Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 8 Déc - 14:22

50 résultats trouvés pour amitié

Jean-Philippe Domecq

L'amie, la mort, le fils

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Anne de Fourmentelle, psychanalyste, philosophe, écrivain, femme -phare de son cercle d'amis, est morte sur la plage, après avoir sauvé de la noyades les enfants-adolescents de ceux-ci. Jean-Philippe Domecq, lui-même écrivain, est de ceux là, son fils doit la vie à cette amie si chère.

Il n'a trouvé d'autre voix que d'écrire les instants, l'émotion, le chagrin qui ont marqué les quelques semaines  allant du moment où il a été prévenu, où il a assisté avec les autres aux derniers instants sur la plage, puis intimement vécu ce choc après lequel rien ne sera plus jamais pareil.

Il y a les faits dont la précision rattachent à la vie, qui, implacable, continue, et une émotion, une pensée,  un cri, face à ce cataclysme qui bouleverse un petit microcosme. Si  le portrait d' Anne qui parcourt les pages n'est pas la meilleure partie, il y a une belle pudeur lyrique qui conduit cet homme sur un chemin où il fait le choix de refuser le deuil, l'apaisement, en tout cas pour un temps.

mots-clés : #amitié #mort
par topocl
le Mer 3 Oct - 11:29
 
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Sujet: Jean-Philippe Domecq
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Ernest Hemingway

Le soleil se lève aussi

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L’histoire d’expatriés américains (journalistes, écrivains pour la plupart), profitant d’un taux de change fort avantageux pour boire et manger, à Paris puis en Espagne, pour pêcher la truite et suivre la fiesta de San Fermin à Pampelune. La pêche à la truite aura une destinée littéraire remarquable aux Etats-Unis ; la tauromachie est rendue avec un soin ethnologique, de la desencajonada (débarquement des toros) à la corrida.
« Chaque fois que les taureaux fonçaient sur les picadors, je lui disais de regarder le taureau et non le cheval, et je lui appris à observer comment le picador plaçait la pointe de sa pique, afin de lui faire comprendre, afin qu’elle se rendît bien compte, que c’était là une chose faite dans un but défini, et non un spectacle d’horreurs injustifiées. »

Ces pérégrinations touristiques sont narrées sur un ton banal, distancé, prosaïque (journalistique ?) par Jake Barnes, un ancien combattant de la Première Guerre mondiale où il fut blessé, ce qui le rendit impuissant ; la guerre, c’était (aussi) le bon temps, et les jeunes vétérans de la "génération perdue” font la fête à Paris. (Je vais lire prochainement Paris est une fête ‒ récit peut-être encore plus autobiographique ?)
C’est Brett (Lady Ashley) qui a soigné Jack, et ils sont épris l’un de l’autre, sans espoir de couple, ne serait-ce que parce qu’elle passe d’une aventure à l’autre, même si elle se « sent garce ». Ils font partie d’une bande de copains ‒ tous les protagonistes sont alcooliques, sauf peut-être Robert Cohn, juif complexé qui fut aussi amant de Brett, et la suit partout dans l’espoir vain de la reconquérir, ce qui le rend insupportable au reste du groupe.
Voici un extrait qui m’a paru significatif du ton de ce roman :
« Le taureau qui avait tué Vicente Girones s’appelait Bocanegra. Il portait le no 118 de la ganadería de Sanchez Taberno. Ce fut le troisième taureau que tua Pedro Romero dans l'après-midi. On lui coupa l'oreille aux acclamations de la multitude et on la donna à Pedro Romero qui, à son tour, la donna à Brett qui l’enveloppa dans un de ses mouchoirs et laissa oreille et mouchoir, ainsi que de nombreux mégots de Muratti, tout au fond du tiroir de la table de nuit, près de son lit, à l’hôtel Montoya, Pampelune. »


« C’est drôle, dit Brett, comme on devient indifférent au sang. »


Mots-clés : #amitié #amour #jeunesse
par Tristram
le Dim 30 Sep - 15:17
 
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Thierry Murat

Les larmes de l'assassin
d'après un roman jeunesse de Anne-Laure Bondoux


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Une maison isolée et battue par les intempéries dans le sud-sud de la Patagonie. Un infâme assassin recherché par toutes les polices arrive pour s'y cacher et tue sauvagement les parents de Paolo. Un curieux attachement se tisse entre cet homme et cet enfant qui partagent leurs solitudes.

l'histoire est déchirante, toute en non-dits, les dessin sont d'une sobriété à la beauté époustouflante.
La grande classe  bounce !

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mots-clés : #amitié #enfance #lieu #solitude
par topocl
le Jeu 13 Sep - 8:18
 
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Sujet: Thierry Murat
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Marie Sizun

La gouvernante suédoise

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A travers des photos de famille, quelques témoignages tronqués et un journal intime censuré, Marie Sizun reconstitue une tranche de son histoire familiale, un secret moyennement gardé qui a fait peser son empreinte sur les générations suivantes. Cela, on le subodore à quelques allusions au fil de son récit, et elle le confirme dans l'épilogue. Au-delà de ce côté intime, le livre se présente comme le sempiternel roman de la petite bourgeoisie, entre la Suède et Meudon, le mari qui trompe la jeune épouse avec la gouvernante, la grossesse cachée et l'enfant en pension, le mystère, les faux secrets, les apparences sauvegardées. Ces gens se dressent un carcan de conventions et de conformisme, ils se refusent le courage de leurs émotions au prix d'une bienséance mortifère.

Marie Sizun fait le choix d'un récit distancié, d'un classicisme quasi glacial, à l'image de ces cœur congelés.Elle gomme l'émotion comme celle-ci se doit d'être gommée au profits du paraître dans la vie de ses protagonistes déchirés par leurs amours socialement inacceptables. Un temps, dans une ambiance un peu sulfureuse, on se  demande si la gouvernante va s'approprier son maître ou sa maîtresse, mais non, le récit retrouve vite cette banalité des amours ancillaires, cette loi du bon vouloir des hommes,  si souvent décrites dans les romans du XIXème siècle. Cet aspect lisse et retenu est assez frustrant, n'aurait-il pas mieux valu assumer le pathétique, faire couler les larmes plutôt que s'en tenir à la petitesse des sentiments bridés par les conventions bourgeoises, à la réserve de cette histoire sagement bien racontée?

Petite pensée pour Carl Larson

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mots-clés : #amitié #conditionfeminine #famille #solitude #xixesiecle
par topocl
le Mer 12 Sep - 20:45
 
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Sujet: Marie Sizun
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Paolo Cognetti

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Les huit montagnes


Originale : Le otto montagne, 2016

Texte de l’éditeur a écrit:Pietro est un garçon de la ville, Bruno un enfant des montagnes.  Ils ont 11 ans et tout les sépare. Dès leur rencontre à Grana,  au coeur du val d’Aoste, Bruno initie Pietro aux secrets de la  montagne. Ensemble, ils parcourent alpages, forêts et glaciers,  puisant dans cette nature sauvage les prémices de leur amitié.
Vingt ans plus tard, c’est dans ces mêmes montagnes et auprès  de ce même ami que Pietro tentera de se réconcilier avec son  passé – et son avenir.
Dans une langue pure et poétique, Paolo Cognetti mêle  l’intime à l’universel et signe un grand roman d’apprentissage  et de filiation.


REMARQUES :
On accompagne ces deux enfants/garçons/hommes, l’un de la ville de Milan, l’autre du val d’Aoste, depuis l’âge des 11 ans et toujours en intermittence à travers 12 chapitres en trois parties. Ce sont leur rapports, leur relation qui sont ici au centre, et on passe pour ainsi dire au dessus de la description de pas mal de choses en dehors de cela. Ils se rencontrent quand le jeune Pietro vient régulièrement, d’abord avec sa famille, dans la montagne où sa famille avait acheté, loué une petite maisonnette. Bruno par contre est entièrement enfant des montagnes, proche de la nature et des bêtes, berger à son temps, ne visitant l’école plus tard qu’à travers l’aide des parents de Pietro. Car lui-même a plutôt des relations brouillées dans sa propre famille... Pietro connaîtra son père comme moteur oirratrapable et presque craint dans les sorties prolongées en haute montagne. Il va plus tard s’éloigner de ce père… Donc, il y a raison de voir ces deux aussi dans leur filiations, leurs relations envers leurs parents et les développements dans celles-ci.

Le roman va pas briller par une succession d’événements absolument spectaculaires, donc par l’action. Il y a quelque chose de presque contemplatif qu’on y trouve. Et l’insistance sur cette amitié devient une forme pour parler des choix différents dans la vie : l’un restant attaché littéralement à sa montagne, ne voyageant jamais, sédentaire dans ce sens-là, tandisque Pietro voyagera dans le vaste monde, à la recherche (ou à la fuite???). Deux approches, et parfois on semble pouvoir discerner « le bon choix », mais le livre reste sans jugements, dans un certain sens.

Aussi dans la langue le roman n’est pas « spectaculaire », mais dégage beaucoup de tranquillité. Malgré des scènes pouvant être rudes, reste l’impression d’une certaine quiétude et retenu non-dramatisé. Presque un contraste, mais que j’ai trouvé très agréable.

Le roman n'a pas pour rien reçu le Prix Strega. Il me semble qu'il faut le tenir à l'oeil, ce Paolo Cognetti!


Mots-clés : #amitié #initiatique #nature
par tom léo
le Jeu 30 Aoû - 7:25
 
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Sujet: Paolo Cognetti
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Maylis de Kerangal

Un monde à portée de main

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Maylis de Kerangal  nous offre un morceau de vie, un roman de formation, en la personne de Laura, jeune fille/femme qui avance d'un pas décidé,  la passion en bandoulière, « l'émerveillement qui lui tient lieu de méthode". Elle est douce, Laura, qui prend cet envol déterminé avec "cette vivacité vacharde qui est le défouloir de la tendresse.

Elle met le pied à l' étrier avec une formation intensive, dans une école de Bruxelles pour devenir « peintre en décor ». Ce rite de passage phagocytant, dont elle ressort éberluée, transformée, la fait intégrer la bande "[d]es copiste, [d]es braqueurs de réel, [d]es trafiquants de fiction", lui ouvre la porte d'une existence nomade, sans attache autre que le plaisir de donner sens à ses coups de pinceau. Entre les peintres anonymes de Lascaux et les dessinateurs assassinés à Charlie Hebdo, maillon fasciné et respectueux, elle découvre  que l'art la place tout à la fois en observatrice et exécutrice, mais la dresse aussi au centre du monde. Que l'art est réalité et fiction mêlées.

L'auteur explore, comme elle aime -et excelle - à le faire, un monde de  professionnalisme et de technicité, auquel elle  insuffle un lyrisme emporté, un bouillonnement d'émotions et de sensations, auquel elle donne sens et identité. Il y a une certain exaltation à apprendre ce métier à travers la passion de Laura - partagée par l'auteur  - , à en connaître les exaltations et les éreintements, l'humilité et la grandeur.

Derrière Laura, on devine l'écrivaine qui se dévoile, dans ce besoin compulsif du détail, la consultation compulsive des encyclopédies, à la recherche de l'histoire qui se cache derrière, dans la digression qui étaie, et qui, même parfaitement inutile (surtout parfaitement inutile?), nourrit la connaissance, enrichit le récit (et par là son auteur).

Cette connaissance exhaustive du sujet passe par l'amour de la langue, du mot juste, précis, technique : elle s'approprie le vocabulaire spécifique du métier, les mots pour le plaisir des mots, enfile les perles des mots rares  du savoir-faire pour construire ses longues phrases, ses énumérations emportées, les dérouler comme des vagues impétueuses.

Ils ont appris à glacer, à chiqueter, à blaireauter, à pocher, à éclaircir, a créer un petit moiré au putois ou un œillet sur glacis avec le manche du pinceau, à dessiner des veines courtes, à moucheter, à manier le couteau à palette, le deux-mèches, le deux-mèches à  marbrer et le pinceau à pitchpin, le grand et le petit spalter, le trémard, la queue de morue, le drap de billard et la toile à chiffonner ; ils ont appris à reconnaître la terre de Cassel et la craie Conté noire, le brun Van Dyck, les jaunes de cadmium clair ou orange ; ils ont peint ces mêmes angles de plafond Renaissance avec putti potelés, ces mêmes drapés de soie framboise écrasée plongeant depuis les corniches de baldaquins  Régence, ces mêmes colonnes de Carrare, ces mêmes frises de mosaïque romaine, ces mêmes Néfertiti de granit, et cet apprentissage les a modifiés ensemble, a bougé leur langage, marqué leur corps, nourri leur imaginaire, remué leur mémoire.


Un petit coup de mou dans le deuxième tiers, Maylis de Kerangal  se laisse emporter par la grandeur décadente des studios  de Cincinnati, sans doute un ou deux chapitres en trop. Si on regarde cependant avec plaisir de voir Laura participer à la réalisation des décors de Habemus Papam de Nanni Moretti, la subtile alchimie du grand art laisse pour quelque pages  la place à la technique comme un procédé qui déborde son auteur, petite longueur se dit-on malgré l'intérêt du sujet. Et puis cela repart, ce n'était qu'une accalmie, la houle langagière et émotionnelle nous reprend.



Mots-clés : #amitié #creationartistique #initiatique #jeunesse #mondedutravail #peinture
par topocl
le Jeu 23 Aoû - 12:53
 
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Sujet: Maylis de Kerangal
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Claire Messud

La fille qui brûle

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C'est l'histoire du passage à l'adolescence entre deux amies de la toute petite enfance, celle qui  raconte, et s'en sort pas mal, et l'autre moins bien dotée au départ, qui s'éloigne, s'enfonce dans des comportements que plus personne ne comprend, entraînant un rejet qui ne fait qu'aggraver sa détresse.

C'est très finement observé, cette fragilité d'une période où se révèlent les carences de l'enfance jusque-là masquées, où explosent les questionnements, et tout est si difficile si on ne trouve pas les bonnes alliances.

Le récit est tout en nuance, en bonnes trouvailles, c'est parfaitement maîtrisé, presque trop, les sentiments sont pour ainsi dire remplacés par cette acuité. C'est une bonne lecture, d'un roman bien structuré, qui  remue des périodes de trouble que nous avons vécues, mais où, peut-être, justement, il manque un certain trouble.

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mots-clés : #amitié #conditionfeminine #enfance #identite #initiatique #psychologique #relationenfantparent #solitude
par topocl
le Mer 8 Aoû - 9:27
 
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Virginie Despentes

Baise-moi

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Sorte de road movie trash (à l’échelle de la France) de « la petite », Manu, et « la grosse », Nadine, répondant à la violence par un surcroît de violence, et pour le temps que ça peut durer. Ce tandem complice dans l’absence de valeurs morales la plus évidente, ces monstres produits par notre société se rencontrent évidemment sans avenir.
Despentes fait sa seule référence littéraire nominale à Bukowski ; elle m’a un moment ramentu Japrisot par son efficacité stylistique, et guère Houellebecq.

« Il a l’esprit borné et très peu inventif, la mémoire encyclopédique des gens privé d’émotion et de talent, persuadé que donner des noms et des dates exactes peut tenir lieu d’âme. Le genre de type qui s’en tient au médiocre et s'en tire assez bien, bêtement né au bon endroit et trop peureux pour déconner. » (I, 4)

« C’est comme une voiture que tu gares dans une cité, tu laisses pas des trucs de valeur à l’intérieur parce que tu peux pas empêcher qu’elle soit forcée. Ma chatte, je peux pas empêcher les connards d’y rentrer et j’y ai rien laissé de précieux… » (I, 8 )


mots-clés : #amitié #conditionfeminine #contemporain #sexualité #violence
par Tristram
le Mar 17 Juil - 16:39
 
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Robert Penn Warren

Tous les hommes du roi

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Après tant de mois, j'y étais enfin. Car rien ne se perd, rien ne se perd jamais. Il y a toujours un indice, une facture, une marque de rouge à lèvres, une empreinte de pied dans la plantation, un préservatif sur le sentier du parc, une vieille blessure qui lance, un souvenir d'enfance, une infection dans le sang. Et le passé, le présent et le futur ne sont qu'un seul et même temps, et les morts n'ont jamais vécu avant que nous leur donnions vie, et leurs yeux, au-delà des ténèbres, nous implorent.


Que voilà un roman majestueux, virtuose, prolifique! Un roman noir qui emprunte au meilleur du genre, ses politiques véreux mais pathétiques, suant dans leurs costumes  élégants, ses petits malfrat obéissant dans la chaleur humide du Sud, où il ferait si bon boire et fumer sur les vérandas, si seulement la vie décidait d'être douce et simple, si seulement ces personnages crapuleux n'étaient pas aussi des hommes souffrants... Mais non, l'homme est par nature tourmenté, ballotté par la douloureuse splendeur du ballet de ses sentiments, désespéré de trouver un sens à la vie, une réponse aux aspirations de l'enfant qu'il était, de se définir en tant qu'individu cohérent, de dénouer l’inextricable nœud des responsabilités.

Racontée depuis les temps tardifs de l'apaisement, cette tragédie digne des Atrides nourrit un grand roman des illusions perdues, disserte sur le bien et le mal, la pureté impossible et la rédemption interdite.

C'est jack Burden qui raconte, Jack qui est celui qui ne se salit pas les mains, ou y croit, en tout cas.

il a dit que si le monde était  un tas d'ordures, l'homme, pour sa part, n'avait pas à l'être.


Tout à la fois journaliste et historien il  va comprendre que la quête de la Vérité ne suffit à sauver le monde :  "L'ignorance, c’est le bonheur".

Mais le monde est une gigantesque boule de neige qui dévale une montagne, et jamais on ne la voit remonter la pente pour revenir à l'état de flocons, à l'état de rien.


Car oui,  aussi : "La connaissance c'est le pouvoir", c'est ce qu'a compris Willy Stark, dont il est le bras droit, un "grand couillon naïf" parti de rien et devenu  Gouverneur "intense, inquisiteur, exigeant",  un populiste adulé par les petits, qui sait corrompre, asservir, terroriser.

-Tu as cru que tu pouvais me rouler...faire en sorte que je l'achète. Eh bien je ne vais pas l'acheter! Je vais l'écraser! J'ai déjà acheté trop de fils de pute. Si tu les écrases, au moins ils ne mouftent plus, mais quand tu les achètes, impossible de savoir combien de temps ils vont rester à ta botte.


Ces deux hommes pleins d'estime l'un pour l'autre dans leurs différences,versions pile et face de l'espèce humaine, se répondent en fait comme deux miroirs face à face, et ces miroirs mettent en lumière leurs ambiguïtés. Racontant Willy Stark, Jack Burden se dévoile, solitaire crâneur, homme d'amour et d'amitié, fils orphelin, il  pêche à la fontaine du souvenir , car tout se tient,  "c'est uniquement avec le passé que se forge le futur"

Il y a ce récit tragique aux accents déchirants, ces héros haïssables et qu'on aime pourtant, fasciné, charmé. Il y a aussi l'inventivité, l'acuité, le lyrisme de l'écriture de Robert Penn Warren, tout à la fois sensuelle et vigoureuse, patiente, attentionnée, liquide.  Il y a les pièces du puzzle patiemment accolées, les allers et retours, les chemins transversaux. Il y a les leitmotivs, les réminiscences obsédantes,. il y a les métaphores, leur pertinence, leur sensualité, leur poésie.

Le monde entier, les troncs nus des autres arbres, qui avaient perdu leurs feuilles désormais, le toit des maisons et même le ciel lui-même avaient un air pâle, lavé, soulagé, similaire à celui que peut avoir un homme souffrant d'une longue maladie qui se sent mieux et pense qu'il va peut-être guérir.


Il y a une lectrice comblée.




Ton Ami de Jeunesse est le seul ami que tu auras vraiment, car il ne te voit pas tel que tu es. Dans son esprit, il voit un visage qui n'existe plus, prononce un nom - Spike, Bud, Snip, Red, Rutsky, Jack, Dave - qui appartient à ce visage sans existence, mais qui, par quelque confusion absurde et sénile de l'univers, se rattache maintenant à un étranger ennuyeux qu'on regrette d'avoir rencontré. Mais il se plie à cette confusion sénile, incontinente, de l'univers et continue d'appeler ce pénible étranger par le nom qui n'appartient vraiment qu'à ce jeune visage d'autrefois, à l'époque où sa jeune voix appelait faiblement par-dessus le fruit des flots en fin d'après-midi, murmurait la nuit près d'un feu de camp, ou disait au milieu d'une rue bondée : « Oh, écoute un peu ça : « Aux confins du Welnlok, anxieuse est la forêt... Le Wrekin a gonflé  sa haute toison d'arbres » » Ton Ami de Jeunesse ne reste un ami que parce qu'il ne te voit plus.


Mots-clés : #amitié #amour #corruption #culpabilité #identite #relationenfantparent #trahison
par topocl
le Lun 9 Juil - 21:36
 
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Sujet: Robert Penn Warren
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Siri Hustvedt

Tout ce que j'aimais

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C'est l'histoire d'une vie qui passe. Que cela ait lieu dans le milieu artiste et intellectuel New-Yorkais, que les troubles psychiques, hystérie ou psychopathie notamment, y aient une place de premier plan, lui donne un aspect assez typiquement Hustvedtien. Ce n'est d'ailleurs pas ce qui est le plus réussi : les longues digressions psychiatriques, les non moins longues descriptions d’œuvres d'art contemporain (qui ont un sens j'en suis sûre, mais à un degré très élevé que je n'ai pas su décrypter ) m'ont invitée à sauter quelques passages. il y a un curieux mélange de la typique distance de l'auteur, son côté scientifique-rigoureux-analytique-observateur qui curieusement donne toute sa valeur à l' empathie déchirante vis-à-vis de ses personnages souffrants, vis-à-vis des deuils et des renoncements. Roman irrégulier, donc, d'une ambiance parfois étouffante, parfois provocateur, mais attachant.


mots-clés : #amitié #amour #creationartistique #psychologique #relationenfantparent
par topocl
le Sam 23 Juin - 9:46
 
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Sujet: Siri Hustvedt
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Brit Bennett

Le cœur battant de nos mères
Titre original : The Mothers

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C'est un roman du passage de l'adolescence à l'âge adulte, avec cette tonalité particulière que cela se passe en Californie, dans une communauté religieuse noire conservatrice, où les "mères", les vieilles femmes, surveillent, jugent, palabrent et racontent l'histoire. Le poids de la communauté, ses exigences comme ses hypocrisies, est énorme sur les individus et   leur formation, que ce soit par la soumission ou la rébellion.

Le fil directeur est la filiation, le rôle des mères, indispensables mais défaillantes, l'amour qu'on leur voue même pour celles  que l'on hait. L'une se suicide sans laisser de raison, elle a eu sa fille Nadia très jeune et celle-ci se demande si sa mère n'aurait pas eu une meilleure vie sans elle, et aurait donc survécu. L'autre n'est apte ni à proposer une vie stable à sa fille Aubrey, ni à la protéger des abus sexuels qui se passent sous son toit. Nadia et Aubrey sont deux amies de coeur, l'opposée l'une de l'autre unies/séparées sans le savoir par leur amour commun, mais si différent, pour Luke, le fils du pasteur.

Nadia fait le choix d'elle-même, se référant sans doute à sa mère, et quand elle est enceinte à 17 ans décide d'avorter, poids qu'elle va traîner comme un boulet malgré l'envol qu'elle prend, quittant sa vie tranquille, son père désespéré, pour devenir une avocate new-yorkaise brillante aux mœurs libérées.  Aubrey, au contraire fait le choix de "la sagesse", la religion vécue, le couple, le mariage, la fidélité, l'enfantement, toutes chose qui ne sont pas forcément faciles non plus.

Plus que l'opposition entre ces eux filles, très réussie mais assez classique,  j'ai aimé le contraste entre Nadia et Luke, qui jouent des rôles inversés de ce qu'il est habituel de distribuer aux hommes et aux femmes. Nadia choisit sa carrière son épanouissement par le mouvement et un certain égoïsme, l'aventure en quelque sorte . Luke au contraire fait le choix des concessions pour la stabilité, l'amour, la filiation. C'est la femme qui est "forte" et l'homme qui est doux.

Bon, au total, je ne vous cache pas qu'il n'y a pas de bon choix, et si j'ai longtemps eu peur que le livre ne soit une apologie de la raison et du renoncement au détriment de l’égoïsme et de l'individualité, il n'en est rien. Chacun souffre à sa manière. Ces trois jeunes ont grandi seuls et trop vite, leur chemin est plein d’embûches, mais que faire d'autre qu'avancer, faire des choix et - si possible - les assumer? Il s'agit de personnages ordinaires, pris dans les tourments d' un destin déjà souvent croisé dans la littérature, mais  l’œil de Britt Bennett, la vivacité de son récit, la touchante exploration des contradictions de la tendresse nous les rend attachants. Et derrière cette histoire qui reste plaisante et sensible si elle n'est lue qu'au premier degré, se cachent de nombreuses questions existentielles fondamentales.


mots-clés : #amitié #amour #conditionfeminine #identite #jeunesse #psychologique #relationenfantparent #religion
par topocl
le Sam 19 Mai - 11:10
 
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Sujet: Brit Bennett
Réponses: 2
Vues: 240

Laurie Colwin

Une vie merveilleuse

Tag amitié sur Des Choses à lire - Page 2 L_colw10

Guido et Vincent sont cousins et amis d’enfance. A ces trentenaires de la bonne société new-yorkaise, nantis d’un métier qui leur plaît et d’amis souriants, il ne manque que la femme de leurs rêves pour que la vie soit merveilleuse.
Ils la rencontrent au même moment, l’un en la personne de l’élégante Holly, raffinée et secrète ; l’autre, de Mitsy, descendante d’immigrés russes, la rebelle jamais rassurée.

Partie de la quatrième de couverture de l'édition poche


Bon, je vous mets la quatrième de couverture pour que vous ayez une idée de la trame du roman même si je trouve que celle-ci est très réductrice!!

Bien sûr, il faut la rencontre de ces êtres pour constituer le coeur du roman mais avant tout, je trouve que Laurie Colwin excelle dans la descriptions des êtres et des caractères de chacun, révélant les détails, les réactions de tous. A tel point que l'on a l'impression de les connaître...

J'ai adoré l'insaisissable Misty mais elle n'est plus riche qu'en comparaison de la réserve raffinée de Holly...

C'est une tranche de vie, celles de ces éternels adolescents trentenaires new-yorkais qui décident un jour de devenir adultes. Il ne se passe pas grand-chose au fil des pages mais on se plait en leur compagnie excentrique et parfois futile qui font que la vie pétille un peu plus quand on tourne la dernière page.

Laurie Colwin est une merveilleuse conteuse de "tempéraments" !


Un roman qui ressemble à un lancé de confettis. Plein de couleur, poétique et aussi parfois très critique d'une société.


mots-clés : #amitié #amour
par kashmir
le Dim 22 Avr - 16:35
 
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Sujet: Laurie Colwin
Réponses: 4
Vues: 174

Hermann Hesse

Tag amitié sur Des Choses à lire - Page 2 97827010

Narcisse et Goldmund

Il a fallu qu'on m'offre ce livre pour que je relise Hesse. Hesse ce sont des vieux souvenirs très vagues d'adolescence, lorsque l'on me conseillait pieusement Siddhartha, que je le lisais avec l'impression de boire un café trop allongé. Un devoir, une concession utile , passage obligé donc, mais je ne trouvai à l'époque, en cette forme d'écriture et de romantisme spirituel aucune nourriture. J'étais trop terrienne, trop sensuelle, trop pragmatique pour y trouver mon compte. Trop "Goldmund".
Je n'ai jamais depuis eue envie d'y replonger.

Pour autant je découvre donc aujourd'hui, avec plus d'ouverture et d'écoute la sensibilité de Hesse
Son style  coule, il est assez limpide, aussi je comprends mieux en quoi ma voracité de jeune fille n'y trouvait pas son compte : je lisais vite et la tonalité symbolique et conceptuelle manquait alors de poids pour mon âme pressée. Evidemment j'y trouve plus de subtilité que je ne croyais, aujourd'hui, plus attachée que je suis à lire chaque phrase avant que de la dépasser en galopant. Je méprise moins, aussi les "grandes idées" qui sont évidemment tout le squelette du roman.

Narcisse est un futur moine, il est passionné et brillant mais destiné à devenir moine sans aucun doute : une vie de retraite lui convient d'autant plus qu'il a l'esprit tourné à analyser et conceptualiser les grands mouvements de l'existence. C'est donc l'épure incarnée.
Lorsque Goldmund, très jeune homme, est accueilli dans le monastère pour y recevoir un enseignement de bon aloi, sa passion le porte naturellement à jouer le jeu à fond : il espère s'engager dans les ordres un jour, même si ses années d'apprentissage ne l'y obligent nullement. C'est encore sa passion innée qui lui fait trouver en Narcisse un guide et un ami, veritable booster emulatif pour lui.
Goldmund marche à l'humain, Narcisse au spirituel. En gros.

Le roman, délicatement, déroule la construction de leur rapport, de leur amitié, puis doucement accompagne le départ de Goldmund dans le Siècle. Le monastère et le souvenir vivace de Narcisse , tels un phare et une oxymore du présent, guident Goldmund dans son éloignement radical de ses premiers enseignements religieux .
Il s'abandonne aux corps à corps sensuels et l'auteur cisèle tout un beau chant à la féminité, au désir, et à la communion des corps.

Puis Goldmund rencontre l'opportunité d'apprendre un métier, sculpteur sur bois, alors qu'il est pourtant dans une totale auto suffisance de vagabond. C'est à partir de là que sa mémoire de la personnalité de Narcisse l'aide à construire du sens à son présent : toute la spiritualité que ce dernier incarne donne écho aux chocs esthétiques et sensuels que Goldmund tente de traduire en statues.
C'est le trait du roman qui m'a sans doute le plus plu, du point de vue de la mise en abyme d'une idée : j'aime qu'on brode sur le faire, sur les choix qui mènent du projet artistique à sa réalisation.

Hesse est de milieu protestant, à l'origine,
et pourtant le catholicisme tisse ses symboles tout du long, pour y introduire un regard que je dirais païen, à son imaginaire.
Catholique, car la représentation de Marie y est tout du long déclinée; Goldmund, en homme sensuel et affectif, est infiniment arrêté par cette figure de mère, mais aussi par les figures de femmes de la Bible.
C'est marrant que Hesse y donne , du coup, une si belle part.
Hesse a dialogué avec Jung, lis-je dans quelques notices biographiques, et en effet il amène à ces dialectiques tout un réseau de sens que de nos jours nous maitrisons facilement, la mère, la mort, la vie etc
Je ne développe pas ces apsects, ce qu'on trouve sur le net l'explicite assez comme ça , par ailleurs.

C'est un joli roman.
Très doux et très triste, il a l'air, aussi de vouloir incarner l'idée de fuite en avant qu'est une existence sans Foi. Goldmund a une Foi, certes, mais son identité est pétrie de sensualité, et de passion. Aussi le dernier tiers du roman est très dur car il dresse le bilan de ces deux destins, y introduit des Fois justement, mais n'élude aucunement un grand sentiment de vide et de vaine course, même si l'Art est proposé comme panacée et illumination.

J'ai aussi trouvé remarquable l'évocation de la grande peste. En fait Hesse tisse beaucoup d'idée mais il trouve mon coeur par le talent qu'il a à peindre plutôt le sensitif.

Je retiens un très joli tableau sous la lune, du premier partage sensuel de Goldmund avec une jeune fille, un très beau passage .Pour vous donner un extrait. C'est bien parce qu'il ne déflore pas les tonalités du dernier tiers, qui elles , donnent tout son meilleur corps au roman.

"Que tu es belle !"
Elle sourit comme s'il lui faisait un don, il la dressa à demi, il écarta doucement de son cou les vêtements, l'aida à s'en dégager, la pelant ainsi jusqu'à ce que les épaules et le buste, dans leur nudité, resplendissent sous la lumière froide de la lune. Des yeux et des lèvres, il suivait dans son ravissement les ombres délicates, les contemplant, les baisant; comme sous un charme elle restait sans mouvement, les yeux baissés, dans une attitude pleine de majesté, comme si, pour la première fois à cet instant, sa beauté se découvrait et se révélait aussi à elle-même.


mots-clés : #amitié #initiatique #solitude
par Nadine
le Lun 9 Avr - 10:03
 
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Sujet: Hermann Hesse
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Henry Miller

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Un Diable au paradis

Quelques années après la fin de la deuxième guerre Miller invite Téricaud (Conrad Moricand en vrai) à venir habiter chez lui à Big Sur (sur la côte californienne). Il faut dire que le bonhomme a de l'esprit, de la conversation, qu'il ne se connaisse pas si mal et qu'il vivote aux trois quarts dans la dèche en Suisse.

Ce n'est pas le grand luxe chez Miller et il se débrouille comme il peu pour lui payer la traversée puis...

Miller retrace et épluche la déconstruction de cette relation, Téricaud/Moricand ne tardant à être non pas forcément envahissant mais 'exigeant' et peu concerné par son entourage. Si on doit mettre de côté quelques aspects pratiques on assiste aussi à la définition et à l'opposition de deux approches de la vie. L'un est tourné vers l'astrologie et un fatalisme froid, l'autre vaille que vaille espère, risque, des réinventions non sans s'acharner sur son quotidien. Le tout sur un fond d'analyse de personnalités, la sienne à Téricaud/Moricand et la sienne à Miller.

Pas trop de faux semblant dans l'agacement et le ras le bol, dans la volonté de refiler son fardeau à d'autres, ce qui peut sembler assez dur mais qu'en savons nous vraiment ? Ce qui m'a intéressé c'est le regard sur des attitudes considérées finalement comme choisies, des choix pas si simples c'est vrai mais dont les complications n'occultent pas une possibilité d'action.

On frôle des pensées orientales et on navigue dans l'ombre des rues d'un Paris habité de grands noms et de misère le temps de peser le déterminisme de nos personnalités et le poids de nos destins. Au passage un paquet de phrases et formules qui font mouche.

Loin d'être glacial, nocif ou simplement abrasif voire rancunier, j'ai trouvé à ce livre quelque chose de positif. Je vous le résume très mal mais j'ai beaucoup apprécié ma lecture (qui avec des mondes de différences se trouve tomber peut-être à un bon moment) !

Merci Nadine Tag amitié sur Des Choses à lire - Page 2 1798711736 !!!

Mots-clés : #amitié #autobiographie #psychologique
par animal
le Mar 3 Avr - 21:05
 
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Sujet: Henry Miller
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Arundhati ROY

topocl, j'ai mis le temps, mais voilà mon avis...

Le ministère du bonheur suprême

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Au début, lorsqu’elle était venue s’y installer, elle avait enduré des mois de cruauté insouciante comme l’aurait fait un arbre, sans broncher. Elle ne se retournait pas pour voir quel mouflet lui avait jeté une pierre, ne se dévissait pas le cou pour lire les insultes gravées dans son écorce. Quand les gens l’invectivaient - clown sans cirque, reine sans palais - , elle laissait la blessure traverser ses branches comme une brise, et de la musique de ses feuilles bruissantes elle tirait un baume pour apaiser la douleur.


Ce livre commence comme un tourbillon qui vous happe et ne vous lâche plus. Inspiré, enlevé et foisonnant, le style de l’auteur, qui n’est pas sans rappeler un certain Salman Rushdie, multiplie les trouvailles. Les quelques 200 pages consacrées au personnage follement romanesque d’Anjum sont un enchantement. Dans ce roman parfois très cru sur la réalité indienne, Arundhati Roy semble avoir voulu laisser en partie de côté ce que le quotidien des hijras peut avoir de sordide pour créer une figure flamboyante, rebelle et insondable, agréant autour d’elle, dans le cimetière dont elle a fait son domaine, une petite communauté hétéroclite et attachante. Une sorte d’idéal bancal de syncrétisme et de tolérance. L’Inde (presque) rêvée d’Arundhati Roy ?

Mais le rêve n’a qu’un temps, et le reste du roman délaisse Anjum pour se consacrer à des pages autrement plus politiques, multipliant les allusions à l'actualité indienne qu'un lecteur un minimum averti sera probablement plus à même d'apprécier. Toutefois, cette seconde partie est surtout consacrée au conflit au Cachemire, qui perdure depuis 70 ans, avec des horreurs perpétrées de tous côtés, et au milieu, une population équilibriste qui jongle pour sa survie. Les personnages de Tilo, Naga et Musa, sont là pour nous rappeler toute l’âpreté de cette existence en sursis.
Malheureusement, si Arundhati Roy retrouve régulièrement sa verve et son talent dans des pages particulièrement poignantes, celles-ci sont noyées dans de longues digressions qui saturent le lecteur. L'auteur a voulu mettre dans son roman toute la démesure et la folie d’une situation bouchée, mais aussi les doutes et les indignations de la militante qu’elle est depuis tant d’années, perdant parfois de vue qu’elle n’écrivait pas un nouvel essai... Inévitablement, ses héros en pâtissent, et font souvent figure d’alibis. J’aurais dû trembler pour eux, j’aurais voulu trembler pour eux, mais pour cela, il aurait fallu pouvoir s’attacher…

Arundhati Roy semble avoir eu pour projet d'écrire une sorte de roman total sur l'Inde, ou plutôt sur « son » Inde. Le pari n’est qu’en partie réussi. Une fois passé un premier tiers enchanteur dont la grâce n’est jamais revenue, le récit se fait quelque peu poussif. A vouloir absolument multiplier les péripéties pour évoquer tous les grands maux de l’Inde contemporaine, l’auteur s’est parfois perdue. Pourtant, quelque chose m’a retenue, malgré tout. Car c’est là un roman peu banal, qui agace, qui remue, qui veut crier au monde ce que l’Inde tient tant à cacher, qui émeut dans sa volonté farouche de rétablir l’humain dans les espaces où il est nié.
Je regrette évidemment le livre extraordinaire qu’Arundhati Roy aurait pu écrire si tout avait été à l’avenant du premier tiers, si les quelques fulgurances de la partie cachemirie n’avaient pas été engluées dans tant de redites... Mais rien que pour son début magnifique, ce roman vaut la peine. Rien que pour le style et l’évidente sincérité d’un auteur sans concession, il vaut la peine. Rien que pour la lutte obstinée contre la haine et l'obscurantisme, il vaut la peine. Et si le bonheur semble chaque jour plus illusoire, ce n’est pas une raison pour ne pas essayer d’y croire... un peu.

Il n’y avait pas de guide touristique à sa disposition pour lui expliquer qu’au Cachemire les cauchemars étaient volages. Infidèles à leurs propriétaires, ils s’invitaient dans les rêves des autres pour y folâtrer en toute impudeur. Des génies de l’embuscade qu’aucune fortification, aucune clôture ne pouvait tenir à distance. Au Cachemire, la seule chose à faire avec eux, c’était de les étreindre comme de vieux amis et de les manoeuvrer comme de vieux ennemis. Elle allait apprendre, bien sûr, bientôt.



mots-clés : #amitié #guerre #identitesexuelle #politique
par Armor
le Dim 11 Mar - 23:50
 
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Sujet: Arundhati ROY
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Antonio Skármeta

Une ardente patience

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C'est un petit livre tout à la fois charmant et grave, un conte moderne, qui, sous une approche poétique, facétieuse, dresse le portrait politique du Chili au  XXème siècle à travers la figure emblématique de Pablo Neruda.

Celui-ci s'est retiré à l'ïle Noire avec Matilde Urrutia, l'amour de sa vie, pour se consacrer au calme à la littérature. Mario, le jeune, facteur qui lui porte chaque jour des dizaines de lettres, arrive à l'approcher et dans sa naïveté sympathique, devient un ami  qui le relie au monde extérieur. Mario commence par apprendre ce qu'est une métaphore, vole quelques vers au Maître pour séduire sa belle, puis se met peu à peu à écrire ses propres vers. Tout le texte devient peu à peu une métaphore géante, dans un mécanise ingénieux et aérien.

Même si le monde est bien décidé à rattraper Neruda, envoyé par Allende en ambassade à Berlin, puis revenant mourir au moment du putsch, le livre reste d'une douceur amicale et plaisante. Les connaisseurs de Neruda y prendront sans doute un plaisir décuplé, car on se doute bien que le texte est truffé d'allusions, hommages et références à l’œuvre du poète.

mots-clés : #amitié #biographie #historique #humour
par topocl
le Sam 10 Mar - 10:13
 
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Paul Auster

4 3 2 1

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Quel dommage que ce livre fasse 1 000 pages, qu'il pèse 1 tonne, cela va décourager tant de lecteurs ! Quel plaisir que ce roman de la démesure, qu'il fasse 1000 pages, qu' on s'y vautre, qu'on s'y traîne, qu'on s'y love, qu'on y tremble et qu'on y pleure, qu'on y rie, qu'on s'y attache, qu'on y retrouve tant  de souvenirs propres , qu'on y apprenne tant…

Bien sûr, certains aimeront, d'autres pas, mais comment ne pas reconnaître à Paul Auster, cet homme courtois, lumineux, intelligent, d'être en plus un auteur hors-pair, hors normes, qui nous livre ici son Grand Roman Américain, typique d'un lieu et d'une époque, tentaculaire et omniscient et qui ne ressemble à aucun autre? Comment ne pas lui reconnaître un talent extraordinaire de conteur, tant dans la structure narrative, profondément originale et parfaitement maîtrisée, que dans l'écriture d'une richesse, d'une vivacité, une inventivité qui n'est que le reflet de celle de la vie de son (ses) héros, "mes quatre garçons" les appelle-t'il, tellement jeunes et tellement mûrs, tellement heureux et tellement désespérés, tellement attachants?

On l'a dit partout, Archibald Isaac Ferguson est un jeune juif new-yorkais des banlieues dans l'après-guerre, de cette classe moyenne qui, Dieu merci, recherche son émancipation non dans la consommation et la frivolité, mais dans la création, (l'écriture en l'occurrence ), la réflexion, la remise en question, la recherche d'une justice et des libertés. Et comme Ferguson est un enfant puis un jeune homme réfléchi, si souvent "adulte", qui s'interroge en permanence sur la destinée, le rôle du hasard et des choix, Paul Auster, par des glissements dans son environnement, lui offre quatre destins, tout en préservant sa personnalité centrale, qui va évoluer, certes, varier selon les versions, mais rester là comme un noyau fondateur.

Tour de force, Paul Auster déplace sur une vingtaine d'années les personnages (Ferguson et tout son complexe environnement familial et amical)  avec malice, sur son échiquier élaboré, sans jamais perdre le lecteur, en tout cas jusque ce qu'il faut pour que cela soit délicieux de se laisser porter, d'essayer de venir vérifier un détail en arrière et finalement y renoncer, car finalement, on s'en fout, l'instant est là qui nous emporte: il y a cet humour, cette clairvoyance, cette tendresse pour les personnages quels qu'ils soient,  cette générosité sans limites de l'auteur et c'est ce qui importe..  Il y a ce souffle époustouflant à décrire l'intimité d'un jeune homme en formation, son incroyable relation avec une mère toujours ouverte, toujours accueillante, toujours encourageante, jamais envahissante, qui est la clé de sa personnalité, de son aptitude à de devenir un explorateur et un conquérant (un conquérant sympathique) dans tous les domaines : les études, l'écriture, le positionnement politique, le sport, la culture, l'amour, le sexe… L'existence des quatre histoires enrichit formidablement cette façon d'aborder  l'élaboration d'une personnalité, lui donne une puissance, une profondeur.

Les quatre Ferguson ont tous  une relation à l'écrit, qui n'est pas la même, poète, journaliste, prosateur… à succès ou sans succès, tous dans une recherche absolue de sincérité, dans un désir d'inventer de nouvelles voies, et ceux qui cherchent à savoir ce qu'est la littérature ne manqueront pas de trouver ici de nombreuses pistes.
Mais Auster élargit son discours à tous les arts, rend un hommage à un nombre incalculable d' œuvres qui ont marqué son propre apprentissage culturel, les livres, les films, les pièces musicales, le sport qui en même temps qu'un épanouissement physique est un art. Il raconte le plaisir des premières fois,  ces innombarables premières fois qu'il faut connaître, les unes après les autres, pour se construire en tant qu'homme vivant.
Il rend hommage aux médiateurs, parents, adultes bienveillants, amis, petites amies et petits amis, professeurs, tous sources d'inspiration, donneurs de conseils, tuteurs attentionnés, guides à travers le monde, tous  ces gens qui nous aiment, et qui font que nous devenons qui nous sommes.

Il raconte comment la jeunesse née après guerre, dans cette euphorie du jamais-plus et de la quête du bonheur enfin aboutie, sa jeunesse à lui, a grandi au contraire dans  une Amérique violente, autoritaire, imbue d'elle-même, violant les libertés individuelles, méprisant les individus (l'assassinat de Kennedy, de King, la lutte pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, les émeutes raciales). Comment elle a fait fleurir en son sein  la révolte et parfois l'engagement.

Il y a enfin New-York, ville tentaculaire, détestable et magnifique, ses rues numérotées où déambuler nuit et jour, ses cafés, ses odeurs, ses taudis, ses habitants, ses universités, ses banlieues d'où chacun rêve de s'échapper...

Et puis, on tourne la 1015ème page... et c'est fini.
Déjà.... pale
Tant pis, il nous reste Paul Auster, il parait qu'il a déjà commencé à écrire son prochain livre!



mots-clés : #amitié #amour #communautejuive #creationartistique #identitesexuelle #insurrection #lieu #relationenfantparent #sports
par topocl
le Sam 3 Mar - 10:58
 
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Sujet: Paul Auster
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Claudie Hunzinger

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La langue des oiseaux

« La nuit où j’ai rencontré Kat-Epadô, j’étais seule dans une baraque isolée, porte fermée à double tour. Autour de moi, la tempête. À perte de vue, des forêts. »
ZsaZsa, une romancière, quitte Paris pour aller dans les montagnes étudier la langue des oiseaux. Elle n’imaginait pas que le soir même, allumant l’écran, elle allait rencontrer une étrange Japonaise dont l’écriture la fascine aussitôt par son charme maladroit. Un jour, celle-ci débarque. Elle a peur. Pourquoi ces deux jeunes femmes vont-elles fuir ensemble à travers les forêts ? De nuit ? Qu’est-ce qui les lie ? Qui les poursuit ?

Quatrième de couverture


Peut-être que la quatrième de couverture va trop vite pour raconter le roman ou peut-être que ce qui m'a marquée est "l'avant-rencontre" réelle des deux "filles" comme ZsaZsa les nomme.

ZsaZsa - j'adore ce surnom - a décidé de prendre une année sabbatique pour prendre du recul par rapport à sa vie personnelle, son travail de correctrice et par rapport à la société  elle-même avec laquelle elle n'est plus en adéquation. Elle part donc pour les forêts vosgiennes, un abri de la dernière guerre, un confort spartiate, le dénuement et la vie en pleine nature même si on est en plein hiver pour tout replacer à sa juste valeur et surtout donner de l'importance aux choses qui sont essentielles  pour ZsaZsa.

il - isaac Babel - vous disait qu'au genre humain, il ne faut pas se fier. Il n'y a que les écrivains pour vous le dire, jamais la société ne vous l'avouera. Elle vous cachera le Mal dont elle est pétrie, par honte. Par humanisme.

J'ai  - égoïstement - aimé les pages où ZsaZSa se raconte : son enfance atypique, ce père cultivé qui enseigne le chinois à sa fille et l'écoute des oiseaux pour les connaître et communiquer avec eux, puis les rencontres, la vie professionnelle, son rapport à notre société. Et tout autant quand elle évoque la nature qui n'est là que pour elle seule, Marguerite "sa voisine" si décalée dans notre société et si attachante - n'est-elle pas disponible à toute heure pour ouvrir sa porte , - .

Je voulais lui  - marguerite -épargner l'hôpital du village où déjà une fois, cet hiver, il avait fallu la transporter après la mort de son cheval. Il n'y avait pas de bêtes là-bas, en bas, disait-elle, pas de poules, pas de chat, il n'y avait rien. A l'hôpital, il n'y avait rien. Il fallait que je revienne ici. les bêtes sont des confidents, on leur dit tout, et alors, là, elle leva vers moi son regard, pour être sûre de moi, sûre que je comprenais cela, l'essentiel, nous-mêmes, elle et moi, fille et bêtes.

Il y a cette quête vers le virtuel que représente Kat-Espadô, cela occupe complètement sa volonté quand elle ne parcourt pas les forêts, la hante...Et il y a la rencontre réelle et là, je ne dirai rien de plus : à vous de découvrir !

Il existe toutes sortes de rencontres. (...) On peut rencontrer un pseudo : il vous possède. On peut rencontrer un oiseau : il vous fait rougir. La plus petite rencontre contient sa part explosive qui fracture quelque  chose en vous.


Je n'ai qu'un regret  : avoir lu la dernière page de ce roman et quitté ZsaZsa comme on quitte une image que l'on trouve trop familière...


mots-clés : #amitié #correspondances #solitude
par kashmir
le Mer 21 Fév - 19:23
 
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Andreï Makine

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Le pays du lieutenant Schreiber


Le roman d'une vie

Originale : Français, 2014

CONTENU:
Andreï Makine a écrit: Je n’aurais jamais imaginé un destin aussi ouvert sur le sens de la vie. Une existence où se sont incarnés le courage et l’instinct de la mort, l’intense volupté d’être et la douleur, la révolte et le détachement. J’ai découvert un homme qui avait vécu à l’encontre de la haine, aimé au milieu de la pire sauvagerie des guerres, un soldat qui avait su pardonner mais n’avait rien oublié. Son combat rendait leur vraie densité aux mots qu’on n’osait plus prononcer : héroïsme, sacrifice, honneur, patrie… J’ai appris aussi à quel point, dans le monde d’aujourd’hui, cette voix française pouvait être censurée, étouffée. Ce livre n’a d’autre but que d’aider la parole du lieutenant Schreiber à vaincre l’oubli.


REMARQUES :
Il est bien probable que beaucoup de Français, écoutant le nom de(s) « Servan-Schreiber » y associent naturellement l' histoire assez illustre de toute une famille, d'origine juive-prussienne. Il est vrai que c'est impressionnant de voir à quel point différents membres de cette famille ont été présents dans le journalisme, la politique, les médias... (voir aussi : http://fr.wikipedia.org/w/index.php?search=servan+schreiber&title=Sp%C3%A9cial%3ARecherche ). Mais - on le voit déjà dans ces paroles de préface de l'auteur français d'origine russe - qu'est-ce qui a poussé Makine a donner parole à travers son livre à Jean-Claude Servan-Schreiber (voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Servan-Schreiber )? Donner de l'espace à quelqu'un qui a passé sa jeunesse sur les champs de bataille dans un bravour exceptionnel, mais aussi dans un apprentissage de ce qui reste, ne reste pas. Après avoir été témoin de tant d'horreurs : qui veut encore écouter un vrai témoignage de tout cela à son retour ? L'insouciance et l'oubli, voir même l'indifférence suivront – très rapidement après la libération, et aujourd'hui encore plus ?! Comme signe : dans l'article de wikipedia cette période de la guerre dans la vie de ce personnage est mentionnée avec une phrase lapidaire. Pourtant cela semble avoir été une expérience clé et un temps charnier. Donc, il s'agit pas tellement d'autres aspects de sa vie tumultueuse.

Cet homme là qui a dû assumer ses origines israélites tout en étant de tout cœur français, est, pour des camarades morts aujourd'hui (ou déjà lors des combats) celui qui conserve la mémoire. Qui garde, peut-être comme le dernier, une trace de leur existence : une parole, un geste... Nécessaire, important,. Quand il lira en 2006 ce livre d'Andreï Makine «Cette France qu'on oublie d'aimer »,  sera touché par l'amour porté par un "étranger" à l'histoire de la France et l'accusation de ses manquements. Et il y trouvera même mentionné deux de ses camarades ! Donc, il fera signe à l'auteur, et depuis ce temps-là, ils sont pas seulement entrés en contact superficiel, mais Makine, avec toute l'amitié qu'il est capable d'investir dans une telle relation, écoute, fait parler ce lieutenant d'une période que « personne n'intéresse plus ». Il le poussera à (faire) écrire ces souvenir, ces bribes de gestes, de rencontres, de paroles qui feront remonter à la mémoire la vie de tant de soldats, disparus. Makine pensera (ce n'était pas d'abord l'idée de Servan-Schreiber) à contacter un éditeur, est convaincu que cette histoire d'un jeune si engagé, frôlant la mort à plusieurs reprises, participant au débâcle de la France en 1940, fuyant vers l'Espagne, s'engageant dans le combat en Nord de l'Afrique, participant au débarquement en Provence, remontant avec les troupes la vallée de la Rhône et conquérant l'Allemagne sous d'immenses pertes, doit passionner les éditeurs, et les lecteurs.

Mais ce sera compter mal avec les idées courantes, la recherche de légèreté... Trouvé un éditeur sera une longue affaire, et puis le lancement sur « le marché » une entreprise de grande déception : personne s'y intéresse, à ces souvenirs. Et après les trois mois obligatoires et coutumières de lancement – hop!- le tirage à la poubelle. Quel destin, quelle réaction sur une vie...

Avec ce livre donc, Makine entreprend à donner une parole à cet homme, et à travers lui, à ces soldats. On trouvera une structuration plus poussée : 6 parties avec 2 à 8 sous-chapitres de 4-15 pages. Le tout toujours avec des titres.

Certes, vous l'avez compris, ce livre s'approche donc d'un vécu concret. On peut y déceler des invitations assez directes, des dénonciations, des indignations, voir aussi des accusations, des constatations tristes d'un certain état des choses. Et pourtant, on retrouvera dans la description de ces bribes de l'histoire de guerre de J-C SS pas seulement ou juste une énumération de soit disant « faits d'armes » (le lieutenant est beaucoup trop peu intéressé à se mettre en évidence), mais aussi des petites réflexions, gestes, paroles qui sont signes d'autres choses. Dans ces allusions on trouvera des éléments de ce qui passionne l'écrivain et l'homme Makine, ce qui a marqué tant de ses romans : certes, la présence d'une violence, d'une dureté, mais aussi le don de soi, l'oubli, l'amour, le pardon. Comment ne pas perdre la raison, l'amour au milieu de l'enfer des combats ? Et après ? Quel part de solitude est inéchappable, pour ainsi dire, et partagé avec tous ?

Puis ce constat, face aux simplifications d'idées (inclus la Résistance, l'ennemi, l'héroïsme, les démarcations etc) : « La vie, la vraie, est toujours plus complexe que tous nos schémas idéologiques. » Il y a plein de passages très forts, même si à la Makine, l'auteur reprend des éléments clés, les répète comme pour les (faire) comprendre et partager.

Intéressant (entre autre) : ses idées et le ressenti de J-C SS sur l'existentialisme, trouvé comme un mode en vogue en ce retour de guerre. Désillusions..., démontage d’idoles ?!

« Chacun de nous possède quelques humbles reliques dont le sens est inconnu aux autres. Oui, des pièces de notre arcéologie personnelle, des infimes fragments d'existence que même nos proches, si nous disparaissions, ne sauaient ni dater, ni rattacher à un souvenir précis. Les personnages de nos photos deviendraient anonymes, un galet ramassé jadis sur uhn littoral aimé – un simple petit caillou... »

Et pour ceux qui aiment Makine déjà à travers différents livres de son œuvre, il y a des bribes d'infos sur sa personne qui... pourraient aider à le situer un petit peu mieux : il se déclare clairement ancien combattant en Afghanistan. Peut-être, et le vétéran en face le lui rappelle, ce sont ces expériences communes face à la mort des camarades qui les unissent et le rend grave. Et en recherche d'autre chose.

Pour moi une grande invitation de faire mémoire, de ne pas oublier, de garder présent dans son esprit, son cœur. Peut-être aussi très bien-venu l'année du centenaire du déclenchement de la première guerre ? Mais pas juste pour un date ponctuel.

J'avais, à plusieurs reprises, des larmes aux yeux.


mots-clés : #amitié #guerre #biographie
par tom léo
le Mar 20 Fév - 7:21
 
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Sujet: Andreï Makine
Réponses: 18
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Michèle Lesbre

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Le canapé rouge

Anne embarque dans le Transsibérien pour aller retrouver un compagnon dont elle ne reçoit plus de nouvelle : celui-ci a décidé un jour qu'il quittait sa vie de militant pour aller s'isoler loin des mirages de la vie et ses désillusions.
Tandis que le train l'emporte vers Irkoutsk, son esprit chemine entre les paysages aperçus, les vie croisées au fil des arrêts en gare et surtout revient vers Paris pour nous dire l'histoire de l'amitié qui la lie à une dame âgée, sa voisine, ancienne modiste que la curiosité des gens et des événements habite toujours.

Autour de toutes ces réflexions, il est question de la vie , du destin, de la conception du bonheur et de la faculté que chaque être humain a de s'en emparer. Anne évoque aussi de grands destins de femmes extraordinaires...


Un magnifique roman à tiroirs sur la mémoire des faits, des êtres. Sur le déclin de la vie et de ce qu'il permet de partager....Un livre qui va forcément m'en faire lire d'autres et c'est cela que j'aime.



mots-clés : #amitié #voyage
par kashmir
le Mer 14 Fév - 18:13
 
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Sujet: Michèle Lesbre
Réponses: 25
Vues: 592

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