Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 20 Jan - 2:03

155 résultats trouvés pour nature

Peter Heller

Peindre, pêcher et laisser mourir

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 Image210

Jim, le narrateur est un artiste peintre dont la quote monte. C'est un homme éploré depuis le décès de sa fille adorée. Retiré au bout du monde, il n'a que la pêche et la peinture pour s'évader - ou s'engloutir en dehors de ses pensées maussades. Ses tableaux enchainés le révèlent peu à peu à nous comme à lui-même.Homme tout à la fois énigmatique et sympathique qui se perd dans une nature éblouissante, ces pages sont magnifiques. Mais quelques accrocs viennent peu à peu déchirer le tableau :  car il y a bien longtemps, il a failli tuer un homme un jour de colère. Et cette fois-ci, il assassine froidement à coups de pierres Dell qu'il a vu martyriser une jument : un beau salaud, mais quand même… Et  Jim, poète et philosophe, se découvre peu à peu comme pas  si recommandable, à l'abri de tout remords, le roman, d'un lumineux nature-writing, tombe peu à peu dans le thriller haletant. Jim est soumis à une course poursuite infernale: il est cerné par la vengeance du clan, la police qui l' a bien identifiée sans pour autant arriver à le coincer (on se demande un  peu pourquoi), les médias et le monde de l'art contemporain  qui se prennent d'une folie malsaine  pour cet artiste-justicier…  Le livre comme le héros sont donc de curieux mélanges des genres, un ensemble qui dérange: au milieu d'une poésie sauvage, se dessine un chemin jamais  tracé où alternent douceur et violence.



mots-clés : #nature #creationartistique
par topocl
le Sam 24 Déc - 14:37
 
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Sujet: Peter Heller
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Jonathan Safran Foer

Faut-il manger les animaux ?

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 Image194

Je ne peux pas dire que j'ai appris grand-chose à la lecture de Faut-il manger les animaux ? Des précisions, des détails, des chiffres plus précis certes, mais les grandes lignes, je l’avais déjà lu ou entendu ailleurs (notamment dans We feed the world de Erwin Wagenhofer et des lectures que j’avais faites après, particulièrement des écrits de Jean Ziegler). La précision des descriptions de Safran Foer est tout à fait impressionnante, (parfois un peu répétitive et assommante, mais pas trop souvent) et parle d'une façon différente des images que j'avais pu voir dans le film, ils se complètent donc l’un l’autre.

On ne croirait que la moitié de ce qui nous est dit sur la souffrance infligée aux animaux, sur les désastres écologiques et sociologiques, qu’on serait déjà convaincus de la justesse du plaidoyer. Nous vivons dans un mode de dingues, ça n’est pas nouveau, mais il est quand même utile de le rappeler de temps en temps. Seulement Safran Foer y croit, c’est la grande cause de sa vie, et il prend son bâton de pèlerin. Et comme il est  malin, il sait la lourdeur de l’inertie des comportements humains, il sait que des faits ne suffiront pas à nous faire bouger en tout cas pour la plupart d’entre nous, il sait que les chiffres nous assomment. Les détails sont certes importants, mais ils ne réussiront pas, à eux seuls, à convaincre la majorité des gens de changer leurs habitudes. Il faut faire entrer autre chose en jeu.

Il a donc ajouté un tas de choses à cet aspect informatif et statistique, car bien évidemment ce qui fait changer les opinions, ce qui fait changer les comportements, ce ne sont pas les chiffres, ce sont les émotions. Il  nous fait un numéro de charme, bien au-delà du bourreau de travail, de l' acharné de la précision , il nous parle de ses doutes, de sa responsabilité de petit-fils de survivante, et de père de famille, il raconte des histoires,  il nous parle de lui, et, cela tombe bien, puisque nous sommes sur un fil de fiction sur un forum de littérature,  c’est  le meilleur du livre : Safran Foer est un merveilleux conteur, drôle, tendre plein d’humour (et aussi de tolérance , ou au moins d’ouverture d’esprit).

Quelle que soit la force de nos convictions concernant ce qui est bon pour nous à l'échelon individuel, et même collectif, nous savons tous par avance que nos positions se heurteront à celles de nos voisins. Que faire face à cette incontournable réalité ? Laisser tomber la discussion, ou trouver un moyen de la recadrer ? Alors la seule question que je peux me poser à l'issue de ce livre c'est : comment se fait-il que tout le monde, ou la plus grande partie des gens, et moi en particulier, continuons à manger de la viande après avoir acquis toutes ces notions, entendu et reconnu vrais tous ces arguments ? Et bien, c'est sans doute que nous sommes  pris dans le carcan de nos habitudes de notre paresse et de même que nous continuons à rouler avec une voiture, un diesel qui plus est, à voyager en avion, à porter des vêtements venant de Pétaouchnok …. nous continuons à manger des animaux….

Voilà, ce livre est bien ennuyeux car il nous fait ressortir de sa lecture avec un sentiment de honte. Je SAIS mais je MANGE…Il n’y a plus qu’à se dire qu’il constitue une petite pierre du grand édifice que construisent courageusement quelques rêveurs/illuminés/sages/précurseurs, appelez-les comme vous voulez, et que cela  finira (peut-être) par l’emporter, faire changer les mentalités, les comportements et les politiques, à condition d’être patient. Que ce livre est indispensable en cela, et que si je n’ai pas rejeté la viande malgré ma lecture, du moins j’aurai fait un petit pas sur un chemin qui finira par me rendre meilleure, malgré ma paresse, mon manque de courage, mon hypocrisie, malgré moi-même en quelque sorte. Mais n’est ce pas une façon bien facile de me donner bonne conscience?

(commentaire récupéré)


mots-clés : #essai #nature #social
par topocl
le Jeu 22 Déc - 16:49
 
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Sujet: Jonathan Safran Foer
Réponses: 8
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João Guimarães Rosa

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 Captur85

Diadorim

J'ai lu deux fois Diadorim et j'aimerais bien le relire une fois encore.
C'est un roman qui a marqué ma vie de lecteur et même d'humain.
Une épopée, une chanson de geste, un roman d'amour déchirant. B

Le seul roman du Brésilien Guimarães Rosa (1908-1967) se déroule dans le sertão. Un bout du monde, qui est aussi celui de la langue.
Bienvenue au pays de l'aliboufier, du buruti et du sassafra ! Vous voici dans le sertão, autrement dit un ensemble de régions semi-arides situées à l'intérieur du Brésil (un territoire d'un million de kilomètres carrés environ, où vivent la onça, ce félin aux allures de jaguar, et l'urubu, ce vautour noir qui traque la charogne). Mais le sertão n'a pas qu'une existence géographique ; son identité varie en fonction de l'être humain qui le foule : pour l'un, il est " là où le plus fort, à force d'astuces, fait la loi ", pour l'autre : " vous le laissez derrière vous ; mais tout à coup, il revient vous entourer de tous côtés ". Nul doute que pour Guimarães Rosa il soit Diadorim, cette épopée qui tient autant du document ethnographique que de la fable carnavalesque.
Diadorim, c'est le monologue d'un seul homme : Riobaldo. Un monologue peu ordinaire : une véritable diarrhée verbale qui s'écoule sur plus de 600 pages, sans qu'aucune pause ne permette au lecteur d'y reprendre son souffle (vous n'aurez là ni chapitre ni blanc, mais seulement l'alinéa des paragraphes). D'emblée, on est d'ailleurs très surpris par le caractère oral du roman : on a l'impression que Riobaldo dialogue avec le lecteur, même si dialoguer c'est quand même forcer les choses, puisque le conteur ne lui laisse jamais l'occasion d'une réplique. Et pourtant, il s'adresse à lui, l'apostrophe, lui demande conseil, sollicite son avis -~ bref, il le met à contribution.

Une épopée qui tient à la fois du document ethographique que de la fable carnavalesque

Quant à ce Riobaldo, c'est peu dire qu'il est fêlé : il voit le diable partout (chaque homme étant un Judas qui s'ignore) et s'efforce, par tous les moyens (dont la prière), de le maintenir à distance respectable. Les conseils qu'il profère sont ceux d'un homme de bon sens : dans le feu de l'action, il encourage ses camarades d'armes à ne tuer que les vivants, afin d'économiser les munitions. Il a également un ami, Diadorim, lequel ne s'appelle d'ailleurs pas Diadorim (mais c'est une autre histoire, ou plutôt une excroissance de l'histoire principale, laquelle n'est pas non plus tout à fait une histoire...). Une drôle d'amitié finalement ; presque une relation amoureuse. C'est à ses côtés qu'il va vivre cette odyssée, qui se résume, pour l'essentiel, à des mois de discordes et de guerres fratricides pour le contrôle du sertão (on y trouve donc maints récits d'embuscades, d'assauts, de replis et de prises de pouvoir : l'ultime, mais pas la moins spectaculaire, sera celle de Riobaldo lui-même, qui aspire soudain à devenir chef). La guerre semble être le poumon du sertão : dès qu'une confrontation s'annonce entre deux factions rivales, chacun revient brusquement à la vie.
Diadorim
est un roman difficile à saisir dans sa totalité. Guimarães Rosa a confié sa narration à un personnage qui ne sait pas raconter dans les règles de l'art, qui prend parfois de l'avance dans son récit, au point de devoir revenir plusieurs fois en arrière : " Raconter à la suite, en enfilade, ce n'est vraiment que pour les choses de peu d'importance ". Riobaldo n'entend d'ailleurs pas s'en tenir à la seule vie d'un homme du sertão (qu'il s'agisse de Diadorim ou de lui-même). Son ambition souffre de démesure (qui est la marque d'une authentique ambition) : ce qui l'intéresse, lui, c'est " la matière qui déborde " (on a d'ailleurs l'impression qu'elle prolifère dans sa voix). Et que peut le lecteur contre celui qui raconte tout parce qu'il juge que " c'est sérieux, nécessaire " ? Et pour qui oublier un seul détail, ce serait comme perdre de l'argent ? Rien, sinon l'écouter, le suivre au gré de phrases souvent cousues à la va-vite, avec leur syntaxe à l'emporte-pièce et leurs créations lexicales. Lui emboîter le pas même quand il dresse, sur trois bonnes pages, la liste de ses camarades, en prenant soin d'accorder à chacun quelques lignes descriptives. Le suivre encore, quand il évoque la faune et la flore du sertão. En un mot : boire ses paroles jusqu'à la lie.
À quarante pages de la fin, on sent Riobaldo devenir scrupuleux, comme s'il redoutait d'avoir épuisé son lecteur : " Pourquoi est-ce que je vous relate tout, d'autant de moments ? ". Peut-être pour le seul plaisir d'en arriver au mot fin, pouvoir déclarer cette histoire finie, quitte à le répéter trois fois de suite...
Diadorim
est un roman qui revisite les lois du genre. S'il n'épuise pas son lecteur, c'est peu dire qu'il le malmène. Il en est souvent réduit au rôle de pantin, ne sachant jamais précisément où on l'entraîne, ni si l'épisode qu'il découvre va le rapprocher de la fin ou le ramener en arrière. Un roman qu'il ne faut sans doute pas prendre exagérément au sérieux, et avec lequel il faut accepter de rire (la farce n'est jamais bien loin), y compris de cette étonnante expérience de lecture."

Diadorim de João Guimarães Rosa
Traduit du brésilien par Maryvonne Lapouge-Pettorelli, 10/18, 640 pages


Le Matricule des anges


mots-clés : #nature
par bix_229
le Mar 20 Déc - 16:20
 
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Sujet: João Guimarães Rosa
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Dan O'Brien

Wild Idea
Editions Au Diable Vauvert

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 Index111

Dan O'Brien est homme à  vivre ses  idées. Il veut rééquilibrer l'écosystème et réparer la chaîne alimentaire brisée. Il veut vivre dans les Grandes Plaines, y réintroduire un troupeau de bisons, rentabilisé par un commerce juste et respectueux. Il y travaille avec sa compagne Jill aussi convaincue et déterminée que lui, mais plus à l'aise avec les concepts de  commerce et de communication. Ils découvrent que certains gros capitaux n'hésitent pas à se « commettre » dans une cause plus productive  de rêves et de satisfaction de l'éthique personnelle que de gros bénéfices. Malgré les écueils, nombreux, personnels ou professionnels, c'est une superbe réussite que cette entreprise de Wild Idea.

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 Inde_x10

A priori très attirée par cette histoire vécue, cet homme qui à sa façon sait dire non tout en se voulant constructif, j'ai été un peu déçue par le livre, comme si Dan O'Brien avait mis  plus de punch dans sa vie que dans son écriture. Il m'a manqué des détails pour mieux réaliser la vie au ranch, et le quotidien du rancher fauconnier et maître des bisons. Cela a donc été lecture intéressée, mais non pas passionnée.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #nature
par topocl
le Mar 20 Déc - 13:44
 
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Sujet: Dan O'Brien
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Göran Tunström

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 51ifms10

Partir en hiver - Inde - Népal

Je me suis laissée bercer par le récit du voyage en hiver de G. Tunström, un récit à la fois spontané et poétique. J’ai dû, pour apprécier ce livre, oublier qu’il y a des bons auteurs indiens qui, de l'intérieur, savent parler de l’Inde. Ce livre n’a rien à voir. Je m'installe pour écouter ce périple que me raconte l’auteur, qui était accompagné de sa femme Lena qui croque les portraits au hasard de leurs rencontres, et de leur fils Linus. Tunström, est présent, là, à côté de moi, pour me conter son voyage.

Je suis charmée par ses descriptions d’oiseaux à hautes pattes ou à grand bec, par ce rhinocéros à l'air féroce qui n'a rien à voir avec celui d'un zoo, ou par son recueillement devant une antilope. Tunström n’hésite pas à faire sans vergogne quelques digressions, et m’emmène tout d’un coup en Egypte, puis plus tard, il se souvient que, en Grèce… digressions qui apportent une lecture paisible, tranquille, on a tout son temps... Et il reprend le fil de la conversation : un peintre qu’il a rencontré, tel ou tel auteur qu’il a lu…, ils lui ont dit que..., ainsi il nous raconte aussi des histoires qu’on lui a raconté, à lui…

Au hasard de son parcours, il décrit les visites des uns chez les autres, les rencontres, pendant que sa femme dessine, ici ou là, il parle aussi de politique, rencontre beaucoup de « camarades ». L’Inde de Tunström c’est le regard porté, de l’extérieur, vers le continent indien, un moment serein. On n'oubliera pas Tunström.


mots-clés : #nature #voyage
par Barcarole
le Lun 19 Déc - 18:38
 
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Sujet: Göran Tunström
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Ernest Hemingway

Arf, on s'était bien amusé avec Le Vieil homme et la mer clown

je reprends mon commentaire d'alors (et on récupère Antigone dans la foulée) :

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 Lion-010

Le vieil homme et la mer

Le vieil homme et la mer, c'est un peu comme Antigone. Avec un côté plus primitif. Prenons les problèmes dans le désordre pour découvrir ce qui grouille derrière cette écriture simple. D'abord on pourrait être tenté de parler de force tellurique pour ce récit qui cherche des racines de l'homme sauf que ça se passe sur la mer, ce n'est pas le même élément, et ce n'est pas une mer déchainée qui engloutie les hommes mais une mer de désolation mais nourricière, un espace de solitude et d'abandon mais aussi de réflexion et source de vie. Ensuite si on poursuit et qu'on s'éloigne de la côte pour se retrouver au milieu de nulle-part et rejetés du temps avec seulement le vieux et le poisson, on les trouves comme unité revendiquée mais indéchiffrable puisque pris dans une lutte qui trouve difficilement son sens, dommageable même, mais inévitable. Pour s'accomplir l'action va à l'encontre de. Et c'est là que viennent l'orgueil, les souvenirs et les mythes. Perdus dans l'immensité de la mer, hors du lieu et hors du temps, très forts mais revenus, rendus à rien ou presque rien, ils n'ont plus d'enjeu, ils n'ont plus que leur réalité. Pas tout à fait une fatalité. Et puis la question des générations, il en manque, le gamin n'est plus tout à fait un gamin mais n'est pas un adulte et le vieux vit encore mais n'est plus un adulte dans la force de l'âge, il s'efface. Pourtant ils se reconnaissent, ils se connaissent et devant cette figure du vieux qui se lutte jusqu'à dépasser le sens de l'accomplissement l'émotion du gamin est riche du signe de cette reconnaissance de cette communion, c'est presque d'une Pietà qu'il s'agit en plaçant de façon poignante cette échange d'inspiration et de transmission, et en rupture avec les âges admis pour l'ancrer plus profondément dans la nature de l'homme. Enfin il y a les lions, le songe, le souvenir, le spectacle de la nature dans toute sa splendeur, un rivage calme en vue et toute la force et la beauté des fauves apaisés, l'image salvatrice qui vient dans le sommeil et hante le vieux. Elle est très belle cette image. Très belle mais pas pour autant résolue, car comment idéaliser ou rendre angélique cette vision de fauve et l'ombre de la chasse sanglante qui vient avec, qui se tisse de très loin avec cette pêche sans réelle fin que son anéantissement qui ne résout rien.

C'est pour ça que j'ai pensé (rapidement en fait) à Antigone (lu que celui de Anouilh) et que par delà le côté taquin de ce rapprochement ça me parle, il y a un acte incontournable entre le juste et le destructeur (côté destructeur ici plus mis en avant), surtout inévitable, porteur de conséquences et de résonances difficiles à détricoter. Et le récit ne serait rien sans le gamin qui veille, qui lui aussi à son petit côté Antigone.Tout ça est dans l'ensemble défait des liens d'une société quelconque avec seulement ce petit village que seuls les touristes peut-être viennent rattacher au monde ne rendant que plus seule la vanité de l'orgueil mais plus grand aussi l'élan tellement solitaire (qui ne peut être que solitaire) du vieux, cet élan qu'il n'est pas possible de dissocier de celui du gamin. Le baseball, les boites de conserves, le langage simple tout ça participe à la beauté de cette fulgurance d'humanité dépouillée. Et même la lenteur, la douceur de cette lutte entre l'homme et le poisson (autre frère peu habituel) contrarie la violence de l'affrontement. Tout comme est contrariée celle du combat contre les requins par la défaite sans solution. Il n'y a plus de victoire et celle de l'homme sur l'homme est très improbable. Je comprends qu'on puisse trouver ça léger avec une langue simple et des symboliques très dessinées mais je me suis pris à la grande humanité du dessein désolé et j'ai beaucoup goûté la retenue et la réserve qui servent à raconter cette folie de grandeur et d'existence. C'est un très beau texte que j'espère bien relire un jour en vo.

mini extrait :

   "J'ai la tête tout ce qu'il y a de claire, pensa-t-il. Trop claire même. Claire comme les étoiles qui sont mes p'tites sœurs. Mais faut tout de même que je dorme. Les étoiles ça dort ; la lune aussi ; et le soleil, alors ? Même l'océan quelques fois il dort, les jours où y a pas de courant et où c'est le calme plat.



mots-clés : #nature
par animal
le Dim 18 Déc - 0:14
 
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William Henry Hudson

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 Captur34

VERTES  DEMEURES


Vertes demeures fut écrit au 19e siècle, traduit en français dans les années 3O, plus ou mois oublié par la suite malgré une réédition en poche
dans la collection Points.

Passionné par la nature et les oiseaux, Hudson bourlingua pandant des années sur le continent latino-américain. Retiré à Londres, il pourra recréer un univers qui l'obséda toujours, et qui est à l'origine de Vertes demeures...

Difficile de parler d'un livre qui est plus une féérie fragile et envoûtante qu'un roman.
Sa fragilité meme, la délicatesse du sujet donnent seulement envie de suggérer ce qu'il est...Suggérer seulement...
En tout cas pas un récit de voyage. Son Amazonie est encore plus délirante que la vraie... Hors du temps et sans points de repères topographiques. Un livre poétique et onirique, qui donne énormément à voir et à imaginer...

Un hommage à la nature et aux rêves qu'ils peuvent créer. Un livre transparent, mélodieux... Etrange. Un livre unique.
Une histoire d'amour fou aussi certainement...
La passion de Hudson pour les oiseaux lui inspira le personnage féminin.
Je n'en dirai pas davantage...
Laissez vous tenter, et passez de l'autre coté du miroir...

Message récupéré


mots-clés : #nature #xixesiecle
par bix_229
le Sam 17 Déc - 17:15
 
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Karel Capek

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 51jlkn10

L'année du jardinier


Originale :  Zahradníkův rok (Tchèque, 1929)
Avec des illustrations de son frère Joseph Čapek

Traduction : Joseph Gagnaire

CONTENU/COMMENTAIRE:
Doublé d'un amoureux passionné de jardins, cet almanach,  Čapek l'a publié en 1929. (…) Sa lecture est foisonnante de poésie et d'émotions. De quoi combler tous les jardiniers expérimentés ou débutants. Car ce n'est pas de conseils qu'il est question ici. Mais bien de sensations, d'odeurs, d'amour des plantes. Dans le jardin de Čapek on ne s'ennuie jamais. Mieux, on s'amuse. L'auteur sait se moquer de lui et donc de nous... Pour preuve : les dessins de son frère qui illustrent malicieusement son propos. De Janvier à Décembre, Čapek nous propose une véritable promenade au paradis. Passionnant.

"Le véritable jardinage ne comporte aucune activité méditative. Čapek, son dernier grand théoricien, savait bien, lui, de quoi il retournait : le vrai jardinier n'est pas celui qui cultive les fleurs, mais celui qui travaille la terre. Les rosiers sont faits pour les dilettantes. Lui n'a d'yeux que pour ce que le profane ne voit pas ; ses secrets sont enfouis dans la composition de son incroyable humus dont il connaît, seul, la formule chimique. Capek sait d'ailleurs reconnaître l'authentique jardinier entre mille, à sa curieuse physionomie. Ordinairement terminé, vers le haut, par son derrière, sa tête, elle, pend quelque part entre les genoux. Et hormis le soir, au moment de l'arrosage, il mesure rarement plus d'un mètre de hauteur…" Joël Jegouzo
(Source : Descriptions du produit, amazon.fr)

REMARQUES :
Le livre consiste de douze chapites, consacrés aux mois de l’année et où l’auteur va parler d’une façon à la fois réaliste, mais avant tout plein d’humour, du jardinier enthousiaste. Là, il prendra en focus le jardinier de fleurs, pas le maraîcher ou le paysan d’arbres fruitiers. Ce sont ses occupations typiques, liées aux saisons, les aventures, souffrances, enthousiasmes qu’il vise. Et bien sûr le narrateur fait lui-même partie de cette étrange tranche spéciale de la population que présente les jardiniers. Donc, se montrer avec un regard d’humour, voir un peu de moquerie, deviendra jamais méchant, mais au contraire un signe d’amour, une grande capacité de pouvoir rire des particularités des jardiniers. Avant ou entre ces chapitres sur les mois, on trouvera encore des chapitres thématiques sur diverses activités.

Donc, pour moi un melange quasi idéale entre une belle capacité d’observation sur le jardinage, certaines activités fort néccessaires un moment donné de l’année (Čapek doit avoir des connaissances bien élaborées sur ce sujet!), ET, d’un autre coté, un si grand sens d’humour et d’autodérision que le tout devient une déclaration d’amour. Et derrière ces deux volets se dessinent discrètement et sans s’imposer même une forme de sagesse !

Les illustrations si simples mais très parlantes du frère de l’auteur, Joseph, augmentent encore le bonheur !

Est-ce qu’il peut y avoir un meilleur cadeau pour soi ou tout amateur du jardinage, drôle, littéraire et profond ? Donc, récommandation spéciale aux jardiniers du monde entier !


mots-clés : #nature
par tom léo
le Ven 16 Déc - 18:12
 
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Sujet: Karel Capek
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Malcolm de Chazal

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 411apl10

Petrusmok
Roman (?) 160 pages environ, en fait Livre I d'un ensemble comprenant, en Livre II, Makoco. L'ensemble "pèse" tout de même ses 470 pages environ.


Publié en 1951 par The Standard Printing Establishment, Port-Louis, Île Maurice, puis seconde édition en 1979 par La Table Ovale, toujours à Port-Louis.
L'édition la plus évidente à trouver aujourd'hui est celle des éditions Léo Scheer de 2004, Petrusmok partage le tome IV des œuvres complètes parues chez cet éditeur avec Makoco.

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 Index2
Le Pouce, Île Maurice

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 Piter-bioty-tete
Pieter Both, Île Maurice

Nouvelle Atlantide où tout part de la pierre, de Chazal, chamanique, se projette à l'origine du monde et Maurice était le continent des Lémuriens, peuplade ou plutôt civilisation exceptionnelle, tout en retombant parfois les pieds sur terre dans son siècle, ce qui lui est fort désagréable. Car de Chazal a dû faire un vrai travail de démiurge.  On note que Petrus signifie la pierre en latin, et Mok se rapporte à la chaîne de montagne centrale de Maurice, et à ses habitants, les Mokiens
Spoiler:
(qui sont, si j'ai bien compris, parfois moqués - un peu simplets, ou nuques-épaisses, si vous voulez - si, si authentique)
.

On le suivra (ou pas) dans ses délires, qui mettent, au centre et à l'origine, le minéral, puis le végétal, et l'accord profond de l'homme avec ceux-ci: attention, je sais bien que dit comme ça, mais non, ce n'est pas un roman crypto-écolo ou à prétention écologique.
Mais c'est une belle, poétique, introspective fresque abondante, fouillée, dans laquelle le lecteur réceptif se verra entraîné, un peu fasciné parfois.

Peut-être, cher Malcolm, eût-il été possible de dire cela en deux centaines de pages de moins, ou davantage ? Allez, je n'insiste pas, je vois parfaitement votre haussement d'épaules.

Non, bien sûr, je ne crois pas qu'il soit possible de travailler littérairement à créer comme un lieu enchanté, n’en retenant que la magie des couleurs et des formes, la puissance de la matière en quelques pages.
Ce regard particulier, le vôtre, associé à une quête spirituelle et mystique intense (et pas seulement fort érudite), possède une puissance incomparable.  

Mais, votre capacité à re-créer un langage, et vos emphases, vos flamboyances, votre distinction (qui est la résultante, je n'en doute pas, de votre constante dans la différence assumée) me taraudent.

Oui, vous ne pouviez pas imaginer nos facilités de lecteurs du XXIème siècle à aller chercher les lieux et les images qui vous inspirèrent ce livre rare, en quelques clics et sans refermer le bouquin. Mais, même avec ces facilités-là: on parvient parfois à ne pas vous suivre.
Vous êtes seul, Malcolm, devant, à une telle distance... et nous...modestes suiveurs, derrière.
Qui vous aime vous suive ?


mots-clés : #nature
par Aventin
le Ven 16 Déc - 17:52
 
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Sujet: Malcolm de Chazal
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Olivier Rolin

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 51bwzn10

Solovki - La Bibliothèque perdue

avec des photos de Jean-Luc Bertini
Original : Französisch, 2014

INTRODUCTION :
Le livre se présente dans un format A-4, légèrement moins large, dans un mélange d'un texte relativement court d'Olivier Rolin et de de photographies de Jean-Luc Bertini. C'était en 2010 que l'écrivain avait été la première fois à Solovki, immédiatement sous le charme de ce lieu magique (comme moi quelques années plus tôt...) Depuis il a revisité cet archipel encore deux fois. Le lieu fait référence, dans la mémoire collective, à une histoire réligieuse très riche de par la présence d'un monastère très influent depuis le debut du XVème siècle, et puis par la transformation de l'île en Goulag dès le début des années 1920. Solovki comptait comme le premier Goulag de la sorte ! Au début de la vie du « lager » une vie culturelle même semblait possible. S'y developpa alors entre autre une bibliothèque par les livres apportés par les prisonniers : intellectuels, politiques selon Rolin, mais j'ajoute : aussi des prêtres et autres. Puis avec les années, le durcissement de la situation et la dissolution du Goulag, la bibliothèque « disparaissait », et on ne savait pas vers où. Travaillant sur le sujet de ladite bibliothèque disparue, Rolin revenait en Mars/Avril 2013 pour faire un documentaire pour ARTE. C'est là que naissaient aussi les photos de Jean-Luc Bertini. Leurs investigations les menaient des Solovki vers Kem, Medvejegorsk et Iertsovo.

REMARQUES :
« A quelque cinq cents kilomètres au nord-est de Saint-Pétersbourg, juste sous le cercle polaire, la mer Blanche est une mer presque fermée, un grand golfe de la mer de Barents. A l'ouest c'est la République de Carélie et la Finlande, au nord la péninsule de Kola avec le port de Mourmansk, à l'est la "ville de l'Archange", Arkhangelsk, au sud, près du port presque abandonné de Belomorsk, le débouché du canal Baltique-mer Blanche, autrefois nommé "Staline", dont le percement, de 1931 à 1933, coûta la vie à des dizaines de milliers de déportés. C'est sur les bords de la mer Blanche, à Severodvinsk, que la Russie construit ses sous-marins nucléaires. Terres de sombres forêts, de lacs glaciaires, terres de sang, bourgades délabrées sous la froide lumière du Nord : il faut aimer les paysages mélancoliques pour se balader, surtout en hiver, sur les rivages de la mer Blanche. »
(extrait du livre...)

Restent pour moir l'impression d'une distance vers ce qu'on décrit, un vrai élan, une energie ne sont pas communiqués malgré le sujet plus qu'intéressant. Comme si Rolin faisait ici encore un ajout au film, une exercise de devoir sans vraie particpation. Un peu endormi ?
Il faut être prêt que le sujet du livre (du texte au moins) est alors plutôt la recherche sur les traces de la bibliothèque, même s'il y manque l'élan. Mais il est étonnant, voir pour moi inconcevable que tout en racontant alors sur les Solovki on fait mention en quelques lignes de l'histoire si riche, la place si unique de la tradition monastique. Comment présenter les Solovki sans aucune photo vraie de la vue d'ensemble du Kremlin tellement impressionnant, image que chacun, aussi les prisonniers des sombres années, ont du connaître en arrivant sur l'île ? Comment parler de coté des prisonniers, seulement d'intellectuels et de prisonniers politiques si on sait combien de croyants y furent tués, massacrés, torturés aussi ? Par ces omissions ce livre perd pour moi un grand part de sa vérité, ou de sa percussion.

Parmi les photos il y en a des superbes, des trouvailles de visages, des vues des alentours dans la neige...(un vrai documentaire devrait aussi tenir compte des différentes saisons de l'année!) . Mais beaucoup ne me parlent pas, ne me disent rien. S'y ajoute le manque de titres, de notes explicatives : comme ces photos sont prises aussi sur le chemin des investigations, on ne sait pas où est-ce qu'on se trouve.

Donc, l'impression générale : une certaine vue reductrice et la conviction qu'on aurait pu faire plus. Une occasion ratée pour un sujet extraordinaire dans un lieu magique.
mots-clés : #nature #regimeautoritaire #religion
par tom léo
le Mar 13 Déc - 22:04
 
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Sujet: Olivier Rolin
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Mark Spragg

Mark Spragg
Né en 1952

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 Spragg10


Mark Spragg (né en 1952) est un écrivain américain. Il est l'auteur de trois romans et un livre de fiction, la plupart du temps fixés dans le Wyoming , où il a grandi.

Mark Spragg a grandi sur le Sabres Ranch Crossed, un ranch du Wyoming huit miles à l' est du parc national de Yellowstone. Il est diplômé de l' Université du Wyoming à Laramie en 1974, avec une majeure en anglais. Il a travaillé sur une plate-forme pétrolière, shoed chevaux, et a mené des voyages d'emballage pour soutenir son écriture.

En 1999 , il a publié un mémoire, Where Rivers changer de direction, de son enfance inhabituelle, avec pas de télévision ou de radio , mais entouré par de vastes étendues de beauté en plein air robuste. Le livre a reçu des critiques étoilés Publishers Weekly et Library Journal,  et a gagné les montagnes 2000 et Plains Booksellers Award pour Nonfiction.

Spragg plus tard , a publié les romans Le Fruit of Stone, An Unfinished Life, and Bone feu. Il a également co-écrit le scénario à An Unfinished Life avec sa femme, Virginia Korus Spragg.

Il vit avec sa femme, Virginia, dans le Wyoming.

(wikipedia)


traduits en français

2005 Là où les rivières se séparent.
2005 Une vie inachevée
2007 Le fruit de la trahison
2012 De flammes et d'argile





Là où les rivières se séparent

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 Riv1010

Ce récit autobiographique nous emmène dans le Wyoming,  où la violence du vent  déshabille même les âmes, où les chevaux ont la priorité, où l’auteur a passé  son enfance, son adolescence et peut-être y vit-il encore.

Ce récit est pour la plus grande part l’initiation de l’enfant  à la vie, une dure vie comme peut l’être  celle dans un ranch,  le plus grand ranch de la région ; région sauvage où grondent les rivières et les ours, où la Nature ne pardonne pas les erreurs.

Outre ses parents,  l’enfant est l’employé du père, au même titre que les autres  et de même traité,  certains de ses compagnons de travail, ont  inculqué  à l’enfant, puis à l’adolescent  des valeurs essentielles à la formation de l’Homme.

La vie au ranch est de sobriété, de travail, mais combien  l’amour que porte l’enfant aux chevaux est palpable.

Le narrateur  aime la solitude, il le prouvera d’ailleurs dans l’isolement en montagne tout un hiver rigoureux (moins 35°)mais c’est là qu’il commencera l’écriture.

Le dernier chapitre est plus intime encore,  il reconnait, dénonce parfois, l’homme qu’il est devenu, raconte la fin de sa mère.


Une belle écriture passionnée qui porte le récit, les contemplations de l’auteur sont poétiques, les  descriptions physionomiques , le langage confortent la lucidité de son regard.
L’auteur manie l’écriture comme un bel outil utile qui fait du bon travail.
Me voilà à court de mots, parfois je me dis que je ne mérite pas le plaisir donné par une lecture !

Ces extraits vous convaincront certainement
« Je me sentais mieux que le garçon qui s’était endormi la veille. Je me sentais plus vieux que le garçon qui avait failli tuer son cheval. »

« Socks lèche le col de ma veste en jean. Son souffle chaud et humide sur mon cou. C’est la première fois que je suis amené à tirer des conclusions sur la chasse. Par le passé, les chevaux que nous avons utilisés comme appâts n’étaient plus bon à rien, ils avaient perdu leurs dents, ils étaient prêts à mourir. Je n’ai encore jamais associé le chagrin à notre entreprise familiale. »


« On n’a pas si souvent l’occasion d’être ensemble, dit-il.
- On travaille ensemble
- Quand on travaille ensemble je suis ton patron.
- Qu’est-ce que tu es en ce moment ?
- Je suis ton père. Il se tourne vers moi avec un demi-sourire. « Fais donc un peu attention aujourd’hui, et tu verras s’il y a une différence. »

« Je monte dans la montagne le lendemain matin. L’automne tient bon, les journées sont chaudes, les nuits sont fraîches, les arbres commencent à changer de couleur, leurs feuilles arrivées à maturité se teignent de jaune, d’or et de roux.
Je me gare à côté de la maison, je descends de moto et je n’en crois pas ma chance.On dirait que je suis au-dessus du monde, au-dessus de toute activité. L’air est bleu comme du lapis-lazuli. Il pâlira et prendra  la couleur du givre dans quelques courts mois. »

« Je me plie à la taille par-dessus les deux serpents. Leurs yeux exigent chacun de mes mouvements. La femelle se glisse contre son mâle blessé et je voudrais que le fossé soit assez profond pour cacher ma honte. Je dis piteusement à la femelle que je n’ai pas sauvé le mâle, que je n’ai pas mis fin à ses douleurs, parce que je ne croyais pas pouvoir le faire. »

"Elle se sentira absolument seule au monde, unique dans son malheur. Je ne serai pas assez fort pour absorber tout le démon de sa souffrance. J' essayerai, mais je serais battu, le démon retournera en elle et grognera comme un chien méchant qui protège sa maîtresse. Mon amour pour elle ne semblera pas suffisant."


mots-clés : #nature #initiatique
par Bédoulène
le Lun 12 Déc - 19:10
 
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Edward Abbey

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Désert solitaire

Difficile de sortir de ce territoire au propre comme au figuré. L'auteur nous raconte une saison passée en tant que Ranger dans la région des Arches et avec les histoires qui s'y sont déroulées le lecteur comprend la beauté et la cruauté de cette région qu' Abbey aime passionnément, à la folie car oui, il l'avoue pour vivre là il faut être fou !

De la plus petite fleur au plus imposant rocher, des empreintes de lapin à la plume des vautours, du filet d'eau à la rivière qui gronde, du nuage blanc à l'orage violet tout l'émeut et le lecteur avec.

L'auteur a souvent un ton sarcastique, voire caustique quand il dénonce les abus de la civilisation( "syphillisation" comme la nomme l'un de ses amis )le viol, la destruction de la Nature en général et plus précisément les USA et "sa région" de Moab. Mais combien en apporte-t-il les preuves hélas !

Nous sommes tous responsables, ceux qui polluent et veulent asservir les lieux comme ceux qui les ignorent, qui n'en voit pas la beauté et la fragilité, avides de progrès, de confort, oublieux de l'esprit des pionniers qui ont su, eux, s'adapter à notre Terre.

"Ce qui nous amène au dernier aspect du tourisme industriel : les touristes industriels eux-mêmes."

Ces touristes industriels, victimes inconscientes, incapables de quitter leur véhicule, leur téléphone etc............... Ne savent-ils plus voir, écouter, marcher ?

Avec la descente de la rivière le sort de la région apparaît de manière inéluctable, du bonheur que les 2 hommes ont au départ au dernier regard qu'ils laissent sur ce qui ne sera bientôt plus. C'est la vision la plus réaliste de la destruction de ce lieu.

L'écriture est poétique, vivante ; j'aime beaucoup que les noms des fleurs soient cités sous leur appellation scientifique ce qui engendre plus de mystère, son amour de la Nature transpire de toutes ses pores dans ce récit.

Par contre je n'ai pas apprécié : ce qu'il dit sur le bétail lorsqu'il aide le vieux Roy "la vache ne voulait pas se relever ; elle préférait l'ombre. Je lui donnait des coups de gourdin et des coups de pied dans les côtes et tirai brusquement sa queue."

Egalement il parle aussi de donner les chiens domestiques comme nourriture aux coyotes.

J'ai le sentiment que tout ce qui est "apprivoisé" ne mérite pas son attention.

Pas compris non plus qu'il avoue, alors qu'il est avec des amis étudiants, lancer un vieux pneu dans le canyon.

A-t-il ramassé, les déchets (laissés apparament par des visiteurs) qu'il découvre à la fin de la descente du canyon ? Il ne le note pas.

Cette lecture a été émouvante, m'a fait souffrir (je m'imaginais moi qui craint la chaleur dans ce Paradis) ; combien j'aurais aimé avoir le souffle coupé au bord des ravins, entendre ce silence et voir le coucher et le lever du soleil.

Bref, un beau voyage, utile, qui pose des questions et je me sens coupable aussi car quand je vois les lacs artificiels de ma région, je me dis : que c'est beau !
J'ai une mauvaise excuse je n'ai pas vu l'avant" seulement l'après".

Extraits

"Je m'allongeais dans l'antre du coyote, fis de mon bras un oreiller pour ma tête et souffris, toute la longue, longue nuit, de l'humidité, du froid, de courbatures, de la faim. J'étais très malheureux. Je fis des cauchemars claustrophobiques. Ce fut une des plus heureuses nuits de ma vie."

"Si nécessaire, nous sommes d'accord là-dessus, un homme pourrait passer sa vie dans cet endroit une fois qu'il aurait adapté son système nerveux au calme terrifiant, à la tranquilité redoutable. Le silence - je veux dire pas là non pas l'absence totale de bruit, car le fleuve et ses canyons sont animés d'une musique naturelle, mais plutôt l'absence totale de confusion et de clameurs - c'est ça qui serait le problème. Ce que Churchill appelait "la foutue paix", pourrions-nous le supporter très longtemps ? Mais aussi, après avoir connu cela, comment pourrions-nous jamais retourner à ce que nous avons quitté ?"

"Mais l'amour du monde sauvage est plus qu'un appétit de ce qui est toujours hors d'atteinte ; c'est aussi une expression de loyauté à la terre, la terre qui nous a portés et nous soutient, le seul pays que nous connaîtrons jamais, le seul paradis dont nous ayons besoin - si seulement nous avions des yeux pour voir. Le pêché originel, c'est la destruction aveugle, par cupidité, de ce paradis naturel qui nous entoure - si seulement nous en étions dignes."

" Cette fantaisie minitieusement dépeinte d'un royaume au-delà du temps et de l'espace, qu' Aristote et les pères de l'Eglise ont essayé de nous refiler, ne suscite, de nos jours, qu'inattention et indifférence, tombant dans l'oubli qu'elle mérite si amplement, alors que le Paradis dont je parle, et que je veux glorifier, est toujours avec nous : l'ici et le maintenant, la terre actuelle, tangible, dogmatiquement réelle sur laquelle nous sommes."
je reviens car je voudrais ajouter que je suis d'accord avec ce que je considère comme une conclusion :

"L'équilibre, voilà le secret. L'extrémisme modéré. le meilleur des deux mondes. A la différence de Thoreau qui exigeait un monde à la fois, j'essai de tirer le meilleur parti des deux."

Il parle bien sur du monde Sauvage et du monde "apprivoisé" industriel.

L'auteur cite aussi d'autres écrivains qui selon lui ont apporté de leur connaissance dans leurs livres ; j'aime bien noter les références qui sont données par l'auteur d'un livre que j'ai aimé et lire ce qui est donné en exemple (c'était d'ailleurs de très bonnes lectures)


mots-clés : #nature
par Bédoulène
le Sam 10 Déc - 17:38
 
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Henri Bosco

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Le mas Théotime

C’est tellement de sentiments, d’émotions, la lecture de ce livre, mais c’est avant tout un grand amour pour la Terre et tout ce qu’elle offre à l’être humain ; Terre nourriture du corps mais aussi de l’âme.
Sortant de ma lecture de Simone Weil, j’ai retrouvé dans ce livre sa pensée :  le salut par le travail, le travail salvateur de la Terre et qui conduit vers  la sérénité, la pureté  et plus, vers Dieu.
« Or dans la solitude des champs, des bois et des collines, si quelque aliment pur ne nous soutient, il peut nous arriver d’abandonner, sans le savoir, l’exercice des facultés humaines et de perdre le sentiment et la jouissance des biens intérieurs. Ce sont de vieux biens, depuis longtemps déposés en nous par la patiente communauté des hommes, et qu’ ils nous ont légués pour nous permettre justement de passer sur la terre, sans trop de terreur ni de désespoir. Quand nous les perdons, il ne nous reste plus que notre chair à opposer au monde, et nous savons trop le peu qu’elle pèse. »
« Le travail qui nous occupait du matin au soir, rudement, maintint notre souci commun dans les lieux solides et sains de l’âme. »

« Ils savaient simplement de père en fils, que ces grands actes agricoles sont réglés par le passage des saisons ; et que les saisons relèvent de Dieu. En respectant leur majesté,  ils se sont accordés à la pensée du monde, et ainsi ils ont été justes, religieux. »


Mais comme l’Homme et la Femme  ne sont que des humains ils ont aussi des bonheurs et des malheurs terrestres ; l’amour en est un. Celui qui unit Geneviève et Pascal est malheur par la force de leur cœur sauvage, et bonheur  quand ils comprennent et acceptent qu’il ne vive que dans leur âme,  en le consommant ils le perdraient.

Il y a beaucoup de respect et d’amitié dans les relations entre Pascal et les Alibert, cette famille représente avec honneur la vie de l’homme de la terre,  celui qui  sait s’en faire une alliée.  Le lecteur sent  dans les mots de l’auteur tout le respect que lui-même accorde à ces paysans :
« Elle respirait le bonheur. Et de la voir ainsi je me sentais heureux, parce qu’elle  était grande, belle, et qu’elle marchait près de moi, avec la confiance, à pas lents, comme une vraie femme de la terre. »

Quand Clodius est assassiné à la lecture du testament Pascal découvre la justesse avec laquelle le disparu  l’a jugé puisqu’il lui lègue tout ses biens, à lui alors que tant de haine les  a fait ennemis, mais dont le même sang coule dans les  veines ; c’est avec humilité et honneur qu’il acceptera les devoirs qui y sont rattachés.

« Dans la pièce il y avait Clodius, et il était vivant. On venait d’entendre sa voix, dure, ironique, mais mâle et d’une sorte de grandeur qui nous dominait, même moi, qui l’avais haï, et qui savais pourtant ce que peut inspirer un cœur sauvage. Du mien, une sorte d’amour aussi farouche partait vers lui, et je me disais, tout en moi, avec un orgueil chaud et sombre, que c’était mon sang qui venait de parler. »

Difficile de comprendre, à part au premier abord, dans les premières minutes où Pascal comprend que celui qu’il abrite est l’assassin, la raison de la non-dénonciation.  C’est qu’il ne faut pas oublier l’hospitalité dû à celui qui la réclame, l’asile en quelque sorte.

« Le sens de l’hospitalité l’avait emporté sur le sens moral. »

Quel désarroi ensuite pour Pascal lorsqu’il comprend qu’il se trouve complice de cet homme, mais Théotime le sauve de  l’acte vil, la dénonciation qu’il s’apprête à faire alors que la décision de Geneviève le bouleverse  et qu’il comprend que la séparation est définitive :

« Je fis un pas ; mais, quoique je n’eusse pas honte , tant je brûlais de douleur et de jalousie, je fus arrêté. Une brise m’avait apporté une odeur de fumée que je connaissais bien. Il était six heures, et Marthe venait d’allumer du feu à Théotime pour mon déjeuner du matin.  Malgré moi je me retournais pour regarder ma maison. »

Geneviève qui vivra désormais dans la sérénité qu’offre la piété, donne à Pascal un dernier gage d’amour, en lui offrant l’Ermitage de St-Jean, en tant que Maître il redonnera vit à la fête de Noël « le feu des bergers ».
Pascal vivra ses obligations envers la Terre, ses gens, Théotime  dans la solitude, le respect et l’amitié des Alibert,  avec l’apport de tous les » Vieux  Biens » légués par ses ancêtres.

Une lecture qui illumine, qui apporte la sérénité, les bienfaits de la Terre et un espoir en et pour  l’Homme.
Beaucoup de poésie dans les mots, l’auteur  fouille au plus secret des cœurs et des âmes, n’en cache pas la noirceur mais sait en élever aussi le meilleur.

l'Ermitage de St-Jean du Puy à l'heure d'aujourd'hui

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 Img_2013



mots-clés : #education #famille #initiatique #insularite #nature #ruralité #vengeance

_________________
Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
par Bédoulène
le Sam 10 Déc - 17:09
 
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Sujet: Henri Bosco
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Edward Abbey

Le feu sur la montagne

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 41ymi510

  A chaque fois, je regardais, fasciné, ce paysage mort comme la lune et je me demandais : qu'est ce qu'il y a là-bas? Et à chaque fois je répondais : il y a quelque chose là-bas – peut-être tout. Le désert m'apparaissait comme une sorte de Paradis. Aujourd'hui encore. Toujours


Cc'est l’histoire d'un vieux ronchon retiré dans son ranch, qui est toute sa vie et celle de ses ancêtres, un ranch que son grand-père a arraché jadis aux Indiens. Un homme qui se ressource jour après jour à la nature, qui vit de son contact avec les bêtes, un amoureux-fou du désert. Et que l'armée américaine veut déloger.
Et avec tout ce que cela implique de fureur et de folie, il résiste. Il résiste jusqu’au bout, on s'en doute depuis  le début. Boutefeu déchirant et enragé, roi déchu de son royaume, fidèle jusqu'au bout du bout.

Et, à côté de lui, il y a Billy, son petit fils de 12 ans, enfant aimé et aimant, son portrait tout craché,– qui raconte, avec la pureté et intransigeance de l'enfance -,  et Lee, l'ami de toujours, qui comprend tout, qui sait tout. Car, sous cette chaleur accablante, la filiation et l’amitié, sont avec son ranch les valeurs cruciales que John vénère.

Si Abbey nous livre une histoire d'une simplicité biblique, elle ne tombe jamais dans la caricature et le manichéisme. Il nous offre  au contraire des portraits d’hommes forts, touchants, déchirés et déchirants (oui, il faut bien dire que l'unique femme fait la vaisselle) dans un livre qui est d'une grande tristesse, car ils perdent ; mais est-ce si sûr ? Car ils ont lutté, et ils se sont aimés. Et un garçon gardera cela comme une force en son cœur, il apprend que nous vivons dans un monde dur, où on ne peut avoir tout ce qu'on veut, mais où un petit-fils peut aider son grand-père à garder sa fierté.
La prose est d'une simplicité magnifique pour exprimer cette communion magique avec la nature, la complicité avec les chevaux, la splendeur colorée des paysages désertiques.

Il y a du Vieil homme et la mer dans ce bouquin, une espèce de sobriété pleine de panache, l'enfant, le lion, les éléments à la fois hostiles et hospitaliers, le sens d'une vie, le dernier combat.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #nature
par topocl
le Sam 10 Déc - 16:57
 
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Sarah Hall

Je vois que comme moi, Nadine, ton enthousiasme est tempéré.

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 51rhb310

La frontière du loup


Sans parler de grand livre, j'ai pris plaisir à lire La frontière du loup, malgré quelques incohérences psychologiques, et une fin séduisante mais rocambolesque.

C'est sans doute en partie dû à  ce thème fascinant , à  la fois fou et raisonnable, de la réintroduction du loup dans des territoires qu'il a abandonnés. Mais aussi au style très personnel , concentré et étudié, mêlant action et lenteur, qui donne une vie extraordinaire à ces paysages de la Combrie (région anglaise frontalière de l'Écosse), à leur évolution au fil des saisons, et de leur puissante emprise sur les personnages. On  y découvre aussi un personnage de femme indépendante à qui la mort de sa mère, l'enfant qui naît, le retour pays natal permettent  de passer le cap d'une existence plus partagée.

À tous les niveaux : le territoire, l'espèce lupine, la société des humains, épanouissement de l'individu, il est question de la complexe frontière entre le sauvage et l'  apprivoisé


mots-clés : #nature
par topocl
le Sam 10 Déc - 16:15
 
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Lance Weller

Wilderness


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Fatigué, malade, désespéré de souvenirs, le vieil Abel se met en marche avec son chien Buster, au crépuscule de sa vie. Lance Weller raconte sa longue marche et entrecoupe ce récit de l’histoire de cet  ancien soldat sudiste de la Guerre de Sécession. Les péripéties qu’il rencontre au fil de son voyage, où il croise des hommes bons et de fieffés coquins, montrent que, si la guerre a changé les textes, elle n’a pas changé tous les hommes.
En parallèle à ce parcours, en chapitres alternés, Lance Weller rapporte la bataille de Wilderness, l’une des batailles les plus meurtrières de cette guerre, et c’est un récit de guerre passionant à la fois instructif et bouleversant . Abel, marqué à vie par ces atrocités, en est  aussi changé dans son cœur,

Ce que je retiendrai (peut-être ) de ce livre, c’est, au sein d ‘une telle violence, la douceur rude des relations entre certains individus, le compagnonnage d’un homme avec son chien. C’est aussi la nature, personnage premier du roman face à la dureté des hommes. Une nature sauvage et somptueuse, alternativement hostile et salvatrice, à laquelle les hommes se mêlent intimement, qui les emplit, les nourrit, les fait rêver, par ses bruits, ses couleurs, ses lumières. Ah ! les lumières et leurs changements, c’est époustouflant. J’ai retrouvé souvent l’émotion étrange et la poésie douloureuse du Dormeur du val.

Il y a là une émotion troublante, qui monte peu à peu et s’épanouit dans une fin d’un lyrisme magique, l’histoire d’une humanité retrouvée. Car comme Abel dans sa solitude assumée, nous nous raccrochons aux mains tendues pour ne pas sombrer dans le désespoir d’un monde terrifiant.


 
wikipedia a écrit:  La bataille de la Wilderness est une bataille de la guerre de Sécession qui se déroula du 5 au 6 mai 1864 entre les armées du général nordiste Ulysses S. Grant et celle du général sudiste Robert E. Lee

   Lors de l'hiver 1863-1864 les armées nordiste et sudiste avaient hiverné à quelques kilomètres de distance, séparées seulement par la Rapidan river. Dès le retour du printemps, le général Grant avait tenté sans succès de déloger Lee de ses positions, mais ce dernier savait que le but du général nordiste était de l'entraîner dans la Wilderness, une zone forestière sombre et dense de 180 km², déjà théâtre de furieux combats lors de la bataille de Chancellorsville un an plus tôt. Lee laissa les fédéraux traverser la Rapidan River pour pouvoir les attaquer de flanc alors que les nordistes passeraient dans la Wilderness. C'est ainsi que le 5 mai les avants gardes des deux armées se rencontrèrent. À la fin de la bataille, les deux armées n'ont ni progressé ni reculé. Mais pour la première fois depuis le début de la guerre, un général nordiste, malgré de lourdes pertes (17 000 nordistes et 10 000 sudistes), ne bat pas en retraite et se prépare à mener une autre bataille.

   La nature du champ de bataille — une forêt — fut la cause de tirs fratricides fréquents. De nombreux incendies furent fatals aux blessés qui n'étaient plus en état de se déplacer.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #nature #guerre
par topocl
le Sam 10 Déc - 11:11
 
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John Vaillant

L'Arbre d'or

Tag nature sur Des Choses à lire - Page 7 Index119

Les îles de la Reine Charlotte, battues par les pluies du Pacifique Nord, s’étendent au large de la Colombie Britannique. Les autochtones sont les Haïdas, un peuple fier de ses légendes fondatrices et de ses totems. Après avoir anihilé les colonies de loutres de mer dans le juteux commerce des peaux, les Anglo-Amériacains se sont ensuite  intéressés aux forêts, d'immenses forêts qui ne sont que la continuité de la forêt primaire qui recouvrait toute la côte ouest de l'Amérique du Nord. Le bois, c'est de l'énergie, , c'est le premier matériau des bateaux, d'où la puissance, et c'est aussi le confort. C'est une matière première multi-usages, qui a déjà justifié l'élimination de toutes les grandes forêts européennes, mais ici, les paysages sont si géants qu'on veut bien croire qu'elle sera inépuisable.


   La question qui occupait les esprits n'était pas de savoir comment préserver ou gérer la forêt, mais comment s'en rendre maître, accomplir le « destin manifeste » et transformer cette étendue infinie d'arbres et cette terre en quelque chose de productif.


A la suite des colons, les Haïdas eux-mêmes ont ainsi mis le premier doigt dans l'engrenage du commerce, du capitalisme,  de l'acculturation et de la dévastation forestière.

Au sein des coupes claires qui ont décimé ces forêts, les Compagnies d'exploitation forestière ont eu le bon goût d'épargner quelques zones symboliquement protégées, quelques arbres prototypiques, et, parmi eux, L'Arbre d'or, un épicea de Sitka vieux de trois cent ans, haut de 50 mètres, un arbre géant, mutant aux aiguilles d'or, quasi unique, porteur, à travers de nombreuses légendes en lien avec la fondation du monde, de toute l'âme du peuple Haïda.

Dans ces forêts à la fois fascinantes et inhospitalières travaillent des hommes rudes, totalement investis à leur tâche, de grands amoureux de la nature. Parmi eux, au fil du temps , un certain nombre comprend qu'exercer ce métier, c'est détruire un monde magique, renier ses racines, courir à sa perte, spolier la génération de ses enfants.

   «  Huit cents ans pour pousser et vingt cinq minutes pour être mis à terre, comme le résume un ancien bûcheron de Colombie Britannique. C'est triste, mais c'est un gagne-pain. »



Parmi eux, Grant Hadwin, figure sauvage et dévastée dont la destinée va croiser dramatiquement celle de l'Arbre d'Or.


A travers l'histoire de Grant Hadwin et de l'Arbre d'or, John Vaillant nous transmet un savoir encyclopédique, tout à la fois géographique, historique,  botanique, anthropologique et un questionnement écologique terrifiant.
La destruction des paysages et des écosystèmes, soigneusement organisée par les Compagnies forestières dévastatrices,  se développe en parallèle avec l'extinction progressive du peuple Haïda, dont seuls 30 individus parlent encore la langue.

Formidable conteur qui a récolté des dizaines de témoignages et de lectures, John Vaillant explore avec consternation ces exactions et leurs conséquences. Il accuse mais plaide aussi  coupable : à son échelle n'adopte-il pas (et n'adoptons nous pas tous) le même mode  de fonctionnement en consommant sans réflexion au quotidien vite et pas cher ?
Et si une note optimiste conclue le livre (regroupement du peuple Haïda pour défendre ses droits et retrouver ses traditions, bouturages des arbres rares, reforestation) n'est-il pas déjà trop tard ?

L'Arbre d'or est un livre tout à la fois érudit et limpide, un livre militant aussi, qui plaira tant aux amateurs d'Histoire qu'aux amoureux de la nature ou des peuples anciens, mais aussi à tous les lecteurs qui aiment les livres-chocs qu'on parcourt sans reprendre son souffle car

Laissez-moi vous dire une chose à propos d'histoires[dit-il]
Elles ne servent pas qu'à divertir.
Ne croyez pas ça.
Elles sont tout ce que nous possédons, voyez-vous,
Tout ce que nous avons pour nous battre
Contre la maladie et la mort.

Leslie Marmon Silko, «  Cérémonie », citée par John Vaillant



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #minoriteethnique #nature
par topocl
le Sam 10 Déc - 10:56
 
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Sujet: John Vaillant
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John Vaillant

Le tigre
Une histoire de survie dans la taïga


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Le tigre, objet de toutes les hallucinations, mélange de noblesse et de cruauté.

   Pour qui suit la trace d'un tigre, il n'existe qu'une certitude : tôt ou tard, elle vous mènera à l'animal, sauf si vous a trouvé avant.



Nous sommes dans le Primorié, à la frontière sino-russe, au delà du bout du Transibérien. Un lieu où, il n'y a pas si longtemps, Moscou expatriait ses opposants (ou soi-disant elle) dans des camps.

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Là, au sein de la taïga ,vivent des hommes, dans des conditions effroyables, et un demi millier de tigres gigantesques, adulés autant que redoutés, dont l’aura confine à la divinité. Les croyances et l'expérience apprennent que les deux espèces sont capables de vivre en bonne intelligence, tant que l’une ne franchit pas les limites accordées par l'autre.

C'est ce qui se passe lorsque, le 7 décembre 1997, on découvre le corps d'un braconnier, déchiqueté et dévoré par une tigresse. Iouri Trouch, et son équipe, « l'inspection Tigre », un organisme chargé de la surveillance du territoire et de la protection du tigre, entreprend une enquête, puis une traque, à la recherche du tigre mangeur d'hommes.

On suit  ces hommes, chasseurs ou anciens soldats, ainsi que les habitants de Sobolonié, braconniers pour la plupart : leurs actes, leurs croyances, leurs peurs, leurs positions divergentes vis-à-vis de l'écologie, de la protection du tigre. C'est  une aventure vivanteet passionnante,  qu’on n’ a pas envie de lâcher une minute.

John Vaillant en profite pour nous livrer des considérations/informations économiques, géopolitiques, historiques, anthropologiques sur cette zone de vie abandonnée de tous, et des données zoologiques, éthologiques, écologique, sur  les tigres, les prédateurs et les écosystèmes. C’est très instructif et le plus souvent très intéressant, même si cela casse au début un peu le rythme du récit, qui reprend ses droits dans la 2e partie.

Au total, une lecture  passionnante, mêlant réflexion et roman d'aventure, un plaidoyer pour les tigres et l'écologie.


   L'idée que les animaux aient pu nous enseigner la lecture peut paraître aberrante, mais écouter des chasseurs expérimentés analyser les signes laissés par un tigre n'est guère différent d'écouter un étudiant en littérature décortiquer une nouvelle.Dans les deux cas, l'exercice consiste à interpréter d'infimes détails, jusqu'au positionnement et aux altérations de certains éléments afin d'en dégager un thème, un substrat, une trame narrative.De même un jeu d'empreintes peut posséder ses propres accents, ses signes diacritiques qui permettent de lire une intention dans la marque d'un pas. Sur une piste empruntée par le gibier, comme dans un roman de Tolstoï, il arrive que plusieurs personnages et plusieurs intrigues s'entremêlent avec une subtilité, un pathos et un tension dramatique palpitants. Déchiffrer ces palimpsestes peut s'avérer plus ardu que de lire les lettres aux lignes entrecroisées de l'époque victorienne et les récits qu'ils racontent sont parfois plus difficiles à suivre que l’œuvre expérimentale la plus hermétique.



(commentaire rapatrié)


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par topocl
le Sam 10 Déc - 10:54
 
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Wallace Stegner

La vie obstinée

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Je viens de finir La Vie Obstinée, ayant lu Vue cavalière il y a quelques semaines. Je les lis donc à l’envers par rapport à la chronologie.

Je trouve que dans ce livre Wallace Stegner exprime une vision de la vie totalement désespérée et tragique . Joe Allston s’est retiré au fin fond d’un vallon idyllique de la Californie. Ses descriptions de son refuge bucolique sont stupéfiantes, la nature est pour lui l’échappatoire, il fuit un monde qu’il ne reconnaît plus, où ses valeurs n’ont plus cout et qui le blesse douloureusement.. Mais là encore parasites, rongeurs et maladies altèrent la beauté et la pureté de ce qu’il aime.

D’autres font les mêmes choix d’exil campagnard pour des raisons diverses. Jim Peck le jeune beatnik arrogant et utopiste, aux idéaux pesants, est la réincarnation du fils que Joe a perdu trois ans auparavant sans jamais le comprendre, et réveille les douleur qu’il avait voulu fuir dans cet exil. La confrontation est saignante et douloureuse. Marian, une jeune femme lumineuse, se réfugie ici pour vivre au mieux les derniers mois que lui accorde son cancer.

Il met en elle tous ses espoirs : en Marian, la fille qu’il n’a pas eue ,si ouverte , si proche de la vie et de l’amour joyeux, sui profonde. Il compte sur elle pour l’aider à enfin sortir de son pessimisme ronchon. Seulement c’est Marian qui le quitte en premier avec une dignité somptueuse jusque dans ses derniers instants (on pense au personnage de la jeune femme dans D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère). Et oui…les meilleurs s’en vont les premiers et Joe replonge dans son désespoir de misanthrope. Il a cependant l’impression que Marian a ouvert une porte en lui.

C’est Joe qui raconte rétrospectivement ces quelques mois de sa vie, en même temps heureux et douloureux, il le fait avec un recul certain, il voit bien qu’il n’a pas fait les bons choix , que c’est du côté de le joie qu’est la solution, pas du ronchonnage conservateur, mais il ne peut s’en défaire pour autant Il se sent du côté des perdants de la vie, il n’analyse avec une certaine complaisance , mais aussi une grand ironie :

« Recalé en sympathie, j’ai eu à peine menton passable en stoïcisme. En revanche, j’ai décroché le premier prix d’ironie – cette calamité, cette escampette, cette cuirasse, ce moyen de rester planqué tout en jouant les esprits forts. Cuisante leçon que j’ai apprise, si tant est que je l’ai retenue »


Joe Allston est finalement fondamentalement antipathique , mais complètement sympathique et émouvant Un homme avec toutes ses contradictions et ses questionnements, dans un grand aveu de faiblesse et de désespérance
Très attachant, un homme qui s’en sort mal avec la vie, et se repose sur sa douce femme compréhensive, et son coin de vallon verdoyant.

Reste le style enchanteur de Wallace Stegner, alliant humour et tendresse pour ses personnages, qui prend toute son ampleur dans une dernière partie.


(commentaire rapatrié)


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par topocl
le Sam 10 Déc - 10:24
 
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Mario Rigoni Stern

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L'histoire de Toenle/Storia di Toenle

Quelle vie Rigoni Stern nous décrit ici ! Et ce Toenle Bintarn a en plus vraiment vecu, et le livre n'est pas juste pure fiction. Il parle de cette région du haut plateau d'Asagio, la capitale des « Sept communes » dans la region de Vénise, un îlot d'une culture minoritaire, les Cimbres. La Grande Histoire et l'histoire personnelle de Toenle sont intimement liées dans cette région théoriquemment si isolée : Toenle y est né dans les années 30 du XIXème siècle quand cela appartenait à l'Autriche. Il servira sous l'empereur François-Josephe. Dans le cadre du Risorgimento la zone deviendra italienne. Ayant blessé un douanier lors d'un passage clandestin de la frontière avec des affaires, il doit dèsormais vivre caché : Avec le début du printemps il travarse toute l'Empire austro-hingroise, de la Galicie et la Hongrie jusqu'à la frontière russe, travaillant dans les mines, comme vendeur, chez des paysans ou des traffiquants… Mais à l'approche de l'hiver, donnant une sécurité relative dans sa patrie si isolée, il revient à la maison, retrouvant sa femme, ses enfants, et souvent un nouveau-né. Et les péripéties continuent jusqu'à un âge avancé...

Toenle va jamais être dupe face aux guerres et conflits; il en a vu des choses! Peut-être on retient les descriptions de la nature, si fortes chez l'auteur: elles vous restent, vous marquent à la lecture. Il y a qualeque chose de si authentique, de vrai. Mais sans difficultés on peut aussi discerner une bonne dose de critique envers la societé.

Souvent Rigoni Stern ne fait qu'effleurer un imae, un sujet. Là où d'autres auraient fait des descriptions sans fin, il brosse un portrait d'un homme originale, avec quelques coups de pinceau.

Quel auteur attachant, à recommander sans modération.


mots-clés : #historique #nature
par tom léo
le Jeu 8 Déc - 22:16
 
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Sujet: Mario Rigoni Stern
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