Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 10 Déc - 23:02

49 résultats trouvés pour xixesiecle

Rainer Maria Rilke

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Histoires pragoises

Je suis un peu intimidé pour dire quelques mots sur ce livre : je n'ai fait qu'effleurer pour le moment son œuvre, avec ces deux nouvelles écrites avant Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, avant Les Elégies de Duino, en 1899... on a envie, après avoir lu un tel livre, de parler de ce qu'on ressent spontanément plutôt que de faire la moindre analyse. Rilke recréé la Prague de son époque, où l'antagonisme entre le peuple tchèque et la domination animait les conversations, mais semble laisser tout cela dans un arrière-plan confus et fantomatique. Des images saisissantes s'y superposent, et marquent davantage : des lieux plein de silences ou trop sonores, trop vastes, qui touchent les personnages dans ce qu'ils cachent au plus profond d'eux-mêmes.


mots-clés : #autobiographie #lieu #nouvelle #xixesiecle
par Dreep
le Dim 7 Oct - 16:14
 
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Sujet: Rainer Maria Rilke
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Marie Sizun

La gouvernante suédoise

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A travers des photos de famille, quelques témoignages tronqués et un journal intime censuré, Marie Sizun reconstitue une tranche de son histoire familiale, un secret moyennement gardé qui a fait peser son empreinte sur les générations suivantes. Cela, on le subodore à quelques allusions au fil de son récit, et elle le confirme dans l'épilogue. Au-delà de ce côté intime, le livre se présente comme le sempiternel roman de la petite bourgeoisie, entre la Suède et Meudon, le mari qui trompe la jeune épouse avec la gouvernante, la grossesse cachée et l'enfant en pension, le mystère, les faux secrets, les apparences sauvegardées. Ces gens se dressent un carcan de conventions et de conformisme, ils se refusent le courage de leurs émotions au prix d'une bienséance mortifère.

Marie Sizun fait le choix d'un récit distancié, d'un classicisme quasi glacial, à l'image de ces cœur congelés.Elle gomme l'émotion comme celle-ci se doit d'être gommée au profits du paraître dans la vie de ses protagonistes déchirés par leurs amours socialement inacceptables. Un temps, dans une ambiance un peu sulfureuse, on se  demande si la gouvernante va s'approprier son maître ou sa maîtresse, mais non, le récit retrouve vite cette banalité des amours ancillaires, cette loi du bon vouloir des hommes,  si souvent décrites dans les romans du XIXème siècle. Cet aspect lisse et retenu est assez frustrant, n'aurait-il pas mieux valu assumer le pathétique, faire couler les larmes plutôt que s'en tenir à la petitesse des sentiments bridés par les conventions bourgeoises, à la réserve de cette histoire sagement bien racontée?

Petite pensée pour Carl Larson

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mots-clés : #amitié #conditionfeminine #famille #solitude #xixesiecle
par topocl
le Mer 12 Sep - 20:45
 
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Sujet: Marie Sizun
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Sebastian Barry

Des jours sans fin

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Thomas McNulty a fui la famine de son Irlande natale tout juste adolescent. Avec la terre nouvelle de l'Amérique, incarnation de son espoir de renouveau,   il va découvrir, en compagnie de John Cole, son "galant", un mode de vie qu'il va servir avec une constante loyauté -qui n'empêche pas les remises en question. Ce monde naissant, où il s'engage en tant que Tunique Bleue,  s'appuie sur la conquête de la frontière, l'extermination des bisons et des Indiens, mais aussi  la guerre de Sécession au nom de la liberté de tous. Au fil des années, des épreuves et des moments de bonheur, il cerne mieux cette Amérique, en perpétuelle évolution, ses combats ignobles ou généreux, ses habitants contrastés et ambivalents. il apprend aussi à se connaître lui-même, à prendre soin de la part féminine qui est en lui, qui ne l'empêche en aucun cas de se montrer "viril" au combat.

Thomas McNulty, dans sa naïveté, est un homme sensible et résolu, il raconte avec délicatesse les atermoiements de son âme, les interrogations de son esprit, les battements de son cœur, mais il se montre aussi, quand il est soumis à l'autorité,  dans une cruauté sans ambages, partie prenante  des massacres, des atrocités physiques et morales d'un monde en construction.

C'est un très beau western, avec ce que le western implique de nobles sentiments et de droiture. Mais il est aussi source de réflexion et plein de compassion. Contrairement aux westerns classiques, les femmes n'y sont pas que des potiches et il réfléchit sur l’identité sexuelle dans un monde pas vraiment ouvert sur ce sujet. Il ne réserve pas le beau rôle aux blancs, il dénonce implacablement la cruauté et le génocide. Il s'épanouit dans  la douceur et de la bienveillance de son personnage, plein de l'amour qui le lie à ses attachements, contraint par l'époque et le lieu à une vie de violence, qu'il s'efforce de décrypter.

Les soldats échangent quelques coups d'oeil. Personne aime voir les nombreuses armes étincelantes des Indiens. Des dagues, des pistolets. On a l'impression de rencontrer des bandits. Des types pas honnête. Leurs pères possédaient tout, et ils avaient jamais entendu parler de nous. Maintenant, cent mille Irlandais parcourent cette terre avec des Chinois qui fuient de cruels empereurs, des Hollandais et des Allemands, ainsi que des hommes de l'Est. Qui se déversent sur les chemins en hordes interminables. Chaque visage indien donne l'impression d'avoir été giflé. Plusieurs fois. Et ces têtes sombres nous observent  sous leurs mauvais chapeaux. Des vagabonds. Des hommes défaits. C'est ce que je pense.          

                                                                                                                                   

Je  suis une fois de plus extrêmement touchée par cet auteur, Sebastian Barry, sa pudeur mêlée de lyrisme, son amour de la nature et des hommes, de la part d'humanité qui est en eux, cachée derrière la violence, son respect pour la souffrance de chacun quel qu'il soit. Comment il arrive  à décrypter une certaine bonté derrière le déchaînement. Cet homme est miséricordieux, comme son héros, il parle "avec plus de chagrin que de colère". Il réussit le tour de force de  reconnaître sa valeur et sa dignité au plus obscur des personnages, se nourrissant des ambiguïtés et des ambivalences, sans pour autant pardonner l'impardonnable ou renoncer  à la dénonciation d'une extermination sauvage.

Merci Tom Léo Very Happy !                                    




mots-clés : #aventure #genocide #guerre #historique #identitesexuelle #immigration #xixesiecle
par topocl
le Mar 4 Sep - 14:46
 
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Sujet: Sebastian Barry
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Arthur Schnitzler

Vienne au crépuscule

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Nous sommes dans les salons viennois de la fin du XIXème siècle, les salons où l'on cause, où l'on brille. Toute cette superficialité pare "agréablement" l'écrasante victoire d'une caste arrogante (je m'y suis beaucoup perdue, dans les 150 premières pages, impossible de savoir qui est qui dans cet entrecroisement mondain d'Ehrenberg, de Nurnberger, d'Oberger).

Les juifs, sourire crispé ou rictus effrayé, aveugles ou clairvoyants, mais humiliés toujours, croient encore (pour certains) pouvoir échapper à leur sort par l'assimilation ou le sionisme. Les femmes papillonnent, les jeunes filles attendent le mari, les jeunes hommes, libérés des soucis matériels, écrivent ou composent, voyagent (ah ! Le voyage en Italie !), prennent les femmes comme d'aimables êtres jetables : les utilisent, les échanges, les négligent, les abandonnent…

Bien des façons de se livrer à ce petit jeu : avec la distinction forcenée du jeune Georges von Wergenthin , Monsieur le Baron, avec l'ironie mordante et désespérée  de Nurnberger, avec le désespoir défaitiste et égocentré de Bermann. Tous se cachent derrière leur bons mots, leur haute opinion d'eux-mêmes, leurs hautes aspirations. Quel égoïsme, quelle autosatisfaction (mon dieu, que la vie leur est compliquée!). Ce sont d'infâmes mâles imbus d'eux-mêmes, persuadés de leur bon droit et de leur raffinement.

C'est assez bavard et souvent ennuyeux, et ma lecture fut laborieuse, mais il y aussi de bons moments, et peu à peu s'est dévoilée une réflexion sur la destinée au sein de cette  société infatuée qu'on voudrait agonisante.  Le décorticage méticuleux  de la nature humaine et notamment masculine finit par déclencher un certain dégoût. Ces homme sont des porcs croisés de paons : parés,  artistes et intellectuels, c'est à dire soi-disant pensants et pleins de sensibilité, ils  se délectent dans une perpétuelle introspection déculpabilisante, qu'ils croient raffinée, mais qui est  en fait bornée, condescendante  et  auto-satisfaite.


Mots-clés : #antisémitisme #conditionfeminine #culpabilité #historique #initiatique #lieu #psychologique #xixesiecle
par topocl
le Sam 30 Juin - 16:30
 
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Sujet: Arthur Schnitzler
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Anatole Le Braz

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Pâques d'Islande

Nous avons dans ce livre quelques nouvelles de cet homme de lettre breton de la deuxième moitié du XIXè siècle. Dans un français vieilli certes mais pas sans charme, il nous plonge dans les fonds sans âges d'une âme bretonne à la superstition bien ancrée. "Ici, j'apprenais le français pour chanter la Bretagne". On pense forcément folklore et "régionalisme" et il y a de ça mais comme tout collecteur de contes il cherche plus que l'image pittoresque d'un monde qu'il soit révolu ou non. Ce qui prime c'est la volonté de partager ce que peut faire vivre ou ce qui vit à travers ces images.

Bretagne de la mer avec la pêche en Islande et un article qui dénonce la condition des mousses et Bretagne de l'intérieur partagent une vie rude emprunte de fatalité ainsi que la proximité des morts. Souvent de façon indirecte, on raconte l'histoire, se découvrent des pratiques religieuses et sociales qui témoignent d'un mélange subtil de pratiques habituelles du culte et d'usages locaux.

L'écriture parfois terne parfois moins et la port morbide de l'affaire n'empêche pas de se plonger avec intérêt dans ce voyage ethnologique et humain qui ne manque pas de nous rappeler que breton ou non avec le temps les usages passent et que si on n'y perd pas toujours peut-être perd-t-on petit à petit dans ce rapport aux ancêtres (amour, respect, crainte, et zeste de ???) une chose qui remonte à "loin".

Les quelques notes biographiques aident à comprendre pourquoi le thème de la mort est si cher à l'auteur qui a vu mourir beaucoup de membres de sa famille et de ses proches.

J'en garderai surtout quelques visions d'un dépouillement grave qui laisse une place à un bonheur de la même veine.

Merci Armor. Tag xixesiecle sur Des Choses à lire - Page 2 1252659054

(petite récup').

mots-clés : #documentaire #lieu #nouvelle #social #traditions #viequotidienne #xixesiecle
par animal
le Lun 25 Juin - 21:30
 
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Sujet: Anatole Le Braz
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Aloysius Bertrand

Gaspard de la Nuit
Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot

Tag xixesiecle sur Des Choses à lire - Page 2 Gaspar10
(Six "livres", et des pièces détachées et appendices ajoutés, une préface, 240 pages environ)


Curriculum vitæ parfait de poète maudit, à mon avis, il est impossible de faire mieux:
Rien, ou si peu, publié de son vivant, maladie, dèche noire, mort jeune, adoubé chez Hugo, chez Nodier, chez Sainte-Beuve, habilité par rien moins que Baudelaire et Mallarmé, puis les surréalistes, jusqu'à son nom de plume qui n'est pas vraiment de lui, mais attribué par la postérité, etc...

Dans les Lettres francophones, il reste à jamais, pour cet ouvrage, considéré comme l'inventeur de la poésie en prose.

L'inventeur ?
Je vous vois venir, comme au reste le recense la préface, Fénelon, Senancour, Chateaubriand dans Attala, d'autres encore s'y étaient risqué, mais sous couvert de pseudo-traductions de chansons ou de poèmes.

Au reste des poètes étaient traduits (Byron, Jean de la Croix, etc...) sans respecter le formalisme du vers français, et l'on s'apercevait bien que les traductions "passaient" en langue française.
Et puis il y avait autrement plus notoire, flagrant et ancien, les traductions des Psaumes (de l'hébreu vers le latin, puis vers le français), entonnés ou chantés dans chaque paroisse, sans que la langue utilisée ne semble souffrir de cet accommodement...

Mais est-ce bien là ce qui distingue ce livre (un intérêt d'histoire littéraire) ?
Je ne crois pas. Le projet est original, l'auteur publie ce qu'il nomme des bambochades, terme droit venu de la peinture de Pieter Jacobsz Van Laer, alias Il Bamboccio, connu pour la puissance évocatrice de ses scènes, comme par exemple celle-ci:

Tag xixesiecle sur Des Choses à lire - Page 2 Il_bam10

Au surplus l'ouvrage est sous-titré "Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot" (NB; Jacques Callot, connu pour ses gravures aux mille détails comme L'Impruneta). D'autres artistes sont évoqués, Van Eyk, Lucas de Eyde, Peeter Neef, Bruegel de Velours, Van Ostade, Gérard Dow, Slavator Rosa, Murillo, Füssli...

Bertrand va même jusqu'à indiquer avec précision, dans des Notes sur l'illustration de Gaspard de la Nuit, ce qu'il conviendrait de faire dans ce domaine.
idem, "Instructions pour le metteur en pages" donne les impératifs de mise en page, commençant par celle-ci: Blanchir comme si le texte était de la poésie.

C'est, à mon humble avis, ceci en particulier, cette espèce d'innovation consistant à ce qu'une prosodie non versifiée fût à ce point enchâssée de blanc, qui lui valut d'abord l'intérêt, puis, à la lecture soutenue du riche contenu, toute l'estime, enfin toute l'admiration de Baudelaire et de Mallarmé.

Tandis qu'au XXème, d'Eluard, Reverdy, Max Jacob, André Breton (dont c'était prétendûment l'auteur préféré, difficile de ne pas y voir une coquetterie ???), etc... célèbrent plutôt le surréalisme inversé, tourné vers le passé.
Sainte-Beuve, avec une absence de recul tout à fait normale et compréhensible, rencontre le jeune homme de vingt et un ans au cénacle de Victor Hugo, se voit remettre le manuscrit de Gaspard, signe une longue préface pour une édition post-mortem, mais, au vu des thèmes (la matière médiévale) et des auteurs du temps, le classe dans une...voie inclassable du romantisme.

En fait tout le monde s'accorde sur un point: l'extrême originalité, la singularité d'Aloysius Bertrand.

Pour ma part, c'est sans doute ce que j'ai lu de plus frais, de plus enthousiasmant, en 2018.

La désarmante simplicité, mais couplée à un raffinement exceptionnel, le fait qu'il puisse manquer des points majeurs pour une lecture linéaire des bambochades, et, à la manière d'un tableau, en entrant dedans, dans un second plan, ou même beaucoup plus tard, même plus devant la toile mais y repensant, on complète par des éléments sous-jacents à l'aide de notre intuition, de notre imagination; tout ceci est hors du commun.
En cela, le lien à Rembrandt du sous-titre est pleinement justifié.


Mots-clés : #poésie #xixesiecle
par Aventin
le Sam 10 Mar - 21:00
 
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Sujet: Aloysius Bertrand
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Gustave Flaubert

Madame Bovary

Tag xixesiecle sur Des Choses à lire - Page 2 Livre_11


Comment le récit d’une banale histoire d’adultère dans la bourgeoisie provinciale du 19e siècle devient-il un chef-d’œuvre de la littérature ? Et comment lire aujourd’hui ce roman en tentant de faire abstraction des multiples exégèses dont il a fait l’objet depuis sa parution ?

Tout au long de ma lecture, j’avais en arrière-plan cette affirmation de l’auteur : « Madame Bovary, c’est moi ! », phrase d’ailleurs qu’il n’a peut-être jamais prononcée (voir ici)
Quelles interprétations lui donner ?

La première qui me soit venue à l’esprit est l’investissement que Flaubert a mis dans cet ouvrage sur lequel il a travaillé de nombreuses années et qu’il a constamment modifié pour en faire une sorte d’œuvre d’art parfaite. La maïeutique a été longue et douloureuse. On comprend que Madame Bovary lui ait tenu à cœur. Ce livre, c’est lui !
J’ai été sensible à ce fameux « style », marque de fabrique de l’écrivain, mais peut-être plus à la construction du récit dont on parle moins souvent. Il s’agit pourtant d’une architecture élaborée avec une montée progressive des périls jusqu’à la catastrophe finale.

Mais « Madame Bovary c’est moi !» peut aussi s’entendre comme identification de l’auteur avec son héroïne, ce qu’on entend sous le terme de bovarysme. Qui est en fin de compte Emma ? une jeune femme de la petite bourgeoisie agricole de Normandie, nourrie dans sa jeunesse par la littérature romantique, qui rêve du grand amour, d’un destin hors du commun. Elle rencontre « Charbovari », grand cœur mais très terre à terre et manquant quelque peu de poésie. C’est l’histoire donc de deux mal mariés, ce qui entraîne l’un dans l’incompréhension de sa femme et l’autre dans la haine de l’époux.

En effet, Emma se trouve enfermée dans un village perdu de la campagne, monde fermé, mesquin, petit-bourgeois qui suinte l’ennui, la routine, l’espionnage des voisins. Il suffit d’en voir les descriptions qu’en donne Flaubert pour comprendre à quel point cette situation est un mouroir à petit feu.
Invitée à un bal par le châtelain, Emma découvre qu’il existe une autre vie, faite de plaisirs, de luxe, de raffinement, de rêve et d’idéal également. Elle est fasciné par les jeunes aristocrates.

« Dans leurs regards indifférents flottait la quiétude de passions journellement assouvies ; et, à travers leurs manières douces, perçait cette brutalité particulière que communique la domination de choses à demi faciles, dans lesquelles la force s’exerce et où la vanité s’amuse, le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues. »"]« Dans leurs regards indifférents flottait la quiétude de passions journellement assouvies ; et, à travers leurs manières douces, perçait cette brutalité particulière que communique la domination de choses à demi faciles, dans lesquelles la force s’exerce et où la vanité s’amuse, le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues. »


Plus tard, elle pense rencontrer ce bonheur sous les traits de Léon, le jeune clerc de notaire. Il est beau, sensible à la poésie, possède une âme romantique. Les deux oiseaux isolés se plaisent, mais Léon doit poursuivre ses études à Paris. Amour resté platonique, mais première fêlure dans l’univers romanesque d’Emma et première trahison de Charles.

Le bonheur le voici vraiment cette fois, en la personne de Rodolphe, plus âgé que Léon, ayant du « vécu », bien fait de sa personne, beau parleur, disposant de substantiels revenus et habitant le manoir d’Yonville-l’Abbaye. Emma tombe rapidement sous le charme. S’engage alors une liaison passionnée.

« Quant à Emma, elle ne s’interrogea point pour savoir si elle l’aimait. L’amour, croyait-elle, devait arriver tout à coup, avec de grands éclats et des fulgurations, -ouragans des cieux qui tombent sur la vie, la bouleverse, arrache les volontés comme des feuilles et emporte à l’abîme le cœur entier. Elle ne savait pas que, sur la terrasse des maisons, la pluie fait des lacs quand les gouttières sont bouchées, et elle fût ainsi demeurée en sa sécurité, lorsqu’elle découvrit subitement une lézarde dans le mur. »


Mais Emma est trop passionnée justement, elle veut fuir en Italie avec Rodolphe. Celui-ci prend peur, l’affaire va trop loin et puis cette maîtresse commence à l’ennuyer. Il l’abandonne donc et s’enfuit sur Paris.
C’est une profonde trahison pour Emma et une secousse qui l’ébranle de la tête aux pieds, au point que commencent de vrais troubles physiques : évanouissements, sautes d’humeur, repli sur soi, haine de plus en plus marquée pour Charles.

« Oui, murmurait-elle en grinçant des dents, il me pardonnera, lui qui n’aurait pas assez d’un million à m’offrir pour que je l’excuse de m’avoir connue… »


Elle pense trouver le repos dans la religion, mais comme toujours en adoptant une approche exaltée. Le brave curé est à mille lieux de pouvoir comprendre quoi que ce soit au désarroi d’Emma.

Enfin elle retrouve Léon, plus mûr mais toujours aussi amoureux ; nouvelle liaison, nouveaux mensonges, passion hors du commun, folle course à l’abîme d’un être qui a perdu tout repaire, toute dignité… Là encore, l’amant se révélera d’une rare lâcheté.
En fin de compte le seul vrai amant d’Emma fut Charles, amant qu’elle n’a pas su, qu’elle n’a pas voulu voir. Pourtant le seul mâle qui serait à sauver dans cette histoire sordide.

Madame Bovary n’est-ce pas Flaubert engoncé dans la médiocrité du quotidien, rêvant d’Orient, de Salambo… ? N’est-ce pas nous ?

Emma Bovary c’est le romantisme porté à son extrême, une femme de caractère qui rêve d’idéal et qui se heurte sans cesse à la médiocrité du monde, à la lâcheté des hommes. Dans la dernière partie du livre c’est un papillon affolé, qui perd pied, qui va au bout de la trahison, de l’humiliation. C’est également, un être capable de rouerie, de désirs mesquins et qui peut se révéler futile et boursouflé de vanité. Emma est séduisante, agaçante, répulsive tout à la fois. Multiple Emma dans laquelle le lecteur trouvera toujours une part de lui-même. Emma qui exercera sa fascination à différents âges de la vie, des relectures. Peut-être une clef pour la transformation de ce récit en chef d’œuvre ?

Curieusement, j’ai beaucoup pensé à des chansons de Brel qui a su trouver des mots justes pour décrire le heurt de l’idéal à la médiocrité du réel.

« Car tout bourgeois, dans l’échauffement de sa jeunesse, ne fut-ce qu’un jour, une minute, s’est cru capable d’immenses passions, de hautes entreprises. Le plus médiocre libertin a rêvé de sultanes ; chaque notaire porte en soi les débris d’un poète. »


« N’importe ! elle n’était pas heureuse, ne l’avait-elle jamais été. D’où venait cette insuffisance de la vie, cette pourriture instantanée des choses où elle s’appuyait ?... »


« Elle avait des paroles tendres avec des baisers qui lui emportaient l’âme. Où donc avait-elle appris cette corruption, presque immatérielle à force d’être profonde et dissimulée ? »


« Il s’efforçait même de ne pas la chérir ; puis, au craquement de ses bottines, il se sentait lâche, comme les ivrognes à la vue des liqueurs fortes. »


« Puis, se calmant, elle finit par découvrir qu’elle l’avait sans doute calomnié. Mais le dénigrement de ceux que nous aimons toujours nous en détache quelque peu. Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains. »


Petite anecdote : j’ai rencontré dans le livre un lointain ancêtre qui ne faisait pas un métier très joli !

« Elle fut stoïque, le lendemain, lorsque maître Hareng, l’huissier, avec deux témoins, se présenta chez elle pour faire le procès-verbal de la saisie. »


Autre anecdote : je vois une pastille sur la couverture du livre "bac 2015". Je me souviens vaguement avoir lu "Madame Bovary" dans le cadre scolaire, sans en avoir gardé aucun souvenir....


mots-clés : #amour #psychologique #xixesiecle
par ArenSor
le Mar 6 Mar - 19:13
 
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Sujet: Gustave Flaubert
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Gustave Flaubert

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L'Education sentimentale

(Edition LGF. Livre de Poche, illustré avec un autoportrait de Léon Bonnat)

J'aimais bien imaginer le père Flaubert rêvant au vingtième siècle ( en littérature je précise) bien qu'il ne pouvait pas savoir, je pense que les écrivains des trente premières années du moins, lui aurait beaucoup plu ? Je ne sais pas, je laisse aux exégètes le soin d'imaginer des réponses. Pour autant que ça veuille dire grand-chose, j'ai eu le sentiment plus net que Flaubert là se rapprochait plus de ses contemporains, Thackeray surtout. Frédéric a moins de forfanterie que Barry Lyndon, il semble plus innocent, plus ingénu... quel masque ! J'avoue être tenté de repenser à la Foire aux Vanités, tant l'ensemble ressemble à de gigantesques noces : les personnages se succèdent dans leur bêtise ― pauvres ou grands de ce monde ― dans leurs aspirations pour le grandiose, au milieu du désordre révolutionnaire (mais il n'y a pas de révolution dans La Foire aux Vanités), et des torgnoles, fourberies et coucheries surtout. Entre tous, Frédéric, versatile coureur de jupons, deviendra ministre ou rien du tout, s'il en a le temps...! et Flaubert de vous sublimer tout ça au cordeau, au bal par exemple ou à Fontainebleau.

Gustave Flaubert a écrit:– Décidément, tu n'as pas de chance ! dit Rosanette.
– Oh ! Oh ! peut-être ! voulant faire entendre par là plusieurs bonnes fortunes, afin de donner de lui meilleur opinion, de même que Rosanette n'avouait pas tous ses amants pour qu'il l'estimât davantage ; ― car, au milieu des confidences les plus intimes, il y a toujours des restrictions, par fausse honte, délicatesse, pitié. On découvre chez l'autre ou dans soi-même des précipices ou des fanges qui empêchent de poursuivre ; on sent, d'ailleurs, que l'on ne serait pas compris ; il est difficile d'exprimer exactement quoi que ce soit : aussi les unions complètes sont rares.


mots-clés : #initiatique #xixesiecle
par Dreep
le Jeu 1 Fév - 19:17
 
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Sujet: Gustave Flaubert
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Colson Whitehead

Underground Railroad

Tag xixesiecle sur Des Choses à lire - Page 2 51z7g510

Colson Whitehead raconte la fuite de Cora, jeune esclave d'une plantation de Georgie. C'est une épopée romanesque puissante, aux multiples rebondissements, qui permet à l'auteur de tracer un portrait du Sud peu avant la guerre de Sécession. Il s'attache plus particulièrement aux esclaves marrons, ainsi qu' à ceux qui les aident (abolitionnistes les cachant et les convoyant,  organisés autour de fameux Underground Railroad ou Chemin de Fer Clandestins), ceux qui leur offrent un paternalisme déguisé, et ceux qui les traquent (milices et chasseurs d'esclaves).

Au fil des péripéties, on traverse les différents Etats du Sud, dont Whitehead nous révèle les singularités et les "raffinements" dans l'exécration de Noirs. C'est un récit aussi  attachant que révoltant, peuplé de figures fascinantes, dont l'écriture ne faiblit à aucune page, palpitant, qui sait en permanence trouver la bonne distance.

mots-clés : #esclavage #historique #xixesiecle
par topocl
le Sam 27 Jan - 21:06
 
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Mark Twain

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Le journal d'Ève......Le journal d'Adam

Des petits textes très courts. Le premier étant “Le journal d’Adam”, qui est bien structuré avec un début une fin et une continuité dans le récit. Adam est très bien au paradis. Il vit nu, mange des fruits, vit avec des tigres végétalistes. Et une créature apparait, Eve. Et elle est pénible. Elle parle trop, elle veut tout comprendre, elle le suit partout, elle donne des noms à tout. Pour dire, elle a inventé le mot “nous”. Il la fuit et se dit qu’elle ne lui apportera que des ennuis. Et en effet elle mange des fruits défendus et  ils perdent le paradis. Les animaux s’entretuent pour survivre. Et d’autres créatures apparaissent Caïn et Abel. Au début Adam ne sait pas ce qu’ils sont. Des sortes de poissons? Des Ours sans poils? En tous cas, ils font beaucoup de bruits. Adam finit par s’attacher à Eve, l’interdépendance est nécessaire dans ce monde dans lequel il faut se battre pour survivre.

Le journal d’Eve est plus morcelé. Il commence comme le journal d’Adam et puis change. Il y a une partie où Eve raconte les expériences que Adam et Eve, donc font pour comprendre le monde. Et on comprend que Eve a beaucoup de tolérence pour Adam qui ne comprend pas grand-chose et s’intéresse à des choses bien inintéressantes, mais qui est là constant et fort. Eve se demande pourquoi elle aime cet homme qui semble bien médiocre sur certains plans, mais elle l’aime. Et elle l’a aimé tout de suite, quitte à interpréter ses signes de fuites autrement. Eve a eu le coup de foudre et n’aime pas être seule. Mais Eve est entreprenante et ose tout. Bref deux petits livres amusants.

Je mettrai quelques extraits plus tard.....


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James Tissot

mots-clés : #contemythe #humour #xixesiecle
par Pia
le Sam 20 Jan - 16:58
 
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Sujet: Mark Twain
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Larry McMurtry

Lune Comanche

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Et il continue, Larry McMurtry, il nous offre une  suite au préquel, les quelques années avant et après la Guerre de Sécession.   Exterminés par les guerres et les maladies apportées par les blancs, la famine du fait du "génocide" des bisons, usés, peu à peu les Comanches, ces Indiens farouches qui se croyaient invincibles, abdiquent peu à peu,  acceptent la fausse amitié des Blancs, se regroupent dans des réserves où ils vont se mettre à la l'agriculture, refoulant les merveilles (et les horreurs ) de leur civilisation.

On est répartis pour 750 en compagnie de Gus et Call les jeunes rangers texans promus capitaine. Cavalcades, pistages, attaques, tortures, McMurtry ne lésine pas sur la marchandise. Mais la force de ce nouvel épisode, plus que le roman d'aventure (une fois de plus sans aucune zone d'ennui), c'est son aspect  choral, qui adopte autant le point de vu des deux héros, que celui de leurs chefs, de divers personnages secondaires, des bandits mexicains ou surtout des Comanches qu'ils combattent.

Que les choses soient mystérieuses ne les rendait pas moins valable. Le mystère des oies volant vers le Nord l'avait toujours habité ; elle volait peut-être jusqu'au bout du monde, aussi avait-il composé un chant pour elles, car il n'y avait pas plus grand mystère aux yeux de Famous Shoes que celui des oiseaux. Tous les animaux à sa connaissance laissaient des empreintes derrière eux, mais les oies qui déployaient leurs ailes et s'envolaient vers le Nord n'en laissaient aucune. Les oies devaient savoir où vivaient les dieux, pensait Famous Shoes, et du fait de cette connaissance, les dieux les avaient exemptés d'empreintes. Les dieux ne voudraient pas qu'on vienne les voir en suivant simplement une piste, mais leurs messagers, les grands oiseaux, étaient autorisé à leur rendre visite. C'était une chose merveilleuse à laquelle Famous Shoes ne se lassait jamais de penser.
A la fin de son chant, Famous Shoes vit que le jeune Blanc s'était endormi. Au cours de la journée, il n'avait pas été assez confiant, il s'était épuisé dans d'inutiles courses. Le chant qu'il venait de terminer avait peut-être eu un effet sur les rêves du jeune homme ; peut-être qu'en vieillissant, il apprendrait à faire confiance aux mystères plutôt qu'à les redouter. La plupart des Blancs ne pouvaient pas faire confiance aux choses autour d'eux tant qu'ils n'arrivaient pas à les expliquer ; mais les plus belles, comme le vol des oiseaux sans trace, demeurait à jamais inexplicables.


Mc Murtry s'attache une fois de plus à une intime connaissance de ses personnages, ces hommes forts, violents, fougueux, passionnés, qui ont leurs zones d'ombre: des peines cœur, des maladresses à vivre, des certitudes mêlées d' interrogations, des doutes...

On attend la suite annoncée par Gallmeister  Tag xixesiecle sur Des Choses à lire - Page 2 1171367610  !


mots-clés : #aventure #historique #romanchoral #xixesiecle
par topocl
le Sam 20 Jan - 14:27
 
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Sujet: Larry McMurtry
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George Sand

Merci Bédoulène pour l'ouverture de ce fil, même si George Sand est loin d'être dans l'air du temps (sinon pour être décriée, souvent de façon méprisante) !



Les Maîtres Sonneurs

1853, roman, 445 pages environ, divisé en 32 chapitres -ou, plus exactement, "veillées" et une préface-dédicace introductive.

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Jean-François Millet, Les scieurs de long (vers 1850-1852).




Vous trouverez le texte intégral ici.

Un éclairage contextuel peut paraître nécessaire, ou pas, d'où ce spoiler:
Spoiler:
Revenue...de tout, peut-on écrire, et revenue à son cher Nohant, cette maison du Berry étant peut-être sa seule fidélité inébranlable, en tous cas sa seule vraie stabilité, George Sand est, en 1853, une femme mûre (pour l'époque). Surtout une femme blessée, déçue, vivant des heures noires.

L'issue de la révolution de 1848 est défavorable, elle s'y était engagée avec passion, plume de pointe aux côtés des Lamartine, Michelet, Hugo, tous amis de longue date, et, pour l'un d'entre, eux, ex-amant.
Quittant Paris sous la menace et l'injure, elle retourne en Berry, où son fils Maurice est maire (chahuté, très contesté) de Nohant.  
L'élection de Louis-Napoléon Bonaparte porte un coup de grâce à son action. Il se trouve que, bien qu'il fût du camp opposé et qu'il mette en place, pour l'heure, ce qui n'est pas excessif de dénommer une dictature, George Sand le connaît très bien (qui ne connaissait-elle pas dans le tout-Paris de son époque, au reste ?), depuis les années de sa jeunesse.

Elle n'aura de cesse, tout en lui manifestant une glaciale hostilité, d'obtenir la grâce de personnalités exilées, souvent, il faut le dire, avec succès. Mais c'en est trop pour les Hugo, Michelet, Mazzini et consorts, exilés intransigeants qui l'en blâment ouvertement. Son action est autant mal interprétrée qu'utile, couronnée de succès, et elle jette l'éponge - laissant tomber dorénavant (et ce sera définitif) tout parti affiché, elle se retire sous les huées et les quolibets, opposante perdante pour le camp d'en face, et incomprise et rejetée dans son propre camp.
Quand on mesure son action politique à l'aune du temps, de l'ardeur, de l'argent dépensé "pour la cause" sans compter, de l'entregent, du courage, on se dit que tout cela est fort ingratement payé.

De plus, cette plaie vive suit la rupture d'avec Frédéric Chopin, qui fut toujours jugé trop aristocratique de goûts, de discours et de manières par les milieux communards, intervenue en 1847. Le prétexte à la brouille finale est que Chopin prend le parti de la fille de George Sand, Solange, lorsqu'elle s'unit au sculpteur Clésinger, au grand dam de George Sand. Il semble qu'en plus, Chopin était secrètement amoureux de Solange...

Après quelques courtes liaisons, elle entreprend une relation amoureuse qui s'avèrera plutôt longue, à l'aune de la durée des amours de George Sand, et qui se traduit par une vie commune qui en est à l'époque d'écriture des Maîtres Sonneurs à ses premiers mois, avec le graveur Alexandre Manceau, plébéien et plus jeune qu'elle de treize années.

Encore un de ces amours "maternants", qui jalonnèrent avec régularité son existence, sans doute un renvoi à sa propre enfance, entre un père peu connu pour cause de trépas accidentel et une mère à demi-folle, qui quittera Nohant en laissant la petite Aurore -la future George Sand- et Hippolyte "fils naturel du père d'Aurore" -on dirait aujourd'hui demi-frère de George Sand- aux bons soins de leur grand-mère paternelle, en d'autres termes sa belle-mère. Il n'est donc pas si singulier que ça que, dans ce roman, les enfants soient bien rarement élevés par le couple père-mère au complet, tout au contraire ils sont confiés, ou bien atterrissent dans le foyer qui les verra grandir suite à divers aléas que nous découvrons au fil de la lecture.

Je laisse le soin de l'analyse à plus pertinent que moi, mais je m'en voudrais de ne pas souligner une autre dimension, qui saute aux yeux: par ses nombreux amants, souvent talentueux au reste, en général plus jeunes et moins célèbres qu'elle ne l'est -du moins à l'époque du démarrage de ces liaisons, ça peut changer par la suite- elle s'affranchit du rôle, de la conception même de la femme mariée en son temps et en son lieu, renversant la proposition patriarcale en un matriarcat exigeant, ou plus exactement dans lequel elle tient, bien évidemment, les rênes. Mariton, comme Brûlette et Thérence, sont appelées à faire des unions d'amour, dans lesquelles elles ont le dernier mot et la situation toujours sous contrôle, à une époque où l'on prenait encore en règle générale "un parti intéressant", où l'attirance était secondaire par rapport à l'intérêt.  


George Sand écrit Les Maîtres Sonneurs avec une vitesse étonnante, en quelques semaines à peine. Premiers jets, sans doute, lors du dernier trimestre 1852 et les manuscrits nous révèlent, ce qui n'est pas sans intérêt, que le livre à l'état d'ébauche s'intitule "La mère et l'enfant", et commence à peu près au milieu de la version définitive des "Maitres Sonneurs". L'action se situe à la fin du XVIIIème siècle mais avant la révolution française.

Roman paysan, villageois et forestier, il emprunte son rythme et l'intitulé des chapitres en "veillées" comme celles où, bien sûr, l'on se réunit, et pour quelques décennies encore, à l'époque d'écriture de cet ouvrage, en milieu rural. Le conte de veillée est sûrement une dimension d'art populaire fascinante pour George Sand (je vais tenter plus loin d'exposer pourquoi).

Le narrateur est Etienne Depardieu, alias Tiennet, qui évoque en 1828 les années de sa jeunesse. La langue est magnifique, pleine d'emprunts patoisants, ou désuets, de tournures qui se veulent proche de l'oralité. Vraiment un régal. Ne pas s'embarquer, à mon avis, dans ce livre si l'édition n'est pas confortablement annotée. De surcroît George Sand entend témoigner d'un monde certes pas encore tout à fait passé alors, mais dont on sent confusément qu'elle sait qu'il est appelé sinon tout à fait à disparaître à brève échéance, du moins à se modifier.
Cueillir des instants qui ne seront peut-être plus, se remémorer un passé définitivement perdu à coup sûr, autant de thèmes très cher aux Romantiques, que la grande lectrice de Chateaubriand, l'amante de Musset et de Lamartine possède à merveille.
J'ajoute ceci: Avons-nous jamais été aussi proche des bohèmes de Nerval, dans le dessein poursuivi par George Sand ?

Tout part d'un trio, Joseph, alias "Joset l'ébervigé", au caractère égoïste et tourmenté, Brûlette, beauté de village, et donc Tiennet.
Ce sont de beaux jeunes paysans. George Sand tient, j'en suis persuadé, à montrer combien le peuple proprement dit est beau, sain. Y compris d'ailleurs les caractères d'aînés, les vieillards, etc...

Ils surprennent aussi par l'extrême profondeur de leurs sentiments, la finesse de leurs analyses et de leur comportement en société - leur psychologie aussi.
Une clef d'importance est que, selon George Sand, qui a beaucoup lu et de façon critique Rousseau étant jeune, le terroir façonne le caractère, la terre fait le paysan - juste à l'opposé de la toute-puissance, démiurgique pour ainsi dire, aseptisée et identique partout que nous lui imprimons aujourd'hui.

Au bout de ses introspections, Joset se découvre une attirance pour la musique. Il garde cela secret. Mais Tiennet découvre le secret. Joset, bien qu'amoureux, comme Tiennet de Brûlette, part vers son destin, chez les grands cornemuseux des forêts, en Bourbonnais, un autre pays, un autre terroir, et par conséquent d'autres caractères. Voyage typiquement initiatique. De longs mois plus tard, mandés par Huriel, muletier, homme de grands chemins et qui initiera en secret Joset à la musique dans le Berry, lui fournissant même son instrument (une cornemuse du Bourbonnais, d'une taille bien supérieure aux "musettes" usitées dans le Berry), Tiennet et Brûlette entreprennent le voyage vers les hautes forêts, le pays des bûcheux, des fendeux, des grands chantiers de bûcheronnage, de la vie en forêt et ses codes spécifiques, éloignés des lois qui régissent le royaume comme des habitudes berrichonnes, pour rejoindre un Joset malade et languissant...


Une petite recherche sur Frédéric Chopin plus loin, j'ai l'intuition qu'il y a du Chopin dans le caractère de Joset. Mais à petites touches dosées seulement.
George Sand, qui a reçu dès son enfance une solide éducation musicale, qui fut (brièvement) l'amante de Listz et (longuement) celle de Chopin, qui a connu, protégé et parfois lancé ce que Paris comptait de meilleur en termes de musiciens, de cantatrices etc... signe aussi là un livre sur la musique.

Mais pas celle des salons et des salles huppées de la capitale. Comme c'est encore elle qui en parle le mieux, voici ce que George Sand en dit dans une lettre:

Il y a une musique qu’on pourrait appeler naturelle, parce qu’elle n’est point le produit de la science et de la réflexion. Mais celui d’une inspiration qui échappe à la rigueur des règles et des conventions. C’est la musique populaire : c’est celle des paysans particulièrement. Que de belles poésies naissent, vivent et meurent chez eux, sans avoir jamais eu les honneurs d’une notation correcte, et sans avoir daigné se refermer dans la version absolue d’un thème arrêté!
Le paysan n’examine ni ne compare. Quand le ciel l’a fait musicien, il chante à la manière des oiseaux, du rossignol surtout dont l’improvisation est continuelle, quoique les éléments de son chant varié à l’infini soient toujours les mêmes.

Toujours est-il que l'on apprend que les "musiqueux" ruraux sont une pairie qu'on ne rejoint qu'en se faisant adouber, après avoir acquis une maîtrise certaine, et sur épreuves. Que l'âpreté, la concurrence sont vives, et qu'il faut se voir remettre formellement un territoire, ne pas empiéter sur celui d'autrui. La concurrence déloyale, les coups bas sont légion. Souvenons-nous que la cornemuse est, du moins je le crois, le seul instrument de musique à avoir jamais reçu le statut d'arme de guerre (en Ecosse)- c'est à vérifier, mais il me semble que c'est encore le cas de nos jours pour certains régiments britanniques dont l'origine se perd dans les brumes des Highlands.
George Sand nous montre vraiment un univers musical à part. A noter son insistance sur le thème du terroir qui façonne le paysan, traduit en terroir qui façonne l'artiste, son répertoire, sa "manière" et jusqu'à son instrument.
Et, même si son territoire est défini, il doit encore "performer" suffisamment pour prétendre vivre de ses talents musicaux. Il ne faut pas du tout situer "Les maîtres sonneurs" dans un univers de gentille fête champêtre un peu fleur-bleue. George Sand disait de Chopin qu'il parvenait à exprimer l'infini sur un seul instrument, elle le laisse aussi entendre pour les meilleurs d'entre les personnages de "sonneurs" et "musiqueux".

A noter, cela me paraît important, qu'on en est aux balbutiements de l'intérêt pour le patrimoine folklorique -donc populaire - (le mot "folklore" date d'ailleurs de ces années-là), et par conséquent George Sand est, encore une fois, "en pointe".  
A titre tout à fait personnel, je n'hésite d'ailleurs pas une seconde à qualifier l'intérêt, qui perdure toujours, pour le patrimoine intangible, non matériel en général, d'apport imprévu du romantisme.

On trouve aussi deux belles narrations de luttes entre duettistes à la loyale -surtout une, la première, les deux impliquant Huriel, bien que la seconde soit d'un enjeu et d'une intensité dramatique bien supérieurs à la première, qui est un bon chauffage d'oreilles entre garçons ayant querelle à vider. A celles-ci il faut ajouter une bataille rangée nettement plus fantaisiste.
Mais, pour ce qui est des deux affrontements entre duettistes, narrer une bagarre est un casse-tête d'écrivain, il y a peu de conventions, c'est très difficile à rendre, et comment le faire en suggérant la vitesse d'exécution des mouvements ?
Le plupart du temps, les auteurs ont recours a des expédients, à de bonnes grosses ficelles, donnant peu de crédit à ces scènes. Ce qui sera fait en bonne partie pour le second affrontement.
En dépit de cela, George Sand épate quand même dans cet exercice particulier.
Certes, elle connaît. On se souvient qu'enfant, à Nohant, elle était davantage coups de poings avec les garçons que crêpages de chignons avec les filles, et elle connaît à merveille les us et coutumes non écrits qui régissent ces joutes. La bagarre, l'affrontement physique, dans la mesure où il est loyal et justifié, n'est pour George Sand ni un fléau bestial, ni même un pis-aller sordide, mais la manifestation d'une loi naturelle (loi prise dans un sens rousseauiste, donc) en somme quelque chose de primitif et spontané, ce qui pare ces duels d'une certaine respectabilité.  

Quelques généralités pour finir:
En voulant restituer un parler paysan, la gageure consiste à le faire tout en maintenant une lecture alerte, adaptée à la trouvaille chapitres=veillées. Ce tour de force est réussi avec brio, je vais même plus loin: tout empli de termes peu usités ou déjà surannés ou locaux, dès la date d'écriture, ce livre a pourtant, c'est fort paradoxal, une très grande fraîcheur, et n'est jamais empâté, encore moins pompeux, écueils pourtant difficiles à éviter si l'on recherche la tournure pittoresque et le mot rare.    

George Sand maîtrise l'art du romancier à merveille, je crois que même ses détracteurs et ceux qu'elle indiffère lui reconnaîtront sa qualité de calibrage et de peinture, elle sait relancer l'intérêt du lecteur sans faire du stimuli en continu, sa plume a sa joliesse et n'est jamais du "rentre-dedans".
Ici, elle nous amène à un dénouement qui conserve sa part d'imprévisibilité jusqu'aux toutes dernières "veillées". A noter qu'elle écrit là un roman qui -du moins est-ce mon avis- est susceptible d'entrer parfaitement parmi les ouvrages de littérature pour adolescents, j'espère, sinon je m'y suis mal pris, avoir indiqué quelques autres niveaux de lecture, et, bien entendu, il reste beaucoup d'autres pistes et niveaux que je n'ai pas effleurés !


Un extrait, choisi pour son absence de vocabulaire rare ou inusité, ainsi que de tournures patoisantes ou singulières:
Troisième veillée a écrit:Après avoir pataugé assez longtemps pour en avoir chaud, malgré que la soirée fût bien fraîche, je me trouvai dans des fougères sèches, si hautes, que j’en avais jusqu’au menton, et en levant les yeux devant moi, je vis, dans le gris de la nuit, comme une grosse masse noire au milieu de la lande.

Je connus que ce devait être le chêne, et que j’étais arrivé au fin bout de la forêt. Je n’avais jamais vu l’arbre, mais j’en avais ouï parler, pour ce qu’il était renommé un des plus anciens du pays, et, par le dire des autres, je savais comment il était fait. Vous n’êtes point sans l’avoir vu.
C’est un chêne bourru, étêté de jeunesse par quelque accident, et qui a poussé en épaisseur; son feuillage, tout desséché par l’hiver, tenait encore dru, et il paraissait monter dans le ciel comme une roche.

J’allais tirer de ce côté-là, pensant que j’y trouverais la sente qui coupait le bois en droite ligne, lorsque j’entendis le son d’une musique qui était approchant celui d’une cornemuse, mais qui menait si grand bruit, qu’on eût dit d’un tonnerre. Ne me demandez point comment une chose qui aurait dû me rassurer en me marquant le voisinage d’une personne humaine, m’épeura comme un petit enfant. Il faut bien vous dire que, malgré mes dix-neuf ans et une bonne paire de poings que j’avais alors, du moment que je m’étais vu égaré dans le bois, je m’étais senti mal tranquille.

Ce n’est pas pour quelques loups qui descendent, de temps en temps, des grands bois de Saint-Aoust dans cette forêt-là, que j’aurais manqué de cœur, ni pour la rencontre de quelque chrétien malintentionné. J’étais enfroidi de cette sorte de crainte qu’on ne peut pas s’expliquer à soi-même, parce qu’on ne sait pas trop où en est la cause. La nuit, la brume d’hiver, un tas de bruits qu’on entend dans les bois et qui sont autres que ceux de la plaine, un tas de folles histoires qu’on a entendu raconter, et qui vous reviennent dans la tête, enfin, l’idée qu’on est esseulé loin de son endroit; il y a de quoi vous troubler l’esprit quand on est jeune, voire quand on ne l’est plus.

Moquez-vous de moi si vous voulez. Cette musique, dans un lieu si peu fréquenté, me parut endiablée. Elle chantait trop fort pour être naturelle, et surtout elle chantait un air si triste et si singulier, que ça ne ressemblait à aucun air connu sur la terre chrétienne. Je doublai le pas, mais je m’arrêtai, étonné d’un autre bruit. Tandis que la musique braillait d’un côté, une clochette sonnait de l’autre, et ces deux résonances venaient sur moi, comme pour m’empêcher d’avancer ou de reculer.
Je me jetai de côté en me baissant dans les fougères; mais, au mouvement qui s’ensuivit, quelque chose fit feu des quatre pieds tout auprès de moi, et je vis un grand animal noir, que je ne pus envisager, bondir, prendre sa course et disparaître.

Tout aussitôt, de tous les points de la fougeraie, sautèrent, coururent, trépignèrent une quantité d’animaux pareils, qui me parurent gagner tous vers la clochette et vers la musique,
lesquelles s’entendaient alors comme proches l’une de l’autre. Il y avait peut-être bien deux cents de ces bêtes, mais j’en vis au moins trente mille, car la peur me galopait rude, et je
commençais à avoir des étincelles et des taches blanches dans la vue, comme la frayeur en donne à ceux qui ne s’en défendent point.
Je ne sais par quelles jambes je fus porté auprès du chêne; je ne sentais plus les miennes.

Je me trouvai là, tout étonné d’avoir fait ce bout de chemin comme un tourbillon de vent, et, quand je repris mon souffle, je n’entendis plus rien, au loin ni auprès; je ne vis plus rien, ni sous l’arbre, ni sur la fougeraie; et je ne fus pas bien sûr de n’avoir point rêvé un sabbat de musique folle et de mauvaises bêtes.
Je commençais à me ravoir et à regarder en quel lieu j’étais. La branchure du chêne couvre une grande place herbue, et il y faisait si noir que je ne voyais point mes pieds; si bien que je me heurtai contre une grosse racine et tombai les mains en avant, sur le corps d’un homme qui était allongé là comme mort ou endormi.

Je ne sais point ce que la peur me fit dire ou crier, mais ma voix fut reconnue, et tout aussitôt celle de Joset me répondit :
– C’est donc toi, Tiennet ? Et qu’est-ce que tu viens faire ici à pareille heure ?



(Musé d'un message du 26 avril 2015 sur Parfum)


mots-clés : #initiatique #nature #xixesiecle
par Aventin
le Jeu 30 Nov - 11:53
 
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Sujet: George Sand
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George Sand

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Elle et Lui


C’est l’histoire d’une passion, celle de Thérèse et Laurent,  exacerbée par le caractère inconstant du jeune et talentueux peintre. En effet Laurent semble souffrir d’un déséquilibre psychique, passant de la douceur à la fureur en quelques minutes,  de la jalousie à l’indifférence, ne cessant d’accuser puis de réclamer le pardon de celle qu’il aime.

C’est par l’amitié que ces deux êtres se sont liés,  puis le garçon tombant amoureux de sa tendre et belle amie (peintre elle aussi) la convainc par ses déclarations, ses promesses ( renoncement à sa vie dissipée) de  céder à l’ amour.

« Ecoute,  ajouta-t-elle en tenant sa main dans les siennes avec tout la force dont elle était capable, ne me retire jamais cette main là et, quelque chose qui arrive, garde assez d’honneur et de courage pour ne pas oublier qu’avant d’être ta maîtresse, j’ai été ton ami. »

Mal lui en prit,  le bonheur ne dura  pas 7 jours. Victime d’hallucination Laurent est incohérent,  cette 7ème journée qui s’annonçait agréable fut une déconvenue.

« Il avait eu une hallucination. […]Quand il a été tout près, j’ai vu qu’il était ivre, et non pas poursuivi. Il a passé en me jetant un regard hébété, hideux, et en me faisant une laide grimace de haine et de mépris. Alors j’ai eu peur, et je me suis jeté la face contre terre, car cet homme…c’était moi ! »

Laurent s’ennuyait de cette vie calme, régulière,  il critiquait Thérèse qui pourtant fit des efforts pour sortir avec lui dans des lieux qu’elle n’aurait jamais fréquenté.

« Il faut savoir que la monotonie ne me convient pas, il faut me laisser à mes instincts qui ne sont pas toujours sublimes, mais que je ne peux pas détruire sans me détruire avec eux… »

Pour rompre la monotonie elle proposa à Laurent un voyage en Italie mais en 24 heures Laurent était déjà las de Gênes. Ce fut la rupture après une scène terrible.

Palmer, un américain ami de longue date avec Thérèse avait  favorisé la réunion du couple pensant que Laurent pouvait apporter le bonheur à Thérèse. Il avait une nouvelle à délivrer à la jeune femme (dont il avait d’ ailleurs raconté la vie à Laurent) Thérèse s’apprêtait à rentrer en France et Palmer, fort de sa rupture d’avec Laurent, lui révéla son amour et lui proposa le mariage. Elle accepta.

Palmer et Thérèse reçurent une lettre inquiétante de Laurent, ils le rejoignirent à Florence où il était atteint de fièvre, de délire. Thérèse le veilla et le soigna. Remis de cette épisode Laurent ne se souvenait pas de leur rupture et souhaitait continuer à vivre  avec Thérèse.

« Ce cœur là,  Laurent,  dit-elle en frappant se poitrine, n’est ni si fier ni si ardent peut-être que le vôtre ; mais, vous l’avez dit vous-même souvent autrefois, il reste toujours à la même place. Ce qu’il a aimé, il ne peut cesser de l’aimer ; mais, ne vous y tromper pas, ce n’est pas de l’amour comme vous l’entendez, comme vous m’en avez inspiré, et comme vous avez la folie d’en attendre encore. Ni mes sens ni ma tête ne vous appartiennent plus. J’ai repris ma personne et ma volonté ; ma confiance et mon enthousiasme  ne peuvent plus vous revenir. J’en peux disposer pour qui les mérite […] »

Rentrée en France, Thérèse fut bouleversée et amère de la demande de Palmer, jaloux de Laurent ; elle reprit sa parole sur le mariage.

« Thérèse !Thérèse ! s’écria Palmer avec violence en lui serrant le bras jusqu’à le meurtrir, jurez-moi,sur le souvenir de l’enfant que vous avez perdu, que vous n’aimez plus Laurent, et je tombe à vos  pieds pour vous supplier de me pardonner mon injustice. »

Fort de la rupture de Thérèse avec Palmer, Laurent  redevient  si charmeur, si prometteur,

Ah ! Thérèse, vous m’avez déjà dit une fois que je me vantais devant vous de ce dont je devrais rougir, que j’étais un mur de prison. Vous n’avez oublié qu’une chose : c’est qu’il y a derrière ce mur un prisonnier !
A quoi me servira, je vous le demande, d’avoir barbouillé de peintures fantasques les murs de mon cachot, si le mot  aimer  ne se trouve écrit nulle part ?


que  Thérèse succomba  une nouvelle fois :

« Thérèse sentit bientôt que l’affection de son pauvre enfant, comme il s’intitulait toujours, lui était douce, et que, si elle pouvait continuer ainsi, elle serait le plus pur et le meilleurs sentiment de sa vie.
- Probablement, lui disait-il, j’étais malade sans le savoir quand, pour la première fois, j’ai été coupable envers toi. Une fièvre cérébrale, cela semble tomber sur vous comme la foudre… »


Le premier bonheur de Thérèse n’avait pas duré toute une semaine ; le second ne dura pas vingt-quatre heures.

« Aussitôt ses velléités d’amour pour elle lui revinrent  et en même temps ses soupçons, sa jalousie et sa colère. Jusque là ce charme d’amitié l’avait bercé et comme enivré ; il devint tout à coup amer et glacé. »

« Il obéissait à cet inexorable besoin que certains adolescents éprouvent de tuer ou de détruire ce qui leur plaît jusqu’à la passion.

Thérèse  pensa que c’était elle qui était la cause de la « folie » de Laurent car ce n’est qu’en sa présence qu’ elle se manifestait.


« Un soir, il lui fit une si longue et si incompréhensible querelle, qu’elle ne l’entendit plus et s’assoupit sur son fauteuil. Au bout de quelques instants, un léger frôlement lui fit ouvrir les yeux. Laurent jeta convulsivement par terre quelque chose de brillant : c’était un poignard. Thérèse sourit et ferma les yeux. Elle comprenait faiblement, et comme à travers le voile d’un rêve, qu’il avait songé à la tuer. En ce moment tout était indifférent à Thérèse. Se reposer de vivre et de penser, que ce fût sommeil ou mort, elle laissait le choix à la destinée. »

Mais, un matin un bambin vient sonner à sa porte disant qu’on l’ avait adressé à elle, Mlle Jacques parce qu’elle devait s’occuper de lui, son père étant mort et sa marâtre ne voulait plus de lui. Thérèse reconnait ses traits dans le visage de l’enfant, elle comprend que c’est le fils qu’elle croyait disparu.

Elle remercia Palmer  de lui avoir ramené son enfant ; tous deux partent vivre en Allemagne, la mère avait  chassé la maîtresse.

***

Mon sentiment : passion, souffrance,  l’art, la solitude  qu’est-ce ? romantisme? mais il y a dans ce  livre du drame, du social, le  stoïcisme  de Thérèse,  alors  peut-on   qualifier cette histoire de romantisme réaliste (?)

L’histoire de cette passion est sauvée  par l’écriture  à la fois sensible et forte  de l’auteure,  les sentiments  et les raisonnements  sont bien exploités,  sinon j’aurais certainement abandonné le livre car cette passion  aurait pu virer, avec une autre plume, au pathétique.

Ce livre est dit autobiographique, il semble en effet que certains personnages et évènements de l’histoire s’inspirent  fortement de  la vie de George Sand.


mots-clés : #autobiographie #xixesiecle
par Bédoulène
le Jeu 30 Nov - 10:47
 
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Sujet: George Sand
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Lafcadio Hearn

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Ma première journée en Orient suivi de Kizuki le sanctuaire le plus ancien du Japon

C’est une invitation à une promenade magique que nous propose Lafcadio Hearn accompagné de son guide japonais. J’ai été la spectatrice de cette agréable ballade en pousse-pousse, dans les petits villages typiques du vieux Japon, dans les temples à l'architecture tarabiscotée et aux rites complexes. Une longue promenade mais de courte durée, car ces deux textes sont extraits de Pèlerinages japonais, dans Le Japon. Court mais plaisant.

Un extrait :

« Ce que je vois devant moi est infiniment plus intéressant : un bosquet de cerisiers couvert de quelque chose d’inexprimablement beau – le brouillard éblouissant de fleurs blanches qui s’accrochent à chaque branche, à chaque rameau, comme des nuages d’été. Le sol au-dessous, le sentier devant moi, sont tout blancs de la neige épaisse, douce et odorante, de pétales tombés. Au-delà de cette splendeur, on aperçoit des corbeilles de fleurs entourant de petits sanctuaires ; des rocailles merveilleuses ciselées dans le roc, des paysages miniatures avec de petits bosquets d’arbres nains et des lacs lilliputiens, des ruisseaux microscopiques, des ponts et des cascades. »


mots-clés : #voyage #xixesiecle
par Barcarole
le Lun 27 Nov - 20:52
 
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Ralph Waldo Emerson

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Le scholar américain :

Il est peu d'ouvrages qui nous disent avec force l'esprit qui les anime. Ralph Waldo Emerson a prononcé une conférence en 1837 intitulée «The American Scholar». A posteriori, je devrais faire cette comparaison avec «Le savant et le politique» de Max Weber. Nous disons même que Max Weber fut largement influencé par la branche sociologique états-unienne. Toutefois, il est important d'établir une distinction : Emerson avait un intérêt pour l'histoire états-unienne et était soucieux du patrimoine littéraire. Il est lui-même un poète en prose. Ça transparaît dans sa conférence. Nous pourrions situer ce texte quelque part entre l'essai et la prose poétique. Pierre Monette parle de «scholar» et de l'importance de distinguer ce terme de quelque connotation intellectuelle au sens français du terme.

Le texte est relativement court, comptant trente pages. Nous pouvons aisément le comprendre d'autant plus qu'il s'agit d'une conférence. Dans cette même conférence, Emerson livre un plaidoyer en faveur de la curiosité et de l'importance de savoir dépasser ses propres maîtres. Je retiens un passage fort évocateur qui livre sa philosophie commune :
   
«La littérature du pauvre, les sentiments de l'enfant, la philosophie de la rue, le sens de la vie domestique sont les sujets du jour. C'est un grand pas en avant. N'est-ce pas le signe d'un regain de vigueur lorsque les extrémités se mettent à bouger, lorsque les chauds battements de la vie se font sentir jusqu'au bout des pieds et des mains.»

Ralph Waldo Emerson, Le scholar américain (1837), 2013, Montréal : Triptyque, p. 91.


Nous parlons souvent du transcendantalisme lorsqu'il s'agit d'Emerson. Il nous est permis d'en voir l'expression au cours de cette conférence qui plaide pour l'indépendance intellectuelle de la nation états-unienne par rapport aux contrées étrangères, plus particulièrement en Europe. Nous pouvons sentir une certaine communauté d'esprit avec Les Essais de Montaigne. Emerson prend fait et cause pour le «scholar» qui est détenteur d'un savoir spécialisé. Cette assertion s'oppose à l'intellectuel qui se mêle des choses qui ne le regardent pas à l'instar de la version proposée par Jean-Paul Sartre.

Je le répète ici, Emerson est tellement empreint du sentiment d'appartenir à la littérature américaine. Ça se sent jusqu'au choix de ses termes. Il est si recherché dans sa réflexion que nous flairons les astuces de l'essayiste et du poète qui sommeillent en lui.


mots-clés : #essai #xixesiecle
par Jack-Hubert Bukowski
le Lun 20 Nov - 9:59
 
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Sujet: Ralph Waldo Emerson
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Ralph Waldo Emerson

Relecture de ce que j'écrivais il y a pas loin de quatre ans, pas relecture du texte. Aujourd'hui je me sens toujours fort distant avec ça mais ça m'a aidé à caler ma vision, ma lecture de ces influences américaines.

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En avant la récup pour une lecture de  Nature, pour le texte (en vo) : clic

lecture curieuse mais rapide parce que fatigue et parce qu'une partie du texte... tout en reconnaissant que c'est le genre de lecture qui bien que courte pose entre autres questions celle de la distance culturelle : un océan, une langue et bientôt 200 ans. Une distance qui va se mesurer pas tant sur des faiblesses démonstratives (on peut en lire de très actuelles) que sur des références (et encore) surtout un cadre de pensée, des images toutes faites auxquelles il est bien difficile d'échapper : visions standards sur la nature versus  une vision standard d'athée sur la religion et sa place dans le monde des idées !

Donc... Nature. ça serait une heureuse manifestation de Dieu. La vision de la nature est positive voire positiviste avec bienfaits matériels et bienfaits pour l'âme de qui sait voir. La nature représente une source innée d'inspiration et d'images pour le langage, une nourriture essentielle. Le langage lui se doit par justice de revenir à la nature, une réalisation active donc qui apparaît sous plusieurs formes dans l'essai. C'est le mélange de retour à un état originel et une réalisation nouvelle... et sans fin à proprement parler. Il reste une place infinie pour l'intuition.

Tout ça se noie petit peu dans le rapport au temps et à l'éternité entre spirituel et matériel, partie la moins convaincante et qui sert aussi à placer le rapport à Dieu et une certaine transcendance. Mais si on y regarde et même en y trouvant quelques bateaux. L'observation du besoin de nature, l'approche faite du langage et un positionnement vis à vis de l'art (révélation d'une vérité dans l'expression de la nature pour simplifier) c'est assez stimulant.

A coté de ça si on imagine que la vision d'un Dieu dépersonnifié et par là plus universel devait être point de litige on trouve une hiérarchie "moralisée" assez robuste avec de façon schématique ; Dieu, l'Homme puis la Nature. On retrouve une morale économique autour de l'exemple des dettes qui semble un peu rapide.

Je ne suis pas sûr de ne pas avoir commis quelques contresens dans ma lecture mais ça semble à sa manière contradictoire. L'ouverture de l'observation est en effet très limitée par le cadre donné qui n'est pas une interprétation mais un présupposé. On est aussi face à un monde dans lequel la volonté individuelle en somme l'emporte sur les circonstances extérieures (ce qui est une bizarre tentation face à la nature), il n'y a d'ailleurs pas encore de sélection naturelle ! La nature grandiose conforte une sorte de vision de  réussite humaine qu'on peut éventuellement trouver éloignée de préoccupation humanistes.... alors même que plus loin l'homme se doit de se découvrir lui même dans la nature.  

Étrange, déroutant. Porté par quelques énumérations et citations et de vibrantes envolées lyriques. Sans casser des briques du moins vu d'aujourd'hui et à travers un épais brouillard l'essai titille finalement assez pour que l'intérêt compense l'incompréhension et aussi le désaccord (presque le dédain). La vision de la nature est sommaire, de même que l'explication de mécanismes liées à la nature, mécanismes du langage et de la perception mais c'est vivant et met en avant bien que tout soit écrit d'avance une expérience et une vision dynamique de la nature.

Quelque chose qui rappelle de grands auteurs, Ramuz pour prendre un exemple qui me tient à cœur (mais qui renverse presque, presque, le sens des rapports), qui met en lumière une aspiration essentielle et son influence l'expression. Mais on ne sent pas franchement une pensée libre, volontaire. Ambitieuse certainement, mais pas libre, assez hiérarchique voire discriminante elle se prend dans son piège de tout expliquer.

On peut quand même tirer moult citations pratiques pour tout dire de façon un peu simple :

The corruption of man is followed by the corruption of language.

But wise men pierce this rotten diction and fasten words again to visible things; so that picturesque language is at once a commanding certificate that he who employs it, is a man in alliance with truth and God.

Parts of speech are metaphors, because the whole of nature is a metaphor of the human mind.

By degrees we may come to know the primitive sense of the permanent objects of nature, so that the world shall be to us an open book, and every form significant of its hidden life and final cause.

Idealism sees the world in God.


Alors pour en revenir à Thoreau, on le sent bien dans ce moule mais Walden ressemblerait à une mise en application du rapport décrit par Emerson dans Nature, c'est à dire qu'il tire de moins grandes conclusions et à travers la recherche d'un contact plus grand gomme le rapport de supériorité de principe de l'individu à son monde... sans le démunir de sa volonté.

Il y a une forme de romantisme barbare dans cette entreprise dont la durabilité culturelle serait à mettre au compte des grands espaces sauvages du continent/pays ?

mots-clés : #essai #nature #xixesiecle
par animal
le Dim 19 Nov - 14:18
 
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Sujet: Ralph Waldo Emerson
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Dominique Fortier

La porte du ciel

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Quand elle comprit qu'elle avait affaire à des hommes plutôt qu'à des revenants, sa terreur grandit.


Quand Eleanor avait huit ans, son père, le docteur McCoy, ramena à la maison une jeune noire du même âge, rachetée pour lui éviter le fouet, rapidement rebaptisé Eve. Les deux fillettes grandissent côte à côte, dans cette famille plutôt libérale, dans le Sud où se déchaine al guerre de Sécession . La jeune noire n'est ni vraiment libre, ni vraiment esclave, la jeune blanche alternativement amicale et rejetante. Cette dernière se marie de façon conventionnellement arrangée, et toutes deux partent ensemble dans une plantation lointaine.


L'histoire est  assez plate, ressemblant plus à une chronique, d'autant que l'auteur gomme consciencieusement toute expression de sentiment et que les quelques rebondissements ne sont pas vraiment inattendus. L'auteur attache par son style, élégant, le plus souvent entaché de noblesse, parfois plus convenu.

Sentant sans doute que tout cela un peu maigre, Dominique Fortier glisse quelques astuces d'écriture : quelques chapitres la première personne au sein d'un discours indirect, quelques considérations plus générales (mais bien effleurées ) sur la Guerre de Sécession, et cinq descriptions, rythmant le texte,  de courte-pointes cousues  par les femmes dont c’est le seul mode d'expression, qui me sont restées totalement incompréhensibles, mini-textes abstraits au sein de l'histoire, métaphore sibylline  du fait que toute histoire est, comme les courtepointes, un assemblage personnel d'éléments disparates se donnant sens les uns les autres.

Il en ressort un récit qu'on suit avec un agrément paisible, mais qui ne connaît pas d'intensité,  comme on lirait une histoire déjà entendue racontée par une voix nouvelle.


mots-clés : #conditionfeminine #esclavage #xixesiecle
par topocl
le Dim 10 Sep - 9:46
 
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Sujet: Dominique Fortier
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Henry David Thoreau

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Walden ou la vie dans les bois (1854)

L'heure du commentaire est venue pour cette lecture étrange... il y a des traces sur le fil alors je ne vais pas trop insister : le début est lourd (au sens un rien ch...), une leçon de morale (décroissante) par un petit gars de bonne famille qui part vivre "dans les bois". Même en tentant d'imaginer un contexte mi XIXème états-unien... Difficile de ne pas sentir une forme de morale écrasante (dont il conserve néanmoins des traits) et une machine d'exploitation qui se met en marche avec beaucoup de gens, de pauvres gens qui prennent ce train à la destination incertaine en marche.

Alors la vie dans les bois aux bords de l'étang de Walden pourquoi ? pour écrire, pour réfléchir, pour faire un break peut-être aussi comme on dirait de façon floue... pour chercher, peut-être trouver, esquisse-t-on après lecture.

Des chapitres à thèmes : économie, chauffage l'hiver,... une structure assez carrée avec la volonté d'instruire à travers le récit d'expérience(s) qui se permet des écarts avec un certain 'humour et un trop plein d'amour pour la langue et la culture. Motivation palpable.

Ce carré a un côté de rejet d'une forme de vie, ça apparaît très fermement au début et c'est par reflet fermé. Intéressant peut être ses chiffres du premier chapitre mais partiel. Il y a forcément des manques et on a le droit je crois d'avoir l'impression de subir un genre de littérature d'une mode très éloignée des nôtres (mode XVIIIè ?)... et puis ça se transforme, on entrevoit une longue méditation quelque peu hébétée mais pointilleuse teintée de tradition morale, du pays (le lieu géographique) et de pensées lointaines, indiennes, chinoises et par les courants du moment (transcendantalisme).

Dans cette méditation "l'épreuve" a un rôle non négligeable bien que le zozo avoue apprécier de ne pas travailler toute la journée et trouve aussi de l'aide à l'occasion. et sans doute dans ses réponses plus de doutes qu'il n'a l'air de l'affirmer car l'expérience est conclue comme une parenthèse (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y avait rien dedans).

Le lecteur agacé du premier chapitre (le plus long d'ailleurs) ? aura à traverser d'autres moment d'intérêt moindre surtout dans les accumulations de références et les dérives vers le catalogue documentaire. Ceci ne l'empêchera heureusement pas de suivre avec intérêt les observations sur la formation et la fonte de la glace sur l'étang ou les animaux... et les gens... qui sont eux comme des ombres dans cet univers. Ombres bien vivantes cependant qui rejoignent cette impression de passage, qui se mue aussi presque imperceptiblement en impression de pardon (pour rester dans les références).

Ce qui n'est pas exclusivement un très humain miracle. C'est un des propos de l'auteur à travers la réinvention (ou révélation ?) d'une manière d'attention. une observation soigneuse, curieuse et ouverte... qui cherche la beauté sans masquer certaines taches (intéressant rapport à la prédation et à la nutrition, réflexion autour du végétarisme). Et la beauté de son coin, de son "endroit" qu'il arpente par tous les temps le jour et parfois la nuit, il fait un bel effort pour la partager !

Un résultat étrange, qui tire sur le bancal, dont on a envie de dire si ça devait être nécessaire qu'on doit y réfléchir à deux fois mais beau, motivant, revigorant... et moins certain que la somme de ses affirmations. Une distance à prendre avec le contenu du livre et avec son image devenue quasi-intouchable, iconique, presque impérative. Une approche, un moment de vraie recherche d'une espèce de constante résurrection. Recueillir ou épuiser toute la saveur de l'instant pour qu'il existe pleinement en soi, tenter de le connaître ou de savoir pour... (vivre mieux ?).

Je me suis usé sur les premières pages mais je ne regrette pas et je crois que je lirai volontiers Civil Disobedience qui suit dans le livre. Petit plus personnel dans cette lecture en VO (désolé pour les extraits) ? Livre sorti de la bibliothèque familiale et petites annotations qui vont avec, passage soulignés ou points de vocabulaires.  

(récup certes mais remaniée).

mots-clés : #autobiographie #essai #lieu #nature #xixesiecle
par animal
le Sam 9 Sep - 6:37
 
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Sujet: Henry David Thoreau
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Gustave Flaubert

Et en attendant, un peu de récup :

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Le candidat


Pièce de théâtre en 4 actes. Les deux premiers comportent 14 scènes chacun, le troisième 7, et le dernier 12. Une composition étrange, tout comme la fin, qui ne semble ne pas en être une.

Ce vaudeville n'aura été joué que 4 fois, le public n'applaudissant pas, rideau ! Ils auraient voulu une fin tranchée, un cinquième acte en forme de dénouement classique. Mais Flaubert était bien plus subtil.

Villiers de l'Isle-Adam l'explique bien dans son analyse présente en annexe.

Citation :
Lorsque sur la dernière scène du drame, la toile est tombée, comme la nuit sur les coassements d'un marécage, le public du Vaudeville est demeuré, pendant un bon moment, comme interdit, et pouvant à peine en croire ses oreilles. J'ai un faible pour ce public, lequel est tout particulier. J'ai eu affaire à lui, naguère, et c'est toujours avec intérêt que je l'observe, à l'occasion.
«Eh bien mais ? Et le dénouement ?... cela n'est pas fini ?...» demandait-il machinalement par une vieille habitude.
Il voulait son maire et son notaire.
Hélas ! c'était impossible. On ne pouvait lui servir son plat favori, attendu que, cette fois, la comédie ne finit pas, n'ayant jamais commencé. Le Candidat dure toujours, avec son auréole de satellites ; il est, voilà tout; il continue au sortir de la salle, en renchérissant peut-être. C'est le serpent qui se mord la queue ! Demander la fin de cette comédie, autant demander la suppression de la Chambre. On aurait dû arrêter comme radicaux et subversifs les gens qui ont osé réclamer une chose pareille.


Pour en revenir à la pièce en elle-même, elle est vraiment bien rythmée, très fine dans cette peinture du monde politique, qui se prête merveilleusement bien à la satire et au vaudeville.

Dans une élection provinciale, on découvre les dessous de l'ambition des personnages... Eh oui, le pouvoir corrompt, le politique est une vaste farce, où tout est permis pour l'ascension. Le retors Murel fait froid dans le dos, et Rousselin (le candidat principal à l'élection) est d'une bêtise affligeante. Il est prêt à tout pour séduire ses électeurs, même à marier sa fille au plus offrant (celui qui lui accordera le meilleur accessit vers le pouvoir). C'est dommage que cette pièce soit inconnue, mais à en croire Villiers de l'Isle-Adam, Flaubert en était satisfait?

Citation :
Le seul moyen spirituel d'exécuter la «pièce» eût été de l'applaudir. Mais si le public eût été capable de ceci, Gustave Flaubert ne l'eût pas écrite.

Cette pièce trouve évidemment un écho qui semble intemporel, tant le monde politique paraît voué à rester éternellement dans cette fange ridicule.

A noter que l'humour est bien présent, tout comme le cynisme implacable, le long monologue de la scène première de l'acte III est vraiment terrible.

Quelques extraits :

Flaubert a écrit:

Murel : Saperlotte, il faudrait cependant vous résoudre ! Soyez d'un côté ou de l'autre ! Mais décidez-vous ! finissons-en !  

Rousselin : Pourquoi toujours ce besoin d'être emporte-pièce, exagéré ! Est-ce qu'il n'y a pas dans tous les partis quelque chose de bon à prendre ?

Murel : Sans doute, leurs voix !



Flaubert a écrit:
Rousselin : Il aura le temps ! on a encore cinq minutes ! Dans cinq minutes le scrutin ferme, et alors ?...
Je ne rêve donc pas ! C'est bien vrai ! je pourrais le devenir ! Oh ! circuler dans les bureaux, se dire membre d'une commission, être choisi quelquefois comme rapporteur, ne parler toujours que budget, amendements, sous-amendements, et participer à un tas de choses... d'une conséquence infinie ! Et chaque matin, je verrai mon nom imprimé dans tous les journaux, même dans ceux dont je ne connais pas la langue !
Le jeu ! la chasse ! les femmes ! est-ce qu'on aime quelque chose comme ça ? Mais pour l'obtenir, je donnerais ma fortune, mon sang, tout ! Oui ! j'ai bien donné ma fille ! ma pauvre fille ! (Il pleure)


mots-clés : #théâtre #xixesiecle
par Arturo
le Dim 13 Aoû - 19:05
 
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Sujet: Gustave Flaubert
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Arturo Pérez-Reverte

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Le Hussard

Premier roman d'Arturo Perez Reverde....et bien heureusement que je n'ai pas commencé par celui-ci, sinon je n'aurais peut-être pas poursuivi avec cet auteur.

L'Andalousie en 1808, guerre napoléonienne Français-Espagnols....la confrontation de jeunes officiers du corps des Hussards pour qui c'est le baptême du feu....tout juste sortis de l'école Militaire... avec la dure réalité du terrain.....leurs rêves de gloire vont s'effondrer tout comme leurs chevaux, leurs camarades...dans un torrent de sang, de boue...

Et la gloire. Merde à la gloire, merde au monde entier, merde à l'escadron..........Ils pouvaient bien tous la garder pour eux, leur maudite gloire, leurs drapeaux, leurs cris de "Vive l'Empereur"......  

Nous livrons une guerre étrange qui ne figure pas dans les livres que nous avons étudiés à l’École militaire. Tu te rappelles notre conversation de cette nuit ? Il est difficile de renoncer à des guerres loyales, contre des ennemis parfaitement identifiables et bien alignés en face de nous.
— Des guerres propres, résuma Bourmont.
— Oui. Des guerres propres, où les curés ne battent pas la campagne avec leur soutane retroussée et un tromblon à l’épaule, où les vieilles n’arrosent pas nos soldats d’huile bouillante. Où les puits contiennent de l’eau et non des cadavres de camarades assassinés.
— Tu demandes beaucoup, Frédéric.
— Pourquoi ?
— Parce qu’à la guerre, on hait. Et c’est la haine qui motive les hommes.



Bref, un réquisitoire contre l'absurdité de la guerre et son horreur...

Mais, ça n'a pas suffit pour que j'accroche...je trouve qu'il n'y a pas d'émotion...  Neutral

(commentaire récupéré)

mots-clés : #guerre #historique #xixesiecle
par simla
le Ven 12 Mai - 6:38
 
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Sujet: Arturo Pérez-Reverte
Réponses: 18
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