de mieux faire apparaître les faiblesses et le quotidien routinier de son personnage et  du milieu universitaire américain.
Un petit livre malin et drôle, qui se finit sur un dernier clin d'oeil, et montre que l'auteur a bien plus d’une corde à son arc.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #humour
par topocl
le Sam 17 Déc - 9:25
 
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Sujet: Javier Cercas
Réponses: 53
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