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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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44 résultats trouvés pour Exil

Juan Goytisolo

Pièces d’identité

Tag exil sur Des Choses à lire Pizoce10


Premier volume de la trilogie Álvaro Mendiola, comme ne l’annonce pas l’éditeur. À propos de ce dernier, il faut signaler que de trop nombreuses coquilles altèrent le texte...

Barcelone, 1963 : le personnage principal, Álvaro Mendiola, 32 ans, est rentré en 1961 dans sa ville natale après un exil de dix ans à Paris. Il est à la recherche de son identité et de celle de son pays, principalement en se plongeant dans le passé. La « tribu » espagnole (terme rimbaldien ?) c’est une longue histoire de misère jusqu’au franquisme issu de la guerre civile, soit 25 ans de « paix » depuis, et l’examen qu’il fait de sa patrie déchue n’est pas complaisant…
« Sol barbare et stérile, combien de générations vas-tu encore frustrer ? »

« Plusieurs années se sont écoulées depuis cette époque, et si Hier s’en fut, Demain n’est pas venu. »

De retour d’exil comme au sortir d’une parenthèse de son existence, une suspension de la vie, Álvaro parcourt en mentales allées et venues remémoratrices (voire ramentevantes) photos de famille et cimetières, avec un sentiment de vague culpabilité.
« (Un de tes premiers souvenirs d’enfance ‒ ou était-ce une création tardive de ton imagination fondée sur une anecdote souvent racontée en famille ? ‒ [… »

C’est notamment l’occasion de narrer l’histoire emblématique du barrage d’Yeste, et le massacre des gardes civils en parallèle avec l’encierro tauromachique.
Méfiance rurale (souvent justifiée) :
« Le pouvoir central continuait à se manifester exclusivement sous forme d’ordres et d’anathèmes, et, comme par hasard, l’intérêt des uns et des autres tournait toujours au profit des caciques. »

Il y a aussi chez Álvaro une volonté de témoigner des faits et personnes dont il ne restera rien à sa disparition (il évoque ainsi ses amis, Sergio puis Antonio).
« …] sans profession connue ‒ car ce n’est ni un office ni une profession, mais un supplice et un châtiment que vivre, voir, noter, décrire tout ce qui se passe dans ta patrie ‒ [… »

« …] ‒ faudrait-il donc qu’ils meurent tous sans savoir quand sonnerait leur heure, unique raison de leur venue au monde, la possibilité conquise un jour et vite arrachée, d’être, de vivre, de se proclamer, simplement des hommes ? ‒ [… »

Image forte du chassé-croisé des touristes européens et des exilés ou émigrés espagnols. D’ailleurs amer constat du passage de l’indigence à « se mercantiliser, se prostituer » dans le tourisme :
« La modernisation était arrivée, étrangère à la morale et à la justice, et l’essor économique menaçait d’anesthésier pour toujours un peuple non encore réveillé, au bout de vingt-cinq ans, du long et lourd sommeil où il était resté en léthargie depuis la déroute militaire lors de la guerre. »

Le tableau des expatriés germanopratins n’est pas moins critique, voire sarcastique, que celui des intellectuels et diverses factions politiques ressortissant de près ou de loin à la République.
Viennent ensuite les belles pages sur l’amour, celui d’Álvaro pour Dolores avec qui il vit depuis dix ans.
De grandes similitudes biographiques sont évidentes entre Álvaro et l’auteur.
La langue est volontiers soutenue, alternant les registres selon les séquences, réflexions cérébrales et mélancoliques, aperçus populaires, comptes-rendus de filature des activistes clandestins, les discours officiels de la dictature rendus avec emphase et sans ponctuation (dès dans l’incipit).
Un vrai bel écrivain.
Je pense que cet ouvrage (ou l’auteur en général) pourrait plaire à Bédoulène, à Quasimodo, à Topocl et Armor, ou encore ArenSor ; mais il est vrai que les livres de Goytisolo sont difficiles à trouver…

Mots-clés : #devoirdememoire #exil #guerredespagne #identite #xxesiecle
par Tristram
le Mer 7 Aoû - 14:31
 
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Sujet: Juan Goytisolo
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Irène Nemirovsky

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Le Vin de solitude. - Albin Michel


"Ou bien « Le Vin du souvenir » ? Le « Vin de solitude » ? Le Vin de solitude est un beau titre et il a de plus l’avantage certain de bien fixer ma pensée sur un point essentiel. En effet, je crois que ce qu’il faut montrer surtout, c’est cette enfant qui pousse ainsi, absolument seule. Bien mettre l’accent sur cette profonde et amère solitude, sur les fantasmagories qui peuplent sa vie, sur l’apparence monstrueuse que cette vie prend pour elle."

Irène Nemirowski


Le titre choisi finalement par Irène Nemirowski définit tout à fait le contenu du livre.
L'histoire d'une enfant puis d'une jeune fille seule. D'une ville à l'autre, de Kiev à Paris.
Le père, banquier, s'imagine compenser une enfance misérable en spéculant et en brassant de l'argent facile.
Absent la plupart du temps, il oublie sa fille qui l'adore.

La mère, -et c'est pire- est futile, égoiste, froide, sauf quand il s'agit de prendre un nouvel amant.

Elle n'aime pas sa fille et ne se prive pas de le lui dire. Ni de l'accabler de reproches méprisants.

Et elle ne lui épargnera jamais la vue de ses amants et de leurs coucheries.

La seule personne qui lui manifeste une vraie tendresse fut la gouvernante française. Mais quand la mère s'en appercevra, elle la chassera.
La guerre puis la révolution mettent la famille en fuite. D'abord à St Petesbourg, puis en Finlande, en Suède avant Paris où la mère a entraîné son dernier amant.
La jeune fille, décide alors de le séduire pour se venger de sa mère. Elle n'ira pas jusqu'au bout lorsque elle se rend compte qu'il ne l'aime plus et que la vengeance la plus cruelle est désormais le temps et l'age.

C'est d'ailleurs un élément fort que cette relation mère/fille.
Je ne me souviens pas avoir lu une relation à la mère aussi violente. Sinon celle de Jules Vallès.


On le sait à présent, le roman est en grande partie autobiographique, et cet antagonisme apparaît dans d'autres romans.
Le Vin de solitude est un travail de mémoire assez extraordinaire. Où il s'agit de restituer des situations, des atmosphère, d'essayer de reproduire ou de repenser des conversations.
Travail de mémoire aussi quand il s'agit de se remémorer les lieux où la famille vécut, le mode de vie où la richesse ne fait jamais oublier la négligence, le manque d’âme, la chaleur humaine.

Et aussi les bouleversements de la guerre et de la révolution bolchevik dont elle est témoin.
Ce qu'on retiendra avant tout, c'est le personnage qu'elle incarne, mélange de sensibilité frustrée, mais aussi d'intelligence, de lucidité, de volonté.
Toute sa vie le manque d'affection constituera une blessure permanente.
Et c'est sans doute pourquoi ce qu' elle a vécu se reflète dans un style incisif, précis, cruel.
Ce roman, au moment où il parut (en 1934) constituait un roman d'apprentissage au féminin, ce qui n'était pas encore très courant à l'époque. Si l'on excepte Colette à qui l'on pense parfois.
Mais Colette, elle, avait une mère qu'elle adorait et c'est déjà une grande différence.

Mots-clés : #autobiographie #exil #famille #premiereguerre #revolution #solitude
par bix_229
le Mer 31 Juil - 17:59
 
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Sujet: Irène Nemirovsky
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François Augiéras

Domme ou l'essai d'occupation


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Récit autobiographique, écrit en 1969, 170 pages (12 chapitres) précédées de 15 pages de préface et de lettres, d'abord publié chez Fata Morgana en 1982 après bien des refus d'éditeurs, mais amputé d'un chapitre, puis enfin intégralement aux éditions du Rocher en 1990.


En grande précarité, François Augiéras se fait admettre comme indigent dans un hospice situé à Domme, pas tout à fait par hasard: fin connaisseur du Périgord où il a grandi, et qu'il a sillonné à pied comme à vélo, peut-être avait-il l'intuition du parti qu'il pourrait tirer de ce site, exceptionnel.

En fait nous ne saurons rien ou quasiment de sa vie à l'hospice, qui le lasse ou même le révulse.
Aucune description laissée.
Très tôt il cherche, en guise de demeure de jour, une grotte:
Chapitre I, La caverne à flanc de falaise a écrit: Tout mon avenir à Domme dépend de la découverte d'une grotte.


Illuminé, misanthrope, marginal.
Des signes clairs de rejet (du vandalisme dans et devant la grotte, deux rencontres désagréables) lui sont adressés.  
Autant Augiéras cherche l'écart, celui de la mise à l'écart, autant il entend ne frayer ni avec la population, ni avec l'hospice proprement dit, autant il s'étonne de sa solitude pourtant recherchée et en souffre: car Augiéras, pour qui la rupture avec le monde "des hommes" est consommée, qui n'a que des mots durs pour l'humanité, est un grand paradoxal.

La connivence, l'amitié (et, in fine, davantage pour le second et c'est ce qui donne aujourd'hui toutes ses lettres de malédiction à ce récit, que beaucoup peuvent, je le conçois, vouer aux gémonies) ne se trouvent qu'au travers de deux rencontre, une adolescente et un enfant.

Certain d'être en fin d'un monde (d'une ère), son essai d'occupation c'est-à-dire d'occuper le terrain (en vue d'un nouveau culte ?) est assez fumeux, se paye de majuscules aux débuts de mots couvrant on ne sait quels concepts qu'il ne prend jamais la peine de détailler, d'expliquer.
Il n'a jamais de termes assez violents pour défourailler sur la chrétienté, l'époque, l'athéisme républicain et que sais-je encore, mais s'avère absolument incapable de proposer quoi que ce soit en échange.
On ne sait rien de sa cosmogonie et de ses visions de fumeur d'orties séchées en succédané de cannabis, de sa théologie s'il en a une, à peine une mention en fin de livre sur les lectures qui semblent le pénétrer.

Son rapport d'amour-haine envers la chrétienté est particulièrement troublant: voilà quelqu'un qui a séjourné très longuement parmi les moines au Mont Athos et rêve d'y retourner, qui passe chaque jour des heures dans l'église du village, devant un retable dédié à la Vierge, dans une posture que des chrétiens de passage trouveraient tout à fait rituelle, oscillant entre Adoration et Oraison, quelqu'un qui se livre à des larcins en chapardant cierges et encens pour les brûler dans sa grotte, reproduisant ainsi exactement ce qu'il prétend abominer le plus, le fait, qu'on découvre grâce à un moteur de recherches contemporain, que ces hospices qu'il fréquentait étaient parfois tenus par des religieuses (ou dans lesquels, sans être à la tête de ces lieux, elles occupaient beaucoup de fonctions de petit personnel), etc...

 
Alors, c'est vrai, il serait assez aisé de tourner le piteux François Augiéras en dérision.
Aisé de relever ses ridicules, combien il peut s'avérer calamiteux, de mauvaise influence (et plus sur l'un) sur deux jeunes.
D'autant qu'en couplant ce récit avec ses lettres à Jean Chalon (dans un livre intitulé Le diable ermite, peut-être en ferais-je un commentaire ultérieur) on le voit, dans la même période et ce n'est pas dit dans le récit, calculateur, intéressé, et manipulateur si besoin est.

Mais je ne me livrerai pas à ça.
Ce désemparé-illuminé a ses affres à narrer, cela vaut parfois des passages de qualité. Cet acharnement dans la dinguerie vaut quichottisme et cela se respecte, à condition d'avoir le courage ou la veulerie (c'est selon) de faire une part mal taillée des choses, en laissant de côté la face sombre d'Augiéras, ce qui n'est pas tout à fait lui rendre justice je le reconnais sans peine: il la revendique (y-a-t-il jamais eu un misanthrope ne se voulant pas détestable aux yeux d'autrui ?).

Extraits et autres éléments dans cette vidéo, intitulée rien moins qu'"un essai d'occupation":


Mots-clés : #amitié #exil #initiatique #portrait #xxesiecle
par Aventin
le Dim 14 Juil - 20:50
 
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Sujet: François Augiéras
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Kéthévane Davrichewy

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La mer noire

Aujourd’hui, Tamouna a 90 ans. C’est une vieille dame épuisée qui vit sous assistance respiratoire. Pourtant, c’est avec le coeur battant d’une midinette qu’elle attend Tamaz, qui s’est annoncé à la fête organisée par la famille pour son anniversaire. Tamaz, son amour de jeunesse, l’homme des occasions manquées, qui a traversé sa vie d’émois en regrets, et n’a jamais quitté ses pensées...

Durant cette journée où elle attend Tamaz, Tamouna se remémore son existence ; l’enfance heureuse, en Géorgie, avec la ribambelle de cousins et de frères et sœurs. Puis, en 1918, la déclaration d’indépendance du pays, dont son père devint l’éphémère ministre de l’agriculture. Les premières amours, le temps d’un été, auprès de Tamaz. Un temps qui se rêvait éternel, mais ne fut qu’une parenthèse enchantée avant l’irrémédiable la déchirure : la fuite devant l’invasion soviétique et son cortège de représailles, et l’inquiétude dévorante quant au sort de ceux qu’on a à jamais laissés derrière soi...
Arrivés en France, il a bien fallu se construire une vie. A travers le destin de Tamouna se dessine en creux le sort des immigrés Géorgiens ; l’adaptation à la vie française, la nostalgie du pays perdu, le besoin de préserver les coutumes, de rester soudés pour ne pas affronter seuls l’adversité, et de garder une forme de légèreté, aussi, malgré les épreuves et les deuils. Dans la vie de tous ceux-là il y a eu la guerre, ceux qui ont choisi le camp de la résistance et ceux qui ont combattu auprès des Allemands. Et puis la vie comme elle va, les enfants, les amis, les  amours éphémères, et pour Tamouna, toujours Tamaz, aperçu de loin en loin, comme un rappel du paradis perdu et de ce qui aurait pu être…

Le récit alterne sans cesse entre présent et passé avec nostalgie, pudeur, et une vraie tendresse pour cette famille géorgienne, ses silences, ses non-dits, ses éclats de rire et son incroyable capacité de résilience.

Merci Kashmir, grâce à toi j’ai pu cocher la case Géorgie de mon périple mondial avec un bien joli livre !


Mots-clés : #amour #exil #famille #immigration #nostalgie
par Armor
le Ven 7 Juin - 19:04
 
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Sujet: Kéthévane Davrichewy
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Eric Plamondon

Oyana

Tag exil sur Des Choses à lire 12310010


Originale : Français/Canada, 2019

Présentation de l’éditeur : a écrit:"S'il est difficile de vivre, il est bien plus malaisé d'expliquer sa vie." Elle a fait de son existence une digue pour retenir le passé. Jusqu'à la rupture. Elle est née au Pays basque et a vieilli à Montréal. Un soir de mai 2018, le hasard la ramène brutalement en arrière. Sans savoir encore jusqu'où les mots la mèneront, elle écrit à l'homme de sa vie pour tenter de s'expliquer et qu'il puisse comprendre. Il y a des choix qui changent des vies. Certains, plus définitivement que d'autres. Elle n'a que deux certitudes : elle s'appelle Oyana et l'ETA n'existe plus.


REMARQUES :
Après la découverte de Taqawan (voir en haut des commentaires) je voulais bien continuer dans l’univers, ou disons le style, Plamondon. Car il est apparemment typé : des chapitres courts avec ici une narratrice « Je » bien mise en avant par lettres, datées en Mai 2018 et formulées à son compagnon de 23 ans, Xavier, au Quebec. Et s’intercalent des points de vues par narrateur neutre soit sur sa vie à elle ou des chapitrettes sur divers sujets sur le pays Basque, son histoire, des traditions. Car cette Oyana a bien grandi au Pays Basque, né le jour même (mais sans le savoir) de la mort de son père biologique, militant de l’ETA et tué par des militaires après un attentat à la bombe en Décembre 1973. Elle grandit chez un père adoptif (et l’ignore) et sa mère et n’est pas autrement engagée dans la lutte indépendentiste des années 80, 90. Jusqu’au jour où, innocents, avec des amis ils sont pris en chasse par la police cherchant des militants. Un ami meurt… Et elle commence presque par protestation à s’intéresser alors pour la cause, s’engage et est impliqué dans une affaire avec issue fatale. Elle n’arrive pas à assumer. Bref : elle doit quitter le pays sous la menace de ne jamais revenir.

Et en ce Mai 2018, 23 années passées, elle apprend la dissolution de l’ETA ! Plus de dangers ? Fin de jouer à la cachette et à la fausse identité (rôle qu’elle a même tenu devant son compagnon!)? Elle décide de rentrer… Et s’approche par étapes.

Plamondon a bien trouvé un sujet qui seulement au premier abord semble loin du Canada : On pourrait rapprocher facilement les situations au Quebec et au Pays Basque avec leurs luttes indépendentistes, la question de la langue, les caractères propres etc. Il le fait dans son style de chapitres courts et intelligents. Ici il parle beaucoup à travers une narratrice et réussit bien pour un homme – il me semble – de « parler en femme ». Au-délà du ou des sujet(s) et son traitement, on retrouve aussi souvent des mots et expressions, des phrases étonnants, pleine de « sagesse » pour utiliser un mot souvent employé. Certaines tournures et explications sont simplement bien. On comprendra aussi le drame de cette femme qui vit avec des mensonges « reçus », et aussi « employées par alle-même ». Elle a menti alors pendant 23 ans à son compagnon ? Néccessaire ou pas : elle croit l’histoire finie, et pourtant… ?!

Découvrez vous-même : cet auteur est définitivement à suivre !

Mots-clés : #culpabilité #exil #independance #terrorisme
par tom léo
le Jeu 23 Mai - 19:36
 
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Sujet: Eric Plamondon
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Nina Berberova

L'accompagnatrice :

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En quelques scènes où l'économie des moyens renforce l'efficacité du trait, Nina Berberova raconte ici les relations d'une soprano issue de la haute société pétersbourgeoise, avec Sonetchka, son accompagnatrice, bâtarde et pauvre; elle décrit leur exil dans les années qui suivent la révolution d'Octobre, et leur installation à Paris où leur liaison se termine dans le silencieux paroxysme de l'amour et de la haine. Virtuose de l'implicite, Nina Berberova sait tour à tour faire peser sur les rapports de ses personnages l'antagonisme sournois des classes sociales et l'envoûtement de la musique (il y a sur la voix quelques notations inoubliables). Par ce roman serré, violent, subtil, elle fut, en 1985, reçue en France, où elle avait passé plus de vingt ans avant de s'exiler définitivement aux Etats-Unis.

Présentation de l'éditeur.


Si Sonetchka avait accepté de bonne grâce, l'opportunité qui s'offrait à elle en devenant l'accompagnatrice d'une belle et virtuose soprano, il n'y aurait pas eu de roman !

Et vous n'avez pas honte (...)Vous n'avez pas honte, Sonetchka. Nous attendions tellement de vous. dira un des personnages.

Tout le récit tend à décrire cette bourgeoisie russe qui se prépare à l'exil et le regard que porte Sonetchka sur les événements quotidiens, regard d'une vie jusque là faite d'une immense misère.
Mélange d'admiration, d'envie, de suspicion, de haine : tous ces sentiments traversent l'accompagnatrice qui devient le spectateur d'une vie qui est si nouvelle pour elle.

Ce roman,qui nous emporte grâce à la fluidité de son écriture, nous permet de découvrir la vie dans cette Russie d'après la révolution d'Octobre en nous "présentant" des personnages secondaires qui vivent dans les souvenirs de Sonetchka. Et c'est l'autre versant du récit, en fait, pour moi.

C'est un livre qui m'a laissée très triste, en le renfermant : tant d'amertume l'habite...


Mots-clés : #exil #musique #social
par kashmir
le Mer 15 Mai - 21:47
 
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Sujet: Nina Berberova
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Alexandre Sergueïevitch Pouchkine

La fille du capitaine

Tag exil sur Des Choses à lire 00498110


C'est avec grand plaisir que j'ai lu ce livre, dans le cadre d'une chaîne de lecture. merci à Quasimodo pour sa proposition.
Je n'avais lu, de Pouchkine, que Boris Godounov, dans le cadre d'une lecture thématique sur la figure du tyran, en litterature comparée, lors de mes années de faculté. (Et je n'en ai que peu de souvenirs malheureusement.)

Piotr Andréievitch Griniov est envoyé par son père dans un fort, pour se frotter à la vie d'homme. Ce dernier espère ainsi l'écarter des premieres tentations de débauche et de boisson. Avant d'arriver sur le site, en compagnie de son valet Savélitch , le jeune homme commence son apprentissage du monde extérieur. Des tavernes, des voyous, des tempêtes, son voyage n'est pas de tout repos, et Savélitch, fidèle et bienveillant, s'avère précieux pour le guider, le réprimander, ou l'accompagner tout simplement. La libéralité de l'un compense la grande prudence de l'autre et vice versa. ils aideront pourtant un homme, en route, enigmatique.Arrivés au fort, recommandation en main, Piotr croit déchanter, quelle tranquilité, quel simulacre guerrier l'attend. Le chef cosaque Pougatchev, qui se fait instituer empereur Pierre III à la force du combat, a beau être dans la région, et se rappeler au souvenir du capitaine et ses troupes, le hâvre ne semble promettre aucun véritable drame . La femme et la fille du Capitaine  vivent parmis les hommes, sagement, et l'esprit familial prédomine sur le militaire. Une romance pudique nait entre Piotr et Maria, des jalousies s'en mêlent, Chvabrine, un autre militaire, n'a de cesse de perturber l'idylle. Mais la menace la plus grande est arrivée et se révèle sans fard, le fort tombe aux mains des troupes de Pougatchev.
Griniov et sa bien-aimée échappent seuls au massacre, avec le valet et quelques villageois.
Je ne raconte pas la suite car ce serait divulgâcher, mais disons que le roman d'apprentissage se corse de douleur et de decillages.

Le contexte :

Ecrit un an avant la mort de l'auteur.

Wikipédia :
"Pouchkine s'est documenté sur la révolte de Pougatchev, avec comme objectif d'en rédiger un compte-rendu historique : l'Histoire de Pougatchev, restée à l'état d'ébauche. C'est ce qui lui permet de mêler ici réalité historique et invention romanesque (...) Il brosse aussi un tableau de la société russe de la fin du XVIIIe siècle : organisation sociale et situation politique (soulèvements populaires, contestation dynastique, expansion de l'empire vers l'est). Le tableau de la Russie, de ses immenses steppes et de son climat extrême, constitue un autre centre d'intérêt du roman.
(...) Pougatchev est (...) complexe, cruel et magnanime à la fois, contrairement à la représentation officielle de l'époque. C'est sans doute que, comme Mazeppa ou le faux Dimitri, autres personnages historiques apparaissant dans l'œuvre de Pouchkine (respectivement dans Poltava et dans Boris Godounov), il est un symbole de l'impossible résistance à l'autocratie, un thème qui a toujours fasciné un écrivain constamment opprimé par les empereurs Alexandre Ier puis Nicolas Ier."

Je confirme, ce roman est l'occasion de réaliser une page d'histoire, et de plonger dans une société dont j'ignorais quasiment tout.

J'ai beaucoup apprécié. Je ne sais si c'est bien traduit (par Raoul Labry) mais cette prose est d'un élégant classicisme.
Le fil de narration est épuré de toute scorie, très relié à la voix centrale du protagoniste, que l'on accompagne au fil du récit qu'il nous fait comme en "conscience".
Du coup, l'initiatique perd sa valeur traditionnellement demonstrative, il est certes induit, mais est particulièrement inclusif à la vie. Piotr conte en effet toujours au même rythme, qui repose sur une sincérité et une candeur, une sorte d'objectivité , non maniériste, Du coup nous est transmis implicitement que la vie initie tout bonnement, car le narrateur ne prend pas lui même compte de ces révélations pour nous en faire un laïus particulièrement appuyé. Le rythme prime, et le ton de Piotr est remarquablement stable.. Aucun changement stylistique, de valeur, entre le jeune homme du debut et de la fin , et pourtant son discours , etroitement relié à la trame vécue, continue d'être vrai.
On est plongé dans une ecriture qui traduit l'évolution intime en n'en prenant pas acte formellement, et c'est fabuleux. ça produit un sentiment de dépaysement, de désuetude, qui à bien réfléchir doit valoir plus que cela : comme un paradis perdu où l'Ego , au centre de la réception, ne ramènerait sa fraise qu'à bon escient.

Enfin, il y a dans mon édition librio un supplément au chapitre final.

Ce dernier est clôs par une "fausse" note d'éditeur "ici s'arrêtent les souvenirs de P.A.Griniov " etc.

Le supplément, lui, développe et dépeint une tentative de massacre survenue lors d'une étape de leur avancée vers le bonheurs. C'est fait selon ce même prisme du narrateur, qui reflète plutôt que réfracte ou disperse. C'est très violent, émotionnellement, on réalise que l'auteur aurait pu sans doute décrire "historiquement" bien plus de carnages, c'est en cela que j'en ai été particulièrement touchée. Je n'ai pas d'explication à cet appendice, je ne sais si il a été censuré ou s'il a été sciemment ôté par l'auteur. Mais c'est un fragment qui donne à voir avec encore plus d'écho l'humanisme certain de Pouchkine. Je devrais relire pour commenter, car l'émotion porte un peu d'imprecision , du coup, mais tant pis. Ce supplément vient après une sorte de "happy end", aussi il replace les enjeux societaux, et politiques, que Pouchkine  incluait certainement dans son oeuvre. C'est touchant.

J'ai aimé qu'il distorde les manichéismes, il dépeind la violence, les raisons supérieures, mais aussi les nuances en chaque personnage. Ses personnages sont clairement situables, certes (gentils, méchants etc) mais il sait donner à chacun la touche qui relativise et contextualise l'argument de chacun.
Impressionnée.


Final du chapitre XI :
Pougatchov eut un sourire amer. "Non, répondit-il. Il est trop tard pour me repentir. Pour moi il n'y aura pas de miséricorde. Je continuerai comme j'ai commencé. Qui sait ? Peut-être aussi réussirai-je ! Grichka Otrepiev a bien règné sur Moscou.
- Mais sais-tu comment il a fini ? On l'a jeté par la fenêtre, dépecé, brûlé, on a chargé de sa cendre un canon et tiré !
-Ecoute, dit Pougatchov, avec une sorte d'inspiration sauvage. Je vais te conter un conte, que dans mon enfance j'ai entendu d'une vieille Kalmouke. Un jour l'aigle demanda au corbeau : " Dis-moi, oiseau corbeau, pourquoi vis-tu sous le soleil 300 ans et moi 33 seulement en tout et pour tout , - c'est parce que toi, mon cher, répondit le corbeau, tu bois du sang frais, tandis que moi je me nourris de charogne." L'aigle réfléchit : "Allons, essayons nous aussi de nous nourrir de même." Bon. L'aigle et le corbeau prirent leur vol. Et voilà qu'ils aperçurent un cheval crevé. Ils descendirent et se posèrent. Le corbeau se mit à becqueter et à louer la pitance. L'aigle donna un premier coup de bec, en donna un second, battit de l'aile et dit au corbeau : "non, frère corbeau; plutôt que de me nourrir 300 ans de charogne, je préfère me gorger une seule fois de sa&ng frais; et puis , à la grâce de Dieu !" Que dis-tu de ce conte Kalmouk ?
-Il est ingénieux, lui répondis-je. Mais vivre de meurtre et de brigandage, c'est pour moi becqueter de la charogne.
Pougatchov me regarda avec étonnement et ne répondit rien. Nous nous tûmes tous les deux, chacun plongé dans ses réflexions. Le tatare entonna une chanson plaintive; Savélitch, sommeillant, vacillait sur le siège. La kibitka volait sur la route d'hiver toute lisse. Soudain je vis le petit village, sur la rive escarpée du Yaïk, avec sa palissade et son clocher, et un quart d'heure après nous entrions dans le fort de Biélogorsk.



Mots-clés : #exil #guerre #historique #independance #initiatique #insurrection #ruralité #trahison
par Nadine
le Dim 12 Mai - 14:11
 
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Sujet: Alexandre Sergueïevitch Pouchkine
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Serge Mestre

Les plages du silence

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Le narrateur raconte la quête de celui qu’il nomme « le garçon » à la recherche du jeune homme que fut   son père Manu, l’un des Républicains qui attendra sur la plage d’Argelès-sur-Mer, l’ouverture de la porte sur la France en 1939, sur un exil  que l’on a appelé la « retirada ».

Réfugié en France Manu ne racontera jamais « sa » guerre, il ne parlera que de ce qui ne le concerne pas directement, sauf à laisser échapper , parfois un nom, un lieu, un évènement qui n’ expliqueront rien et entretiendront l’envie pour le garçon, de savoir ce que sont les trous, dans ce passé qui est tue, de ce passé qui dans ce présent fait qu’il vit sur deux langues, l’espagnol et le français.

Manu après avoir été blessé au pied à  Porto Cristo sera amputé à plusieurs reprises, par morceaux, pourrait-on dire et sera obligé de porter une prothèse.

A la mort de Manu, le garçon partira en Espagne sur les traces de son père, mais c’est plus pour ne pas perdre son père une deuxième fois, pour continuer à être auprès de lui dans cette Espagne qu’ il ne connait que par la voix et les yeux de son père.  Découvrir cette mémoire, ces souvenirs qui lui manquent. Cette quête restera inaboutie, mais c’est  être encore aux côtés de son père. C’est dire combien il l’aimait Manu,  cet homme secret, combien il aimait son père.

Le garçon écrit sur ses moleskines, le journal des souvenirs de Manu !

« J’aurais dû le savoir : la mémoire est tout simplement errance. Je ne suis pas de nulle part, pas d’ici non plus, je suis de la page de ces carnets à travers lesquels je continue à fouiller les traces de ton absence, écrivait le garçon, de ce passé qui se dérobe, me transforme en calque imparfait de moi-même, me lègue un corps indédit dont je ne suis toujours pas parvenu à toucher la jambe manquante. »

***
J’ ai lu plusieurs livres, des autobiographies notamment,  sur la guerre d’Espagne, donc le volet histoire m'était connu (bien que toujours il faille se pencher dessus) donc  c’est surtout cette quête de mémoire qui m’a intéressée.  Ce garçon qui toute sa vie, était attentif à son père mais qui n’a jamais su, ou si peu de son passé en Espagne, de ce que fut « sa » guerre ce qu'était son enfance, sa vie dans ce pays dont lui ne connaissait que la langue.  Ce père avec qui il se tenait à la fenêtre tous les soirs et qui lui signalait dans le ciel les clignotements de l’avion Paris/Barcelone.

Extraits :

« La mémoire, c’est la répétition interprétée »

Dans le camp d’Argelès : « De nombreux réfugiés ne parvenaient pas à réprimer leurs larmes, le froid glaçait tout, autour d’eux. Surtout  ne pas geler entendait-on. Nous nous en sortirons Manu ! renchérissait-on. Où les réfugiés prenaient-ils la force qui les poussait encore à plaisanter ? Sur une jambe, il n’y a qu’un pied qui se congèle ! »

« Aujourd’hui Manu peu m’importe de savoir ce qui s’est réellement passé en Espagne, pour toi, dans les années trente du siècle passé. Ma vie s’est réglée sur le mouvement de ton absence. Le tempo de ta mort a laissé place à de nouvelles tempêtes dans cette tête en désordre qui te survit. Il m’arrive parfois d’entendre siffler ton accent dans la cuisine, le dimanche. »


Une chose m’interpelle, ce garçon est-ce l’auteur ?
Dans la note liminaire à la réédition  Serge Mestre dit : « éternel  petit soldat, pour le nourrir de mes émois d’aujourd’hui, pour le compléter également du prénom de l’épouse de Manu, ma mère désormais disparue. »


Mots-clés : #exil #guerredespagne #relationenfantparent
par Bédoulène
le Mer 1 Mai - 17:24
 
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Sujet: Serge Mestre
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François Cheng

Le Dit de Tian-Yi

Tag exil sur Des Choses à lire Cvt_le12
Roman, 1998, 435 pages environ, trois parties de tailles inégales.

L'écriture de François Cheng est gracile, légère, précise; et il faut bien cela pour un ouvrage excédant les 400 pages, pour cet exercice si particulier ambitionnant de couvrir la vie entière d'un personnage, exercice à écueils par excellence, où l'on risque de donner dans l'empâté, l'accessoire, les pages de moindre haleine: c'est un choix courageux d'auteur déjà notoire, qui se risque à un premier roman publié.

Si le roman croise sans nul doute l'autobiographie de François Cheng, il ne se moule jamais dedans: Néanmoins, on a bien un jeune artiste chinois, de sa génération -quasiment de son âge- qui part à Paris, jusque là d'accord, mais à ceci près, et c'est une grosse différence, qu'il revient en Chine et y demeure dès les années 1950 et jusqu'à la fin de ses jours.

C'est la peinture d'un trio, composé de Yumei -l'Amante- artiste de théâtre, d'Hoalang -l'Ami- poète, écrivain et Tian-Yi, le peintre.
De la possibilité, ou de l'impossibilité, d'un amour et d'une amitié, fusionnels, à trois. Mais c'est aussi une fresque de la Chine sur un gros demi-siècle, embrassée depuis la guerre d'invasion nippo-chinoise jusqu'à la fin de la vie de Mao Zedong, ce dernier curieusement jamais nommé, en tous cas jamais autrement que le Chef.    

Beaucoup de considérations passionnantes sur la symbolique, l'art, jalonnent ce qui a l'apparence d'un récit (normal au vu de l'auteur).
Tout ce qui est dit en matière de Taoïsme, Bouddhisme, société traditionnelle et société révolutionnaire ne le cède nullement pour ce qui est de l'intérêt du lecteur.

La représentation romanesque de la nature est à l'honneur, manière peut-être de jonction avec l'art pictural chinois traditionnel: par exemple après ce livre, jamais plus vous ne regarderez un fleuve de la même façon qu'avant:

1ère partie, chapitre 30 a écrit:
"Question très intéressante, essentielle même, essentielle..." C'était le professeur F. célèbre spécialiste de la pensée chinoise, que d'aucuns approchaient avec un respect craintif. J'y étais allé de ma naïveté, sans gêne outre mesure, car je ne demandais qu'à écouter.

"Oui, le fleuve comme symbole du temps; que signifie-t-il ? Voyons, comment répondre à cette question ? " Son front se plissa derrière ses lunettes cerclées d'argent. "Il faut bien parler de la Voie, n'est-ce pas ? ... Tiens, quelle coïncidence ! Demain, nous traverserons justement la région dont est originaire notre cher Laozi. Celui qui est, vous le savez bien à l'origine du taoïsme et qui a développé l'idée de la Voie, cet irrésistible mouvement universel mû par le Souffle primordial. A demain alors; on en parlera."

"La Voie donc..." reprit le savant le lendemain, comme s'il n'y avait pas eu l'interruption de la nuit.
 

   


Pour ce trio, apprenant une funeste nouvelle touchant Haolang, Tian-Yi reviendra de France en Chine, aux heures sombres et tourmentées, pour son malheur peut-on penser, mais toute l'adresse de François Cheng consiste à montrer combien la quête de Tian-Yi, bien que semblant aussi vaine que dangereuse à nos regards, dépasse nos considérations terre-à-terre: il n'y a que cela qui vaille, parce qu'au fond, c'est bel et bien une passion qu'ils vivent (donc une souffrance à mort).  

Si la chronologie par le menu mêle la petite histoire, celle des personnages, à la grande, celle de la Chine du XXème, l'érudit M. François Cheng nous fait aussi caresser, en forme de roman et c'est donc très singulier, l'art pictural ancestral de la Chine, la calligraphie comme la représentation peinte, en démarrant aussi loin que l'art des grottes ornées et en aboutissant au néant sidéral de la révolution -dite- culturelle.
Sans doute est-il nécessaire de s'armer d'un peu d'imagination, et d'effectuer une lecture précautionneuse, mais oui, on a l'impression d'atteindre à cela par les vides, les estompes, les déliés, les courbes, les symboles naissant de sa plume...  




#Amitié
#Amour
#CampsConcentration
#Creationartistique
#Exil
#Regimeautoritaire
par Aventin
le Ven 19 Avr - 1:23
 
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Sujet: François Cheng
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Dany Laferrière

L'énigme du retour :

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La nouvelle coupe la nuit en deux. L'appel téléphonique fatal que tout homme d'âge mûr reçoit un jour. Mon père vient de mourir. D. L.

A la suite de cette annonce tragique, le narrateur décide de retourner dans son pays natal. Il en avait été exilé, comme son père des années avant lui, par le dictateur du moment. Et le voilà qui revient sur les traces de son passé, de ses origines, accompagné d'un neveu qui porte le même nom que lui. Un périple doux et grave, rêveur et plein de charme, qui lui fera voir la misère, la faim, la violence, mais aussi les artistes, les jeunes filles, l'espoir, peut-être. Le grand roman du retour d'exil.

Quatrième de couverture.

Première incursion dans l'oeuvre de Dany Laferrière et honnêtement, je ne sais trop que penser.

Le style utilisé pour le récit est original et m'a séduite, mais il ne me reste, la dernière page tournée, que des images générées par le récit, pas réellement un souvenir global.
Si ce n'est les références à Aimé Césaire.
Alors je me demande si je ne suis pas passée à coté.

C'est plus une atmosphère que l'on pénètre plutôt qu'un récit structuré et c'est en cela que le livre pose question.

Il faut que je lise un autre livre de cet auteur, voilà !

Mots-clés : #exil #lieu
par kashmir
le Dim 14 Avr - 13:45
 
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Sujet: Dany Laferrière
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Elisa Shua Dusapin

Les billes du Pachinko


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Originale : Français, 2018

CONTENU :
Claire, avec une mère coréenne, un père Suisse (organiste), ayant grandi en Suisse, passe l'été chez ses grands-parents maternels à Tokyo. Son idée : convaincre son grand-père de quitter quelque temps le Pachinko qu'il gère ; aider sa grand-mère à mettre ses affaires en ordre ; et les emmener revoir leur Corée natale, où ils ne sont pas retournés depuis la guerre, il y a cinquante ans. Le temps de les décider à faire ce voyage, Claire s'occupe de Mieko, une petite Japonaise à qui elle apprend le français.

REMARQUES :
Une petite note sur le titr : les « Pachinkos » sont des lieux pleinns de machines à billes, sortes de « flipper vertical », rangées en longues files. C’est le grand-père de Claire, la narratrice, qui tient une telle boutique, le « Shiny », dans un quartier de Tokyo. Jeu extrêmement répandu au Japon, mais aussi : mal famé et presque entièrement dans les mains des Corées. Ce qui les met doublement à part dans la societé japonaise. Il y a en a deux « sortes » de Coréens vivant le pays : ceux qui avaient été déportés par les Japonais lors de leur main-mise sur la Corée (jusqu’en 1945), et ceux qui avaient fui la Corée suite aux guerres, mondiales, ou civile (1950-53). Ces Coréens ne se mèlent pas beaucoup, vivent souvent dans « leur » quartier, prolongent des cultures de leur pays, etc. Ainsi même après 50 ans de présence dans leur pays d’accueil, on sent une certaine forme d’étrangereté chez les grands-parents : ils parlent encore très mal le Japonais !

Et Claire ? Avec sa peau asiatique est pris dans sa Suisse natale aussi comme une « étrangère ». Ayant étudiée le Japonais (faute de pouvoir apprendre le Coréen dont elle ne maîtrise pas ou plus la langue) en Suisse, elle ne peut que difficilement communiqué avec ses grands-parents. Lors de son séjour estival (on devrait se trouver dans ce roman autour de 2013) chez eux, elle va s’engager auprès de Mieko, fille d’une prof de français qui, elle, rêve d’envoyer sa fille en… Suisse pour l’éduquer.

On l’aura compris que ce roman joue sur différentes niveaux avec le sujet du « chez soi », et du sentiment restant d’être étranger. L’auteur nous suggère très finement les décalages, les petites fissures, mal-entendus, des mal-à-l’aise suite à leur insertion ou non-insertion dans des milieux étrangers. Légères ruptures entre pays, cultures, générations, dans les relations de couples…

Tout cela est bien écrit, sans coups de marteaux fracassant, mais avec beaucoup de finesse. C’est raconté dans le présent, et on suit Claire dans son chemin.

Recommandation !


mots-clés : #exil #famille #lieu
par tom léo
le Mar 8 Jan - 7:47
 
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Velibor Čolić

Manuel d'exil : Comment réussir son exil en trente-cinq leçons

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En pleine actualité sur ceux qu'on appelle migrants mais que j'appelle personnellement exilés, ce livre est une belle leçon. La leçon selon laquelle les exilés ont toujours été mal perçus, africain ou européen, finalement cela change peu. Leçon selon laquelle, finalement notre pays soi disant défenseur des Lumières et de la DDHC est un pays labyrinthique, kafkaïen et schizophrène entre les idées défendues, et l'hypocrisie des valeurs et de la mise en pratique d'un idéal auquel on rêve sans le considérer avec sérieux.
L'auteur n'est pas revanchard, il semble même plus préoccupé par sa propre quête existentielle que par la façon dont on le traite. L'humour est délicat, le propos est léger même si sourd, et le style d'une apparente simplicité est en réalité empreint d'une délicatesse touchante.
Colic réussit l'épreuve de nous montrer des choses indignes avec une dérision fascinante.


mots-clés : #discrimination #exil #temoignage
par Hanta
le Sam 10 Nov - 9:24
 
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Nicolas Cavaillès

Vie de monsieur Leguat

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Originale : Français, 2013

Monsieur Leguat, voyageur et aventurier malgré lui.

France, dix-septième siècle. La révocation de l'Édit de Nantes pousse certains à l'exil, tel François Leguat (1638-1735), huguenot forcé de quitter ses terres à l'âge de cinquante ans. Le destin de cet homme croise dès lors des contrées opposées et éloignées : Hollande, Mascareignes, île Maurice, Indes néerlandaises, Angleterre... Tour à tour gentilhomme des plaines de Bresse, aventurier de l'océan Indien et patriarche des bas-fonds de Londres, Leguat passera de l'Éden originel à la cité de l'Apocalypse.
Nicolas Cavaillès s'empare littérairement de la vie de ce personnage hors-norme, y entremêlant quête spirituelle, découverte d'un monde inexploré et violence de l'être humain.
Goncourt de la nouvelle 2014


REMARQUES :
Il s’agit alors d’un vrai personnâge historique (voir aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Francois_Leguat ), justement de la petite ville bressane où est né aussi l’auteur. C’est un nom qu’on retrouve au moins dans ce pays-là, donc Cavaillès a dû en entendre parler très tôt. Si on recherchait purement le récit de son voyage maritime entre le Pays-Bas (lieu de réfuge après la fuite de France) et son retour presque une dizaine d’années après, on trouverait éventuellement le récit détaillé de l’année 1707 «Voyage et aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes orientales ».

Mais dans ses 18 chapitres et sur une soixantaine de pages l’auteur retrace pas seulement les arrêts et stations extérieurs de ce cheminement « aventureux », mais démontre justement à sa manière comment ces étapes étaient non-voulues. L’homme est « poussé » par des événements, des données historiques comme justement l’interdiction du culte réformé et la fuite massive de ces chrétiens-là vers un ailleurs. L’homme si bien établi en Bresse va se retrouver au Pays-Bas, et sera « poussé » à prendre un bateau (pour la première fois!) par la force des circonstances.

L’homme qui avait tout, regagnera une paix éphèmère sur une île isolée en Océan Indien, avant de ne perdre tout à vnouveau, et se retrouver même prisonnier. Etc…

Qu’est-ce qui décide vraiment dans les croisements de nos vies , quel concours de circonstances ? Et quand même… : la liberté là-dedans ?

Intéressant malgré l’impression de quelques interprétations hatives de l’auteur.


Mots-clés : #biographie #exil #historique
par tom léo
le Jeu 1 Nov - 16:30
 
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Sujet: Nicolas Cavaillès
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Louis-Philippe Dalembert

Avant que les ombres ne s’effacent

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J’ai appris dans ce livre que Haïti avait déclaré la guerre au « petit caporal » allemand, ouvert sa porte aux Juifs qui le fuyaient, offert la nationalité haïtienne aux apatrides et hébergé ainsi 300 familles fuyant le nazisme à l’heure où toutes les nations leur fermaient leurs portes.

C’est donc une histoire du XXème siècle, une de plus : Ruben , futur médecin fuyant enfant les pogroms polonais, installé à Berlin avec sa famille pour une adolescence heureuse, fuyant après la nuit des longs couteaux : diaspora familiale classique, l’une en Palestine et les autres aux Etats-Unis. Quant à Ruben, après avoir tâté des camps allemands et français, il fait le « choix » de Haïti.

J’ai beaucoup aimé toute la partie européenne qui est très réussi dans un secteur déjà souvent raconté, les personnages et les relations intrafamiliales sont touchants, l’humour toujours présent en  filigrane. Il y a une une légèreté dans la façon de raconter ces drames qui m’a parfois rappelé le Tabac Triezneck.

Curieusement, la partie haïtienne, qui commence à Paris dans la communauté haïtienne puis se poursuit dans l’île, voit apparaître quelques longueurs alors qu’elle devrait constituer  l’ "originalité" du livre. Celui-ci  perd en épaisseur, devient plus descriptif d’un mode de vie, le personnage se perd un peu.

Cela reste une bonne lecture, la découverte d’un fait historique que je ne connaissais pas, et d’une réelle verve littéraire.


Mots-clés : #communautejuive #exil #famille #historique #insularite #lieu
par topocl
le Ven 19 Oct - 11:22
 
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Alan Pauls

Histoire des cheveux

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Buenos-Aires, le narrateur est obsédé par l'aspect de sa chevelure, obsession qui agace sa femme ainsi que ses habitudes, ses petites manies.

"... il faudrait avant tout se poser une question et c'est celle-ci : pourquoi lui, qui est un cas, pourquoi lui, avec son petit problème, continue-t-il à se rendre dans des salons de coiffure qu'il ne connait pas ? Pourquoi persiste-t-il à se rendre de cette façon à l'abattoir ? Et pourtant c'est ainsi, il continue. Il ne peut pas ne pas continuer. C'est la loi des cheveux. Chaque salon de coiffure qu'il ne connait pas et dans lequel il s'aventure est un danger et un espoir, une promesse et un piège. Il risque de commettre une erreur et de plonger dans le désastre, cependant, et si c' était le contraire ? Et s'il tombait soudain sur le génie qu'il cherche ? Et si par crainte il n'entrait pas et ratait l'occasion de sa vie ?

Et il trouvera le génie : Celso qui d'ailleurs le désignera à un ami de rencontre, un ancien combattant de retour d'exil : "le malade des cheveux"

  Car les cheveux du narrateur ont leur petit problème, c'est alors qu'il  n'a que 11 ou 12 ans adopte  le style afro, transformation "maison" qui aura des conséquences néfastes sur sa chevelure ;  il voit le film d'Agnès Varda sur les  Blacks Panthers  ; au début des années 70 les enfants des classes moyennes,  moyennement aisées, de la bourgeoisie,  rejettent les privilèges dont ils ont joui jusque là s'externaliser  de leur milieu, s'intéressent au sort des classes exploitées. Lui que fait-il ? il abandonne sa chevelure blonde et raide héritée de la branche "poilue" de la famille.

"il est évidemment "grotesque et pathétique, comme le sont pratiquement toujours les Blancs lorsqu'ils tentent d'usurper le rôle des Noirs....cette parodie de style afro."

"Que désirez-vous faire ? ou la variante cynique que désirez-vous que nous fassions ?" question de circonstance quand il pénètre chez le coiffeur mais à laquelle  il ne sait répondre

"Y répondre vraiment, autrement dit, satisfaire simultanément deux exigences : celle de qui veut se faire couper les cheveux, qui possède ou devrait avoir à l'esprit une idée de la façon dont il veut se les faire couper, et celle de qui se prépare à les lui couper et qui a besoin, si ce n'est d'instructions, du moins de quelque piste pour mener son travail à terme. Lui, en tout cas, n'en a jamais été capable."

"Où démarre cette malédiction des cheveux, la condamnation à dire en toutes lettres ce qu'il attend des cheveux, ce que lui-même attend de ses propres cheveux ? A quel putain de moment est-il devenu responsable de ses cheveux ? Il a vécu un mois sans penser une seule fois à ses cheveux. Peut-être pourrait-il désormais vivre sans se les couper ?


A travers le vécu de la chevelure du narrateur l'auteur fait surgir le drame de l'Argentine, la dictature, les exilés et leur retour, de même avec l'histoire d'une perruque Montonera (les montaneros étaient des unités militaires d'extraction rurale) étant censée avoir appartenu à Norma Arrostito laquelle avait  participé à la séquestration et l'assassinat du Gal Arambaru.
Spoiler:
Esther Norma Arrostito ( Buenos Aires , 17 janvier 1940 - 15 janvier 1978 ) était une jeune dirigeante argentine dont les premières idées étaient proches du communisme , mais au début des années 1970 , avec son partenaire Fernando Abal Medina Il rejoint la cellule fondatrice de l' organisation de guérilla Montoneros , étroitement liée au péronisme .


La fameuse perruque d'Arrostito, nul ne peut la payer, elle n'a pas de prix ; peut-on chiffrer des souvenirs, les sentiments, le passé, la mort ?


Autres extraits

 "depuis qu'Eva en a eu assez de ses yeux constamment cernés, de sa fidélité inconditionnelle, de sa bonne humeur, de sa manie d'accrocher les serviettes de toilette après les avoir utilisées, de son goût pour les plans et les pique-niques, de son talent pour le calcul mental et de son petit problème de cheveux et qu'elle s'est décidée à déménager..."

"Ce genre de trait de flèche ponctuel, qui atteint une cible secrète mais ne libère aucun sens particulier, comme si sa seule fonction était de pointer une coïncidence vertigineuse, est ce qui lui fait un instant penser que son pays natal pourrait devenir autre chose que l'origine ou la toile de fond héritées, génériques, constamment hors-champ, que lui impose toute une vie vécue loin de lui, d'abord protégé et élevé, confiné ensuite, macéré même dans un monde, celui des exilés, et dans un faubourg particulier de ce monde, celui des enfants d'exilés, qui naissent tous deux par obligation et se constituent par nécessité, un peu comme l'architecture du bunker, par exemple, fait son apparition en réponse à l'éventualité de bombardements aériens, mais demeurent obstinément en vigueur une fois que le temps a passé et a emporté ce qui les avait rendus nécessaires, accrochés aux règles et aux habitudes qui se sont imposées au début, essentiellement basées sur le culte d'un esprit de corps inconditionnel, sans fissure, même lorsque à l'extérieur il ne reste déjà plus rien pour justifier qu'on les conserve, et que l'air qu'on y respire, qui autrefois, alors que le monde était une oppression, a été le seul air libre et salutaire, y est à présent devenu toxique."


Encore une très bonne lecture, quelle inventivité, quelle habileté ludique à voir le destin de l'Argentine, des exilés en suivant les coupes et transformations d'une chevelure, puis d'une perruque oubliée.

J'aimerais vraiment que vous découvriez cet auteur ; j'ai besoin de votre ressenti pour lui reconnaître tout ce que je ne sais exprimer.


mots-clés : #exil #lieu #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Sam 4 Aoû - 9:36
 
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Luigi Di Ruscio

La neige noire d'Oslo

Tag exil sur Des Choses à lire 41ptin10

L’auteur a émigré sous la période fasciste d’Italie à Oslo en Norvège où il vivra jusqu’à sa mort en 2011. Il conservera toujours son « italianitude » comme il l’appelle, ses écrits seront en langue italienne, langue qu’il se gardera d’apprendre à sa famille norvégienne ; la langue italienne ou plutôt le dialecte de Fermo préserve son identité italienne, malgré l’exil, malgré les demandes de sa femme qui souhaiterait qu’il se normalise Norvégien.

L'exil : «Quand j’ai émigré, j’avais trois livres dans mon carton : la Divine Comédie, la grosse anthologie Poesia italiana del dopoguerra publiée en 1958 et qui incluait mes poésies, ainsi que Non possiamo abituarci a morire, mon premier recueil édité en 19531. »

« J’ai transplanté à Oslo tout l’univers linguistique de Fermo lequel, à cause des communications de masse, disparaissait dans sa patrie d’origine. »

L’ouvrier : "J'avoue : je m'autorise à me foutre de la gueule du moi soussigné, par contre du moi métallo jamais."


Dans cette autobiographie il parle brièvement de son enfance en Italie à Fermo dans le Piceno, de sa vie d’ouvrier métallo dans une usine d’Oslo,  durant de nombreuses années, de sa famille, femme et enfants, de la politique, des syndicats et surtout de l’écriture, la poésie, toujours, tous les jours, comme un forcené il écrit…………..

C’est dans sa vieillesse et la solitude qu’il rédige ce livre et je préfère vous livrer ses mots qui dans la lucidité le révèlent :

« voilà que je me prends à rêver d’une poésie du Piceno, moi qui me proclamais internationaliste, je fus accusé de jdanovisme, un obstiné qui noircit des feuilles la nuit a écrit Fortini dans Paysage avec serpent, on me promit même d’être publié dans l’Almanacco delle Specchio, j’étais bouffi de satisfaction, essayer de m’imaginer consacré par tant d’honneur littéraire, on te publiera l’année prochaine ou celle d’après, dix ans passèrent et le plus beau c’est que l’Almanacco est mort tandis que je suis encore envie, certes, je n’avais pas conscience de mes limites orthographiques et syntaxiques et le décravaté que j’étais  ne savait rien de la construction verticale de la langue, seule une écriture aussi désespérée que forcenée, un langage baladé jusqu’aux confins des terres nordiques où les restes de l’ère glaciaire s’entêtent de perdurer. »

L’auteur ironise souvent sur sa personne, l’église et ses représentants, les politiques, les critiques ….

« Verdino m’a fait la préface gratis, il y a des poètes qui perçoivent une petite rétribution quand ils publient leurs poésies, même s’il serait plus juste de payer le lecteur qui doit s’embarquer dans une lecture éreintante pleine de pièges et d’énigmes. »

« Si j’étais néoréaliste ce n’était pas parce que j’aimais le réel mais parce qu’il me répugnait profondément, ceux qui aiment l’état actuel des choses ont toujours été antiréalistes par nature et mon écriture à moi parle de rêves. »


Ne s’empêche aucune réflexion et s’il avoue son faible niveau d’instruction  il a lu, beaucoup et cite d’ailleurs en argumentation de ses propos,  et de ses nombreuses digressions, des auteurs, des livres.

« Ne pas avoir de doutes, ne pas comprendre que tout est incertain, ne pas comprendre que tout est à la fois vrai et faux, qu’il n’y a de juste que la compassion. »

Il retourne régulièrement en Italie et s’intéresse à la politique de son pays de naissance, comme de son pays de vie.

« Imaginez un peu le choc quand de retour en Italie pour les vacances je vis la police armée postée devant les banques, qui me dévisageait avec sa mitraillette. Puis un défilé de cinquante-cinq mille prêtres et autant de moines sans compter les polices de trois ministères différents, des élections provinciales en plus des régionales, un nombre démesurés de députés et de sénateurs dont plus de quatre-vingts pour cent ne sert à rien, un nombre incalculable de véhicules payés par l’Etat italique sans parler des portables gratis avec lesquels ils appellent leurs putes, une foule énorme de fourbes et d’andouilles et voilà qu’arrive le politicien de luxe qui veut réformer :les protections sociales et s’écharne sur les misérables retraites, réformons plutôt les protections sociales des charognes, arrêtez de vous acharnez sur les miséreux, honte à vous ! »
Conscient des dramatiques évènements  qui ont sévi au XXème siècle dans le monde,  mais anarchiste de  cœur,  rêve encore de la dictature du prolétariat, malgré une utopie devenue cauchemar.


Relations avec la religion :

[…]cette mort m’a poinçonné à jamais, chaque homme étant à l’image de Dieu c’était comme si l’on avait craché sur le sacré. »

« Revoilà le vicaire du Christ dans toute sa suffisance, il lutte désespérément contre la mort bien qu’il ait une merveilleuse vie éternelle à portée de main, exaspération des conditions météorologiques, un 15 août avec un froid nordique embusqué sur les cimes… »

« Durant l’interrogatoire (en Norvège) quelqu’un m’a demandé : pourquoi ne rentrez-vous pas en Italie puisque vous vous sentez italien ? Si les démocrates-chrétiens m’avaient donné ne serait-ce qu’une place de balayeur je serais resté en Italie, et si l’archevêque de Fermo m’avait pistonné pour me faire embaucher dans une usine italienne je serais resté aussi. Choses plus qu’improbables pour un communiste et poète blasphérique, j’ai donc été obligé d’émigrer pour sauver toute mon italianitude, pour ne pas dévoyer mon âme.
On m’interrogea aussi sur mon pessimisme joyeux et mon optimisme triste. »


Justifie de son honnêteté morale de citoyen et de ses choix politique et syndical :

« Je me sens tout-puissant bien qu’au seuil du gâtisme, nous avons toujours, à tour de rôle, lavé notre vaisselle, cuisiné nos soupes, déblayé la neige amoncelée devant notre porte, la plus haute moralité c’est de ne pas être un larbin et surtout de ne pas avoir besoin de larbins, restons jusqu’au  dernier jour de notre vie en dehors de ce christianisme encenseur de larbins, parce que c’est la religion des patrons, et quand j’écris ne fais pas semblant d’ausculter le souffle de Dieu sur les décharges déployé…………… »

(une anecdote au sujet de son père, maçon : les ouvriers n’avaient pas le droit de porter une montre en travaillant, ils étaient tenus de travailler jusqu’à plus jour, fi du nombre d’heures !)

Autres extraits :

« […..]qui est le plus méchant ? Celui qui fait du mal parce qu’il en éprouve du plaisir ou celui qui fait du mal et n’en éprouve aucun plaisir aucun bien au contraire ? »

« Une petite réduction de ma retraite réelle suffit à me plonger dans le désespoir absolu, car on sait pertinemment qu’ils ne pourront jamais rééquilibrer le budget de l’Etat sans rendre les misérables encore plus misérables. Peut-être pensent-ils que la retraite qu’ils me donnent est déjà trop pour quelqu’un comme moi, émargination permanente comme étranger, comme communiste et comme poète extrême, jamais je n’ai vendu mon intelligence, ma bite non plus, depuis que je suis retraité je fais quelques courses pour un cordonnier, j’espère pouvoir à nouveau passer les vacances en Italie sans que le tout voyage dans un cercueil. »


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La préface est intéressante pour cerner la personnalité de l’auteur, la nature de l’exil et l’étonnante écriture que certains ont qualifiée de « jazzée ».

C’est bien sur une réflexion sur l’identité et l’exil. Mais Di Ruscio est avant tout un poète et un écrivain, c'est dans l'écriture qu' il peut s'exprimer librement ; mais il ne concevait son écriture qu' en langue italienne.

J’ai apprécié ses idées, ses arguments et son honnêteté, son humour et son ironie. Les relations avec sa femme notamment sont présentes tout au long de ce récit, mais avant tout j’aime quand il parle du soussigné poète, alors il me fallait absolument chercher ses poèmes.

Pas pu trouver en français puisque l’auteur n’écrit qu’en italien donc j’ai fait une traduction sur le net (avec tout ce que ce genre de traduction peut avoir d’aléatoire)

QUAND JE DÉCOUVRIRA MON PÈRE

Quand j'ai découvert mon père en train de regarder les fourmis
le soleil a brisé les pierres et étourdi les maçons sans un chapeau de papier
un trou noir autour des grains de terre malaxée
et l'essaim de fourmis avec trop de graines traînées
et mon père avec dégoût a rampé son pied sur le nid
alors j'ai appris à regarder les fourmis et d'avoir ce dégoûtant
et l'humain dans mon père est dans ce dégoût abstrait
cet assaut des sens de la nullité que mon père noie
avec le match à remorquer et chaque victoire et chaque perdu la saluent avec du vin
et la gueule de bois lui apporte une sorte de fureur désespérée
et lance des assiettes et des verres contre le mur
et il se condamne dans cette fureur ou dans le silence
et dans l'effort qui est une bataille perdue sans sens et sans but
Mon père a découvert son image dans la fourmi et la détruit
le vin, la fatigue, la fumée, se cassent la poitrine avec une toux qui tousse
c'était présent dans tous mes rêves de mon enfance
l'habitude de regarder la fourmi a perdu mon père
et je vis maintenant dans cette fourmilière avec la même colère que mon père
ce qui détruit la fourmi industrieuse, dégoûtante.

Pour Catherine

tu devras résister à l'eau au feu dans l'obscurité
tu devras rester humain malgré la brutalisation généralisée
toucher tous les éléments de la mort jusqu'à la mort
vis tout ce qui a déjà été vécu et ne sera jamais revécu
ne crois même pas un mot de tous ceux qui vous diront
nous qui vivons aussi pour représenter tous ceux qui sont morts
et tous ceux qui viendront et jusqu'à ce que la résistance de l'un reste
la défaite n'est pas encore arrivé
pas la rose enterrée mais les communistes massacrés et enterrés
tout doit être avalé même par ce que je méprise profondément
la violence et la torture stabilisent le monde comme force de gravité
maintient le système solaire ensemble et toutes ces familles
maintenu debout par la violence du chef de famille
et tous les organismes étatiques et para-étatiques et tous superposés et subordonnés
et la violence légitime serait celle qui viole mon âme
il faut savoir absolument dans quel monde nous vivons
si je vois des mirages cela ne veut pas dire que le salut n'existe pas
une fois qu'il semblait assez proche pour être en mesure de l'attraper pour toujours
le soussigné a de la chance
la transition entre la conscience et rien ne sera très courte
Une agonie longue et spectaculaire ne nous est pas destinée
l'insulte d'être vivant sans conscience ne sera pas pour nous
les cliniciens les plus renommés ne nous prépareront pas de longues agonies
notre misère nous sauve
de l'insulte d'être vivant sans notre esprit
nous reviendrons tranquillement à rien d'où nous venons
c'est déjà tellement que le miracle de mon existence a été là
même réussir à vous voir tous


pour en savoir un peu plus : https://irisnews.net/il-poeta-operaio-le-poete-ouvrier-textes-luigi-di-ruscio-illustrations-pierre-rosin/

Une écriture qu’il faut apprivoiser et un auteur à découvrir.

Je continuerai d’ailleurs avec Palmiro.


mots-clés : #autobiographie #exil #identite
par Bédoulène
le Dim 1 Juil - 21:22
 
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Sujet: Luigi Di Ruscio
Réponses: 4
Vues: 344

Ina Mihalache

Ina Mihalache
Née en 1985

Tag exil sur Des Choses à lire 59432110
Ina Mihalache, dite Solange, est une actrice, vidéaste, artiste plasticienne, humoriste et monteuse canadienne, née à Montréal le 14 mai 1985, et installée en France depuis 2004.
Elle est principalement connue pour sa chaîne YouTube SolangeTeParle, qui présente des émissions sur divers sujets et où elle adopte la personnalité asociale de Solange, un personnage de son invention. Elle crée sa chaîne en novembre 2011, puis connaît un timide succès, jusqu'à atteindre 320 000 abonnés en mai 2018. Bien que la vidéaste veuille donner une émotion par la forme de ses vidéos plutôt que par leur fond (d’où son élocution particulière), les centres d’intérêts privilégiés par Ina Mihalache sont la culture et l'art en général, la sexualité et les sentiments.


Bibliographie

2016 : Solange te parle, éditions Payot
2017 : Très intime, éditions Payot
2018 : Autoportrait en chienne, éditions l'Iconoclaste




Tag exil sur Des Choses à lire Couv-a10

Autoportrait en chienne

Autoportrait en chienne est le premier récit littéraire d'Ina Mihalache. Le livre tourne autour de l'adoption par Ina, la trentaine venue, d'une petite chienne, Truite. A partir de ce point de départ simple, des réflexions sur d'autres sujets surgissent : l'exil, le désir de parler le français de France et non pas le québécois des origines, les discussions en ligne sur les premières plateformes de chat dans les années 90, l'amour, la sexualité, les relations humaines parfois compliquées quand on n'est pas à l'aise socialement, la famille dont on s'éloigne... et aussi, bien sûr, ce que c'est de vivre avec une petite chienne, ce que ça implique comme responsabilités et échange d'amour. Tout cela est très finement décrit.
Le livre n'est pas aussi léger qu'on pourrait le croire, parce que le ton est plutôt doux-amer, mais c'est justement lui qui rend la lecture "à part" et fait réfléchir au détour d'une phrase. Les chapitres sont courts, il y a des illustrations (d'Iris de Moüy) et le livre se lit rapidement. Mais on a envie d'y revenir, parce qu'à chaque lecture on pioche quelque chose de différent.

Passé une semaine [après avoir lavé Truite], la nature reprend ses droits. Le pelage exhale petit à petit des notes de riz complet, de girolle, d’ongle juste limé. C’est un bouquet réconfortant qui me fait fermer les yeux de bonheur. En rentrant d’une journée où j’ai été privée d’elle, je me précipite pour plonger le nez dans le beignet de son corps replié. Sa toison est mon bercail.



mots-clés : #exil
par Bleuenn
le Mer 27 Juin - 16:16
 
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Sujet: Ina Mihalache
Réponses: 7
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Alice Zeniter

L'art de perdre

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Il y a Ali, le maître incontesté du clan, un kabyle qui a trouvé un certaine richesse. Il a donné deux ans de sa vie pour la France, pendant la guerre. il n'en a jamais parlé. Au moment de la guerre d 'Algérie, il a choisi le "mauvais" côté (choisi? le "choix" d'être "protégé d'assassins qu'il déteste par d'autres assassins qu'il déteste") et il a du fuir la vengeance du FLN en 62, avec sa famille et guère de bagages.
La France l'a "accueilli" dans un camp, sous une tente, puis dans des baraquements , et des années après, quand on lui a attribué un appartement, c'était à des centaines de kilomètres de là. Il a continué à se taire.

Son aîné Hamid a grandi dans cette misère et ce renoncement, puis  s'est peu à peu détaché, "émancipé" dit-on, il a mis une distance, a construit autre chose, l'islam se perd en route.. Mais lui aussi s'est toujours tu sur son passé et ses blessures. "Il a confondu l'intégration avec la technique de la terre brûlée".

Sa fille ainée Naïma, qui a été nourrie à ce silence, a longtemps fait comme si de rien n'était. mais c'était là, évidement, l'histoire était là, incrustée d'Histoire,  les haines autour d'elle persistaient, et il a bien fallu une espèce de retour, même si

-Ce qu'on ne transmet pas, ça se perd, c'est tout. Tu viens d'ici mais ce n’est pas chez toi.


Il s'agit donc du récit de ces pertes diverses mais semblables, auxquelles  chaque génération donne sa problématique propre. Ces pertes chacun  les mène  avec son art propre, silence ou parole, avec ou sans bonheur, mais vaille que vaille, chacun à sa façon.

Tout cela donne un beau roman, quoique un peu appliqué dans le style, sans doute un peu trop sage dans la forme, mais dont l'intelligence humaine et géopolitique portant sur tout un siècle font que je lui "pardonne". Il y a pas mal de maladresses, surtout dans la première partie où, comme églantine, j'ai du mal à entrer et sentir les personnages incarnés. Dans ce début,  Alice Zeniter ne sait pas trop jouer de l’œil de Naima sur l'histoire de ses ascendants (soit trop soit pas assez présent) , adopte par moments un discours plus documentaire que romanesque. Et puis,, quand la révolte de Hamid se construit, la sauce a fini par prendre pour moi, et je me suis attachée à ces hommes et ces femme que je ne connaîtrai jamais (même si je les ai parfois ne face de moi), mais que l'auteur m'apprend à connaître au delà de mes  (nos)idées toutes faites.

Il y a beaucoup à apprendre, bien au delà des seuls faits dans l'art de perdre.
Car  l'extrême talent  d'Aiice Zeniter est  de faire de cette histoire que d'aucuns pourraient trouver simple (les harkis, l'immigration maghrébine, et les générations suivantes) ou en tout cas plus simple qu'elle n'est, tout un nœud de complexités,  de contradictions, de nuances, un nœud inextricable mais qui permet de voir l'autre aussi différent qu'il soit, comme un possible - et un possible souffrant.  C'est un appel vivant à une compréhension mutuelle.

mots-clés : #colonisation #devoirdememoire #exil #guerredalgérie #historique #identite #relationenfantparent
par topocl
le Jeu 17 Mai - 10:38
 
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Sujet: Alice Zeniter
Réponses: 18
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Květa Legátová

La belle de Joza

Tag exil sur Des Choses à lire La-bel11

A Brno, dans la période qui suit l'assassinat de Heidrich, la répression s'intensifie, Eliska n'a d'autre choix que de se retirer dans le village frontalier de Zelary, changer de nom et épouser Joza, l'employé de  la forge.

C'est évidemment une fracture effroyable dans sa vie, mais elle a vite fait d'adopter le  mode de vie montagnard, de se réjouir d'une vie au sein de la nature  vouée aux travaux domestiques et artisanaux, et de fondre devant Joza, si bon, si calme, si généreux qu'il panse les plaies non cicatrisées de son enfance.

Le début du récit évoque un conte de fée à l’envers,  où ce n’est pas la fille de ferme qui devient princesse, mais la jeune médecin engagée qui se glisse dans la peau d'une paysanne, ce qui va , en quelque sorte lui faire découvrir son "prince". il y  a là une certaine naïveté, qui est en concordance avec la simplicité de la nouvelle vie qu'elle s'est faite, et s'accorde bien au style de Kveta Légatova qui n'est pas dénué d'humour.

Le récit tourne ensuite à une espèce de description ethnologique imagée des habitants des zones de montagne (où Kveta Legatova a été affectée par les autorités communistes en sanction de son comportement) et de leurs usages, qui sont l'objet de l'émerveillement ingénu d'Eliska.

Ce livre qui démarre haletant dans l'effroi de la fuite, continue dans le bonheur tranquille  d'un nouveau chemin trouvé à l'écart du monde. Mais celui-ci ne va pas tarder à donner de ses nouvelles...

mots-clés : #amour #deuxiemeguerre #exil
par topocl
le Jeu 26 Avr - 18:48
 
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Sujet: Květa Legátová
Réponses: 15
Vues: 571

Gaïto Gazdanov

Tag exil sur Des Choses à lire 41mkba10

Cygnes noirs

Recueil de quatre nouvelles, traduit et introduit par Elena Balzamo, 2015

extrait de la 4ème de couverture : a écrit:Chacune de ces nouvelles est une fenêtre ouverte sur la destinée de Russes que le narrateur a côtoyés, perdus de vue ou retrouvés. Tout l'art de Gazdanov consiste à observer sans a priori ses frères humains, particulièrement les exilés, les déracinés en quête d'identité, pour les fixer d'un trait et en faire des personnages inoubliables. La révolution bolchevique gronde et des cohortes de Russes blancs ont rejoint la France, où leur sort a basculé. Les protagonistes incarnent magnifiquement le tragique, l'absurde et le hasard des destinées. Les souvenirs, les portraits, les intrigues nous sont contés entre rêve et réalité, dans un Paris minutieusement détaillé.



- Cygnes noirs (1930), 20 p : Le narrateur est en prise avec Pavlov qui annonce quasimment avec sang froid son suicide prochain, même calculé sur le jour prêt. Il s’agit d’un Russe exilé qui ne voit pas de sens dans sa vie « perdu » comme ouvrier en usine malgré son haut niveau intellectuel. Certaine forme d’existentialisme ? Il échappe aux catégories habituelles, n’est pas « attaché » à la vie. Ou y-avait-il au moins UNE chose qui l’avait vraiment touché ??? Est-ce qu’un dernier entretien avec le narrateur le revèlera ?

- Compagnon du soir (1939), 35 p : Voilà qu’un exilé russe rencontre sur la place public (à Parisà une personnalité âgée de la vie politique française. Celui-ci est sobre, voir : noir, et ne se fait « plus d’illusions » sur les vivants. Mais n’y-avait-il pas éventuellement une relation forte avec une femme qui l’a soutenu toute au long de sa vie ??? Ou est-ce que même cela était une illusion ?

- Office des morts (1960), 15 p : Cela joue pendant le temps de l’Occupation de la France et voit avec un œil très critique ces Russes qui vivaient comme dans un état de révolte permanente, et inconsciente, contre la réalité européenne occidentale. Comme dans une bulle. Certains même profitent de la guerre en se faisant des intermédiaires entre acheteurs allemands et commerçants français. Mais qu’est-ce qui comptera vraiment ??? La vie, elle, est transitoire. A la mort de Grisha, l’office de mort (orthodoxe) est improvisée et… inoubliable. Accepter la mort…

- Les lettres d’Ivanov (1963), 28 p : Nikolai Frantsovitch apparaît comme un homme comme il faut, au dessus de la melée, intouchable, riche. Mais aussi un peu distancié, incompréhensible. Y-a-t-il une faille dans sa vie ? Est-ce qu’il cache quelque chose ???


Donc, ici Gazdanov ne se retrouve pas tellement dans des regards (mélancoliques) en arrière de ses chers compatriotes russes, arrivés en France, mais dans leur destins proprement dit EN FRANCE, après leur fuite après la révolution, la guerre civiele, la fuite, comme exilés. Lieu des actions est pratiquemment toujours Paris.

On retrouve – comme souvent chez Gazdanov – un narrateur informé, en contact avec un tel ou tel qui raconte plutôt l’histoire de cette personne. Gazdanov est capable d’une forme superbe de parler des êtres humains entre immobilité et quête. De décrire des personnes assez saisissantes ! Qu’est-ce qui fait une existence ? Qu’est-ce qui manque (question d’exilé, question humaine par excellence!) ?

Superbe.

Mots-clés : #exil #immigration #mort #nouvelle
par tom léo
le Mer 25 Avr - 8:07
 
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Sujet: Gaïto Gazdanov
Réponses: 15
Vues: 1044

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