Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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225 résultats trouvés pour historique

Jon Kalman Stefansson

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 9 51vwpz10

D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds  


c'est d'ailleurs pour cela qu'ils ne marchent pas sur l'eau....dit ce poète de Jon Kalman Stefansson

J'ai adoré ce roman, comme ses précédents  I love you

L'histoire de l'Islande vue à travers les destinées de trois générations d'islandais, un poète, des pêcheurs, une région, une ville Keflavik, l'implantation d'une base américaine qui influence toute une génération, et ensuite l'instauration des quotas de pêche qui mène cette ville à "une non existence" :


"Keflavik a trois points cardinaux : le vent, la mer, l'éternité"

Ari, revient au pays, après un long séjour a Copenhague où il travaillait dans une maison d'édition, il a quitté d'une façon abrupte sa femme, ses filles, son père, avec lequel il n'a quasiment pas ou peu de relations, lui fait parvenir un colis de souvenirs et tous ceux-ci remontent à la surface, sa mère décédée, la mémoire des grands-parents, leur vie de pêcheurs..



Les femmes sont omniprésentes, une justesse d'analyse dans leurs personnalités, leur place dans la société bien définie, le pouvoir des hommes les maintenant toujours à une place pas toujours bien vécue ni choisie...je dirais que Stefansson est un féministe convaincu  Wink

"Il ne savait pas que cette femme aussi belle que la lune, aussi mystérieuse que la nuit du mois d'août,n'avait supporté ni le poids des responsabilités, ni la fatigue éreintante, il ne savait pas que les deux conjugués avaient fini par engendrer ce démon qui venait l'assaillir dans son sommeil, l'accueillait à son réveil, elle avait ployé, puis s'était effondrée et enfuie par cet escalier menant au sous-sol de la maison du quartier de Vesturbaer à Reykjavik, elle avait fui sa petite fille de trois mois qui pleurait et hurlait dans son berceau, fui sa fille ainée, la mère d'Ari alors âgée de dix-huit mois, qui toussait et se mouchait sans relâche, refusait de s'alimenter, avait arraché la cuiller des mains de sa mère en trépignant, toutes trois hurlaient et pleuraient, la plus petite à cause de la fatigue et du mal de ventre, la plus grande parce qu'elle était souffrante et que la réaction de sa mère l'avait effrayée, quant à la grand-mère que j'ai en commun avec Ari, elle s'était mise à hurler parce que cette chose qui aurait du être la plus belle du monde, le but de la vie elle-même, la source de la beauté et de l'innocence avait transformé son existence en véritable enfer.
La vie n'avait rien à voir avec tout ça, ces difficultés financières, cette constante fatigue, ce manque de sommeil et son mari en haute mer qui ne comprenait rien, ne remarquait rien, c'en était fini de l'aventure....."

--------------------

"Les plus vieux écrits de ce monde, ceux qui sont si anciens qu'ils ne sauraient mentir, affirment que le destin habite les aurores et qu'il convient donc de s'armer de précautions au réveil : caresser une chevelure, trouver les mots qu'il faut, prendre le parti de la vie....

Il est vrai qu'à l'aube nous ressemblons parfois à une plaie ouverte.Nous sommes fragiles et désarmés et tout tient au premier mot prononcé, au premier soupir, à la manière dont tu me regardes quand tu t'éveilles, dont tu me considères au moment où j'ouvre les yeux pour m'arracher au sommeil, cet univers étrange où nous ne sommes pas toujours nous-mêmes, où nous trahissons ceux que nous ne pourrions imaginer trahir, où nous accomplissons d' héroïques prouesses, cet univers où nous volons, où les défunts revivent et où les vivants périssent. On dirait parfois que nous entrevoyons l'autre versant du monde, qu'il se livre à nous dans une autre version, comme s'il entendait par là nous rappeler que nous ne sommes pas forcément celui ou celle que nous devrions être, que la vie a mille facettes et qu'il n'est - hélas et Dieu merci- jamais trop tard pour s'engager sur une voie nouvelle, un chemin imprévu. Puis nous nous réveillons, si fragiles, désarmés et à fleur de peau, que tout est suspendu à nos premiers soupirs.Le jour tout entier, la vie tout entière peut-être. Alors regarde-moi avec délicatesse, dis quelque chose de beau, caresse-moi les cheveux car la vie n'est pas toujours juste, elle n'est pas tous les jours facile et nous avons si souvent besoin d'aide, viens et apporte-moi tes mots, tes bras, ta présence, sans toi je suis perdu, sans toi je me brise au creux du temps. Sois auprès de moi à mon réveil."

------------

L'amour, déclare-t-il, est une Voie lactée rayonnante et indestructible ! Et le plus douloureux dans la vie est sans doute de n'avoir pas assez aimé, je ne suis pas certain que celui qui s'en rend coupable puisse se le pardonner."

Du pur Stefansson, un des seuls auteurs qui me donne la chair de poule en le lisant, quelle joie de savoir qu'il existe  Very Happy

(commentaire récupéré)


mots-clés : #conditionfeminine #historique #famille
par simla
le Ven 3 Fév - 0:48
 
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Sujet: Jon Kalman Stefansson
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Anna Bikont

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 9 Produc33

Le crime et le silence


C’est un article dans la presse qui m’a conduit à la lecture de ce livre.

« L'auteur polonais Jan GROSS s'est vu retirer sa médaille d'Ordre du mérite reçue en 1996 pour avoir publié “Les Voisins, un massacre de Juifs en Pologne”, dans lequel il décrit la complicité des Polonais dans les crimes nazis en 1941. » (le président élu en 2015 a mis la barre à droite)

J’ai choisi de lire le livre d’Anna Bikont car elle s’intéressait à l’ambiance de la ville de Jedwabne 60 ans après le crime ;  qu’elle a pendant 4 ans dressé un journal, interrogé les derniers témoins encore vivants (victimes et assassins y compris) et les descendants de ceux disparus.

Pogroms du mois de Juillet 1941
Le 5 à Wasosz
Le 7 à Radzilow
Le 10 à Jedwabne

Mais il y a eu d’autres progroms et des assassinats après la fin de la guerre.

Son journal commence en 2000. L’antisémistisme est aussi virulent, entretenu par le curé, comme à l’époque, et par le Parti Nationaliste. La journaliste est insultée car elle est d’origine Juive. Les témoins ont peur, même lorsqu’ils livrent leur vérité ils demandent l’anonymat. L’approche de la commémoration du 10 Juillet 2001 pour les 60 ans soulèvent des rejets, la participation du Maire et du Président de la Pologne sont critiqués et le conseil municipal refuse les travaux conduisant au monument pour les Juifs. Le Maire se retrouve seul à gérer et à porter les critiques.

Anna Bikont rencontrera les Juifs rescapés et/ou leurs descendants en Israël, aux USA et en Pologne et recueillera leurs souvenirs, leurs témoignages. Très rares sont les descendants qui reconnaissent les actes commis par leurs parents et un seul de Jedwabne finira par dire son regret à la journaliste.

Parallèlement à son enquête, il y aura une instruction sur cette terrible journée du 10 juillet 1941, les procès qui se sont déroulés en 1949 seront revus, exploités ainsi que de nombreux documents et le procureur donnera ses conclusions préliminaires :

« Les Allemands, a-t-il dit, doivent être considérés comme les auteurs du crime au sens large. Les exécutants ont été des habitants polonais de Jedwabne et des environs, des hommes, quarante au moins. »

Le procureur est critiqué dans ses conclusions, notamment par le très populaire hebdomadaire catholique Niedziela.

Dans son post-critum daté de 2010 Anna Bikont dit que

Si le pays a évolué,
Si le Président a donné importance aux commémorations du 10 juillet,
Si les évêques ont demandé le pardon,
Si le président de l’Institut de la mémoire nationale a exprimé sa compassion pour les citoyens polonais d’origine juive assassinés

A Jedwabne et dans de nombreux endroits l’antisémitisme est toujours aussi présent, sur la place du marché a été édifié un contre-monument pour commémorer les Polonais déportés en Sibérie (dont les Juifs ont été rendus responsables) pendant la guerre, aucun habitant ne participe à la modeste commémoration , le panneau qui indiquait le lieu du martyre a été enlevé.

Pourquoi tant de haine des Polonais chrétiens envers les Juifs ? il semble que les Polonais enviaient la situation des Juifs, plus riches, ils voulaient leurs maisons, leurs biens. Les Juifs étaient installés en Pologne depuis environ 800 ans mais comme les Polonais les traitaient en « visiteurs » ils ont trouvé que la visite était un peu longue.

Les Polonais ont du se sentir humiliés des services rendus par les Juifs ; de leur côté les Juifs n’appréciaient guerre les goyims parce qu’ils étaient pour la plupart analphabètes, ivrognes…. (les Juifs travaillaient dur)

« La graine de la haine est tombée sur un terrain bien fertilisé, soigneusement préparé pendant de longues années par le clergé. Et l’envie de s’approprier les grains et les richesses des Juifs a encore aiguisé les appétits. »

Anna Bikont a honnêtement cités les personnages qui se sont comportaient correctement avec les Juifs, voire les ont aidés ou soutenus ; elle a d’ailleurs interviewé  deux Justes parmi les Nations.

C’était une lecture éprouvante mais la démarche de la journaliste m’intéressait.


mots-clés : #antisemitisme #communautejuive #historique
par Bédoulène
le Mar 31 Jan - 23:06
 
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Sujet: Anna Bikont
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Françoise Chandernagor

La chambre

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 9 Tylych30

« Le tour de l'île : vingt-quatre pas. Six du nord au sud et d'est en ouest, depuis la porte d'entrée jusqu'à la fenêtre. Les cloisons de planches, la cheminée de marbre et, comme un lac suspendu, le grand miroir - la géographie de la chambre, ses rivages, ses déserts, sa faune, j'en sais tout. Mais le décor, cet étrange décor, acajou et pavé, brocart et chaises dépaillées, qui l'a composé ? Qui, surtout, a donné l'ordre de condamner les portes, puis la fenêtre, la cheminée, de poser des serrures, des verrous, je l'ignore... Et l'enfant ? Lorsqu'on a détaché sa chambre du continent, pourquoi n'a-t-il pas crié ? Pourquoi s'est-il laissé couler ?
À l'origine du crime, qu'y avait-il ?
Quand la foi soulève des montagnes, elle écrase des enfants. Est-ce la foi qu'on trouve au commencement de cette histoire ? Ou bien la peur, la bêtise, le hasard ? Qu'y avait-il "au commencement" ?»


Qui n'a pas été curieux du sort réservé au fils de Louis XVI ?
Est-il mort dans la tour , est-il sorti vivant ?
Aujourd'hui encore , beaucoup de prétendants pour cette descendance...
Françoise Chandernagor narre ce qu'a été la vie du dauphin , cet enfant de 8 ans enfermé dans la chambre , coupé du monde dans les temps les plus sanglants de notre histoire , cette période de terreur : 1789.
Une séquestration qui reste un fait divers au regard de l'horreur extérieure , de la politique déchirée et d'une administration dans le chaos.
C'est l'histoire d'une invraisemblable affaire en huit-clos qui nous transbahute dans une pièce dans laquelle toutes les humiliations et conditions de détention des plus cruelles s'abattent , l'observation de la déchéance et de la solitude jusqu'à l'autisme , l'agonie.
L'auteur ressuscite l'abomination , retraçant grâce aux documents d'époque , des témoignages anciens de tous ceux ayant approché le dauphin dans la tour , le tout renfermant l'atrocité d'une période ou chacun craint pour sa tête , narrant sans prendre de gant la peur qui régnait dans chaque logis de France face aux rouages d'une société embrasée et sanguinaire.
D'une manière générale , ce roman soulève au delà de ce fait historique l'inhumanité , la bêtise de masse et nos temps sombres , toujours d'actualité dans divers pays dans lesquels l'infamie règne en toute liberté , à l'image de la Russie Stalinienne , l'Argentine sous Pinochet , le Liban ou la Syrie et j'en passe...
Chandernagor délivre un livre avec toujours cette écriture académique , un récit fouillé des plus intéressants , peut-être parfois un peu trop monotone lorsqu'elle bifurque dans les anfractuosités de l'administration d'antan , ce qui peut lasser certains lecteurs.
Il en reste que l'humanité en ressort et que l’hommage est rendu à un oublié de l'histoire , ainsi qu'à tous les martyrs qui subissent encore leurs bourreaux.


mots-clés : #historique
par Ouliposuccion
le Mar 31 Jan - 22:35
 
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Sujet: Françoise Chandernagor
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Bahiyyih Nakhjavani

La femme qui lisait trop


Tag historique sur Des Choses à lire - Page 9 La-femme-qui-lisa...-121-198-41929bb

“Ce livre est dédié à la mémoire d’une femme qui vécut en Perse au XIXe siècle et qui, même si on l’a représentée sur une pierre tombale, n’eut jamais l’honneur d’une épitaphe. C’est un hommage à Tahirih Qurratu'l-Ayn, dont la vie, en avance sur son temps et les dernières années d’emprisonnement, de 1847 à 1852, ont inspiré cette histoire.” B.N.
Téhéran, deuxième moitié du XIXe siècle : la cour du shah fourmille d’intrigues de palais, de complots et autres tentatives d’assassinats plus ou moins abouties, sous l’ironique et cruel regard de la mère du souverain persan, qui en a vu bien d’autres dans sa déjà longue et très machiavélique existence et n’a nulle intention de se laisser déposséder de la moindre parcelle de son auguste pouvoir de tyrannique douairière…
Voici que cette fois, pourtant, ce très ancien royaume de Perse va se trouver ébranlé non tant par les menées factieuses des uns ou des autres (menées qu’observe, avec inquiétude, l’ambassadeur de Sa Royale Majesté la Reine d'Angleterre) mais par l’irruption, sur cette scène agitée, d’un protagoniste inattendu en la personne de Tahirih Qurratu'l-Ayn, poétesse fort lettrée dont, dans le royaume, les vers semblent agir sur quiconque en prend connaissance comme de puissants catalyseurs d’énergies subversives – or de l’adjectif “subversif” à celui d'“hérétique”, la distance se franchit aisément, à l’époque …
A travers la figure historique de la poétesse Tahiri à laquelle ses compatriotes et l’Histoire se montrèrent si peu soucieux de rendre justice, et qui osa, en femme libre et maîtresse du langage, affronter le clergé et les théologiens de son temps, Bahiyyih Nahkjavani met en scène les enjeux éternels et plus que jamais incandescents en nos temps contemporains, de la liberté d’expression dès lors qu’elle s’affronte aux interdits, religieux notamment.
En se dressant, avec bravoure, contre toute autorité et en questionnant, en érudite et en femme, les interprétations du monde qui lui étaient proposées, la poétesse de Qazvin éveilla en effet la même violence et les mêmes instincts fanatiques qui se peuvent observer aujourd’hui.


Il est difficile de parler de ce livre remarquable  après ce résumé, d’autant qu’après les mots de Nakhjavani les miens ne feront que pâle figure. Je vais tenter de résumer au mieux.
Un hommage à la poétesse Tahirih Qurratu'l-Ayn, première femme féministe de l’histoire de Perse  voulant généraliser l’alphabétisation  féminine à travers le portrait de 4 femmes :

-Le livre de la mère : Son Altesse royale Mahd-i-Oldya , mère du Shah Nasir-ed-Din  tenant les rênes de l’empire de Perse. On y lit toutes les intrigues politiques liées à la cour, assassinat, la peur et la haine que suscite la poétesse qui s’expose aux yeux du monde sans voile ,en femme libre ,  mais qui a conquis par son esprit et son aura de grandes cités , comme Bagdad et les montagnes d’Irak . Une rhétoricienne de talent s’élève contre les dogmes religieux et le pouvoir du royaume.

Le livre de l’épouse : épouse du maire de Téhéran, Mahmud Khan-i-Kalantar, chef suprême de la police qui écroue la poétesse entre ses murs, sa demeure étant la prison dans laquelle les hurlements dus aux tortures ne sont pas légendes. La captive étant considérée comme un djinn par cette épouse ne laisse pas le harem insensible  et démontre que toutes sont conscientes de leur vie dans laquelle elles jouent « le jeu »d’être une épouse assujettie. Pourtant il suffit de peu pour que ces femmes se rallient à la cause de «l’hérétique ».

Le livre de la sœur : sœur du shah et épouse du grand vizir Amir Kabir. Partisane de la poétesse. L’ordre chronologique des événements commence à voir le jour au travers de cette personnalité, en effet, Nakhjavani  opte pour la narration déstructurée, ce qui nous sollicite à se centraliser afin de ne pas se perdre dans les sinuosités des lignes, chaque chapitre correspond à une pièce de puzzle à assembler au récit. (ce qui m’a valu quelques retours en arrière)

Le livre de la fille : une partie concernant la poètesse Tahirih Qurratu'l-Ayn et sa fille.

« Nous définissons aujourd’hui le voile comme un emblème d’identité culturelle, de foi religieuse. Elle n’y voyait que préjugés, littéralisme et uniformité. Nous en avons fait un symbole politique, un argument dans la négociation de la liberté d’expression, un symbole politique. Elle le rejetait précisément parce qu’il représentait l’oppression. Si l’Islam contemporain est déchiré par l’écart grandissant entre modérés et extrémistes, par le conflit entre chiites et sunnites, et si l’anarchie au Moyen Orient et la montée partout dans le monde du fondamentalisme et de la terreur qui en sont les conséquences ont commencé à menacer la texture même de nos démocraties, il peut être opportun pour le public occidental de redécouvrir l’histoire de cette Perse du XIXème siècle » B.N


Au-delà d’un hommage, Bahhiyih Nakhjavani soulève le voile et nous mène au travers de ses yeux  dans ce royaume ou l’anderoun ne ressemble pas au conte des mille et une nuits, Téhéran n’exalte pas ses  effluves d’épices et de fleurs, mais  la puanteur des famines et des maladies, les jardins paradisiaques sont les lieux de tortures et le vin coulant à flots n’est autre que le sang du peuple.
C’est un voyage au cœur de la Perse, sous une identité dévoilée au travers d’un joyau qui n’est pas des moindres, la liberté d’expression parée de superbes allégories, que Bahhiyih Nakhjavani  signe ce bijou littéraire mettant en avant la condition féminine, la religion et les enjeux politiques.
Un chef d'oeuvre.


texte de Tahirih Qurratu'l-Ayn :

Je suis la rivière de vin rouge
Dans la bouche de la vie et de la mort.
Le dit écarlate de mes paroles
Passe goutte à goutte dans ton souffle.
                           
Je suis la rivière jaune
Qui nourrit et sustente la jeune intelligence
Mes pages safran offrent l’espoir à l’espèce humaine.

Je suis la rivière des mots verts comme le miel, pleins de vie.
Je tiens dans mes bras qui m’inspire et me fait confiance,
Les saisons et leur combat.

Je suis la rivière d’eau blanche
Par laquelle le cœur est lavé de la rouille.
Mes paroles d’unité ont soif de boire la poussière.


mots-clé : #creationartistique #conditionfeminine #historique
par Ouliposuccion
le Dim 29 Jan - 11:48
 
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Sujet: Bahiyyih Nakhjavani
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Metin Arditi

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 9 97827417

Le Turquetto

Si d'aventure une personne vous parlait de ce livre, de son héros à la vie improbable, de la foule bigarrée du bazar de Constantinople, avec ses mendiants hauts en couleurs, ses fabricants d'encre et de babouches, ses marchands d'esclaves, si cette personne vous racontait Venise, son foisonnement artistique et ses intrigues, si enfin elle évoquait les trois grandes religions monothéistes, alors, vous auriez l'impression que l'on vous parle d'un pavé de 800 pages. Et quelle ne serait pas votre surprise, en ouvrant le Turquetto, de découvrir un livre d'à peine 280 pages, et encore, très aérées.

C'est que nous avons là affaire à un écrivain maîtrisant merveilleusement son art, et qui vous pose un décor comme personne. Quelques détails, disséminés au fil des phrases, et c'est le lecteur qui se construit tout un monde.
L'auteur mélange à merveille imaginaire et grande Histoire, cette Histoire qui ballotte les êtres, et notamment ce pauvre Elie, né juif à une époque où il ne faisait guère bon l'être, et où les trois religions du livre se regardaient en chiens de faïence.

Un personnage un peu éthéré, ce Turquetto, qui connaîtra le rejet, la déchéance sociale comme la gloire et les honneurs, mais traversera tout cela sans guère y attacher d'importance, en homme aussi libre que possible des entraves infligées par la société et ses codes imbéciles. Une seule obsession le guidera toute sa vie, et lui sera aussi nécessaire que de respirer : le dessin.
Peut lui chaut d'être juif, chrétien ou musulman ( ou du moins, voudra-t'il le croire...) Pour lui, seule compte la magie du trait, sa célébration de la piété, sa faculté à révéler la vérité des êtres.

J'ai vécu ce livre comme une succession d'émotions, subtiles et contrastées. La construction de l'ouvrage rappelle un peu une pièce de théâtre, avec ses trois actes divisés en courtes scénettes.
Il faut avouer une chose : on ne s'attache pas vraiment au personnage principal, ce Turquetto omniprésent, passionné, tourmenté, et pourtant insaisissable. Paradoxalement, les personnages secondaires ont parfois plus de corps que le Turquetto lui-même. Certains sont particulièrement marquants, comme le calligraphe amoureux de son art, la vieille et sensuelle "éducatrice" de futures concubines, ou encore l'homme d'église migraineux et désabusé.
Avec une vraie économie de mots, Metin Arditi nous livre l'intimité de tous ces êtres, en de courts chapitres qui, chaque fois, suscitent l'émotion, la réflexion devant la richesse des thèmes abordés, et l'admiration du lecteur devant son art consommé de la chute.


PS : Ne lisez pas la quatrième de couverture, elle en dit bien trop.

(ancien commentaire remanié)


mots-clés : #creationartistique #historique #renaissance #romanchoral
par Armor
le Sam 28 Jan - 14:39
 
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Colin Thubron

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 9 51qsym10

L'ombre de la route de la soie

La route de la Soie... Route mythique, qui permit aux Romains et aux Chinois d'échanger des objets sans jamais pourtant se rencontrer, carrefour des cultures, voie d'expansion des religions, théâtre des plus beaux métissages comme des plus tragiques carnages...
Colin Thubron entreprend un voyage de près de huit mois qui, de la Chine à Antioche, le conduira sur les pas de ces millions d'hommes qui, au fil des siècles, à dos de chameau ou à pied, à travers les plaines fertiles comme les déserts les plus arides, ont fait notre histoire.

Tout commence en Chine... La Chine que Colin Thubron avait traversée dix-huit ans plus tôt et à laquelle il avait déjà consacré un livre, Derrière la grande muraille. Les changements sont édifiants, et le voyageur ne reconnaît plus rien ; à l'extérieur des anciens remparts de Xian surgit la ville nouvelle :

A l'extrémité de chaque boulevard, une porte-forteresse inscrit dans le smog son profil jaune maladif, tandis que, hors les murs, se dressent des attroupements de gratte-ciel sururbains, fantômes de l'avenir en attente du moment de faire irruption.  
Et l'avenir n'en peut plus d'attendre. La ville entière est prise dans une tourmente de construction.


Pourtant, ce ne sont pas les spectaculaires buildings de la Chine nouvelle qui intéressent l'auteur, mais au contraire les hauts lieux qui ont fait l'histoire. Et peu importe leur apparence ; Colin Thubron s'attache bien plus à l'essence des choses, et la jambe d'une statue, modeste et unique vestige d'un complexe de plus de mille temples taoïstes, l'émouvra bien plus que les clinquantes restaurations de Samarcande.
Merveilleux conteur, il fait revivre avec un talent rare les événements historiques dont chaque monument fut le témoin, ou le résultat. De l'unification de la Chine à la révolution islamique iranienne, de l'arrivée du bouddhisme en Chine au voyage de Marco Polo, nous faisons avec lui d'incessants allers-retours au fil de l'histoire, avec un rare bonheur.

Mais un voyage, c'est aussi et avant tout la rencontre de l'humain dans sa diversité, ses aspirations, son quotidien. L'une des grande qualités de Thubron, c'est qu'il ne noie pas ses lecteurs sous un flot d'innombrables rencontres toutes mises sur le même plan. Il choisit au contraire avec soin et sensibilité les conversations qui, toutes, à leur mesure et par petites touches, donnent à sentir un peu de l'âme d'un peuple.
Ses retrouvailles avec les amis que ce voyageur inlassable s'est fait au cours de précédents périples sont l'occasion de parler de l'évolution récente des pays parcourus, à partir de considérations générales ou d'expériences personnelles. Mais les rencontres de hasard sont tout aussi riches en enseignements, et éveillent chez l'auteur comme chez le lecteur des sentiments forts et contradictoires. Etonnante d'équilibre et de force, cette jolie jeune fille mongole, perdue en pleine steppe, qui avoue son désir de ne jamais quitter la solitude des grands espaces ; glaçant, ce sympathique profeseur iranien qui affirme tranquillement qu'à cause de la culture occidentale les sentiments purs ont disparu dans ce pays. Les femmes ont pris conscience de leurs corps et ça les a corrompues.

Et puis, il y a aussi ces instants fugaces, qui dégagent un charme indéfinissable, ou laissent une impression indélébile, une gorge nouée. Comme ici, au milieu de nulle part, sur un site sacré ou l'on vient prier pour une vie meilleure :

J'avais des raisons d'être ici. J'avais entendu parler d'un curieux [i]mazar dans les collines, au sud. (...) On s'accroupit au pied de l'éminence, près d'un demi-cercle de pierres noircies par le feu, où des moutons avaient été sacrificiés, et on pria.
_ Vous êtes chrétien? S'enquit l'imam en ouvrant les mains. Il y en a aussi qui viennent ici. Tout le monde vient. (...) Un ermite était monté aux cieux depuis une grotte située au-dessus de nous, et quiconque s'y allongeait guérissait de l'épilepsie et de la folie.
Des personnes d'une même famille s'étaient précautionneusement alignées en contrebas de ce lieu. Leurs prières vibraient et mouraient tour à tour. Une petite fille s'était écartée du groupe  pour se balader dans les rochers. Un cri de colère fusa : on vit son frère cadet brandir un fouet et lui hurler l'ordre de venir "Aux pieds !". Elle revint prendre sa place dans la file, hébétée, et ils se remirent à prier à l'unisson.
_ Elle a une maladie nerveuse, expliqua l'imam. Dans la tête.
Ce n'était qu'une écolière _ 16 ans, peut-être _, aux yeux écartés et inquiets dans un visage pâlot. L'imam récita une prière au-dessus d'elle d'une voix monocorde, dure et rapide; elle le contemplait d'un air d'incompréhension. Il lui prit un bras qu'elle retira vivement. Sa mère s'agitait autour de l'imam en guise d'excuse; le frère se tapotait la jambe de son fouet. La fillette se détourna d'eux pour me dévisager avec stupéfaction. Je lui sourit et elle essaya de parler.
_ Il vient d'Angleterre, expliqua la mère.
La petite fille s'avança et s'appuya contre mon épaule, peut-être parce que j'étais le seul à ne pas crier. En lança soudain en anglais:
_ How do you do ?
_ Elle apprend l'anglais, commenta la mère. Elle est en CM2.
_ Were are you ? Who is your name ? continua  la petite, qui répéta après moi : Colin... (Sa voix était à peine plus qu'un murmure.)
_ Et toi, comment t'appelles-tu ?
_ Je m'appelle Nurana, dit-elle, prononçant ce nom comme si c'était sa seule fierté.
Les siens la tirèrent pour remonter à la grotte. Elle avança en tournant la tête en arrière, le regard figé.
[/i]


Je n'étais a priori pas attirée par les récits de voyage, et pourtant cet ouvrage m'a passionnée, émue, ravie. L'ombre de la route de la soie n'est pas seulement un récit de voyage, c'est également un fantastique livre d'histoire à même de passionner ceux que cette discipline n'attire pas outre mesure. Et c'est aussi un regard tendre et lucide sur le monde actuel. Mais c'est surtout le livre d'un grand écrivain, que je conseille sans réserve !

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #voyage #historique
par Armor
le Mar 24 Jan - 18:11
 
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Sujet: Colin Thubron
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Vladimir Bartol

Vladimir Bartol
1903-1967


Tag historique sur Des Choses à lire - Page 9 65_vla10

Vladimir Bartol est un écrivain slovène. Son roman Alamut a été traduit dans de nombreuses langues et l'a fait connaître mondialement. Après avoir étudié à l'université de Ljubljana et à la Sorbonne, il servit dans l'armée et vécut en 1933-34 à Belgrade où il édita un hebdomadaire. Introducteur des théories de Freud dans la Yougoslavie d’avant la Seconde Guerre mondiale, féru de philosophie , il fut traducteur de Nietzsche , et de biologie (ses travaux sur les lépidoptères côtoient aujourd’hui ceux de Nabokov dans les bibliothèques universitaires), il se veut d’abord essayiste.


Bibliographie des œuvres en français :

1938 : Alamut





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Alamut

Ce récit est basé sur la légende de la forteresse éponyme de Qasir Khan. Vladimir Bartol se saisit de l'histoire de la secte des assassins pour dénoncer, 14 ans après l'accession de Staline au pouvoir et 5 ans après la nomination de Hitler au poste de chancelier, les régimes totalitaires. S'agissant d'un pays lointain, d'une époque tout à fait révolue et d'une aire culturelle distante, le roman de Bartol ne semble pas doté d'une portée politique. Pourtant, subtilement, il met en garde ses contemporains en détaillant les processus qui peuvent mener au fanatisme. Bartol fait preuve d'un grand cynisme et semble se méfier des masses et du danger qu'elles peuvent représenter. Le leitmotiv du vieux de la montagne est en effet "Rien n'est réel, tout est permis". Y compris la manipulation de masse. Le but premier de Bartol est de mettre en garde : aucun peuple ne devrait jamais abdiquer sa souveraineté, il faut se méfier des populistes qui promettent le paradis (au sens propre comme au sens figuré) et ne jamais dédaigner la raison, fondement de notre humanité.


Alamut , soit le vieux de la montagne , roman magistral de Bartol , devrait être une bible afin que tous nous puissions nous souvenir que les dictatures naissent de la propagande et de l'avilissement d'une majorité. Grand classique , ce récit dénonçant le totalitarisme , le fascisme , reste une réflexion contre l’endoctrinement n’ayant jamais été si approfondie. Alamut ou la manipulation sans équivoque. Un chef d’œuvre incontournable :

Extrait :

Hassan Ibn Sabbah : "- Plante-toi à l'instant cette lame dans le cœur !"
[...] Brandissant son poignard, Suleiman
se frappa au cœur en y mettant toute sa force.
On l'entendit pousser un soupir de délivrance,
et il s'effondra sur la dernière marche de l'escalier,
la face transfigurée par une incompréhensible félicité."



mots-clés : #historique
par Ouliposuccion
le Sam 21 Jan - 23:30
 
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Sujet: Vladimir Bartol
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Jeanne Bourin

Les pérégrines

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De Chartres à Jérusalem, en passant par Constantinople, Nicée, Antioche et Tripoli, Les Pérégrines nous entraînent à la suite de Brunissen, Flaminia et Alaïs, les trois filles d'un parcheminier chartrain. Par leurs yeux, nous découvrons les splendeurs de ces villes mais aussi les terribles épreuves rencontrées en route : la mort qui décime leur famille, les longues marches épuisantes, la faim, la soif, la maladie, les combats, les rivalités qui opposent les seigneurs francs. Soutenues par leur foi et les événements miraculeux qui sauvent les pèlerins du désastre, les trois sœurs nous font également vivre les amours passionnées et contradictoires qui vont diviser leurs cœurs et bouleverser leurs vies. Jeanne Bourin nous restitue avec éclat l'existence quotidienne des croisés. Elle nous replace dans cette époque de foi et de violence, en mêlant l'histoire à la fiction, et nous rappelle que les femmes, elles aussi, ont participé activement aux croisades. Elles furent les aventurières de Dieu.

Jeanne Bourin ne déroge pas de son chemin de croix, la gente féminine est encore à l’honneur dans ce livre historique empli d’anecdotes relatant la vie de celle-ci ainsi que des pèlerins ayant entrepris le plus grand déplacement de foule de l’humanité (3 ans), la délivrance du tombeau du Christ à Jérusalem.
L’auteur rend hommage à toutes les femmes, celles qui n’apparaissent jamais dans les livres d’histoire abordant ce sujet. Pourtant, elles étaient des milliers à avoir quitté le foyer afin de rejoindre la terre Sainte.

Véritable pilier, elles sont le soutien psychologique des preux chevaliers, les infirmières, elles embrasent les pèlerins de leurs prières, de leur dévotion afin de mieux les armer.
Les pérégrines, c’est une œuvre majestueuse qui resitue la place de la femme au Moyen âge lors du droit Celtique. Loin des idées reçues, elles sont l’égal de l’homme, étudient, exercent les métiers qu’elles souhaitent voire même d’exception, se marient sans besoin de consentement des parents, peuvent divorcer, hériter, voter pour élire des représentants de commune…
Elles ont tout perdu à la reprise du droit romain au XVIème siècle, somme toute, misogyne.

Qui a dit que le Moyen Age était une période sombre et crasseuse ?
Période très prospère économiquement, nouvel essor d’un art de vivre, conception de l’amour courtois, conséquence de cette croisade au travers d’une foi indéfectible.
Au travers des malheurs, des horreurs, des pleurs mais aussi des splendeurs de la grande et puissante Constantinople, nous vivons au cœur de ce pèlerinage, les épidémies, les combats , la faim , les traîtrises … Mais toujours , la foi est victorieuse.

Un livre romancé, certes, mais très riche, déterrant les non-dits et les oubliées de l’histoire, imposant la souveraineté de dieu qui dirige toute vie. Une œuvre qui sans contexte, rend hommage à tous ceux qui ont construit notre histoire et nos racines.


mots-clés : #historique #religion
par Ouliposuccion
le Sam 21 Jan - 10:29
 
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Jorge Volpi

Le temps des cendres

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Jorge Volpi écrit sur 600 pages un thriller politico-scientifique mondialisé, critique brillante du capitalisme à tout crin, qu'il soit étasunien ou post soviétique. C'est l'occasion d'un  puissant portrait du monde de la guerre froide et de ses suites, hyper-documenté, foisonnant de personnages  réels et de situations historiques habilement mêlés à la fiction.

Je lui ferai le reproche d’une ambition excessive, d'avoir vraiment voulu son roman total :   on aurait pu se passer des détours par l'Afrique corrompue de Mobutu et les camps de réfugiés de Palestiniens,  qui n'apportent rien à son intrigue. Mais c’est finalement de peu d'importance face à l'ampleur de ce  portrait sans concession, c'est le moins qu'on puisse dire,  d'un monde sans espoir. La description de la prise du pouvoir de Gorbatchev par les libéraux et les aparatchiks, vérolés par leur cupidité, du glissement progressif vers le règne des brigands et des mafieux,  est saisissante.

L'aspect romanesque est moins séduisant, avec une écriture souvent utilitaire, et des personnages outrés et sans nuances, qu'on a envie de gifler en permanence, et dont les démêlées sentimentales m'ont laissée indifférente.



mots-clés : #historique
par topocl
le Ven 13 Jan - 20:22
 
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Dennis Lehane

Ils vivent la nuit

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Il vint alors à l'esprit de Joe (..) que, dans leur milieu pourtant caractérisé par une extrême violence, on rencontrait un nombre étonnant d'individus normaux : des hommes qui aimaient leur femme, emmenaient leurs enfants en excursion le samedi après-midi, entretenaient leur voiture, racontaient des blagues au snack-bar du coin, s'inquiétaient de que ce que leur mère pensait d'eux, et allaient à l'église demander à Dieu de leur pardonner toutes les choses terribles qu'ils avaient dû faire afin de pouvoir assurer leur subsistance quotidienne.
C'était aussi un secteur peuplé d'un nombre au moins égal de purs salopards. Des êtres dont la bêtise le disputait à la cruauté, et dont le principal talent résidait dans la capacité à ne pas faire plus de cas de leurs semblables que d'une mouche bourdonnant sur un rebord de fenêtre à la fin de l'été.



Joe, le fils rebelle du chef de la police de Boston dont nous avons fait la connaissance dans Un pays à l'aube, est assez satisfait de son sort de hors-la-loi, auteur de petits casses rémunérateurs, et amoureux de la belle Emma. Seulement, la belle Emma est aussi la maîtresse d' Albert White, l'un des chefs de la pègre locale. Et cet amour, qui pourrait lui valoir un destin beaucoup plus bref que celui qu'il espérait, l'amène au contraire, de péripéties en péripéties, grâce à son intelligence et sa pugnacité, à une belle fortune de gangster basée sur l'argent de la Prohibition. Joe n'en perd pas pour autant tout à fait son âme, et, malgré les bains de sang et les petites cruautés ordinaires, reste un homme attachant et qui s'interroge, porté par son nouvel amour Graciella.

C'est, tout d'abord, une belle histoire de gangsters haletante, palpitante, pleine de rebondissements qui ne laisse pas le lecteur s'ennuyer, portée par des dialogues et des réparties aux petits oignons . Il y a  aussi un contexte historique et social où Dennis Lehane se meut avec un naturel impressionnant, et s'il ne néglige pas la mise en situation  politique, tout ceci est intimement mêlée au récit, sans être doctement asséné comme cela peut se voir parfois.

Ce qui m'a le plus se touchée finalement est la psychologie des personnages qui, non seulement ne sont pas du tout tout blancs, ou tout noirs, mais  d'une complexité infinie, avec leurs interrogations, leurs raccourcis, leurs tours et détours : dans toute leur cupidité et leur violence, ils restent des êtres extrêmement attachants. La paternité et la filiation, dans toute leur complexité, sont les grands thèmes du livre,  auquel ils donnent une profondeur parfois douloureuse.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #historique #criminalite
par topocl
le Mar 10 Jan - 16:17
 
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Carsten Jensen

Nous les Noyés
Prix gens de mers, festival Etonnants Voyageurs 2010

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Marstal, 1850-1945. De la guerre contre l’Allemagne à la seconde guerre mondiale, cent ans d’histoire (d’histoires) d’un petit port danois, où naquit Carsten Jensen et qui fut, à l’aube du XXème siècle, grâce au dynamisme et à l’esprit communautaire de ses habitants, le deuxième port danois après Copenhague. C’était le temps de la marine à voile puis la ville, par une certaine frilosité, périclita ensuite, ne sachant s’investir dans l’acier et les moteurs. De tous temps, les femmes voyaient partir en mer leurs hommes pour des mois ou des années, et la mer ne les rendait pas toujours, le cimetière restant désespérément vide des tombes des noyés perdus. Elles pleuraient leurs maris et élevaient les enfants, garçons ne rêvant que de prendre la mer, à l’emprise aussi magnétique que tragique, filles épousant des marins qu’elles pleureraient bientôt. Et les hommes fascinés par l’océan, l’aventure, l’esprit de corps, les mondes à découvrir, et ce malgré la violence, la peur et la solitude.

   L'océan, c'était cet ailleurs infini où un gamin pouvait laisser derrière lui des mauvais traitements de son enfance et se réinventer.


   
C'était la promesse de devenir un homme qui poussait un garçon à prendre la mer.
   Pourquoi une femme tombait-elle amoureuse d'un marin ? Parce que le marin était perdu, lié à quelque chose de lointain, d’inaccessible, d'incompréhensible au fond, même pour lui-même? Parce qu'il partait ? Parce qu'il revenait à la maison ?


Peu adepte habituellement des récits de voyages en bateau (dont les dénominations des diverses constituants, voiles, ponts, machines restent pour moi une énigme), je ne me suis pas ennuyée une minute dans ce roman que je qualifierais plus de roman-océan que de roman-fleuve, tant sont riches les péripéties, complexes les personnalités, ouverte la vision d’un monde et de notre monde à travers lui. On est pris par le récit, parfois le temps est calme et on se laisse porter par la qualité de la prose de Jensen, par ses talents de raconteurs, sa finesse d’observation, sa capacité à créer une ambiance. On connaît alors le doux plaisir du lecteur épanoui, qui suit tranquillement le conteur, sans impatience de savoir trop vite la suite, tant l’instant nous satisfait, bercé dans un bien-être où on se délecte. Puis l’action l’emporte, les péripéties se font prenantes, tragiques parfois, et on est réellement secoué, la tempête vous saisit, l’intensité et le tragique des destins nous emportent. Les changements de rythme ne cachent aucune perte de vitesse, on apprécie le quotidien comme l’extraordinaire, ces hommes aux tempéraments prodigieux, deviennent des compagnons dont on partage les interrogations et les angoisses, les certitudes et les doutes.

Roman d’aventure, roman historique, Nous les Noyés nous transmet un message comme toutes les grandes histoires : la vie est dans l’aventure, la prise de risque, la découverte d’autres mondes, l’amitié, la transmission, et la communauté est là pour que dans cette quête nous gardions un ancrage, nous nous ressourcions. Dans cette histoire d’un siècle on croise des hommes (et des femmes) courageux mais découragés, des crapules sympathiques, des amours impossibles, un enfant miraculé, des gamins délurés. Carsten Jensen n’hésite pas à glisser quelques légendes, des semi- héros, des coïncidences improbables, des rêves prémonitoires, une têt réduite, qui font de ce récit un livre de légende, une odyssée qu’on ne souhaite pas lâcher.

La dernière partie (le livre va en se bonifiant) consacrée à la guerre de 39-45 nous en montre le déroulement sur les mers, assez méconnu, de moi en tout cas, et c’est l’occasion d’une richesse de sentiment, d’une désespérance, car tout a perdu son sens, tout n’est plus que douleur et culpabilité.
Le message de Carsten Jensen reste cependant optimiste grâce à une dernière explosion de joie sur les dernière pages du livre

Spoiler:
où le jour de la victoire des alliés tous les personnages du livre se retrouvent, les noyés comme les survivants pour une immense danse d’allégresse, une parade de joie et d’espoir, les haines et les malheurs un temps mis de côté dans cette vallée de larmes.

   
Ce livre nous montre comment le temps imprime sa trace et marque les cités comme les hommes, les transforme, leur donne leur chance ou leur malchance et comment les difficultés constituent le cheminement pour une certaine sérénité. Comment la communauté alternativement indulgente ou rejetante, est le terreau de nos destins, l’enracinement qui nous permet de résister aux épreuves, nous, petits hommes ballottés dans des histoires qui nous dépassent et qui font les délices de ceux à qui on les raconte..

 
 Les marins n'étaient ni meilleurs ni pires que les autres. Il y avait des situations qui forçaient leur loyauté. Le monde limité du pont rendait leur dépendance mutuelle si évidente que l'instinct de survie individuelle était étouffé. Ils savaient qu'ils ne pouvaient pas s'en sortir sans les autres.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #aventure #historique
par topocl
le Lun 9 Jan - 10:18
 
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Hans Magnus Enzensberger

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Le bref été de l'anarchie

Durruti : une légende ?

Spoiler:
Définitions : Récit à caractère merveilleux, où les faits historiques sont transformés par l'imagination populaire ou l'invention poétique.
 Représentation embellie de la vie, des exploits de quelqu'un et qui se conserve dans la mémoire
 Bruit, rumeur, nés d'une déformation et d'une amplification de faits réels par l'imagination.


Je le crois dans la mémoire de la Catalogne, de l’Espagne et plus encore  puisque de nos jours l’histoire de cet homme suscite encore l’envie de savoir, de le connaître.
Durruti est entré dans l’Histoire, celle d’un peuple, celle de la révolution et la guerre d’Espagne.

L'auteur : «"Cependant, l'ensemble de ces propos anonymes et contradictoires se confond et acquiert une qualité nouvelle : ces histoires deviennent l'Histoire. C'est ainsi que depuis la plus haute antiquité "Elle" nous a été transmise : sous forme de légendes, d'épopées, de romans collectifs."

Sa vie est assez  rocambolesque, bandit d’honneur
Spoiler:
Le terme bandit, familièrement, désigne une personne commettant des actions illégales. Associée au terme  honneur , son action prend une dimension politique plus évidente.

, aimé du peuple qui d’ailleurs l’a pleuré comme « Fils du Peuple » à sa mort.

Durruti c’est un ouvrier, un homme qui a toujours défendu les travailleurs, qui a su s’en faire comprendre et aimer. Un Anarchiste, membre du syndicat  de la CNT et du Parti anarchiste F.A.I. qui a participé dès les premiers jours à la révolution Espagnole et aux nombreuses grèves qui s’égrenèrent avant le mois de Juillet 36.

Ce mois, plus,  cet été où l’anarchie dressait les drapeaux, les barricades et les armes contre ceux qui exploitaient les travailleurs, les paysans, c’est-à-dire contre les propriétaires terriens, la bourgeoisie, l’ église et tout ce qui représentait la répression. Les anarchistes étaient habités d' une haine du capitalisme très vive.

Durruti a été souvent arrêté, emprisonné, obligé de s’exiler pour les idéaux qu'il défendait. De même ses proches amis Ascaso et Jover, surnommés d'ailleurs "les trois mousquetaires".
Durruti a cherché des fonds et du soutien auprès des anarchistes d’Argentine, de France pour la révolution et  ses méthodes n’étaient pas toujours très orthodoxes mais il a été honnête envers ses camarades, le peuple.

Après l’arrivée au pouvoir de la République, après leur participation à la victoire aux élections de  la Généralité de la Catalogne, ce qui constituait un dilemme quant aux idéaux qu’ils défendaient,  les anarchistes durent participer avec les autres partis.  Il devenait urgent de battre le général Franco, pour tous les anti-fascistes Espagnols.

Sans abandonner l’idée de continuer la révolution Durruti forma une colonne pour aller se battre sur le front de Saragosse., puis à Madrid où il trouva la mort. Comment ? cela reste aussi  un mystère.

Alors qu’ en 1918 80% de la classe ouvrière Catalane adhérait aux organisations anarchistes, après l’arrivée des Brigades Internationales majoritairement communistes, l’ envoi de matériel, armes par l’URSS, la main mise de l’URSS sur la guerre civile Espagnole le PCE devint majoritaire, les autres partis furent écrasés, interdits (FAI, POUM….) De fait la révolution fut étouffée, Staline n’en voulait pas, son objectif était de battre Hitler mais pas de sauver la révolution Espagnole.

Les anarchistes espagnols avaient choisi la ligne Bakounine depuis longtemps, plutôt que celle de Marx. L' une des racines de l'anarchisme s'était implantée lors de la venue en Espagne d'un certain Giuseppe Fanelli (Bakouniste) lequel avait su se faire comprendre du Peuple. L'exploitation des travailleurs, ouvriers et paysans avait consolidé l'idéal libertaire.


Ce récit est à de nombreuses voix et s’il en est une qui a su estimer au plus juste, a été la plus franche, la plus lucide c’est bien celle de Simone Weil.
Le choix de l’auteur de justement amener toutes ses voix en fait un récit très animé, attachant, instructif.



Quelques participants :
Le vicaire Jesus Arnal Pena, Diego Abad de Santillan, Ricardo Sanz, A. Souchy, César Lorenzo, Kaminski, A. Sanchez, Emma Goldman, Franz Borkenau, Louis Berthomieux, Ilya Ehrenbourg, MikhaÏl Kolcov, M. Hernandez


Extraits

Rien n’est changé effectivement, sauf une petite chose : le pouvoir est au peuple. Les hommes en bleu commandent. C’est à présent une de ces périodes extraordinaires qui jusqu’ ici n’ont pas duré, où ceux qui ont toujours obéi prennent les responsabilités. Cela ne va pas sans inconvénients, c’est sûr. Quand on donne à des gamins de dix-sept ans des fusils chargés au milieu d’une population désarmée…  « Simone Weil »

On a déjà eu en Europe une expérience de ce genre, payée de beaucoup de sang elle aussi. C’est l’expérience russe. Lénine, là-bas, avait publiquement revendiqué un Etat où il n’y aurait ni armée, ni police, ni bureaucratie distinctes de la population. Une fois au pouvoir, lui et les siens se sont mis, à travers une longue et douloureuse guerre civile, à construire la machine bureaucratique militaire et policière la plus lourde qui ait jamais pesé sur un malheureux peuple.   « Simone Weil »

Parlant de l’Espagne : Le mensonge organisé existe, lui aussi, depuis le 19 juillet. « S. Weil »

Je ne sentais plus aucune nécessité intérieure de participer à une guerre qui n’était plus, comme elle m’avait paru être au début, une guerre de paysans affamés contre les propriétaires terriens et un clergé complice des propriétaires, mais une guerre entre la Russie, l’Allemagne et l’Italie. « S. Weil »

Au prolétariat de l’URSS : Nous savons que pour la défense de notre révolution, nous pouvons compter sur vous, les travailleurs de l’URSS Mais on ne peut pas se fier aux politiciens, qu’ils s’instituent antifascistes ou démocrates. Nous ne croyons qu’à nos frères de classe. Seuls les travailleurs peuvent défendre la révolution espagnole, comme nous l’avons fait il y a vingt ans pour la révolution russe.
Vous pouvez nous croire. Nous sommes comme vous des travailleurs. Nous ne renierons en aucun cas nos principes et nous ne déshonorerons pas la faucille et le marteau, ces instruments de notre travail, symbole du prolétariat. Salut de tous ceux, qui, les armes à la main ,combattent contre le fascisme sur le front d’Aragon.  Votre camarade B. Durruti
Aux travailleurs russes : Le prolétariat international ne comprend pas pourquoi ces camarades (anarchistes) sont retenus prisonniers. Nous ne comprenons pas davantage pourquoi les renforts et les armes que la Russie envoie à l’Espagne sont devenus les instruments de négociations politiques à la suite desquelles le révolutionnaire espagnol sera obligé de renoncer à sa liberté d’action.
La révolution espagnole doit suivre d’autres voies que la révolution russe. Elle ne doit pas se développer sous le slogan d’ « un parti au pouvoir, tous les autres en prison ». […] Au peuple de choisir le régime qu’il désire !. Buenaventura Durruti


la LC ICI


mots-clés : #biographie #historique #insurrection
par Bédoulène
le Lun 9 Jan - 9:26
 
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Sujet: Hans Magnus Enzensberger
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Jil Silberstein

Les voix de Iaşi

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Jil Silberstein s'offre le luxe de nous proposer un énorme pavé (700 pages fort denses, quand même), une somme impressionnante de données historiques, sur un sujet des plus austères, et d'y mettre suffisamment d'enthousiasme, d'exhaustivité, de passion et d'humour pour qu'on y adhère sans sourciller.

C'est très tardivement qu'il apprend  que son grand-père Guillaume avait émigré en France, de Iaşi en Roumanie , fuyant l'antisémitisme dans les années 20. Celui-ci échappa ainsi, contrairement à d'autres membres de sa famille, au pogrom pratiqué le 27 juin 41 : 8000 morts, 5000 déportés dont de nombreux vont décéder.

Jil Silberstein n'est pas du genre à en rester là. Certes, il veut retrouver sa famille, mais aussi tout  saisir. Il dévore toute une bibliographie des plus pointues, navigue sur Internet, rencontre en Roumanie des témoins, des survivants, des universitaires, des érudits. Pour lui, savoir, c'est tout comprendre :  le pogrom, l'antisémitisme, l'histoire des juifs de Roumanie dans son ensemble, et à travers elle, l' histoire de la Roumanie. Leur recrutement par les princes moldaves, le caractère indispensable qu'ils ont pris dans la société, les humiliations et discriminations qu'ils ont subies, montant en puissance au fil des régimes et des partenariats. On a droit ainsi au passage à toute l'histoire de la Roumanie, depuis les princes moldaves, l'influence ou l’ingérence de la Sublime Porte, de la Russie, de l'Autriche-Hongrie,  l'horreur nazie et l'oppression communiste. Une communauté de 40 000 juifs à son apogée, qui n'en laisse aujourd'hui que 300.

Cela semble beaucoup pour un seul livre, c'est beaucoup en effet, dans cet ouvrage d'une érudition impressionnante, qui vise à une certaine exhaustivité. Il cite ses sources, ne lâche sur aucun détail, chaque omission serait une insulte aux Juifs qui l'ont vécu.. Cette somme d'informations ferait presque trop,  si Jil Silberstein ne prenait pas le soin de se mettre en scène dans son travail de recherche, nous faisant partager ses enthousiasmes, ses errances, la satisfaction des découverte, les émotions devant l'horreur. Tout cela avec un humour tout à fait particulier qui le fait s'adresser à son lecteur et à lui-même, bousculé dans son humanité. Au passage, il dresse des portraits, raconte les histoires individuelles, rapporte tel récit : on lit  cette histoire à travers les tripes de ceux qui l'ont vécue.

C'est donc une lecture tout à fait passionnante, pleine d'enseignements indispensables, dont les quelques longueurs sont très vite oubliées, une belle aventure historique et littéraire.

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(commentaire récupéré)


mots-clés : #premiereguerre #historique
par topocl
le Sam 7 Jan - 10:24
 
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Sujet: Jil Silberstein
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Carlos Fuentes

merci Shanidar je garde dans un coin !


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Christophe et son Œuf

Première lecture de cet auteur !

La note de la traductrice est très utile pour qui rencontre l’auteur pour la première fois.

Notamment : « Le lecteur verra du reste qu’il est constamment fait appel à lui (en hommage à un autre illustre précédent), lecteur plus que lecteur, sujet décidant, «choisissant sa lecture : Electeur. »

L’écriture, très riche dans les mots, dans les nombreuses références : littérature, peinture, Hommes politiques Mexicains évidemment mais aussi étrangers.

L’auteur fait confiance à son lecteur pour la compréhension des diverses allusions, jeux de mots, transformations …. ; l’Electeur doit participer.

Touenties, vol street, clinup, teikover, ticheurtes
Le Mall Effik, le Mall O’net, le Mall Autru, le Mall Fra

Originalité que de laisser un fœtus raconter la rencontre de ses parents, leur histoire et à travers eux le Mexique, sur sa période de gestation en l’an 1992.

L'auteur évoque dans ce récit plusieurs mythes, celui de la Tour de Babel : deux peuples d'indiens vivant de chaque côté d'un grand ravin, ne pratiquant pas la même langue ne se comprennent pas et pour l'un ne voit pas l'autre car la tribu entière est aveugle. Cependant l'espoir est introduit quand des deux côtés du ravin s'élèvent des "pétards, des fusées" et de l'autre en réponse des objets rudimentaires "récoltes, tissages, masques, poteries.."

Le mythe de Babylone aussi, quand le gouvernement participe à la destruction de "Acapulco" l'orgueilleuse, la riche.

Le mythe du vagin denté : un document ancien est recherché par un Professeur de Darmouth College.

La Nef de Chine emporte certains personnages vers une ville utopique "Pacifica", doit-on comprendre que l'uotpie est le Communisme ?

Dieu non plus n'est pas épargné dans ce récit, parfois avec humour :

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la corruption : discours d'Ulyse Lopez (portefeuille du Sepadu)
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Le géniteur du foetus prénommé "Christophe", se définit comme un conservateur révolutionnaire. Il est instruit, ascendance aristocratique et passionné pour ces 9 mois par le sexe.

Et combien d'émotions pour Christophe, lui qui voit, entend, devine, apprend sa génèalogie, mais qui sait qu'en venant au monde, il va tout oublier de son passé récent


Une très bonne et longue lecture, j'ai eu un peu de mal au début à m'habituer aux diverses langues, à cette grande richesse.
Encore une image qui vient de cette lecture, un tableau de Soutine (nommé par l'un des personnages), le boeuf écorché, comme peut l'être le Mexique dans cette histoire, en 1992, après des années de violence. Un espoir s'annonce avec la naissance de l'enfant.


Tag historique sur Des Choses à lire - Page 9 Boeuf10

(message rapatrié)
mots-clés : #contemythe #historique
par Bédoulène
le Mar 3 Jan - 21:28
 
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Sujet: Carlos Fuentes
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Honoré de Balzac

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Le Colonel Chabert

Le colonel Chabert décide de la victoire d'Eylau par sa charge héroïque, mais il y perd la vie. Tout du moins, tout le monde le croit. En fait, Chabert se réveille au soir de la bataille dans la fosse commune dont il réussit à s'extraire malgré l'horrible blessure sur son crâne. Sauvé par des paysans, il regagne Paris. Mais entre-temps, son épouse a épousé le comte Ferraud avec lequel elle a eu plusieurs enfants. Donc, Chabert vient trouver l'avoué Derville pour faire reconnaître ses droits.

Balzac nous donne en ouverture du roman une savoureuse description de l'étude avec les plaisanteries des clercs qui fusent de tous côtés. En attendant que Derville puisse constituer le dossier, Chabert loge misérablement chez un compagnon d'armes, le "nouriceure" Vergniaud. Vient enfin la confrontation de Chabert avec son épouse qui refuse de reconnaître le colonel, celui ci lui rappelle à mots couverts qu'il l'a sorti du ruisseau et qu'elle lui doit toute sa fortune. Au sortir de l'entrevue, madame Ferraud aborde Chabert et l'amène à son pavillon près de Montmorency. Son but, en mèche avec l'avoué Derville, est d'apitoyer Chabert pour le faire renoncer à son nom contre une pension. Elle lui met sous les yeux ses enfants, le bonheur d'une famille. Son stratagème échoue. Chabert refuse de renoncer à son nom. De plus, il apprend que sa femme l'a joué et qu'elle menace de le faire interner à Charenton. Chabert, lors d'une dernière entrevue avec sa femme, lui déclare son mépris et promet de disparaître. De nombreuses années plus tard, Derville reconnaît le colonel dans le misérable vieillard qui mendie quelques brins de tabac à la porte de l'hospice.


mots-clés : #historique
par ArenSor
le Lun 2 Jan - 17:53
 
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Sujet: Honoré de Balzac
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Leonardo Sciascia

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MORT DE L' INQUISITEUR


Trad. de l'italien par Mario Fusco
Collection Folio 2 € (n° 3631), Gallimard

Au début du XVIIe siècle, en Sicile, un prisonnier enchaîné assomme dans un couloir du palais l'Inquisiteur venu l'interroger. Il est jugé, torturé et brûlé vif. Peu à peu, se dégage le visage héroïque du meurtrier épris de liberté, et celui, odieux, de son puissant oppresseur : l'Église. Mêlant humour et érudition ironique, Leonardo Sciascia se livre à une enquête minutieuse à travers les textes et les témoignages de l'époque.


Gallimard

Encore un merveilleux petit texte de Sciascia qui met en valeur la résistance de l'homme à l'arbitraire du pouvoir et de la tyrannie. Ici, celle de l'Inquisition en Sicile.  Un autre texte en guise d'introduction.


mots-clés : #historique
par bix_229
le Dim 1 Jan - 16:44
 
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Leonardo Sciascia

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 9 Majora10

La Disparition de Majorana
Trad. de l’italien par Mario Fusco
Allia, 112 p.

Leonardo Sciascia publie La Disparition de Majorana en 1975, trois ans avant son livre sur Aldo Moro. Son intérêt pour le savant sicilien, mystérieusement disparu en 1938, à l’âge de 32 ans, n’a rien d’anodin. Il effectue son enquête à un moment de grands troubles politiques. La brève carrière d’Ettore Majorana se déroule en Allemagne et en Italie, au moment où des régimes totalitaires se mettent en place en Europe. Pour un de ses maîtres, Enrico Fermi, le jeune physicien est un génie à l’égal de Galilée ou de Newton. C’est aussi un être tourmenté qui a déjà annoncé des intentions de suicide. L’hypothèse est donc qu’il se soit jeté dans la mer. Mais jamais son corps n’a été retrouvé. A-t-il cherché refuge dans un couvent? Emigré en Amérique latine?
Intuition

«Les morts se retrouvent; seuls les vivants peuvent disparaître»: l’enquête de Sciascia porte sur les derniers jours de Majorana, le contexte familial – une puissante famille, un crime affreux, une erreur judiciaire – et social – le fascisme omniprésent, les intrigues universitaires, la négligence de la police. L’écrivain ne conclut pas, mais son hypothèse est la suivante: Majorana a eu l’intuition, encore impossible à prouver, des dangers des découvertes récentes de la physique et il a choisi de se dérober à leurs conséquences. Quelques années plus tard, Hiroshima et Nagasaki lui donneront raison.

Le thème central de ce petit livre dense et passionnant de bout en bout, c’est donc bien la responsabilité du savant et de l’intellectuel en général. La parution de ce texte en feuilleton dans La Stampa a provoqué une polémique qui figure en annexe, avec la réponse de Sciascia, le tout d’une actualité brûlante encore aujourd’hui.

source : Le Temps

Sciascia excelle à faire revivre des faits du passé. Anciens ou récents. A les conter avec style, un style à la fois sobre et précis. Evocateur. A  essayer de les éclairer, ou, à tout le moins, de leur rendre une dimension humaine.
Conseillé à tous ceux qui connaissent Sciascia ou à ceux qui l'ignoreraient encore.


mots-clés : #historique
par bix_229
le Dim 1 Jan - 16:32
 
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Klaus Mann

Le tournant

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 9 Image226

Le tournant m'a narguée, tentée, m'a été proposé plusieurs fois et pourtant, j'ai renâclé. Et j'avais tort. Malgré ses 700 pages, ses centaines de personnages cités, cette autobiographie se lit avec passion, qu'on s'attache au portrait d'un homme ou au portrait d'un siècle.

Deux superbes chapitres racontent une enfance munichoise heureuse, pleine de tendresse. Puis le jeune homme  croque la vie à belles dents entre jouissance et désespoir, toujours parti, écrivain insatiable à l'ombre de son père, membre d'une jet-set européenne avide de culture.


« un vieil individualiste, un vagabond, non dépourvu de tendances excentriques et anarchistes »


L'exil forcé qu'il subit sous la menace du nazisme en tant qu'opposant au régime transforme ses voyages de plaisir en une errance dévastatrice, et déclenche un militantisme forcené : Klaus Mann prend sa canne de pèlerin, informe, explique, convainc et finit , lui, le pacifiste, par s'engager dans l'Armée américaine.
A travers son histoire personnelle (qui refuse tous les détails croustillants), c'est bien sûr l'histoire du monde qui se déroule.

C'est vraiment un bouquin impressionnant, et qui parle tout autant de notre époque, si comparable quand on veut bien y porter attention, et c'est assez terrible.


Quelques citations de le Tournant, correspondant à la période 1923-24:

   « La crise morale et sociale au centre de laquelle nous nous trouvons, et dont la fin ne semble pas encore prévisible, était pourtant bien, déjà en ce temps-là, en plein développement. Notre vie consciente commençait à une époque d'incertitude oppressante. Alors que tout, autour de nous, se crevassait chancelait, à quoi aurions-nous pu nous raccrocher, selon quelles lois aurions-nous  dû nous diriger ?"

   
   «Nos poètes à nous, nous transmirent le dédain de l'intellect, la préférence accordée aux valeurs biologiques et irrationnelles aux dépens des valeurs morales et rationnelles, la survalorisation du somatique, le culte de l'Éros. Au milieu de la vacuité et de la désagrégation générale, rien ne semblait avoir une réelle importance que le voluptueux mystère de notre propre vie physique, le miracle sensuel de notre existence terrestre. En présence d'un Crépuscule des Dieux qui mettait en question l'héritage de deux millénaires,  nous cherchions un nouveau concept de base pour notre pensée, un nouveau leitmotiv pour nos chants, et nous trouvions « le corps, le corps électrique »."

   
 
« La glorification des vertus physiques  perdait à mes yeux toute espèce de charme et toute force de persuasion, quand elle s'alliait à un pathos héroïque et militant, ce qui était, hélas, souvent le cas. Je ne comprenais d'ailleurs absolument rien aux fanatismes sportifs, qu'il nous faut considérer comme un autre symptôme – peut-être le plus  important ! - de l'état d'esprit anti spiritualiste de l'époque. Qu'est-ce que les gens pouvaient bien trouver de si excitant et de si merveilleux à des combats de boxe et à des matchs de football ? Je ne les comprenais pas… »


   « Ce n'était pas à la conscience et à la réflexion qu'aspirait cette société vidée de son sang et désorientée ; ce que l'on voulait, c'était bien plutôt oublier  - la misère présente, la peur de l'avenir, la faute collective... »


   « Ces messieurs Krupp et Stinnes se débarrassent de  leur dette : ce sont les petits qui payent. Qui donc se plaint ? Qui proteste ? Tout cela, c'est à se tordre, c'est à crever de rire, c'est la plus grande rigolade de ce qu'on appelle l'histoire du monde ! »



... qui me terrifient car elles me font furieusement penser à la période actuelle,( bien que le contexte soit différent), et qu'on sait comment ça a fini.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #historique #regimeautoritaire
par topocl
le Sam 31 Déc - 10:09
 
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Sujet: Klaus Mann
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Philip Caputo

Clandestin

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 9 97822613

C'est sûr que Philipp Caputo n'a pas lésiné sur les moyens. Il mêle roman d'amour, réflexion historique, thriller, Nature writing, saga familiale...Il inscrit son roman dans la durée sur plusieurs générations par des récits entremêlés, malédiction et vengeance à l'appui. Il oppose l'Ouest ancien avec ses cow-boys et la naissance de la Révolution mexicaine, et l'Ouest moderne où la frontière est le terrain de jeu des passeurs de migrants et des narcotrafiquants. Il se glisse dans la peau de multiples personnages, ranchers, policiers, infiltrés ou non, bandits, infiltrés ou non. Il n'hésite pas à mêler à cela Sénèque, le 11 septembre et même la guerre en Irak.

C'est un roman très riche avec plein de thèmes , une certaine naïveté (le bon trader résiliant qui lit Sénèque, l'histoire d'amour assez basique). Mais on passe très volontiers là dessus, car l'histoire, en lien avec le passé, est complexe et pleine de rebondissements et certains personnages, au contraire, sont incroyablement fouillés, en particulier le propriétaire du ranch frontalier, qui est l’incarnation de cette opposition anciens/modernes, s'accroche aux valeurs de ses aïeux, et cela en fait un homme d'une grande droiture mais un bon facho quand même.

C'est donc très ambitieux, et on pourrait croire que tout cela fait un peu trop, et bien non, au bout du compte c'est un panorama grandiose d'un mode de vie et d'une région, une étude de caractères apparemment bien tranchés mais finalement plutôt ambigus. Le Prix Pulitzer est bien mérité, on suit ça avec une exaltation tranquille, sans relâche au fil des 770 pages du livre.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #historique #immigration #famille
par topocl
le Ven 30 Déc - 16:54
 
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Sujet: Philip Caputo
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Alaa al-Aswany

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 9 97823310

Automobile club d'Egypte

Egypte, fin des années 40. Le pays est sous domination britannique, avec à sa tête un roi fantoche et débauché. Si son attitude choque le peuple, les puissants, quant à eux, ne reculent devant aucune flagornerie pour obtenir de nouveaux privilèges, quitte à offrir sans vergogne les services de leurs épouses ou de leurs filles. C'est bien connu, une fois satisfait, le roi n'est pas avare de ses prodigalités...
Tout ce beau monde a coutume de se retrouver au très sélect Automobile Club, où l'implacable El-Kwo, le tout-puissant chambellan du roi, règne sur une armée de serviteurs qu'il martyrise à l'envi ; totalement soumis, ceux-ci sont incapables de se révolter contre le traitement inhumain qu'ils subissent, tant on leur a inculqué l'idée que cela était dans l'ordre des choses...

"Leur existence reposait sur une vérité unique : El-Kwo était une force absolue contre laquelle ils ne pouvaient rien. Si leur croyance en cela était ébranlée, tout changeait. L'image de leur tout-puissant maître enracinée dans leurs esprits les rassurait en même temps qu'elle les terrorisait. Il était dur avec eux. Il les opprimait, mais également il était le garant des fondements de leur existences."

Le roman s'articule autour de deux pivots : la vie à l'Automobile Club, et celle des membres de la famille d'un des serviteurs, Abdelaziz Hamam. Descendant ruiné d'une puissante famille de Haute-Egypte, il s'est réfugié au Caire dans l'espoir d'améliorer le sort de sa famille.

Alaa El Aswany a un talent de conteur incomparable ; il sait prendre son temps pour installer les situations et décrire au mieux les tourments intérieurs de ses personnages. Sous sa plume évocatrice, les nombreux épisodes s'entremêlent avec brio.
L'on pourrait regretter le procédé d'écriture, souvent vu _et souvent factice_  qui consiste à terminer ses chapitres par une situation en suspens. Mais ce procédé, l'auteur le maîtrise à la perfection ; à aucun moment je n'ai eu l'impression que certains passages faisaient office de remplissage. La force de l'auteur est, au contraire, d'avoir su donner à chaque épisode suffisamment d'intensité pour que le lecteur soit  totalement happé, incapable de refermer le livre.

Ce n'est certainement pas un hasard si Alaa El Aswany, écrivain engagé, a choisi d'ancrer son roman à la fin des années 40, peu avant que la révolution n'embrase le pays. Il décrit merveilleusement le lent éveil des consciences, la difficulté d'oser réclamer des droits dans un régime dictatorial qui asservit en toute impunité. Il saisit les peurs, les changements incessants d'opinion, les bravades et les reculades, pour nous dresser un tableau profondément attachant du petit peuple égyptien.

J'aurais pu vous parler des heures durant des aventures de la famille Hamam et des individus gravitant autour d'eux, mais je vous laisse le soin de découvrir leur difficile apprentissage de la vie adulte. Je ne peux vous dire qu'une chose : ils vous seront si attachants ou détestables que vous regretterez furieusement de les quitter...
Je n'aurai donc que deux conseils : oubliez les dix premières pages, assez ridicules et infatuées, et plongez avec délices dans ce récit vibrant et absolument passionnant.
Un grand coup de coeur, comme on en a rarement.

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #historique #regimeautoritaire #romanchoral
par Armor
le Jeu 29 Déc - 18:18
 
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Sujet: Alaa al-Aswany
Réponses: 25
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