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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Mar 16 Avr - 3:11

234 résultats trouvés pour polar

Michael Connelly

Le Poète

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Le_poz10

Le narrateur, Jack McEvoy, chroniqueur policier, apprend que son frère jumeau, Sean, chef de la section des homicides de la police de Denver, s’est suicidé en laissant pour seul message « Hors de l’espace, hors du temps ». Sean était obsédé par une enquête sur le meurtre d'une étudiante dont le corps a été retrouvé coupé en deux trois mois plus tôt ; Jack reprend ses investigations, et découvre que le suicide était en fait un assassinat maquillé.
Parallèlement, on suit William Gladden, appréhendé comme il photographiait des enfants ; grâce à un réseau pédophile auquel il appartient via Internet, il est rapidement relâché.
Jack découvre que d’autres suicides d’officiers dans le pays sont en fait des meurtres, avec comme lien un extrait des vers d’Edgar Poe.
Le principal ressort de ce roman policier, c’est que l’enquête est menée par un journaliste (comme l’auteur), Jack étant impliqué tant personnellement que professionnellement, ce qui permet d’éclairer le monde de la presse, ce « Quatrième Pouvoir » :
« Les paroles de Glenn dévoilaient la vérité qui se cachait derrière une grande partie du journalisme contemporain. Il n’y était plus guère question d’altruisme, de service public et de droit à l’information. C’était devenu une question de concurrence, de rivalité et de publicité : quel journal avait publié l’article en premier, lequel était à la traîne ? Et qui décrocherait le prix Pulitzer à la fin de l’année ? C’était une vision plutôt sombre, mais après toutes ces années dans le métier, mon point de vue avait viré au cynisme. […]
Pendant que je faisais les cent pas dans ma chambre, je songeai moi aussi, je l’avoue, aux possibilités qui s’offraient. Je pensai à la célébrité que pouvait me valoir cet article. […] En voyant plus loin, j’envisageai même un contrat avec une maison d’édition. Il y a un marché énorme pour les histoires criminelles authentiques.
Mais je chassai toutes ces pensées, honteux. Une chance que personne ne puisse connaître nos pensées les plus secrètes. Nous apparaîtrions tels que nous sommes, à savoir des imbéciles manipulateurs et prétentieux. »

« J’aimerais que les médias aient une vision plus globale des choses, qu’ils prennent du recul, au lieu de rechercher en permanence la satisfaction immédiate. »

À propos, Jack se confronte à Rachel Walling, agent du FBI : l’identification du « Poète », l’assassin de six inspecteurs dans autant d’États différents, et qui travaillaient chacun sur un meurtre non résolu au moment de leur mort, serait compromise si Jack publiait ce qu’il a découvert ; il négocie de participer en tant qu’observateur à l’enquête qu’il a initiée, à condition de surseoir à la parution de ses articles.
Gladden, en qui on devine de plus en plus évidemment le Poète, est un multirécidiviste pédophile et serial killer ; il est aussi brillant en droit, ce qui lui a permis d’échapper à la justice.
L’entente entre le FBI et Jack ne dure guère (mais assez pour qu’une liaison entre ce dernier et Rachel s’établisse).
Il me semble qu'on peut ici comparer la soif de gloire chez les journalistes à l'égo démesuré chez les grands criminels.
Polar très bien ficelé, même si on peut avoir des doutes sur la véracité psychologique des personnages ; les rebondissements finaux sont également un peu trop invraisemblables.

\Mots-clés : #criminalite #polar #thriller #xxesiecle
par Tristram
le Sam 7 Oct - 12:25
 
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Sujet: Michael Connelly
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Léo Malet

Casse-pipe à la Nation

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Casse-10

Chez Malet comme chez tous les écrivains majeurs, le style est tout :
« Je me sens tout cornichon, triste et seulâbre comme un croûton derrière un vase de nuit. »

Ainsi qu’on le constate, il réveille du vieil argot et des mots quasiment disparus, comme le regretté (?) « pitchegorne » (la piquette qui remontait le poilu). Autre échantillon de cette prose enlevée :
« C’est bien Bébert, le costaud à bobine de bibinier pour bobinard. Il a troqué sa limace rouge des jours de sortie contre un bleu de chauffe, dont la teinte s’harmonise avec celle de son tarin, lequel conserve un souvenir azuré de son contact brutal avec mon genou. »

Pittoresque peinture de la Foire du Trône (nous sommes dans le XIIe arrondissement) avec énumérations appropriées, et le scenic-railway où Nestor Burma manque d’être tué ; j’ai aussi découvert la Cité des Vins à Bercy.
Je n’ai généralement pas trop tendance à faire ma chochotte, mais franchement le rapport aux femmes m’a un peu choqué. Ce roman étant paru en 1957, j’étais trop jeune pour l’avoir lu et a fortiori me livrer au pince-fesses, mais il reste caractéristique de la société où je fus élevé, et c’est assez navrant (avec le recul, si j’ose dire).
« S’il fallait coffrer tous les pinceurs de fesses, il n’y aurait plus personne en liberté. »

L’enquête elle-même n’est pas mal ficelée, mais l’essentiel n’est pas là : c’est dans ce roman que Burma reçoit sa fameuse pipe à tête de taureau !

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Dim 3 Sep - 16:45
 
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Sujet: Léo Malet
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QIU Xiaolong

Il était une fois l'inspecteur Chen

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 V_book10

Dans son préambule, Qiu Xiaolong rappelle qu’au début de la Révolution culturelle, dans les années cinquante, la « critique révolutionnaire de masse des ennemis de classe » du peuple caractérisait la dictature du prolétariat, et raconte comme son propre père, considéré comme un capitaliste, fut alors victime des Gardes rouges (récit de dégradation impitoyable qui à lui seul vaut la lecture).
Le roman lui-même commence comme Chen Cao, étudiant juste après la fin de la Révolution culturelle (et encore dans l’ombre de sa famille « noire »), prépare un mémoire sur Eliot (comme Xiaolong) dans la bibliothèque de Pékin, où travaille la ravissante Ling. Puis il devient policier, un peu par hasard, et s’engage dans sa première enquête, qui le replonge dans son passé (et la cité de la Poussière Rouge à Shanghai). Cette enquête, qui réunit les principales caractéristiques des romans de Xiaolong (la société chinoise contemporaine, la cuisine et la poésie chinoises), est plus un support (presque un prétexte) à évoquer les séquelles de la Révolution culturelle et ses iniques aberrations discriminatoires. C’est certes un polar, mais aussi et peut-être surtout un témoignage, à la fois historique et personnel.
« Monsieur » Fu a été assassiné ; Chen se renseigne, notamment lors des « conversations du soir » au quartier. L’homme fut accusé de capitalisme pour avoir ouvert un petit commerce de fruits de mer avant la campagne d’éradication des « Quatre Vieilleries » (« Vieilles idées, vieille culture, vieilles coutumes et vieilles habitudes »), et sa femme mourut à cause des bijoux où le couple avait placé ses gains :
« « Ensuite, elle a dû rester debout dans la rue, un tableau noir autour du cou avec son nom barré au-dessus de la phrase : Pour ma résistance contre la Révolution culturelle, je mérite de mourir des milliers de morts. Plus tard dans la nuit, pendant son supplice, elle est tombée et s’est cogné la tête contre l’évier commun. Elle ne s’est jamais réveillée. »

Fu, qui était délaissé de tous y compris ses enfants, reçut de l’État une compensation financière pour ces spoliations (après la réforme du camarade Deng Xiaoping), qui le rendit riche. Il prit une bonne, Meihua, qui lui concoctait de bons petits plats.
Cette affaire résolue, plusieurs autres sont rapidement narrées, autant d’étapes dans la carrière de l’intègre inspecteur. Autant de nouvelles aussi, qui illustrent la corruption dans une société qui combat officiellement la décadence et l’indécence dans une politique hostile à l’étranger, aux intellectuels. Également des souvenirs de jeunesse de Xiaolong (sans surprise, grand appétit pour la gastronomie et les livres, notamment occidentaux et à l’index), avec son amitié pour Lu le Chinois d’outre-mer, devenu un de ses personnages récurrents.
Cet ouvrage constitue un prequel des enquêtes de l’inspecteur Chen publiées auparavant, narrant sa jeunesse en la rapprochant de l’histoire de son auteur et de son pays d'origine. Il peut difficilement être lu uniquement comme un polar, et je comprends qu’Armor ait été déçue à sa lecture.

\Mots-clés : #autobiographie #discrimination #ecriture #historique #polar #politique #regimeautoritaire #revolutionculturelle #temoignage
par Tristram
le Sam 12 Aoû - 13:03
 
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Sujet: QIU Xiaolong
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Keigo Higashino

La Maison où je suis mort autrefois

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 La_mai11

(Je sors mon ancien commentaire du purgatoire Le One-shot des paresseux - Page 12, 23 février 2022)

Sayaka, l’ex-petite amie du narrateur, lui demande de venir visiter avec elle une mystérieuse maison dont elle a trouvé la clef et le plan d’accès à la mort de son père. La villa semble abandonnée depuis vingt-trois ans, et les horloges, arrêtées, indiquent onze heures dix. Lui est encore amoureux d’elle, qui entretemps s’est mariée et a eu une petite fille, pour qui elle avoue ne rien ressentir, jusqu’à la maltraiter. Dans la demeure abandonnée, ils trouvent le journal de Yusuke, un garçon qui vivait là avec ses parents, jusqu’à la disparition de son père, et l’apparition de « l’autre ».
« Surtout le passage qui dit que l’expérience de l’enfance de la mère pouvait avoir une influence déterminante dans de nombreux cas. »

Leur enquête progresse très graduellement ; l’énigme est fort habilement ourdie, et l’atmosphère est surtout empreinte d’angoisse.
Je relirai de cet auteur, qui promet dans ce premier roman.

\Mots-clés : #lieu #polar
par Tristram
le Sam 5 Aoû - 12:28
 
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Sujet: Keigo Higashino
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Tony Hillerman

Le Peuple des ténèbres

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Le_peu10

Agent de la police tribale navajo, Jim Chee (dont c’est la première apparition dans l’œuvre de Tony Hillerman), est partagé entre univers états-unien (il hésite à entrer au FBI) et navajo (il souhaiterait devenir yataalii ou « chanteur », une sorte de shaman ou medecine-man) ; il étudie les Blancs en anthropologue, métier dont il a reçu la formation.
« On se définissait par rapport à sa famille. Sinon, comment ? Puis il se rendit compte que les Blancs ne faisaient pas la même chose. Ils se définissaient en fonction de ce qu’ils avaient accompli personnellement. »

Je ne parlerai pas de l’intrigue, bien ficelée, car à mon sens elle sert surtout à exposer les différences (comme l’intérêt pour le corps d’un mort chez les Blancs), voire complémentarités, des mondes navajo et "occidental".
Curieusement, comme dans Les Mangeurs d'étoiles de Romain Gary, le « sorcier » navajo décide de s’adonner au mal en passant par l’inceste ou le meurtre d’un proche…
Un peu de vocabulaire géographique : wash : le lit, souvent asséché, d’un cours d’eau d’importance variable que des pluies torrentielles parfois tombées très loin en amont peuvent soudain transformer en un fleuve ou un torrent en furie (correspond au wadi ou oued). L'arroyo (terme espagnol) désigne le lit sec, en général au fond d’une gorge ou d’un canyon, d’une rivière dont l’eau se tarit en été.
Intéressante également est la description de la région comprenant la réserve, ainsi que les tribus indiennes environnantes.
Après ce roman dont Chee est le héros, il y en a deux autres à découvrir dans ce qui constitue la trilogie de ce personnage (ensuite, il interviendra encore, avec Joe Leaphorn).

\Mots-clés : #amérindiens #nature #polar
par Tristram
le Dim 23 Juil - 12:54
 
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Andrea Camilleri

La démission de Montalbano

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 La_dzo11

Comme on dit, on ne présente plus Montalbano, le commissaire qui commence généralement ses journées et ses enquêtes de mauvaise humeur ; en tout cas, je ne le présente plus : voir supra. Néanmoins je dirai quelques mots de ces vingt nouvelles, de qualité inégale mais de lecture plaisante, ainsi savoureusement assaisonnées d’humour et de culture.
« – Monsieur le Questeur, dit Montalbano – auquel la mouquire, à savoir l’envie de se foutre de la gueule de son interlocuteur, était montée au nez –, sortir une arme, un pistolet, ne signifie en rien la mort de celui qui est menacé, très souvent la menace n’a pas valeur tragique, mais cognitive. C’est du moins ce que soutient Roland Barthes.
– Et qui est-ce ? demanda le Questeur bouche bée.
– Un éminent criminologue français, assura le commissaire. »


Le titre de la nouvelle Pessoa prétend ramentoit irrésistiblement Pereira prétend de Tabucchi, et je ne crois pas que ce soit une simple impression…
Le titre original, Gli arancini di Montalbano, renvoie au dernier texte du recueil, Les arancini de Montalbano : Camilleri y donne la recette sicilienne de ce qu’on appelle des Supplì al telefono à Rome.
La nouvelle qui porte le même titre que le recueil dans la traduction est assez étonnante : trouvant l’histoire trop gore, Montalbano appelle Camilleri au téléphone…

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Dim 7 Mai - 13:07
 
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Sujet: Andrea Camilleri
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Erri De Luca

Impossible

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Imposs10

Interrogatoires du narrateur, et à l’isolement ses lettres (non expédiées) à « l’ammoremio » : militant communiste dans une bande armée pendant les années de plomb, il est inculpé par un jeune magistrat (opiniâtre et convaincu de sa culpabilité) « d’avoir poussé dans le vide du haut d’un sentier un camarade de nos vieilles luttes politiques, devenu ensuite un délateur. » Ils débattent, il est libéré.
« La montagne, immobile par nature, est un mobile. C’est exactement ça : elle attire à elle. Chacun a ses propres raisons d’y aller. La mienne est de tourner le dos à tout, de prendre de la distance. Je rejette le monde entier derrière moi. Je me déplace dans un espace vide et aussi dans un temps vide. Je vois comment était le monde sans nous, comment il sera après. Un endroit qui n’aura pas besoin qu’on le laisse en paix. »

« Question. Je vois que vous tenez au vocabulaire.
Réponse. Parce que j’aime cette langue italienne, ses précisions qui protègent des falsifications. La langue est un système d’échange comme la monnaie. La loi punit ceux qui impriment de faux billets, mais elle laisse courir ceux qui écoulent des mots erronés. Moi, je protège la langue que j’utilise. »

« Vous savez que les souvenirs sont des reconstructions. Un enquêteur doit les faciliter. »

« Q. Je vous informe que c’était ma dernière tentative. J’ai perdu, vous avez gagné. Je n’ai pas de preuves suffisantes à faire valoir au tribunal. Pour moi, votre culpabilité est certaine, mais impossible à associer à une vérité procédurale. »

Dans cette novella où il entre dans le vif sans artifices, Erri de Luca (qu’on peut reconnaître partiellement dans le narrateur) évoque Leonardo Sciascia et le pari de Pascal, médite sur le combat politique et la fraternité, la trahison et la justice, l’insoumission et l’honnêteté avec soi-même.

\Mots-clés : #alpinisme #huisclos #polar #trahison
par Tristram
le Jeu 4 Mai - 12:24
 
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Lawrence Block

Le blues des alcoolos

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Le_blu10

Revoilà donc Matt Scudder, le détective qui rend service et fréquente les églises. Il fréquente surtout certaines chapelles (plus communément dénommées bistros) en habitué, où il cultive la gueule de bois de demain avec ses relations de comptoir : le Miss Kitty, le bar de Skip Devoe, le barman Billie Keegan chez Jimmy Armstrong, ou encore Bobby Ruslander, un vétéran (en fait réformé) perçu comme un mythomane, et ami d’enfance de Skip… et Tommy Tillary, le brillant vendeur par téléphone dont la femme se fait tuer…
« Pratiquement tous les flics ont un certain nombre de restaurants où ils bénéficient d’un certain nombre de repas gratuits. Il y a des gens que ça gêne et je n’ai jamais vraiment compris pourquoi. »

Le titre original, When the sacred ginmill closes, qu’on pourrait traduire approximativement par "Quand les sacrés bistrots (« moulin à gin, alcool) ferment", et c’est la note dominante du livre. Est intégralement citée Last call, de Dave Van Ronk, à laquelle fait référence le titre :
« Et voilà, encore une nuit
De poésie et de comédie
Et chacun sait qu’il s’en ira seul
Quand fermera le bistro préféré.

Et nous boirons le dernier verre
À nos joies et nos chagrins
Dans l’espoir que l’ivresse durera
Jusqu’à l'ouverture du lendemain.

Et quand on rentre en vacillant,
Comme des danseurs paralytiques,
Chacun sait la question qu’il doit poser
Et chacun connaît les réponses.

Et nous boirons le dernier verre
Qui fait exploser l’esprit,
Et les réponses ne compteront plus,
Et il n’y aura plus de questions.

Je me suis brisé le cœur, l’autre jour,
Il sera réparé demain,
Si j’avais été saoul quand je suis né,
J’ignorerais tout du chagrin.

Et nous allons porter le dernier toast
Celui qu’il ne faut jamais prononcer :
À la santé du cœur capable de savoir
Quand il vaut mieux qu’il soit brisé. »




Quelques intéressantes précisions : https://en.wikipedia.org/wiki/Last_Call_(Dave_Van_Ronk_song)
Dave Van Ronk est aussi l'auteur de Alabama song, notamment reprise par les Doors.

Les dialogues et péripéties rendent avec justesse la situation du sérieux buveur.
« Il y a des jours où je ne bois pas. Il y a même des jours où je ne bois pas une seule bière. Tu sais ce que c’est ? Pour toi et moi, boire c’est un choix. C’est une décision. […]
Keegan, reprit-il, est obligé de boire. Moi, je pourrais m’arrêter n’importe quand. Je ne le fais pas parce que j’aime l’effet que ça produit sur moi. Mais je pourrais m’arrêter n’importe quand, et je suppose que c’est pareil pour toi.
– Oh, sans doute.
– Naturellement. Mais Keegan, je ne sais pas. Je n’irai peut-être pas jusqu’à dire que c’est un alcoolique...
– Ce n’est pas une chose à dire.
– Je suis d’accord avec toi. Je ne dis pas qu’il en est un, et Dieu sait que je l’aime bien, mais je crois qu’il a un problème. »

« Ma porte était fermée à clé. C’était bon signe. Je ne devais pas être en trop mauvais état si j’avais pensé à fermer la porte à clé. Cependant, mon pantalon était en tas sur une chaise. Il aurait été préférable qu’il soit suspendu dans le placard. Toutefois, il n’était pas en chiffon par terre, et je ne le portais plus. Le grand détective, examinant les indices, tentant de déterminer dans quel état il était la veille. »

« Je ne fis aucune déduction. Je me contentai de prendre les pièces du puzzle, de les tripoter et, tout d’un coup, j’eus la vision de l’ensemble, toutes les pièces trouvant naturellement et infailliblement leur place. »

« – Mais qu’est-ce que tu foutais dans une affaire de coke ?
– Je voulais me faire un peu de fric, pour changer. Je voulais sortir du trou.
– À t’entendre, on croirait le rêve américain. »

De plus, les intrigues entrelacées sont excellemment (dé)montées, ce qui n’est pas rien dans un polar !
« Je ne regrette pas un seul des verres que j’ai bus et j’espère bien que je n’en boirai plus jamais un seul. »


\Mots-clés : #addiction #polar
par Tristram
le Lun 1 Mai - 12:50
 
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QIU Xiaolong

Dragon bleu, tigre blanc

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Dragon10

L’inspecteur principal Chen Cao, qui a la réputation d’être un qingguan ou populaire fonctionnaire incorruptible, est brusquement muté comme directeur de la Commission de réforme juridique de Shanghai, une promotion qui n’est qu’apparente.
« Dans les hautes sphères chinoises, un avancement cachait souvent une mise au ban. »

« Cet intellectuel indépendant avait publié des articles sur la séparation des pouvoirs dans un blog et le Quotidien du peuple avait répondu par un éditorial affirmant qu’en Chine, les branches législatives, exécutives et judiciaires ne pourraient jamais fonctionner séparément. Zhongtian avait rétorqué que dans un système à parti unique, tant qu’il était admis que les intérêts du Parti se plaçaient au-dessus de la loi, tout débat au sujet de la réforme juridique ne pouvait être qu’une mascarade. À la suite de cela, Zhongtian avait été invité par la Sécurité intérieure à « prendre une tasse de thé », l’équivalent d’un avertissement sérieux délivré en personne. L’intellectuel avait continué à publier ses articles et il se retrouvait maintenant victime de « problèmes fiscaux », du moins d’après les sources d’Internet. »

Les chants rouges de Mao reviennent à la mode, qui avaient annoncé la révolution culturelle. Son père, sur la tombe duquel Chen est venu se recueillir, en avait beaucoup souffert en tant que penseur confucéen ; et l’immobilier funéraire est aussi gagné par l’inflation d’une finance corrompue.
Chen assiste à une hallucinante séance de dédicace en tant que traducteur de T. S. Eliot, organisée par un Gros-Sous dans une boîte de nuit (appartenant à un certain Shen, qui bénéficie de hautes protections), où il manque de se faire arrêter par la brigade des crimes sexuels de Shanghai.
« Les assassinats politiques de ce type étaient généralement d’une efficacité redoutable. »

Ayant échappé à ce coup monté, Chen va voir Nuage Blanc, puis Vieux Chasseur. Ce dernier occupe sa retraite de policier en aidant un détective, qui traite surtout des flagrants délits d’adultère à l’instigation des épouses ou des ernai, « secondes femmes », qui peuvent faire pression en menaçant de lancer une chasse à l’homme en publiant des photos sur Internet.
« Les flics travaillent pour le Parti et les détectives privés pour les individus. C’est pour ça que le terme est encore banni des médias. À l’agence, nous sommes obligés d’utiliser une autre appellation : Conseil et enquête. Le conseil couvre un champ infini. Nous n’avons pas de licence, mais nous ne sommes pas non plus dans l’illégalité. En gros, c’est comme pour le commerce du sexe. On peut appeler ça un salon de coiffure, un karaoké, un salon de pédicure, ou n’importe quoi, tant qu’on ne dit pas ce qui s’y passe vraiment. »

L’action se passe essentiellement à Suzhou, ville qui fut célèbre pour son opéra (et ses nouilles), où Chen s’est retiré pour veiller à la rénovation de la tombe paternelle. Il enquête pour Qian, une chanteuse devenue ernai de Sima, directeur du Bureau de liaison avec l’étranger, puis évincée, et qui veut poursuivre ses études à l’étranger pour faire revivre cet opéra traditionnel.
Vieux Chasseur est le père de l’inspecteur Yu, adjoint et ami de Chen promu à sa position (et mari de Peiqin) ; il manie la digression et l’allusion, caractéristiques de l’opéra de Suzhou qu’il admire, à la narration lente (et dorénavant démodée) :
« Dans la Romance des trois royaumes, le général Liu Bei se trouve dans la capitale en compagnie du premier ministre Cao. Irrité par Liu qu’il considère comme un rival potentiel, Cao veut se débarrasser de lui. Alors Liu lui fait part de son intérêt pour les légumes du jardin, comme un homme ordinaire, un homme fragile même, qui laisse soudain tomber sa coupe de vin en entendant le tonnerre éclater. Après cet incident, Cao cesse de prendre Liu au sérieux et ce dernier réussit à fuir loin de la capitale.
– C’est donc ce que Chen essaie de faire, coupa Peiqin. Il fait semblant d’être faible, de baisser les bras, de ne se soucier de rien en dehors du chantier de Suzhou. Mais pensez-vous vraiment que les autres vont le laisser en paix ? »

Tandis que Chen change de carte SIM, Vieux Chasseur utilise un enregistreur, et Peiqin se renseigne sur Internet : les nouvelles technologies sont assimilées par la population.
Qian est tuée. Yu retrouve le cadavre de Liang, « cadre du Parti véreux », qui fut l’objet d’un shuanggui (détention initiée par la Commission de contrôle de la discipline du Parti en dehors de la voie légale) suite à sa dénonciation sur Internet, avait disparu et a été tué. Chen échappe à un attentat.
Les « cadres nus » sont ceux qui font émigrer leur famille et leur compte en banque à l’étranger.
« « Un dragon bleu et un tigre blanc de bout en bout ! poursuivit-elle. Il se prend pour un dragon, un candidat au trône. » Dans l’imagerie populaire, l’expression « tigre blanc » était une image obscène utilisée pour décrire une femme sans poils pubiens. Selon la superstition, une telle femme portait malheur aux hommes. Quant au « dragon bleu »… Dans la Chine ancienne, l’empereur était perçu comme l’incarnation d’un dragon. Seul le « dragon bleu » était censé pouvoir dompter le « tigre blanc » sans attirer sur lui le mauvais sort. »

Le dragon bleu, c’est Liang, et le tigre blanc, c’est Wei, sa femme, victimes de Kai, avocate « ambitieuse, avare et orgueilleuse, issue d’une famille de princes rouges », et femme de Lai, le secrétaire du Parti de Shanghai, instigateur du retour des chants rouges.

L’ensemble du livre tourne – entr’autres – autour du « déclin moral généralisé dû à la corruption effrénée » de la « société harmonieuse »…
Comme d’habitude rehaussé d’extraits de poèmes et de proverbes (ainsi que de plats raffinés), ce polar donne surtout un aperçu (apparemment renseigné) sur la Chine du XXIe siècle, et l’intrigue est très bien ficelée.

\Mots-clés : #corruption #polar #politique
par Tristram
le Jeu 13 Avr - 12:59
 
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Réponses: 25
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Cormac McCarthy

Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Non_ce10

Llewelyn Moss chasse l’antilope dans le désert du Texas près du Mexique quand il découvre la scène d’un massacre, une livraison de drogue qui a mal tourné ; les intervenants sont tous morts, sauf un à l’agonie. Il part avec une sacoche remplie d’argent, comprenant qu’il sera toujours poursuivi – et fait l’erreur de revenir pendant la nuit avec de l’eau pour le mourant (c’est là que j’ai compris avoir déjà lu le livre – ou vu le film) : il est pris à partie par des hommes armés, et parvient à s’enfuir.
Le shérif Bell, un vétéran désemparé devant les nouvelles formes de violence, suit l’enquête, et ses commentaires en apartés sont insérés en italiques.
« Il n’y a rien dans la Constitution du Texas sur les conditions à remplir pour devenir shérif. Pas la moindre disposition. Il n’y a même rien qui ressemble à un règlement au niveau des comtés. Pense à un poste où tu as pratiquement la même autorité que le bon Dieu. Et il n’y a aucune règle qui t’est imposée et tu es chargé de faire respecter des lois qui n’existent pas alors allez me dire si c’est bizarre ou pas. Parce que ça l’est pour moi. Est-ce que ça marche ? Oui. Dans quatre-vingt-dix pour cent des cas. Il faut très peu de chose pour administrer des braves gens. Très peu. Et les gens malhonnêtes de toute façon on ne peut pas les administrer. Ou si on le peut c’est la première nouvelle. »

On suit Moss, qui fuit, et sa femme Carla Jean, qu’il a envoyée chez sa mère à Odessa (en fait sa grand-mère, qui l’a élevée, et se meurt d’un cancer), ainsi que Chigurh, un tueur psychopathe qui laisse beaucoup de morts derrière lui, notamment éliminés avec son pistolet pneumatique d’abattoir… Il y a également d’autres malfrats à la recherche de l’argent, des Mexicains et des États-Uniens, qui embauchent Wells, un tueur connaissant Chigurh, pour abattre ce dernier. C’est un vétéran, comme les autres protagonistes, mais il sera vite tué par Chigurh. Celui-ci et Llewelyn se blessent mutuellement lors d’un nouveau massacre, ce qui n’entame guère leur détermination.
Bell tente d’aider Llewelyn, parce qu’il est de son comté, et qu’il pense qu’à ce titre il est de son devoir de le protéger. Ses méditations donnent leur sens à ce qui reste un formidable thriller, un polar très bien renseigné dans les détails (à ce propos, la traduction mélange chevrotines et balles, fusils et carabines, ce qui est malheureusement courant).
« Voici quelque temps j’ai lu dans le journal que des enseignants sont tombés sur un questionnaire qui avait été envoyé dans les années trente à un certain nombre d’établissements scolaires de tout le pays. Donc ils ont eu entre les mains ce questionnaire sur les problèmes rencontrés par les enseignants dans leur travail. Et ils ont retrouvé les formulaires qui avaient été remplis et renvoyés par des établissements de tout le pays en réponse au questionnaire. Et les plus gros problèmes signalés c’étaient des trucs comme parler en classe et courir dans les couloirs. Mâcher du chewing-gum. Copier en classe. Des trucs du même tabac. Alors les enseignants en question ont pris un formulaire vierge et en ont imprimé un paquet et ont envoyé les formulaires aux mêmes établissements. Quarante ans plus tard. Voici quelques-unes des réponses. Les viols, les incendies volontaires, les meurtres. La drogue. Les suicides. Alors ça m’a fait réfléchir. Parce que la plupart du temps chaque fois que je dis quelque chose sur le monde qui part à vau-l’eau on me regarde avec un sourire en coin et on me dit que je vieillis. Que c’est un des symptômes. Mais ce que je pense à ce sujet c’est que quelqu’un qui ne peut pas voir la différence entre violer et assassiner des gens et mâcher du chewing-gum a un problème autrement plus grave que le problème que j’ai moi. C’est pas tellement long non plus quarante ans. Peut-être que les quarante prochaines années sortiront certains de leur anesthésie. Si c’est pas trop tard. »

L’action est rapide, exactement rendue par le style factuel, efficace, à l’os, y compris pour les dialogues.
« Il la regarde. Au bout d’un moment il dit : Le problème c’est pas de savoir où on est. Le problème, c’est qu’on croit qu’on y est arrivé sans rien emporter avec soi. Cette idée que t’as de repartir à zéro. Que tout le monde a. On repart pas à zéro. C’est ça le problème. Chaque chose que tu fais tu la fais pour toujours. Tu ne peux pas l’effacer. Rien de ce que tu fais. Tu comprends ce que je veux dire ? »

Chigurh abat finalement Llewelyn, puis Carla Jean, et disparaît après avoir été blessé dans un accident de la circulation (et avoir rendu l’argent au trafiquant). Lors de son dernier meurtre (connu), il parle d’une sorte de déterminisme de l’existence à partir des choix personnels, qui l’obligerai à suivre sa règle implacable, une manière d’éthique professionnelle du tueur.
« Comment venir à bout de quelque chose dont on refuse d’admettre l’existence. »

Bell visite son oncle Ellis, « le vieil homme », et ils ont une conversation qui rappelle Au cœur des ténèbres, portant sur la difficulté à trouver et admettre un sens à l’existence. Fortement imprégnée de leur croyance enracinée en « le bon Dieu » (et le mal), il y est (de nouveau) question de devoir envers les morts, et ils s’inquiètent pour le futur de la société nord-américaine. Bell, qui a décidé de démissionner, confie comme il considère avoir failli en se repliant pendant la guerre, submergé par les Allemands, abandonnant ses hommes morts ou mourants.
« Mais quand tu vas au combat tu prêtes serment sur le sang de veiller sur les hommes qui sont avec toi et je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas fait. Je le voulais. Quand on a une mission comme celle-là on doit accepter qu’il faudra vivre avec les conséquences. Mais on ne sait pas ce que seront les conséquences. Au bout du compte on prend à sa charge un tas de choses auxquelles on n’était pas préparé. Si je devais mourir là-bas en faisant ce que j’avais donné ma parole de faire eh bien c’est ce que j’aurais dû faire. Tu peux tourner les choses de la manière que tu voudras mais c’est comme ça. C’est ce que j’aurais dû faire et que je n’ai pas fait. Et il y a une part de moi qui a toujours souhaité pouvoir revenir en arrière. Et je ne peux pas. Je ne savais pas qu’on pouvait voler sa propre vie. Et je ne savais pas que ça ne rapportait pas plus gros que n’importe quoi d’autre qu’on pourrait voler. Je crois que j’ai mené ma vie le mieux que je pouvais mais ce n’était quand même pas la mienne. Ça ne l’a jamais été. »

« Je crois que je sais où on va. On nous achète avec notre propre argent. Et ce n’est pas seulement la drogue. Il y a par ici des fortunes en train de s’accumuler dont personne n’a la moindre idée. Qu’est-ce qu’on imagine qui va sortir de cet argent ? »


\Mots-clés : #criminalite #polar #social #thriller #vieillesse #violence #xxesiecle
par Tristram
le Sam 8 Avr - 13:25
 
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Sujet: Cormac McCarthy
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Lawrence Block

Huit millions de façons de mourir

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Huit_m10

Une enquête de Matt Scudder, détective privé sans licence qui rend service contre émolument ; naguère inspecteur de police, une de ses balles perdues a tué une fillette, et il ne cesse de s’interroger sur les aléas de l’existence ; quoique non-croyant, il met dix pour cent de ce qu’il touche dans le tronc des pauvres d’une église quelconque. Il est en sevrage alcoolique (excellent rendu des affres de l’addiction, Alcooliques Anonymes, trous de mémoire – traduits par « passages à vide » –, rechute, etc.)
Kim Dakkinen, une jeune et belle call-girl venue de son Midwest, lui demande d’annoncer à son souteneur, Chance, qu’elle a décidé d’arrêter : le lendemain de son départ, elle est massacrée, et Chance le recrute pour trouver le meurtrier.
Beaucoup de faits divers évoqués illustrent la violence à New York.
« — La peine de mort, nous l’avons. Mais pas pour les assassins, non. Pour les gens normaux. L’homme de la rue a plus de chances de se faire tuer que le tueur de passer à la chaise électrique. La peine de mort, on la trouve cinq, six, sept fois par jour. […]
— Il y a huit millions d’histoires dans la ville, me dit-il. Vous vous rappelez cette émission ? C’était à la télévision, il y a quelques années.
— Je me rappelle.
— Ils disaient un truc comme ça, à la fin de chaque émission. Il y a huit millions d’histoires dans la ville nue. Celle-ci en était une.
— Je me rappelle.
— Huit millions d’histoires. Vous savez ce qu’il y a, ici, dans cette putain de ville de merde ? Vous savez ce qu’il y a ? Il y a huit millions de façons de mourir. »

Matt enquête donc (il soupçonne que le meurtrier de Kim pourrait être un « petit ami »), et interroge les autres filles de Chance, ce qui est l’occasion de détailler leurs profils, de la poétesse éprise d’indépendance à la journaliste féministe qui voudrait écrire un roman sur la prostitution, « une fin en soi ». L’une d’elles se suicide. Le réceptionniste de l’hôtel où Kim a été tuée disparaît. Une prostituée transgenre est massacrée de la même façon que celle-ci.
Matt, têtu mais déboussolé et se sentant coupable dans sa lutte pour tenir sans alcool vingt-quatre heures par vingt-quatre heures, prend conscience de l’importance de l’indice de l’émeraude verte que portait Kim au doigt, alors que Block avait déjà soigneusement attiré notre attention dessus.
« — Je me demande, dit-elle, si elle était une émi-ou une immi-grante.
— Que voulez-vous dire ?
— Partait-elle de ou pour ? C’est une question de point de vue. Quand je suis arrivée à New York, j’étais partie pour, j’étais également partie de chez mes parents et de la ville où j’avais été élevée, mais c’était secondaire. Par la suite, quand je me suis séparée de mon mari, je fuyais quelque chose. Le fait de partir était une chose en soi, qui comptait plus que la destination. »

« L’argent trop vite gagné ne dure pas. Autrement, Wall Street appartiendrait aux dealers. »

« Au cours des réunions, on entend les gens dire : « Le pire de mes jours de sobriété vaut mieux que le meilleur de mes jours d’ivresse ». Et tout le monde hoche la tête comme le petit chien en plastique sur le tableau de bord d’un Portoricain. Je songeai à cette soirée avec Jan, puis je regardai la petite cellule qui me sert de chambre et j’essayai de comprendre en quoi cette soirée-ci était meilleure que cette soirée-là. »

« On glane un truc par-ci, un truc par-là et on ne sait jamais s’ils vont se recouper. »

« J’essaie de ne pas penser au fait qu’on l’a tuée, et pourquoi et comment elle est morte. Vous avez lu un livre qui s’appelle Watership Down ? (Je ne l’avais pas lu.) Eh bien, ça parle d’une colonie de lapins, des lapins semi-domestiques. Ils ont toute la nourriture qu’il leur faut parce que les humains leur en apportent. C’est une sorte de paradis pour lapins, sauf que les hommes qui leur donnent à manger le font pour pouvoir tendre des pièges et avoir de temps en temps un lapin pour le dîner. Les lapins survivants ne parlent jamais des pièges, ni de leurs compagnons que les pièges ont tués. Ils ont une sorte d’accord tacite en fonction duquel ils font comme si les pièges n’existaient pas et comme si leurs copains morts n’avaient jamais existé. (Jusque-là, en parlant, elle ne m’avait pas regardé. Mais ses yeux se fixèrent sur les miens quand elle poursuivit : ) Vous savez, je crois que les New-Yorkais sont comme ces lapins. Nous vivons ici pour profiter de ce que la ville peut nous procurer sous forme de culture, de possibilités d’emploi ou ce que vous voudrez. Et nous détournons les yeux quand la ville tue nos voisins et nos amis. Oh, bien sûr, nous lisons ça dans les journaux, nous en parlons pendant un jour ou deux, mais après, nous nous empressons d’oublier. Parce qu’autrement, nous serions obligés de faire quelque chose contre ça et nous en sommes incapables. Ou bien il nous faudrait aller vivre ailleurs et nous n’avons pas envie de bouger. Nous sommes comme ces lapins, vous ne croyez pas ? »

« Le proxénétisme n’est pas difficile à apprendre. Tout ce qui compte, c’est le pouvoir. On fait comme si on l’avait déjà, et les femmes viennent vous le donner d’elles-mêmes. C’est pas plus compliqué que ça. »


\Mots-clés : #addiction #criminalite #polar #social #solitude #urbanité #xxesiecle
par Tristram
le Ven 17 Mar - 11:29
 
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Sujet: Lawrence Block
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Pétros Márkaris

Liquidations à la grecque

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Liquid10

À la première personne, le commissaire Kostas Charitos raconte au jour le jour, d’un embouteillage au suivant, son enquête à Athènes sur la décapitation de personnes du milieu financier par un mystérieux « Robin des banques ».
Stathakos, de la Brigade antiterroriste, qu’il déteste avec réciprocité, veut en faire une affaire terroriste, et il n’est pas le seul (y compris à l’international) à trouver cela avisé dans le contexte de la « crise grecque » (ce roman publié en 2010 est le premier d’une trilogie de Markaris sur cette dernière). C’est effectivement cette fameuse crise, pas seulement économique et financière, qui forme le noyau de ce polar, et ce qui m’a intéressé : comment subit-on cet effondrement social, qui bouleverse notamment l’existence des gens de peu (comme au Liban plus récemment) ?
Aux assassinats se greffe une campagne d’affichage qui enjoint aux particuliers de ne plus rembourser ses emprunts aux banques (un peu un écho de l’État qui a manqué à maîtriser les siens au sein de l’Europe, et dorénavant sous l’emprise de « la Troïka », FMI, Banque centrale et Commission européennes). L’argent, sale ou propre, ne circule plus.
Bien sûr, on n’échappe pas à la politique, notamment avec Zissis le communiste :
« Tu sais ce que ça représente, passer sa vie en prison, en déportation, en tortures, parce que tu veux changer la société, et entendre ce type te dire que ce que tu veux changer n’existe pas ? Ça te fout tout par terre. […]
Vous avez ouvert un cloaque, vous autres, et vous y jetez tout le monde en les appelant terroristes. Les terroristes tuent car ils pensent pouvoir ainsi changer le monde. Ils sont les victimes de Che Guevara. C’est toujours pareil. Quelqu’un commence plein de bonnes intentions, puis d’autres arrivent qui foutent la merde. C’est ce qui s’est passé avec Guevara et les terroristes, et aussi avec nous qui voulions apporter le socialisme, tu as vu le résultat. »

Le recul de l’âge de la retraite fait partie des réformes budgétaires :
« Je ne sais pas ce que vous allez faire, mais je me souviens de ce qu’on disait dans le temps : les quatre-vingts premières années sont difficiles, puis tu meurs et tu es tranquille. Mais maintenant, les quatre-vingts premières années ne sont pas seulement difficiles, on va les passer à bosser. – Tu connais une meilleure solution ?
– Bien sûr. Diminuer la population de moitié. Nous ne serons plus que cinq millions et demi et nous dépenserons moitié moins. On ferait comme les Français qui chassent les Roms.
– Nous dépenserons moitié moins, et gagnerons moitié moins aussi. Tu y as pensé ?
– Bien sûr. On chasserait ceux qui doivent vingt-quatre milliards d’euros en impôts. On leur en ferait cadeau et on les chasserait. De toute façon, on n’a aucune chance de les récupérer, même dans les quatre-vingts années difficiles qui nous attendent. Resteront seulement les imbéciles qui paient leurs impôts. Donc, les dépenses et la corruption diminueront avec le départ des fraudeurs, et les gains seront les mêmes, grâce aux imbéciles. »

Je suis malheureusement encore moins expert en finance que Markaris… dont un des personnages compare l’activité des banques au dopage…
« Les fondations sont la vitrine de la fraude fiscale. »

Un livre encore plus raccord avec la triste actu ces jours-ci...

\Mots-clés : #economie #polar
par Tristram
le Jeu 2 Mar - 10:43
 
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Raymond Chandler

The Long Goodbye

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 The_lo10

C’est le sixième roman de Chandler où apparaît le célèbre (pour nous) détective privé Philip Marlowe, et que son auteur considérait comme son meilleur livre. J’ai tout de suite apprécié la réaction de Marlowe, qui aide gratuitement un pauvre type ivre, Terry Lennox, refusant même de s’intéresser à sa vie privée. Marlowe, personnage aussi tenace que taciturne, est le narrateur, précis et observateur.
« Pourquoi entrais-je à ce point dans les détails ? C’est que, dans une atmosphère aussi tendue, chaque geste devenait une performance, un acte d’une importance capitale. C’était un de ces moments cruciaux où tous les mouvements automatiques, bien qu’établis de longue date et consacrés par l’habitude, se muent en manifestations isolées de volonté. Vous êtes alors comme un homme qui réapprend à marcher après une polio. Rien de vous paraît aller de soi ; rien du tout. »

Plus conventionnellement, ce dur-à-cuire s’insurge contre la brutalité policière (là aussi, l’histoire récente peut donner du crédit à son point de vue).
« La loi n’est pas la justice. C’est un mécanisme très imparfait. Si vous appuyez exactement sur les boutons adéquats et qu’en plus vous avez de la chance, l’ombre de la justice peut apparaître dans la réponse. Jamais la loi n’a été conçue comme un mécanisme. »

Terry est un trentenaire aux cheveux blancs et au visage couturé, dont Marlowe décrit « le charme de sa faiblesse et son genre très particulier de fierté ».
« Je ne le jugeais pas, ne l’analysais pas, comme je ne lui avais jamais posé de questions sur l’origine de ses blessures ou sur les conditions dans lesquelles il s’était marié à une femme comme Sylvia. »

Terry se remarie avec Sylvia, belle et riche cadette du millionnaire Potter, qui mène une vie dissolue avant d’être massacrée. Terry est accusé de sa mort, ce qui est invraisemblable pour ; il se serait suicidé en laissant des aveux. Marlowe est inquiété par la police, qui comprend qu’il l’a aidé à fuir au Mexique, mais Potter étouffe l’enquête pour sauvegarder sa vie privée. Toutes les personnes proches de l’affaire conseillent à Marlowe de laisser tomber.
« Un mort est le bouc émissaire idéal. C’est pas lui qui pourrait vous contredire. »

Terry aurait été blessé à la guerre, sauvant deux compagnons devenus depuis des caïds, Mendy Menendez et Randy Starr, auxquels il n’a pas eu recours alors qu’il était dans la mélasse.
« Ce type avait été un homme impossible à détester. Combien en rencontre-t-on dans la vie dont on puisse en dire autant ? »

Roger Wade est un auteur à succès qui a un fort penchant pour l’alcool ; son éditeur, Spencer, demande à Marlowe de l’empêcher de boire pour qu’il puisse finir son roman en cours, et sa femme, la belle Eileen Howard aux yeux violets, de le retrouver car il a disparu en pleine phase éthylique.
Regard attentif sur les marges de la société.
« Tous les bureaux étaient occupés par divers charlatans, adeptes miteux de la Christian Science, avocats de l’espèce qu’on souhaiterait à ses adversaires, docteurs et dentistes dans la débine, maladroits, malpropres, attardés, trois dollars et payez l’infirmière, s’il vous plaît, des hommes fatigués, découragés, qui savent exactement à quoi s’en tenir sur eux-mêmes, à quel genre de patients ils peuvent s’attendre et combien ils peuvent leur soutirer. Prière de ne pas demander de crédit. Le docteur est là ; le docteur est absent. Vous avez une molaire bien branlante, madame Karinski. Maintenant, si vous voulez ce nouveau plombage en acrylique, ça vaut n’importe quel inlay en or. Je peux vous poser ça pour quatorze dollars. Pour la Novocaïne, ça fera deux dollars de plus, si vous voulez. Le docteur est là ; le docteur est absent. Ça fera trois dollars. Payez l’infirmière, s’il vous plaît.
Dans un immeuble pareil, il y aura toujours une poignée de gens pour se faire du fric mais ça ne se voit pas sur eux. Ils se fondent dans un anonymat grisâtre qui leur sert d’écran protecteur. Avocats marrons associés à des rackets de récupération de caution (deux pour cent en moyenne de tous les versements gagés sont récupérés). Avorteurs se faisant passer pour n’importe quels fricoteurs pour justifier la présence de leur matériel. Trafiquants de came qui se prétendent urologues, dermatologues ou toute autre branche de la médecine où le traitement peut être suivi et où l’usage répété des anesthésiques est normal. »

De nombreux personnages et situations pittoresques sont décrites, vie ordinaire d’un privé de L.A. ; Chandler a le talent des portraits lapidaires.
« Il était roux, les cheveux coupés court et son visage me fit l’effet d’un poumon vidé d’air. J’avais rarement vu un gazier aussi laid. »

On trouve aussi de la sociologie (datée, livre paru en 1953).
« Le téléphone est un objet tyrannique, envahissant. Le gadgetomane de notre époque l’adore, l’abhorre, le craint. Mais il le traite toujours avec respect, même quand il a bu. Le téléphone est un fétiche. »

Marlowe récupère Wade chez un médecin charlatan ; il rencontre Linda Loring, sœur de Sylvia et épouse du docteur d’Eileen.
« Il croit avoir un secret enfoui dans sa mémoire et il ne peut pas y accéder. Peut-être est-ce une forme de culpabilité vis-à-vis de lui-même, peut-être vis-à-vis de quelqu’un d’autre. Il croit que c’est ce qui le pousse à boire parce que, précisément, il n’arrive pas à élucider ce mystère. Il s’imagine sans doute que quoiqu’il ait pu se passer, c’est arrivé quand il était ivre et il se figure qu’en buvant il finira par voir clair. C’est un cas qui relève du psychiatre. Bon, si je me trompe, alors il se soûle parce qu’il en a envie ou ne peut s’en empêcher et cette histoire de secret n’est qu’une mauvaise excuse. Il ne peut pas écrire son livre ou, du moins, le terminer. Parce qu’il boit. Je veux dire qu’apparemment il est incapable de finir son livre parce qu’il se soûle à mort. »

Considérations sur l’écriture, solipsiste, via Wade.
« Ce monde, c’est toi qui l’as fait toi-même et le peu de secours que tu as reçu du dehors tu en es aussi l’auteur. Alors, cesse de prier, tocard. Lève-toi et bois ce verre. Il est maintenant trop tard pour quoi que ce soit d’autre. »

Wade se suicide, selon toutes apparences ; Marlowe, à proximité lors des faits, est innocenté, toujours grâce à l’influence de Potter. Il a affaire à Bernie Ohls, un lieutenant de police qu’il connaît depuis longtemps.
« – Il n’existe aucun moyen pour faire cent millions de dollars honnêtement, dit Ohls. Le grand chef se figure peut-être qu’il a les mains propres, mais sur le trajet, il y a des gars qui se font arnaquer jusqu’à l’os, de bonnes petites affaires peinardes qui sont liquidées et vendues pour trois sous, des types tout ce qu’il y a de réglos qui perdent leur boulot, des stocks de marchandises rayés du marché, des prête-noms achetés au rabais et de grands cabinets juridiques payés des fortunes pour tourner des lois dont se réclament le commun des mortels mais qui dérangent les riches parce qu’elles leur rognent leurs bénéfices. La grosse galette donne le pouvoir et le pouvoir on en fait pas bon usage. C’est le système qui veut ça. C’est peut-être pas possible d’en avoir un meilleur mais c’est pas encore la promotion de la blancheur Persil. »

« – Je suis un romantique, Bernie. J’entends des voix qui pleurent la nuit, et je ne peux pas m’empêcher d’aller voir ce qui se passe. On ne fait pas un rond comme ça. Si t’as un peu de jugeote, tu fermes tes fenêtres et tu augmentes le son de ta télé. Ou tu appuies sur le champignon et tu fous le camp au diable. Tu te mêles surtout pas des ennuis des autres. Tout ce que ça peut te rapporter, c’est d’être mal vu. La dernière fois que j’ai vu Terry Lennox, on a pris ensemble le café que j’avais préparé chez moi et on a fumé une cigarette. Alors, quand j’ai appris sa mort, je suis allé à la cuisine, j’ai fait du café, j’en ai servi une tasse pour lui, j’ai allumé une cigarette pour lui et quand le café a été froid et la cigarette consumée, je lui ai dit bonne nuit. On fait pas un rond comme ça, je te dis. Tu ferais pas ça, toi, c’est pour ça que t’es un bon flic et que je suis privé. Eileen Wade s’inquiète pour son mari, alors je me mets en chasse et je le ramène chez lui. Une autre fois, il est dans le pétrin, il m’appelle, j’y vais, je le ramasse sur la pelouse, je le mets au lit et je ne me fais pas un rond. Zéro pour cent. Rien, sauf qu’à l’occasion je me fais casser la gueule, foutre au trou ou menacer par un malfrat comme Mendy Menendez. Mais pas d’argent, pas un centime. J’ai un billet de cinq mille dollars dans mon coffre mais jamais j’en dépenserai une miette. Parce que c’est par une combine louche que je l’ai reçu. Au début, ça m’a amusé, et je le sors encore de temps en temps pour le regarder. Mais c’est tout – ce fric-là ne se dépense pas. »

« On ne fait plus un boulot de policiers, on devient une branche du racket de la médecine. On les voit partout en taule, devant les tribunaux, dans les salles d’interrogatoire. Ils écrivent des rapports de quinze pages pour expliquer pourquoi un petit voyou a braqué un débit de boissons, violé une écolière ou refilé de la came aux élèves de terminale. Dans dix ans, les zèbres comme Hernandez et moi subiront les tests de Rorschach ou d’associations de mots au lieu de faire de la gym et de s’entraîner à la cible. Quand on partira sur un coup, en emportera des petits sacs de cuir noir avec des détecteurs de mensonge portatifs et des ampoules de sérum de vérité. »

« Tu t’imagines que dans leurs grosses boîtes de Las Vegas et de Reno, il n’y a que des types pleins aux as qui vont prendre des culottes pour se marrer ? Mais c’est pas ceux-là qui font marcher le racket, c’est la foule des pauvres pigeons qui paument régulièrement le peu de fric qu’ils peuvent mettre de côté. Le flambeur plein aux as perd quarante mille dollars, se marre et remet ça. Mais le flambeur plein aux as n’enrichit pas le racket. C’est les petites pièces, la mitraille, un demi-dollar par-ci, par-là, quelquefois même un billet de cinq qui grossissent le magot. Le fric du racket rentre comme l’eau coule dans les conduites de ta salle de bains sans jamais s’arrêter. Chaque fois qu’on veut avoir la peau d’un flambeur professionnel, c’est à moi de jouer. Et chaque fois que le gouvernement prend sa dîme sur le jeu en appelant ça des impôts, il contribue à la prospérité de la pègre. […]
— Tu es un flic épatant, Bernie, mais tu te goures complètement. En un sens, les flics sont tous pareils. Ils interviennent toujours à tort. Si un type perd sa chemise à la passe anglaise, interdisez le jeu. S’il se cuite, interdisez l’alcool, s’il tue quelqu’un dans un accident de voiture, arrêtez de fabriquer des bagnoles, s’il se fait pincer avec une nana dans une chambre d’hôtel, interdisez la baise. S’il tombe dans l’escalier, ne bâtissez plus de maisons.
– Ah, mets une sourdine !
– Une sourdine, naturellement. Je ne suis qu’un citoyen quelconque. Passe la main, Bernie. Si on a des truands, des mafiosi, des équipes de tueurs, ce n’est pas à cause des politiciens véreux et de leurs acolytes à l’hôtel de ville et dans les instances juridiques. Le crime n’est pas une maladie, c’est un symptôme. Les flics me font penser aux toubibs qui te refilent de l’aspirine pour une tumeur au cerveau, à part que les flics la soigneraient plutôt à la matraque. Nous formons une grande population riche, rude, sauvage et le crime représente le prix à payer en échange, et le crime organisé est le prix à payer pour l’organisation de cette société. Ça va encore durer comme ça un bon bout de temps. Le crime organisé n’est que le côté malpropre du dollar roi. »

L’intrigue est finement, longuement exposée, de façon circonstanciée, analytique ; dénouée, elle se prolonge, prenant aussi le temps de dénoncer le système de l’argent, tout comme de fouiller le personnage de Marlowe l’indépendant. L'alcoolisme est également décortiqué, sans doute basé sur l'expérience personnelle de Chandler.
C’est une sorte de classique du roman policier, apprécié par de nombreux écrivains, par forcément de la veine polar, comme Jim Harrison, et son influence marquera de nombreux auteurs ultérieurs.
Il est fort agréable de lire un polar de temps à autre : mais il y en a tant, encore faut-il en lire un bon – celui-ci en est un !

\Mots-clés : #polar #psychologique
par Tristram
le Sam 18 Fév - 11:47
 
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QIU Xiaolong

Cyber China

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Cyber_10

« …] le socialisme à la chinoise. Voilà un terme générique qui englobe tout ce qu’il y a d’énigmatique dans notre beau pays : socialiste ou communiste dans les journaux du Parti, mais capitaliste dans la pratique, un capitalisme de copinage, primaire, matérialiste au dernier degré. Et féodal aussi si l’on en juge d’après les enfants des hauts dignitaires, petits princes héritiers destinés à devenir dirigeants à leur tour, en légitimes successeurs du régime à parti unique. »

L’inspecteur principal de la police criminelle (et poète) Chen Cao, qui a été nommé au poste de vice-secrétaire du Parti, est désigné comme conseiller spécial dans l’enquête sur le suicide de Zhou Keng, directeur de la Commission d’urbanisme de Shanghai et donc cadre du Parti, qui s’est pendu alors qu’il était sous shuanggui pour corruption après avoir été l’objet d’une « chasse à l’homme » sur Internet (espace à la liberté d’expression limitée, mais moins que les médias officiels qui « harmonisent », et où les cyber-citoyens peuvent s’exprimer), traque lancée parce qu’un paquet de 95 Majesté Suprême (cigarettes dispendieuses) apparaissait sur une photo de lui tandis qu’il prônait le maintien du développement de l’immobilier à Shanghai, la principale ressource économique de la ville, par ailleurs inabordable pour la majeure partie de sa population.
« Le shuanggui était encore un exemple criant du socialisme à la chinoise. Sorte de détention illégale initiée par les départements de contrôle de la discipline du Parti, cette mesure venait répondre au phénomène de corruption massive propre au système de parti unique. À l’origine, le terme signifiait « double précision » : un cadre du Parti accusé de crime ou de corruption était détenu dans un endroit défini (gui) pendant une période déterminée (gui). En dépit de la constitution chinoise qui stipulait que toute forme de détention devait être conforme à la loi votée par l’Assemblée nationale populaire, le shuanggui n’exigeait ni autorisation légale, ni durée limitée, ni aucun protocole établi. De hauts fonctionnaires du Parti disparaissaient régulièrement sans qu’aucune information ne soit livrée à la police ou aux médias. En théorie, les cadres pris dans la zone d’ombre extrajudiciaire du shuanggui étaient censés se rendre disponibles pour une enquête interne avant d’être relâchés. Mais le plus souvent, ils passaient devant le tribunal des mois, voire des années plus tard pour être jugés et condamnés selon un verdict établi à l’avance. Les autorités considéraient le shuanggui comme une ramification, et non comme une aberration, du système judiciaire. D’après Chen, ce type de détention permettait d’empêcher que des détails compromettants pour l’image du Parti ne soient révélés puisque les enquêtes se déroulaient dans l’ombre et sous l’œil vigilant des autorités. »

On découvre Lianping, séduisante journaliste de la génération 80, Melong, un informaticien administrateur de forum/ blog, toute une société tiraillée entre modernité et mode de vie traditionnel, et en porte-à-faux avec le gouvernement qui pèse pour assurer la « stabilité ».
« Les mots sensibles peuvent être repérés et « harmonisés », effacés si vous préférez ; pour préserver l’harmonie de notre société, un site peut être bloqué ou banni et le gouvernement peut facilement remonter jusqu’au responsable. »

Outre la police de Shanghai, interviennent le gouvernement municipal et le contrôle de la discipline de Shanghai, la Sécurité intérieure et la Commission de contrôle de la discipline de Pékin : beau panier de crabes liés « par le secret de leurs malversations » !
(Le « monde de la Poussière rouge » semble désigner la Terre, notre cadre de vie ici-bas.)  
(Des fautes d’orthographe et de grammaire n’ont malheureusement pas été corrigées.)
« Le serveur posa sur la table une dizaine de petites soucoupes de garniture fraîche, dont des tranches de porc émincé, du bœuf, de l’agneau, du poisson, des crevettes et des légumes. Puis il leur servit deux grands bols de nouilles fumantes dans leur soupe recouverte d’un léger film huileux. Ils devaient plonger la garniture dans la soupe et attendre une minute ou deux avant de commencer à manger. »

J’ai apprécié ce mixte de cuisine appétissante, de renvois littéraires (ainsi Xiaolong m’a remis en mémoire Lu Xun, qui mériterait d’avoir son fil ici), de polar bien mené et d’explicitation bonace de l’entregent et de l’ingéniosité euphémiste chinoise (peuple comme dirigeants) …
« Au fait, connaissez-vous la blague sur le crabe d’eau douce ? C’est une homophonie du mot « harmonie ». Sur Internet, quand un article était censuré, on disait qu’il avait été harmonisé, effacé pour préserver l’harmonie de notre société capitaliste. Maintenant, on dit qu’il a été mis en eau douce. »


\Mots-clés : #corruption #polar #politique #regimeautoritaire #social #xxesiecle
par Tristram
le Lun 23 Jan - 12:17
 
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Sujet: QIU Xiaolong
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Andrea Camilleri

Un mois avec Montalbano

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Un_moi10

Trente nouvelles, et autant d’enquêtes du commissaire Salvo Montalbano (« Montalbano, je suis », souvent « d’une humeur noire », avec des « changements d’humeur selon les variations du temps »), chez ces étranges « pirsonnes » de Vigàta et Montelusa (villes imaginaires, mais en Sicile).
Mention particulière à Ce que racontait Aulu-Gelle, pour les poulpes à la napolitaine, Androcle et le lion, et cet extrait :
« Il marcha deux heures, en fumant et en se souvenant.
Les souvenirs, on le sait, sont comme les cerises, on les cueille l’un après l’autre, mais de temps à autre, dans le défilé s’en glisse un indésirable et peu agréable qui fait dévier de la route principale vers des chemins sombres et sales où, au minimum, on se souille les chaussures. »

Dans La voyante, Carlòsimo, un autre souvenir de Montalbano, et une autre ville hypothétique :
« À huit heures du soir, tous à la maison, les rues vides avec le vent qui faisait rouler des boîtes vides, qui soulevait en l’air des fantômes de papier. Pas de cinéma, à la librairie-papeterie, ils ne vendaient que des cahiers. Et il fallait ajouter pour parfaire le tableau que par la faute de cette même conjoncture (conjuration, plutôt) météorologique, les deux chaînes de télévision alors existantes n’envoyaient que des images d’ectoplasmes.
Pour le commissaire-adjoint Montalbano, responsable de l’ordre public, un paradis ; pour l’homme Montalbano, un calme plat de limbes, une incitation continue au suicide ou au jeu de cartes. Mais, dans le cercle local, les « personnes civilisées » du pays ne jouaient pas seulement leur chemise mais aussi la peau du cul et c’est pourquoi le commissaire-adjoint, qui, en outre, n’aimait pas jouer aux cartes, s’en tenait à l’écart. La seule chose à faire était de se consacrer à la lecture : durant cet hiver-là, il se fit Proust, Musil et Melville. Toujours ça de pris. »

« Quelque chose, dont il ne savait expliquer ni le pourquoi ni le comment, l’avait subtilement inquiété. En cela consistait son privilège et sa malédiction de flic-né : cueillir, à fleur de peau, à vue de nez, l’anomalie, le détail peut-être imperceptible qui ne s’accordait pas à l’ensemble, la faille minuscule par rapport à l’ordre habituel et prévisible. »
Le rat assassiné

Camilleri vaut aussi pour son rendu d’un savoureux parler populaire à la syntaxe particulière :
« – Allô, dottori ? C’est vous pirsonallement ?
– Oui, Catarè, moi je suis. Qu’est-ce que tu veux, putain, à cette heure ?
– En premier endroit, je vous présentasse mes vœux. Beaucoup de bonne heure et de bien-à-être, dottori. En seconde, je voulais vous dire qu’il y a un mort de passage.
– Et toi, laisse-le passer.
Il fut tenté de raccrocher, puis le sens du devoir l’emporta.
– Qu’est-ce que ça veut dire, de passage ?
– Ça veut dire qu’ils l’ont trouvé à l’hôtel Reginella, celui qui est après Marinella, près de chez là où vous êtes chez vous.
– Bon, mais pourquoi tu as dit que c’était un mort de passage ?
Dottori, à moi vous venez à le demander ? Un qui est à l’hôtel, cirtainement, un voyageur de passage c’est. »
Jour de l’An

Inégal, mais globalement réjouissant !

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Jeu 29 Déc - 11:13
 
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James M. Cain

Le facteur sonne toujours deux fois

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Le_fac10

Frank Chambers, le jeune tramp (vagabond) qui raconte l’histoire, est accueilli par Le Grec, Nick Papadakis, propriétaire d’un diner californien, restaurant-motel et station-service-garage. Ce dernier le décide à rester comme employé, mais Frank le fait parce qu’attiré par Cora, la jeune femme de Nick.
Épris l’un de l’autre, Cora convainc rapidement Nick de se débarrasser avec son aide du mari qui la répugne. Sans trop de scrupules, ils tentent de l’assassiner, une première fois sans succès.
Ce qui m’a frappé, c’est la complicité des deux amants, presque de sang-froid, engagés qu’ils sont dans une relation sadomasochiste.
Puis c’est l’enquête sur l’accident de voiture où Cora conduisait les deux hommes ivres. Sackett, le District Attorney, presse Frank de porter plainte contre Cora : Nick venait de signer une assurance qui représente une grosse somme pour sa veuve. Katz, avocat ennemi de Sackett, les fait libérer par une époustouflante entourloupette que je serais bien en peine de résumer aussi succinctement que Cain l’expose.
« Je me suis mis à pleurer comme un veau quand on a descendu le cercueil. Les hymnes qu’on chante à ce moment feraient sangloter n’importe qui, surtout lorsqu’il s’agit d’un copain qu’on aime comme j’aimais le Grec. »

Dressés l’un contre l’autre par les astucieux hommes de loi, la défiance demeure entr’eux, notamment parce que le vagabondage reste prégnant chez Frank.
Kennedy, un homme de Katz qui se faisant passer pour un policier avait recueilli les aveux de Cora, veut les faire chanter. Puis elle menace Frank de le dénoncer. Finalement, comme elle attend un enfant de Frank, ils décident de se marier, mais…
Emblématique roman noir autour d’une femme fatale, ou plutôt d’un amour néfaste. Parfaitement immoral, et d’une concision, d’un tempo exemplaires !

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Jeu 22 Déc - 11:05
 
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Léo Malet

Les Eaux troubles de Javel

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1956, Paris XVe : les Norafs, pauvre main-d’œuvre des usines Citroën et activistes du FLN, les avortements hors la loi, le Bal Colonial et le Bal Nègre, toutes choses révolues, même si la misère persiste (et si la cloche a changé de nom).
« Je ne suis pas de ces types qui refusent quelques ronds à un clochard, sous prétexte que le clochard n’a rien de plus pressé que de les convertir en coup de rouge. Un coup de rouge, c’est parfois plus nécessaire qu’un bout de pain. Ça dépend des circonstances. »

C’est noir, mais la perception à l’époque était si différente de la nôtre que rien que pour cette remise en contexte le roman mérite la lecture. De plus, l’intrigue est inattendue.

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Mar 13 Déc - 11:11
 
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Tanguy Viel

L'Absolue Perfection du crime

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 L_abso10

Une famille de « caïds » en Bretagne : Marin, qui sort de trois ans de prison, Andreï, l’oncle et la tante, et Pierre, le narrateur, qui subit leur destin (qu’il devine funeste ; il est plusieurs fois question de prescience dans ce roman), dominé par Marin ; puis Lucho, le spécialiste, puis Jeanne, la femme de Marin. Le braquage du casino est décidé, ce que l’oncle appelle « l'absolue perfection du crime » avant de mourir de vieillesse, ce qui n’arrête pas le projet. En attendant, ils boivent du cognac, notamment au Lord Jim, boîte qui appartenait à l’oncle. Le casse se passe bien, à part que Pierre tabasse le directeur du casino, et qu’ils sont arrêtés à l’issue, vendus par Lucho ; Andreï est abattu, Marin et Jeanne s’enfuient, Pierre écope de sept ans de prison. À leur terme, il retourne au Lord Jim, qui s’appelle dorénavant le Billy Budd ; il retrouve Jeanne, puis Lucho, qu’il abat ; puis c’est une belle course-poursuite derrière Marin.
Style en fait curieux, faussement populaire avec de longues phrases, quoique incertaines et heurtées dans un effet d’oralité, cf. l’incipit :
« L’écran de télévision au-dessus du comptoir, relié à une caméra à l’extérieur pour qu’on voie qui entre, souvent par ennui ou réflexe je le regardais d’un œil lointain, et c’était à peine si la couleur des cheveux ou la peau de celui qui sonnait dehors, à peine si je les notais à travers l’écran. »

Elliptique, et volontiers cinématographique :
« Les docks salis. Les rails oxydés. Les grues immobiles. L’abandon qui les gagne. La brume. Les quais. La mer presque grise. Le ressac. La promenade le long. Le pont au loin. La quatre-voies devant. Les néons rouges. Le casino.
Pour faire des images propres, a expliqué Andrei, il faut tenir la caméra à deux mains, ouvrir les coudes à l’horizontale et se déplacer lentement. La quatre-voies devant. Le temps des feux. L’entrée principale. Les vigiles en forme de figurines. Les vitres teintées. »

Haletant et dynamique pour le finale ; un style maîtrisé, approprié au propos (le scénario est secondaire, compte tenu des incohérences qui ont été conservées : la montgolfière dirigeable à distance, Marin pas inquiété par la police, etc.).

\Mots-clés : #polar
par Tristram
le Ven 9 Déc - 10:32
 
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Howard Fast

Sylvia

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Sylvia10

Le détective Alan Macklin, célibataire, historien manqué et narrateur de l’histoire, est chargé d’enquêter sur le mystérieux passé de Sylvia West par son fiancé. Il suit une piste ténue au travers des États-Unis, manifestement séduit par cette femme qu’il n’a jamais rencontrée, tout en étant taraudé par l’indignité de son métier, et conscient de la corruption généralisée en grande partie due à l’argent.
« Ensuite, j’ai marché jusqu’à la 53e Rue et je suis resté deux heures au Musée d’Art Moderne. Je voulais à toutes forces me prouver que mon intelligence était un peu au-dessus de la moyenne ; et que ces années passées à accomplir des tâches abjectes et avilissantes, dans une profession sans intérêt et déshonorante, ne m’avaient pas entièrement sevré de la grande confrérie des civilisés – en admettant qu’elle existe. »

« Je gagnais ma vie tantôt comme une putain, tantôt comme un maquereau.
La seule chose qui me différenciait d’eux, c’est que la Société ne me désavouait pas et qu’à la Télévision je pouvais avoir de soi-disant aperçus de mon métier, grâce aux évolutions d’une demi-douzaine d’imbéciles et de crétins jacasseurs et grossiers, qui ont fait du "privé" l’un des éléments du folklore américain. »

« Rentré dans ma chambre, j’ai pris une cuite en solitaire. Il y avait exactement sept ans que je ne m’étais pas envoyé une bouteille à moi tout seul. Mais sept ans, c’est court, quand il s’agit d’éviter de se retrouver seul en face de soi-même. Il y a des gens qui y réussissent pendant toute leur vie : eux restent sobres. »

Ce roman vaut surtout pour son atmosphère de mélancolie, celle du personnage principal mais aussi d’autres, notamment féminins, comme la rencontre touchante avec Irma Olanski, la vieille fille bibliothécaire de Pittsburgh, ou celle de Shirley Digbee, une actrice :
« Elle se glissa derrière un petit paravent placé dans un coin.
– Je vais m’habiller tout comme au ciné, pendant que nous causerons, me dit-elle avec bonne humeur. Pour ne pas que vous soyez obligé de sortir. De toute façon, j’aime bien avoir un homme dans la pièce quand je m’habille. Je ne suis pas normale, pour ça. C’est une névrose. J’en ai au moins vingt, de ces névroses, trente peut-être, je peux pas dire. Tout ça, ça vient de ce que je suis aussi vachement grande. Le plus curieux, c’est que j’en suis enchantée, je raffole de ma taille. Je n’aimerais pas être autrement. Je suis sortie pendant quelque temps avec un psychanalyste – un petit, d’un mètre cinquante-cinq à peu près. Ça leur donne le grand frisson de sortir avec moi. Frisson, c’est encore trop faible. Je pourrais écrire un livre sur ces petits hommes. Mais celui-là, ce psychanalyste, il voulait toujours arriver à me persuader que j’avais horreur d’être grande. En fin de compte, je lui ai dit : « Écoute, flambard, pourquoi est-ce que tu me téléphones vingt fois par jour, si ton seul but est de me rabaisser à ton niveau ? Y en a suffisamment de ta taille qui se baladent dans la nature. Va donc t’en lever une de ton gabarit. » Mais croyez-moi, quand je dis que c’était son idée fixe, j’suis au-dessous de la vérité… Si nous nous connaissions mieux, je vous donnerais des détails. Mais celui-là, il ne parlait que de névroses. Je lui ai dit : "D’après toi, on ne fait jamais quelque chose tout bêtement parce qu’on en a envie. Tout est de la névrose…" »

D’origine pauvre, il s’avère vite que Sylvia a été prostituée. Elle a beaucoup lu, et publié de la poésie. Elle a toujours menti, et développé de la haine, au moins contre les hommes.
« – Croyez-vous que les frais d’édition aient été payés d’avance pour ce livre ?
– Autrement dit, en termes de métier, Mack, vous parlez d’une « édition à compte d’auteur » ? C’est peu reluisant. Un auteur qui ne trouve pas à se faire éditer sur la place publique s’adresse aux maisons qui acceptent qu’on leur paie les frais d’impression et de reliure, sans parler du bénéfice de l’éditeur. C’est une des plaies de notre profession, par ailleurs fort honorable. Mais un éditeur qui se respecte n’accepte pas ce genre de travail. »

« En vieillissant, nous devenons plus sages, monsieur Macklin, mais ce que nous prenons pour de la vertu, n’est-ce pas plutôt de l’épuisement et une certaine satiété ? »

« J’en arrivais à me dire qu’il fallait être un gamin, un impulsif ou un névrosé pour avoir choisi d’aimer une femme qui aurait des raisons violentes et très sérieuses de me haïr. Il y a longtemps que je sais qu’entre une femme et un homme l’amour ne naît pas fortuitement. On ne tombe pas amoureux, comme dans les romans ; on y succombe délibérément et volontairement ; et, quand le choix se fixe sur l’impossible, c’est signe d’une disposition d’âme maladive. J’ai connu des femmes qui ne choisissaient pour objet de leur passion que des hommes mariés et, dans les deux sexes, des gens attirés seulement par les incompatibilités ou la difficulté. »

« Être pauvre avilit ; et tous les pieux mensonges qu’on raconte à ce sujet ne sont que futilités. »

Une belle histoire d’amour, sensiblement rendue (et à peine un polar).

\Mots-clés : #amour #polar #prostitution
par Tristram
le Lun 14 Nov - 9:41
 
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Sujet: Howard Fast
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David Heska Wanbli WEIDEN

Justice indienne

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Justic10

Sur la réserve (pas naturelle, indienne) de Rosebud dans le Dakota du Sud, Virgil Wounded Horse n’est pas vraiment lakota, mais sang-mêlé, et vit comme tous dans la précarité.
« Je sus alors que ces traditions indiennes – les cérémonies, les prières, les enseignements – étaient des conneries. »

Weiden démystifie le mythe de l’Indien proche de la nature et de ses traditions…
« Les cours tribales n’étaient compétentes que pour les délits mineurs, les petits trucs, comme les vols à l’étalage ou le tapage. La police tribale devait rapporter tous les crimes aux enquêteurs fédéraux, qui allaient rarement jusqu’aux poursuites. Seules les affaires médiatisées ou les crimes violents méritaient qu’ils engagent une action en justice. Mais les agressions sexuelles classiques, les vols, les voies de fait étaient le plus souvent ignorés. Et les ordures le savaient. Les violeurs pouvaient s’en prendre aux Indiennes tant qu’ils le voulaient, du moment qu’ils opéraient en terre indienne.
Quand le système judiciaire leur faisait ainsi défaut, les gens s’adressaient à moi. Pour quelques centaines de dollars, ils étaient un peu vengés. C’était ma contribution à la justice. »

Toujours cette obtuse attitude états-unienne de faire la justice par soi-même (sans risque d’erreur ?!), et de préférence par la violence… Weiden déclare dans une postface que les « justiciers autoproclamés » existent vraiment sur les réserves.
« Comme toujours, elle était envahie de touristes qui filaient voir le mont Rushmore, ou, pour ceux qui se considéraient comme plus progressistes, le Crazy Horse Memorial. Bien peu d’entre eux savaient qu’ils se trouvaient sur des terres sacrées, des terres qui avaient été promises par traité au peuple lakota pour l’éternité, mais qui avaient été volées après qu’on y avait découvert de l’or dans les années 1860. Pour couronner le tout, le mont Rushmore avait été sculpté dans la montagne sacrée connue auparavant sous le nom de Six Grandfathers exprès pour faire la nique aux Lakotas. Un peu comme si des Indiens construisaient un casino dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem.
Même la Cour suprême avait admis que les Black Hills avaient été saisies illégalement, et la nation lakota avait gagné un grand procès contre le gouvernement en 1980, obtenant des centaines de millions de dollars en dommages et intérêts. Mais les chefs des tribus lakotas avaient rejeté l’accord, ils voulaient récupérer les terres, pas de l’argent. Le gouvernement refusant de rendre les Black Hills, et les Lakotas refusant de recevoir le prix du sang, le montant de l’accord s’est retrouvé placé sur un compte en banque, avec intérêts ; aujourd’hui, il s’élève à plus d’un milliard de dollars. Si les sept tribus lakotas acceptaient cet argent et le divisaient en parts égales, chaque homme, chaque femme et chaque enfant toucherait environ vingt-cinq mille dollars. Pour une famille de quatre, une somme de cent mille dollars soulagerait beaucoup de souffrances. Mais en dehors de quelques-uns, il n’y a pas eu de véritable pression de la part des Lakotas pour accepter l’argent. Je le reconnais, j’avais beaucoup rêvé à ce que cinquante mille dollars changeraient pour Nathan et moi. En traversant les Black Hills, je me sentis coupable de souhaiter cet argent, puis je me ravisai. Qu’est-ce que j’en avais à faire d’un paquet de rochers et de vallées ? »

On trouve des faits intéressants (histoire, social, droit, etc.), jusqu’au retour à une cuisine traditionnelle contre le diabète qui tue, encore que ces informations seraient à vérifier. Mais ce roman (forcément noir) se révèle un peu décevant : sans parler des caricatures de "méchants", le personnage principal n’est pas très convaincant, malgré l’excuse du tiraillement entre deux cultures.

\Mots-clés : #justice #polar #social
par Tristram
le Jeu 10 Nov - 10:57
 
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Sujet: David Heska Wanbli WEIDEN
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